Texte intégral
SERGE PAPIN
Bonjour Brigitte Boucher.
BRIGITTE BOUCHER
Peut-on faire un état des lieux des commerces touchés et des villes impactées ?
SERGE PAPIN
Actuellement, on est entre 2 000 et 3 000 commerces touchés. C'est à peu près la pesée. Je pense qu'on se dirige vers 3 000. Donc, Paris, Marseille, Lyon sont touchés, mais aussi un certain nombre de petites villes. Même, moi qui suis vendéen, il y a eu des exactions à la Roche-sur-Yon. Donc, ce qui est important maintenant, c'est de réparer, bien sûr, reconstruire, réouvrir. Et là-dessus, moi, je suis ministre du Commerce, je suis commerçant. D'ailleurs, on se sent tous un peu commerçants. Et j'organise les soutiens. C'est ça qui est important.
BRIGITTE BOUCHER
Alors, il y a effectivement beaucoup d'annonces qui ont été faites hier au Conseil des entreprises : chômage partiel, report de cotisation Urssaf, étalement de charges, prêt à taux zéro, accélération et aide des assureurs, fonds de soutien pour les entreprises de moins de 50 salariés. Aujourd'hui, est-ce que le dispositif est complet ? Est-ce qu'on va pouvoir sauver tous les commerces ?
SERGE PAPIN
C'est le but. C'est vraiment le but. Alors, ce qui est important, déjà, vous venez de le dire… Bon, vis-à-vis des salariés, chômage partiel tout de suite mis en place. Là, le guichet est ouvert à 100%.
BRIGITTE BOUCHER
100% depuis hier pour le SMIC.
SERGE PAPIN
Exactement. Deuxièmement, reconstruire. Donc, les assurances, nous étions avec elles hier. Donc, déjà, report… Vous savez, la date pour le timing pour remplir les dossiers, c'est 5 jours normalement ; là, ça passe à 30 jours. Il y aura des acomptes qui seront versés pour commencer la reconstruction.
BRIGITTE BOUCHER
Des avances.
SERGE PAPIN
Et il y aura une priorisation aussi des dossiers pour aller tout de suite vers les dossiers les plus sensibles. Troisièmement, les aides à la trésorerie. Parce que ça, c'est important. Donc, il y a la BPI qui met en place un prêt jusqu'à 50 000 Euros sans intérêt. Il y a les banques, le réseau bancaire qui propose des prêts bonifiés de l'ordre de 2,5%. Et puis, il y a le fonds de soutien. Nous y travaillons.
BRIGITTE BOUCHER
Combien, le fonds de soutien ?
SERGE PAPIN
On y travaille encore aujourd'hui.
BRIGITTE BOUCHER
Un ordre d'idées ?
SERGE PAPIN
C'est réservé aux entreprises de moins de 50 salariés pour aider les plus petits, les plus fragiles. Et on y travaille pour les paramètres. Il y a des réunions qui se passent en ce moment avec la Chambre de Commerce, avec les représentants des commerçants.
BRIGITTE BOUCHER
Une idée à peu près ? Un ordre de fourchette ?
SERGE PAPIN
C'est plusieurs millions d'Euros, bien sûr, qui seront là. Alors, il faut aussi qu'on ait le diagnostic bilanciel. Donc, on est sur ce travail et ça va sortir très vite.
BRIGITTE BOUCHER
Alors, il y a toutes ces aides, effectivement, mais in fine, qui payent, en fait ? Parce qu'en fait, il y a quand même des prêts. Même si c'est décalé, il y a quand même des charges. Ça va quand même coûter cher aux commerçants et aux Français ?
SERGE PAPIN
Pour être tout à fait complet, il y a aussi la possibilité de report de charges : charges salariales, charges patronales. Les banques aussi font des reports d'échéance pour les prêts qui ont été engagés. Donc, oui, c'est une stratégie d'aide. C'est un choix qui est fait. C'est un choix qui est fait par ce Gouvernement. Evidemment, compte tenu de nos comptes publics...
BRIGITTE BOUCHER
Ça va coûter combien, justement, ça, dans le budget de l'Etat ?
SERGE PAPIN
Je n'ai pas tous les éléments chiffrés, puisque nous sommes... Ecoutez, on est en train d'y travailler. Ça s'est passé il n'y a pas si longtemps que ça. On réagit tout de suite. Vous voyez, moi, je suis, depuis tout le week-end, en réunion avec les commerçants, avec leurs représentants, avec les élus, avec la région. Les régions qui s'engagent aussi. La région PACA a mis en place des aides de l'ordre de 5 millions. La ville de Lyon aussi. Donc, vous voyez, il y a tout un mouvement…
BRIGITTE BOUCHER
Sauf qu'il faut que ce soit voté dans le budget pour que ces aides puissent s'appliquer ?
SERGE PAPIN
Non, justement, non. Là, pourquoi on a fait le choix du fonds de soutien ? Parce qu'on aurait pu aller sur l'exonération des charges, etc., ce qui était une possibilité. Ça, il fallait que ça soit dans le PLF donc, disponible que janvier ou février, l'année prochaine. Là, on a voulu que ça soit disponible tout de suite. C'est pour ça qu'on a mis en place un fonds de soutien.
BRIGITTE BOUCHER
Donc, ça veut dire que toutes les annonces que vous avez faites s'appliquent immédiatement ?
SERGE PAPIN
Elles s'appliquent là, immédiatement, dans quelques jours.
BRIGITTE BOUCHER
Voilà, mais sans passer par le budget ?
SERGE PAPIN
Non, sans passer par le budget. C'est un choix. C'est un choix qui est fait par le Gouvernement parce qu'il faut soutenir nos commerçants, bien sûr.
BRIGITTE BOUCHER
Vous allez faire comment pour que ça ne se reproduise pas samedi prochain ?
SERGE PAPIN
Ah ! C'est ce que me disent tous les commerçants. Ils disent : " Mais nous, on veut bien reconstruire, on veut bien rouvrir " mais ils se disent : " Si le 24, ça se reproduit, on est très, très inquiets. " Et je comprends leur inquiétude. Bon, le 24, au passage, ce n'est pas une manifestation qui est proposée par l'intersyndical. Mais là, on change d'échelle. Il y a l'expérience du 17, avec ce déferlement de violence qui n'était pas, il faut le dire, anticipé à cette hauteur-là. Donc là, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur se sont engagés sur une mise à disposition de force de police massive. Le couvre-feu a été instauré. Ce n'est pas rien. Déjà, il y a des endroits où il se vit de manière partielle, d'ailleurs. Les préfets, ça c'est important. Les préfets ont la possibilité d'interdire les rassemblements, si ça leur semble nécessaire, à des endroits.
BRIGITTE BOUCHER
Donc vous voulez rassurer en tout cas les commerçants avant samedi ?
SERGE PAPIN
Il y a tout un dispositif qui est mis en place. Moi, je crois à l'engagement du ministre de l'Intérieur, bien sûr. Et je dis aux commerçants qui nous écoutent ce matin qu'ils peuvent avoir confiance dans le rétablissement de l'ordre pour le 24.
BRIGITTE BOUCHER
Vous traquez aussi les produits qui pourraient être revendus après sur les plateformes. Vous agissez auprès des plateformes. Et puis il y a une circulaire du Gouvernement qui pourrait voir le jour pour baisser les aides sociales des pilleurs. C'est vraiment applicable, ça ? C'est concret ?
SERGE PAPIN
C'est applicable. Déjà, on va les repérer parce que, comme vous venez de le dire, sur les plateformes, on est capable maintenant, en collaboration avec ces plateformes, qui ne veulent pas être accusées de recel, bien sûr, parce que vendre des produits issus du pillage, c'est sanctionnable. On a eu une réunion avec elles avant-hier soir. On va pouvoir tracer et dès qu'on aura, bien sûr, la connaissance... Et puis il y a eu des vidéos qui ont été faites. Il y a des enquêtes qui vont être faites, des investigations qui vont être faites. Tous ceux vont être sanctionnés durement. Et ensuite, bien sûr, les aides, comme vous venez de le dire, les aides sociales seront supprimées. Ça, c'est quelque chose que l'on va faire.
BRIGITTE BOUCHER
Et vous recevez aussi les tribunaux de commerce aujourd'hui. Quel message vous voulez faire passer ?
SERGE PAPIN
Les tribunaux de commerce, on veut leur faire passer un message de souplesse. Parce qu'imaginez que des commerçants aient des difficultés par rapport à ce qui s'est passé de trésorerie. Ce qui serait un paradoxe, c'est qu'ils soient amenés à la barre des tribunaux de commerce alors même que les aides vont arriver, qu'ils vont reconstruire.
BRIGITTE BOUCHER
Un peu de souplesse, quoi.
SERGE PAPIN
Donc on demande de la souplesse, de la compréhension. Puis aussi qu'ils accompagnent les commerçants dans les dépôts de plainte.
BRIGITTE BOUCHER
Les syndicats sont reçus ce matin à Matignon. Est-ce qu'il faut un geste pour le pouvoir d'achat ? Parce que c'est bien ça, la revendication des manifestants.
SERGE PAPIN
Oui. Eh bien on est aussi sur ce terrain-là. Sur le pouvoir d'achat, vous avez vu, il y a eu le déblocage des fonds stratégiques, des réserves stratégiques pour le carburant. Donc à partir du 1er novembre, il va y avoir le prix des carburants qui va baisser de l'ordre de 18 centimes. Il y a la prime " grands rouleurs " aussi de 40 centimes qui est activable. Donc il y a tout un travail aussi d'accompagnement sur le pouvoir d'achat, bien sûr.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2026