Texte intégral
Emmanuel MACRON
Je voulais dire quelques mots et je suis aujourd'hui à Trappes aux côtés de nos élus et des populations parce que ce qui s'est passé aujourd'hui est un tournant dans la vie de notre République et de notre Nation.
Ce qui s'est passé aujourd'hui, c'est un attentat terroriste raciste, ainsi qualifié par le parquet national antiterroriste, qui a fait six victimes. Un homme a été tué ce matin par un de nos compatriotes sur la base d'une idéologie raciste. On a cinq victimes par ailleurs, dont une petite fille de 12 ans qui est en train de se battre à l'hôpital au moment où on se parle. Ces personnes ont été visées à raison de leur couleur ou de la religion supposée et pour rien d'autre. C'est ça ce qui s'est passé aujourd'hui.
Je remercie l'ensemble des forces de sécurité et en particulier la BAC ici dans le département. La BAC est tout de suite intervenue et a pu neutraliser l'assaillant et éviter d'autres victimes. Merci à notre police pour ce qu'elle a fait. Je veux évidemment avant toute chose avoir une pensée pour les familles des victimes. Certaines sont en train d'être prévenues et donc les noms seront dits en temps voulu. Je veux dire combien on soutient évidemment les victimes et leurs familles qui sont en train de se battre, entre la vie et la mort. Et apporter plus largement le soutien, le réconfort de la nation à l'ensemble des populations. Et dire ici aux élus qui sont à mes côtés, maire de Trappes, maire de La Verrière et le député, dire à monsieur le préfet, combien la France tout entière est à leurs côtés, aux côtés de leurs équipes, de leurs habitants, pour dire notre soutien.
Mais je vais vous dire aussi que nous ne céderons rien et nous n'avons rien à céder. Ce qui s'est passé aujourd'hui, je le dis, c'est un tournant parce que c'est la première fois qu'il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu'on leur donne. On a vu une maman à l'instant qui était avec sa fille de 12 ans dont la voiture a été criblée de balles par ce terroriste aussi. Et donc le message très clair, au-delà évidemment du soutien, en remerciant les forces de sécurité intérieure, en remerciant les magistrats qui se sont tout de suite mobilisés, le parquet national antiterroriste qui s'est tout de suite saisi aux côtés du procureur. Merci aussi à nos magistrats tout de suite et qui vont faire le travail pour élucider la totalité de cet attentat terroriste et qui reviendront et qui donneront les détails. Moi, j'ai une chose à vous dire, cela n'a pas sa place dans la République, ça n'a pas sa place en France.
Et donc nous devons tous combattre, pas simplement cet acte qui s'est tenu aujourd'hui, mais comprendre ce qui est en train de se passer. Nous n'avons rien à céder aux idées qui s'installent dans la République et qui peuvent justifier ce genre de comportement ou qui créent une atmosphère qui pourrait les justifier. La République, elle est une et indivisible. La République, elle n'a que des citoyennes et des citoyens. Elle ne les discrimine jamais, ni à raison de leur couleur de peau, ni à raison de leur religion, ni à raison de leurs opinions politiques. Et je le dis en particulier aux habitants des communes qui ont été touchées, mais plus largement dans tout notre pays. Ne baissez pas la tête, vous êtes françaises et français. Et cette jeunesse de France, c'est notre chance. Ne baissez pas la tête, parce que la République tiendra. Et n'ayez pas peur, parce que la République tiendra. Et il n'y a pas un camp contre l'autre dans cette République. Elle est une et indivisible. Et je veux remercier les élus de la République, les associations, nos enseignants, toutes celles et ceux qui forgent cette unité. Plus que jamais, c'est notre trésor. Ne laissons rien nous diviser. Rien.
Voilà ce que je voulais vous dire aujourd'hui, en disant le soutien et l'affection de la Nation, évidemment aux victimes, à leurs familles, toutes celles et tous ceux qui ont été confrontés à cet attentat terroriste, raciste, aujourd'hui. Et vous dire que la République tiendra, parce que nous venons tous de bien plus loin et de valeurs qui nous portent et qui nous tiennent. Je vais répondre à vos questions, si vous en avez.
Journaliste
Est-ce que vous voyez un lien entre les tensions qui s'accumulent dans la société, une violence aussi du week-end dernier, et plus généralement la montée des extrêmes ? C'est ce que je voudrais comprendre de votre déclaration ?
Emmanuel MACRON
Écoutez, d'abord, il y a un attentat terroriste raciste, il a été ainsi qualifié par les services de justice, qui s'est produit. Je le disais, c'est une première dans notre pays. Donc ce qui a trait à cet attentat, c'est évidemment les investigations qui permettront de l'élucider. C'est au procureur national antiterroriste de vous le dire. Ce que je sais, c'est que tout ça s'appuie sur, d'abord, une préméditation de sa part, des propos qu'il a tenus et qui ont été très clairement consignés dans les premières heures. Il a épargné des gens en raison de leur peau, ou en tout cas ce qu'il croyait être, et il a assumé son acte. Et ensuite, je dis juste que le discours ambiant qui parfois s'installe crée une atmosphère. Dans ces moments-là, on ne doit faire qu'une chose, être unis. Dans ces moments-là, on ne doit faire qu'une chose, nous rappeler qui nous sommes.
Journaliste
Monsieur le Président, ce n'est pas un peu trop tard ? Quand vous dites que la République ne cédera rien, justement, quand on voit des élus, parfois des membres du gouvernement, tenir certains propos, vous ne pensez pas que c'est déjà un peu tard ?
Emmanuel MACRON
Vous m'avez toujours entendu tenir les mêmes propos. Vous m'avez toujours entendu mener les mêmes combats depuis le premier jour. Donc je pense que ça n'est jamais trop tard. Je pense qu'on a malheureusement des discours, mais encore une fois, je distingue les choses et il faut avoir cet esprit de distinction. Parce que je ne veux pas tout réduire ou donner un sens qu'auront à donner les services enquêteurs à ce qui s'est passé aujourd'hui. Enfin, il est raciste, cet acte terroriste. Donc qu'un racisme se soit installé dans le discours public ambiant, c'est un fait. Je l'ai toujours combattu avec la plus grande force. Ce n'est jamais trop tard. Ce n'est jamais trop tard.
Donc il y a aujourd'hui une montée des tensions. Vous avez raison. Il s'est installé ces dernières années pour des tas de raisons. Parce qu'on a importé, monté les tensions, parce qu'il y a beaucoup de choses qui ont bousculé notre République ces dernières années. D'autres attentats qui ont conduit à stigmatiser des religions. Donc je pense qu'aujourd'hui, la clé, c'est de ne pas tout confondre. Surtout, c'est de ne pas tomber dans le piège d'un camp contre l'autre. Et donc il n'est jamais trop tard. Mais je veux rappeler ici que la République, c'est l'unité et la concorde.
Journaliste
Monsieur le Président, au soir de votre réélection, vous avez dit " ce vote m'oblige ". On a entendu qu'une partie des Français avait voté pour vous pour faire barrage au Front national, au Rassemblement national. On voit que cinq ans plus tard, le barrage est... Ils sont à deux doigts d'arriver à l'Elysée.
Emmanuel MACRON
Je l'ai même dit il y a neuf ans. Mais d'abord, je ne ferai pas de commentaire politique ici et je ne ferai pas de raccourci en parlant de ce pour quoi nous sommes aujourd'hui et du débat politique. Donc ça, sachant raison garder, je dis que, et je mets en dehors même des partis politiques, il y a des discours racistes. Il y a une tension qui s'installe dans la société. Cela depuis plusieurs années. Elle avait commencé à s'installer. Le terrorisme qu'on a vécu certainement l'a accéléré. Les conflits internationaux et l'importation de la géopolitique dans le débat au sein de la nation, j'ai toujours essayé de faire très attention à ça, mais l'a accéléré. Et ça, nous en sommes tous les co-dépositaires. Moi, j'ai ma responsabilité. Là aussi, j'essaie de faire le maximum. Peut-être que je fais des erreurs. Peut-être que d'autres jours, je fais mieux. Je pense qu'il n'est en tout cas jamais trop tard. Mais ce que je suis venu au-delà du soutien de la nation et du message très clair que je viens de passer, je vous dis simplement un message de concorde et d'unité. Ni la peur, ni la colère. Ni la peur, ni la colère.
Journaliste
Monsieur le Président, est-ce que vous craignez des réactions de colère dans le secteur ? On a vu notamment que la CRS 8 avait été déployée.
Emmanuel MACRON
Non, je pense que ça, c'est pour qu'il n'y ait pas de trouble à l'ordre public. Je pense que tout le monde est traumatisé. Tout le monde est bouleversé, touché. À Trappes, la Verrière, le département. Et je pense que la France entière est touchée par ce qui vient de se passer. Donc, c'est aussi pour ça qu'on doit tous, d'abord, mettre les bons mots sur ce qui s'est passé. Il faut ensuite élucider la totalité et comprendre, et ça, ça sera dans les mains des magistrats. Mais nous, il faut aussi que derrière ça, il y ait un sursaut. Il y ait un sursaut collectif. Ce sursaut, c'est un sursaut d'unité. Et pour reprendre une formule, il n'est jamais trop tard. Jamais trop tard. Donc, ce à quoi j'appelle chacune et chacun, c'est au respect. C'est à l'unité. C'est aussi que beaucoup de nos compatriotes, je le sais, vont avoir peur demain en se disant, " ça peut m'arriver à moi ". Et ça, c'est non. La police, elle sera là aussi pour les protéger. Je le dis aussi pour beaucoup de jeunes parfois qui pensent que... On a entendu des discours sur la police. C'est aussi pour ça que chacun doit aussi réfléchir après ce qui s'est passé aujourd'hui. C'est nos fonctionnaires de la BAC qui ont arrêté, qui ont protégé, qui ont sauvé des vies. C'est des policières et des policiers municipaux qui, dans les deux communes, sont allés au contact, ont sauvé d'autres vies. C'est ça ce qui s'est passé aussi. C'est ce fil républicain qu'il faut tirer.
Mais ne laissons pas cet attentat terroriste nous diviser. Unité et concorde. Mais aussi, regardons-nous les yeux dans les yeux. Tels que nous sommes tous Français. Compatriotes, concitoyens, enfants de cette République. Et notre responsabilité, c'est de la rendre plus belle, plus grande. Je le disais à cette maman qui pleurait tout à l'heure, qui nous a bouleversés en disant... Moi, chaque jour, on me demande si je suis Française. En raison de ma peau, j'aurais pu mourir parce que ma peau est noire. Ça, ce n'est pas la République et ça, ce n'est pas la France. Parce qu'elle est Française, cette maman. Et qu'elle a sa place ici. Et qu'elle est dans la France, dans la République. Qu'elle n'a pas à se justifier. Mais qu'elle a à pouvoir vivre en paix et élever ses enfants. C'est ça la France et rien d'autre. Je vous remercie.