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Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'énergie et porte-parole du Gouvernement, à RTL le 26 octobre 2026, sur l'anticipation de la manifestation lycéenne et de l'ordre public du samedi 24 octobre 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : RTL

Texte intégral

CÉLINE LANDREAU
L'invitée de RTL Matin à 7 h 44, bonjour Maud Bregeon.

MAUD BREGEON
Bonjour à tous.

CÉLINE LANDREAU
Ministre déléguée chargée de l'énergie, porte-parole du Gouvernement. Vous êtes soulagée ce matin ?

MAUD BREGEON
L'État a eu le dessus ce week-end. L'État a été fort parce que l'État et le Gouvernement, le ministre de l'Intérieur, ont anticipé ces manifestations, ont anticipé d'éventuelles violences et on a réussi à autoriser et encadrer des manifestations, ce qui doit être le cas dans toutes les grandes démocraties. Il y a des revendications qui sont légitimes, on en parlera tout à l'heure. Et puis il y a des violences urbaines qu'on avait notamment vu le samedi 17 octobre, qui sont absolument incompréhensibles et intolérables. Et donc, avec cette anticipation, avec la mobilisation de 70 000 forces de l'ordre partout en France, l'État a eu le dessus.

CÉLINE LANDREAU
L'État a eu le dessus mais à quel prix, ce calme ? Des couvre-feux, des musées fermés, de nombreux commerçants qui ont gardé portes closes. Est-ce qu'il va falloir que les Français soient prêts à voir une partie du pays sous cloche toutes les semaines ? Les appels à manifester se répètent déjà pour le week-end prochain.

MAUD BREGEON
Je crois qu'il faut faire la part des choses. Il y a encore une fois des revendications lycéennes, étudiantes, citoyennes sur le pouvoir d'achat qu'il faut entendre et auxquelles il faut évidemment répondre. Pour y répondre, il y a un préalable. Ce préalable, c'est le retour au calme. On ne peut pas avoir.

CÉLINE LANDREAU
Ça ne peut se faire qu'à ce prix-là ? on ne peut pas reprendre le dessus normalement ?

MAUD BREGEON
On ne peut pas… Je vais vous le dire autrement : on ne peut pas avoir un dialogue social qui fonctionne, un dialogue avec les organisations étudiantes, lycéennes qui fonctionne, la construction de solutions politiques de long terme efficaces dans un cadre de violence tel que celui qu'on a pu connaître il y a une semaine. Le retour au calme, c'est le préalable à toute discussion démocratique et politique.

CÉLINE LANDREAU
Mais ce retour au calme, vous n'êtes pas capable de le garantir sans couvre-feu, sans que des commerçants se barricadent chaque week-end ?

MAUD BREGEON
Si. Et je pense qu'on a, à plusieurs reprises, montré que c'était le cas. Il y a encore une fois ce qui s'est passé la semaine dernière. Ça a choqué énormément de Français. Vous avez dû l'entendre, probablement, le retour que vous avez pu avoir de vos auditeurs et de gens autour de vous. Il y avait besoin de mesures, encore une fois fortes, pour que ce retour à l'ordre, pour que ce rétablissement de l'ordre puisse avoir lieu. Je crois que les gens le comprennent bien, c'est désormais le cas, et donc on va pouvoir apporter des réponses. Le Premier ministre le fera aujourd'hui. Le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la Recherche auprès des lycéens, parce qu'encore une fois, on fait la part des choses.

CÉLINE LANDREAU
Il y avait 400 000 à 800 000 manifestants dans les rues samedi. Les lycéens, vous l'avez dit, le Premier ministre va les recevoir aujourd'hui. D'après les infos de RTL, vous pourriez plafonner le nombre d'élèves par classe et revenir sur la suppression des 1 588 postes d'enseignants prévus dans le budget. Mais vous n'envisagez pas, à ce stade, de supprimer Parcoursup. C'était une des revendications majeures.

MAUD BREGEON
Il y aura des annonces et il y aura des propositions importantes et fortes, y compris sur la question de Parcoursup et, plus globalement, de l'orientation. Le Premier ministre, en déplacement à Limoges vendredi dernier, a lui-même dit qu'on allait, je cite, "bouger". C'étaient ses mots sur Parcoursup. Maintenant, il faut regarder ce qu'il y a derrière la question de l'outil. Ce qu'il y a derrière la question de l'outil, c'est la question de la sélection. C'est la question de l'orientation. C'est la question du nombre de places ouvertes filière par filière, de la capacité de chacune des filières à permettre aux étudiants qui y accèdent d'avoir ensuite un débouché sur le marché du travail. Et ça, c'est une question politique et un débat politique qui est beaucoup plus large, qui va bien au-delà de la seule question de l'outil. Si Parcoursup était l'alpha et l'oméga de tous les problèmes d'orientation en France, ce serait, pardonnez-moi, en quelque sorte, plus simple.

CÉLINE LANDREAU
Donc, une refonte entre les lignes.

MAUD BREGEON
On va prendre en compte toutes les remontées qu'on a pu avoir, notamment sur la plateforme lancée par le ministre de l'éducation nationale il y a deux semaines. Maintenant, ça concerne Parcoursup, ça concerne les emplois du temps, ça concerne le bâtiment. Et donc, on va y répondre point par point.

CÉLINE LANDREAU
Sur le nombre d'élèves par classe, qu'est-ce qui est acceptable aujourd'hui dans un collège, dans un lycée français ?

MAUD BREGEON
Là encore, je laisserai Édouard Geffray faire les propositions qu'il doit faire cet après-midi. Mais il y a de toute évidence, là encore, dans certains endroits, en tout cas, un nombre d'élèves trop important. On le sait et c'est le cas depuis longtemps. On y apportera des premières réponses. On ne pourra pas résoudre ces problèmes dans leur intégralité en l'espace de quelques mois. Là encore, je pense qu'il faut savoir être lucide, dire la vérité aux gens. Il y a ce qu'on peut faire dans un contexte budgétaire…

CÉLINE LANDREAU
Vous pouvez par exemple, revenir sur le nombre de suppressions de postes d'enseignants, mais dans un…

MAUD BREGEON
Ça fait partie du débat budgétaire. Vous savez qu'il y a en ce moment le projet de loi de finances qui est étudié à l'Assemblée nationale. Ce projet de loi de finances doit permettre aux parlementaires de s'exprimer. Donc, nous, on a fait une proposition qui est, au fond, une copie de départ. Si, dans les discussions, dans les négociations, les forces politiques veulent y revenir, nous ne fermons pas la porte par principe.

CÉLINE LANDREAU
Dans les cortèges Maud Bregeon, beaucoup de Français protestaient aussi contre la vie chère. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui ont le sentiment aujourd'hui que ces dix ans de macronie sont synonymes, pour eux, d'appauvrissement ?

MAUD BREGEON
D'abord, moi, je crois qu'il faut toujours respecter le vécu et le sentiment des gens. Il y a des difficultés.

CÉLINE LANDREAU
Et vous vous sentez comptables de cela ?

MAUD BREGEON
Il y a des difficultés de pouvoir d'achat qui sont réelles. Les dépenses contraintes ont augmenté. On a traversé des crises qui n'étaient pas franco-françaises, des crises qui étaient internationales. Européennes. Prenez la crise de l'énergie qu'on traverse en ce moment, la hausse du prix du baril, qui, là encore, n'est pas un problème propre à l'Hexagone. Je crois qu'on y a répondu depuis des années. D'abord en étant présents, présents face aux crises. Rappelons-nous quand même dans quelle mesure le "quoi qu'il en coûte" a permis aux Français, a permis aux entreprises de maintenir la tête hors de l'eau. Rappelons-nous le bouclier tarifaire : 70 milliards d'euros pour le gaz et pour l'électricité, qui ont permis de garantir des factures.

CÉLINE LANDREAU
Ce n'est pas ce qui les aide aujourd'hui à remplir leur réservoir.

MAUD BREGEON
Bien inférieur à nos voisins européens. Et regardez ce qu'on fait depuis le début de l'année : on fait le choix d'être ciblés, effectivement, parce qu'il y a des difficultés budgétaires qui sont réelles, mais on est aux côtés des entreprises les plus en difficulté, des pêcheurs, des agriculteurs, des transporteurs. On est aux côtés des Français les plus précaires qui roulent le plus et on continue à prendre des initiatives avec, par exemple, la libération de 10 millions de barils pour tirer les prix vers le bas.

CÉLINE LANDREAU
On est à une semaine de la baisse annoncée du prix du gasoil promise par le Gouvernement, entre 12 et 18 centimes d'euro le litre. C'est ce qui avait été annoncé. Vous êtes en mesure d'affiner la fourchette aujourd'hui ?

MAUD BREGEON
Ce sera le cas dans les jours à venir. Ce que je peux vous dire, c'est que les choses avancent. Les décrets, les premiers décrets ont été pris. Un troisième décret sera pris cette semaine et donc on libérera, comme prévu pour le 1er novembre, ces 10 millions de barils. Que vos auditeurs comprennent bien : ces 10 millions de barils vont être mis sur le marché à un prix significativement inférieur à celui des prix internationaux, trois à quatre fois inférieur, ce qui doit permettre, encore une fois, de faire cet effet levier et de tirer le prix vers le bas entre, effectivement, 12 et 18 centimes d'euro. Je vois que certains grands distributeurs, comme Total, se sont déjà engagés sur une baisse importante, y compris sur le fioul domestique, y compris sur le GNR agricole. C'est une bonne chose. Et nous, on vérifiera encore une fois, distributeur par distributeur, région par région, que cette baisse est effective pour l'ensemble des Français.

CÉLINE LANDREAU
Vous allez pouvoir rester encore combien de temps porte-parole de ce Gouvernement ? Maud Bregeon ?

MAUD BREGEON
Quelle est votre question ?

CÉLINE LANDREAU
Vous soutenez un candidat, Édouard Philippe, qui se montre très critique vis-à-vis du Gouvernement, encore plus vis-à-vis du président.

MAUD BREGEON
Vous savez, moi, je suis comme…

CÉLINE LANDREAU
Un grand écart qui peut sembler difficile.

MAUD BREGEON
Je suis, comme beaucoup de mes collègues, mobilisée d'abord sur les missions qui sont les miennes. Vous savez que l'on traverse une crise de l'énergie. Ensuite, les candidats à la présidentielle sont libres de s'exprimer. Et moi, pour autant, je suis loyale au président de la République et loyale au Premier ministre. On traverse des crises sécuritaires…

CÉLINE LANDREAU
Et loyale à Édouard Philippe, c'est possible, cette double loyauté ?

MAUD BREGEON
Vous savez, Édouard Philippe a été Premier ministre d'Emmanuel Macron pendant trois ans. Il s'exprime comme candidat à la présidentielle et moi, je fais mon travail comme ministre.

CÉLINE LANDREAU
Donc, vous prenez vos distances avec votre candidat en ce moment ? Vous êtes obligée ?

MAUD BREGEON
Il ne s'agit pas de prendre ou pas prendre ses distances. J'ai fait un choix. Pourquoi je l'ai fait ? J'aurais peut-être dû commencer par là. Je l'ai fait parce que, moi, je refuse de laisser aux gens qui nous écoutent ce matin le choix d'un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. Voilà, et je pense que c'est le principal risque que court ce pays. Je pense que les conséquences d'un tel second tour, à tous les étages, seraient absolument dévastatrices. Et qu'Édouard Philippe est aujourd'hui le mieux placé pour réunir tous les Français de la droite et du centre, des Français qui doutent, et éviter à ce pays un péril dont on aurait, à mon avis, bien du mal à se remettre.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 octobre 2026