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Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 26 octobre 2026, sur le maintien de l'ordre face aux violences lors des manifestations et un attentat terroriste raciste à Trappes.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : BFM TV

Texte intégral

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre de l'Intérieur, bien sûr. Enchaînement de violences, scènes de chaos, puis d'extrêmes tensions, tueries de trappes. Sommes-nous solides ? C'est la question, au fond, que l'on se pose ce matin, à la fois en tant que société, en tant qu'Etat. L'Etat est-il d'ailleurs capable de protéger ses citoyens ? On va revenir évidemment sur toutes ces questions avec vous. Avant de revenir sur trappes, d'abord, un mot sur les manifestations, qui se sont succédé après le week-end précédent, le chaos, le fiasco, peut-on même dire, ce week-end, les manifestations, vous les qualifieriez de quoi ? La journée de samedi, maîtrisée, calme ? Avez-vous repris le contrôle ?

LAURENT NUNEZ
Non. La journée a été maîtrisée, évidemment, puisqu'il n'y a pas eu d'incidents graves. Malgré la volonté d'en découdre de militants de la mouvance ultra-gauche et de l'extrême gauche radicale, mais qui ont opéré selon un schéma assez classique, c'est-à-dire qu'ils se sont greffés au sein des cortèges, et ont tenté de commettre énormément d'exactions avec beaucoup de violence, principalement contre les forces de sécurité intérieure, puisque celles-ci ont réussi à les empêcher à partir en cortège sauvage, ou à les dégrader des commerces, ou à essayer d'aller dans les centres-villes. Jusqu'aux manifestations de samedi, aucune ne se tenait dans les centres-villes. Les préfets, en lien avec les organisateurs, avaient réussi à obtenir des parcours qui étaient plus éloignés des centres-villes. C'est le cas notamment à Orléans. C'est le cas à Paris, bien sûr. Donc, évidemment, les groupes à risques ont essayé de s'y rendre, et les forces de l'ordre ont fait un travail admirable : ils ont en empêché. Donc, oui, la situation a été maîtrisée. Il n'empêche qu'on a constaté un très haut niveau de violence contre les forces de sécurité intérieure, le même que le 17. Mais ils ont pu répondre, parce que...

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'ils étaient plus nombreux ? Parce qu'ils avaient anticipé ?

LAURENT NUNEZ
Il y a trois raisons essentielles. D'abord, parce que la mouvance a pu être cantonnée au sein des cortèges, et ne s'est pas éclatée comme elle l'a fait le 17 octobre, ce qui avait provoqué le fait que les dispositifs policiers avaient été dispersés. C'était beaucoup plus difficile à contrôler, à maîtriser. Il y a trois raisons. On a fait beaucoup plus de contrôles de flux sur les personnes qui se rendaient sur les manifestations, parfois dans la profondeur, ces contrôle de flux. Ça veut dire une réquisition du procureur, on fouille les gens.

APOLLINE DE MALHERBE
On vérifie ce qu'ils ont.

LAURENT NUNEZ
Et on peut saisir du matériel, des armes par destination, énormément.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous en avez sauvé beaucoup ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr, énormément ont été saisies.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parlez de quoi ? Vous parlez de, je ne sais pas, de couteaux, de barres de fer ?

LAURENT NUNEZ
C'est plusieurs dizaines. C'est des couteaux, des boules de pétanque, des billes en verre, des frondes, voilà, diverses armes. Et bien sûr, les mortiers. Donc, on a interpellé 1 435 personnes sur l'ensemble du territoire national.

APOLLINE DE MALHERBE
1 435 personnes ?

LAURENT NUNEZ
1 435, c'est le chiffre à jour d'hier soir. Et il y en a plus de 100, c'était pour détention d'armes par destination. Donc, déjà, des contrôles de flux : on a renforcé en volume les effectifs en faisant des rappels sur les congés. J'en remercie les gendarmes et les policiers, évidemment. Et puis ensuite, troisièmement, il y avait un pré positionnement de l'ensemble des effectifs qui étaient mobilisés, qui permettait de mieux sécuriser, de mieux encadrer ces cortèges. Et puis quatrièmement, je rajoute un quatrième point, c'est évidemment les mesures de police administrative qui ont été prises. Et encore une fois, j'incite le fait que les manifestations ne se soient pas tenues dans les centres-villes. Je crois que les organisations syndicales n'ont pas forcément compris. Enfin, on a eu des discussions. Mais globalement, les déclarations ont été respectées. Il faut s'en féliciter, puisque personne n'aurait compris qu'il y ait de nouveaux troubles à l'ordre public dans des centres-villes qui avaient été dégradés le 17 octobre.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça veut dire que désormais, pour les semaines qui viennent, on va essayer de se projeter, puisque les manifestants disent que ces manifestations sont amenées à durer, que le mouvement est amené à durer, est-ce qu'on peut imaginer que samedi, après samedi, il y ait des manifestations et que votre réponse soit la même, c'est-à-dire interdire les centres-villes de ces manifestations ?

LAURENT NUNEZ
La réponse, elle se fait au cas par cas. Ce sont les préfets qui apprécient la situation. Et ils se basent sur le fait qu'il y ait eu des troubles à l'ordre public ou qu'il y a des risques de trous à l'ordre public. Très honnêtement, dans les jours qui viennent, la situation ne va pas vraiment changer. Ce qu'on a vu…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça va continuer, des couvre-feu ? On va continuer ?

LAURENT NUNEZ
Les couvre-feu, bien sûr. Les couvre-feu, bien sûr. Ça, ce sont les préfets qui décident, en lien avec les maires. On en a un peu plus d'une dizaine, évidemment. Et puis, sur les parcours des manifestations, ce qu'on a vu samedi, le niveau d'engagement de violence contre les forces de sécurité intérieure, la volonté des groupes à risque partout sur le territoire national, le schéma parisien de groupe à risque, ultra-gauche, extrême-gauche, radical, au sein des cortèges qui essaient de le faire dégénérer, ça s'est produit à Tours, ça s'est produit à Lyon, à Toulouse, dans de nombreuses villes françaises. Le schéma qui a fait que les préfets ont pu se dire : « Il ne peut pas y avoir de manifestation au centre-ville compte tenu des risques de trous à l'ordre public et des risques de dégradation de commerce », il n'a pas été significativement modifié par ce qui s'est passé samedi. Donc, il n'y a pas de raison que les préfets aient des appréciations…

APOLLINE DE MALHERBE
Certes, il y a eu moins de pillages ou de tentatives de pillages, mais vous avez vu dans de très nombreuses villes de France, des centres-villes qui étaient quasiment déserts. C'est-à-dire que des magasins qui ont fermé, des commerçants qui ont anticipé, qui se sont barricadés, qui n'ont plus confiance dans l'Etat pour les protéger, qui se sont retrouvés eux-mêmes à devoir faire leur propre police. Parfois aussi, parce qu'ils ont entendu les propos du préfet de police de Paris, qui laissait entendre qu'au fond, c'était à eux de se débrouiller. Est-ce que l'Etat, aujourd'hui, n'est plus en mesure de protéger ses citoyens ?

LAURENT NUNEZ
L'Etat, un, il s'est passé ce qui s'est passé le 17 octobre, et je le regrette. Vraiment, je le regrette. Premier point. Deuxième point, c'est bien l'Etat qui protège les commerces. Au bout d'un moment, il ne faut pas se tromper de cible. Nous, nous sommes là. Les forces de sécurité intérieure sous mon autorité sont là pour protéger nos citoyens, pour protéger les commerces, évidemment. Mais attention, ce sont des militants d'ultra-gauche, d'extrême-gauche radicalisés, c'est eux qui appellent au chaos, qui appellent à l'insurrection, qui ne respectent pas le cortège, qui ne restent pas avec les organisations syndicales et qui veulent en découdre. Regardez ce qui s'est passé à Paris à la fin du cortège. Regardez ce qui s'est passé dans de nombreuses villes, où ils ont essayé de rejoindre les centres-villes par la force pour aller, évidemment, dégrader des commerces. Ils en ont été empêchés. Donc, au bout d'un moment, il ne faut pas se tromper de cible. Enfin, on a quand même une mouvance qui appelle à l'insurrection, qui appelle à la révolte et qui est là. Et c'est à cause d'elle qu'on déploie ces dispositifs policiers : pour les contenir.

APOLLINE DE MALHERBE
Y a-t-il eu des blessés à déplorer du côté des forces de l'ordre ? Y a-t-il eu des manifestants blessés ?

LAURENT NUNEZ
Oui, pour les forces de l'ordre, j'ai évidemment le chiffre très précis : on est à 267 blessés hier soir. C'était à date. La plupart, heureusement, blessés légers. Et pour les manifestants, les chiffres me remontent toujours plus difficilement. Mais j'avais un chiffre, tout à fait, c'est une estimation : de 250 blessés parmi les manifestants. On nous signale quand même trois blessés assez graves. Je crois que c'est à Tours, Reims et Clermont-Ferrand.

APOLLINE DE MALHERBE
Clermont-Ferrand, notamment, on parle d'une personne qui aurait été blessée à la main. Est-ce qu'il pourrait s'agir d'une grenade ?

LAURENT NUNEZ
On n'a pas de certitude, à ma connaissance, sur ce cas-là. A Toulouse, c'est peut-être le cas. En tout cas, il y a des enquêtes de l'IGPN, comme à chaque fois.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez parlé de l'ultra-gauche. Il y a aussi eu des affrontements entre ultra-gauche et ultra droite. On parle de Montpellier, Dijon, Nice, Nancy, Rouen, Tours. De quoi s'agit-il ? Et est-ce que ça veut dire que désormais, vous avez face à face, mais aussi face à vous, deux mouvances ultra-gauche et ultra-droite ?

LAURENT NUNEZ
J'y viens. D'abord, un point sur les trois villes que j'ai citées, où les personnes ont été gravement blessées, c'est dans le cadre d'actions de police, compte tenu d'un contexte d'extrême violence.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est dans un contexte d'extrême violence ?

LAURENT NUNEZ
Oui, je n'ai pas trop de doutes sur la proportionnalité de l'action policière, si jamais elle était à l'origine de ces blessures. Sur ce qui s'est passé, effectivement, nous savions, puisqu'il y avait des appels pour le 24 octobre, précisément, de nombreuses mouvances ultra-droites, pas mal d'identitaires, en fait, de la mouvance identitaire, c'est une mouvance ultra-droite, de nationalistes également, qui voulaient descendre dans les centres-villes pour protéger les commerces. Officiellement, évidemment, dans leur discours, enfin, ce n'est pas bien officiel, mais enfin, sur les réseaux sociaux, c'est ce qu'ils disaient. Donc, nous savions qu'ils risquaient de venir, effectivement, dans de nombreuses villes. Moi, dès samedi soir, il était porté à ma connaissance, ça avait été le cas à Nice, à Montpellier, on a vu des vidéos, puis les rapports me sont remontés, il y en a eu dans d'autres villes. Ce sont effectivement des groupes qui sont venus en groupe constitué, principalement, en réalité, pour s'en prendre à la mouvance d'ultra-gauche, comme ils le font habituellement. Et les policiers ont pu constater, effectivement, des affrontements auxquels ils ont mis un terme. Je vais couper cours à ces rumeurs. A aucun moment, évidemment, la police ne les a protégées. A aucun moment, ils n'ont travaillé en concertation avec des policiers et des gendarmes, bien évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous répondez à ces rumeurs, c'est parce qu'elles ont été relayées, pas sous forme de rumeurs, mais sous forme d'accusations. Manuel Bompard, par exemple, le coordinateur de LFI, qui dit samedi sur Twitter : " A Nice, toute manifestation était interdite, sauf, dit-il, pour les fascistes qui ont pu se balader en ville, armés de couteaux et de barres de fer pour agresser les passants. Le ministre Nunez et le maire Ciotti les protègent-ils ? "

LAURENT NUNEZ
Non, on ne protège personne, certainement pas. En tout cas, on applique les interdictions pour tout le monde. On a empêché les affrontements entre ces groupes. Les policiers et les gendarmes avaient une mission : c'était d'éviter les pillages et de mettre un terme aux exactions de la mouvance d'extrême-gauche. Vous savez qu'en police, en gendarmerie, quand on a une mission, c'est compliqué de se détourner de cette mission. Ils sont intervenus à de nombreuses reprises pour disperser, empêcher les affrontements entre l'ultra-gauche et l'ultra-droite. Et monsieur Thomas Portes, je peux l'informer d'une chose, c'est qu'à Nice, notamment…

APOLLINE DE MALHERBE
Député LFI.

LAURENT NUNEZ
Un Député LFI. A Nice, notamment, le groupe a été dispersé. Et on a 11 personnes d'ultra-droite qui ont été interpellées.

APOLLINE DE MALHERBE
Et qui sont en garde à vue ?

LAURENT NUNEZ
Et le procureur de Nice s'est saisi de la constitution de ce groupe, parce qu'évidemment, il va y avoir des suites. Ils se sont constitués dans ce qu'on appelle un groupe de combat, ou à tout le moins, un groupe constitué en vue de commettre des violences.

APOLLINE DE MALHERBE
Il sera dissout ?

LAURENT NUNEZ
Donc, ça veut dire, un, que ça relève peut-être d'incriminations pénales. Ce n'est pas à moi d'en juger, mais j'ai demandé à tous les préfets, partout où ça s'est produit, de saisir la justice. Deux, effectivement, comme vous venez de le dire, Apolline de Malherbe, il y a des polices administratives qui s'appliquent, notamment des possibilités de dissoudre ces groupes, s'ils se sont vraiment, et ça semble être le cas, constitués en groupe de combat. Et si jamais c'étaient des groupes dissous, on les poursuivra au pénal pour reconstitution de ligue dissoute.

APOLLINE DE MALHERBE
Laurent Nunez, comme on se projette sur la suite, un mouvement qui est appelé à durer, voilà ce que disent un certain nombre de manifestants, est-ce que samedi après samedi, parlons déjà du samedi prochain, il se trouve que c'est aussi la journée d'Halloween, est-ce que vous redoutez des débordements ? Est-ce que vous allez devoir mettre en place…

LAURENT NUNEZ
Clairement. Mais clairement, oui. Clairement, oui. On ne va pas dire… Vous savez, l'action de police et de gendarmerie, ce n'est pas j'appuie sur un bouton et je fais disparaître des personnes qui appellent à des messages de violence, d'insurrection, qui n'hésitent pas à dire qu'ils lancent la révolte. Non. Oui, clairement, oui. Et puis la soirée, oui. Et puis il y a la soirée d'Halloween, traditionnellement, qui est toujours un peu animée, j'ouvre les guillemets. C'est un euphémisme. Oui, on s'attend à ce que ce soit à nouveau compliqué, que ce soit de nouveau une grosse journée de mobilisation.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez être obligés de mettre un dispositif en place, qui sera comparable à celui du dernier samedi ?

LAURENT NUNEZ
Evidemment. On va déployer un dispositif extrêmement robuste. A nouveau, évidemment, les policiers et les gendarmes vont être mis à contribution. D'abord, parce qu'ils vont encore travailler.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça va prendre combien de temps… Laurent Nunez ?

LAURENT NUNEZ
Et surtout parce qu'ils sont pris à partie dans des conditions qui s'apparentent assez souvent, quand même, à des tentatives de meurtre. Et il faut le dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Des tentatives de meurtre ? Les policiers font l'objet de tentatives de meurtre ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez. Quand vous balancez un mortier à bout portant, un pavé, ou que vous arrivez avec des frondes et des billes, pardon, mais c'est de la violence volontaire qui peut un jour, un jour, j'espère que ça n'arrivera jamais, mais j'espère qu'un jour la justice pourra suivre sur ce grief-là. Parce que quand vous balancez…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire que vous êtes en train de dire qu'au fond, le qualificatif, si c'était vous qui deviez en décider, vous diriez qu'il s'agit de tentatives de meurtre ?

LAURENT NUNEZ
Je ne dirais pas judiciairement, mais quand vous lancez des pavés, quand vous êtes sur un toit d'immeuble et que vous balancez des morceaux de cheminée sur une compagnie de la direction de l'ordre public et de la circulation à la PP, comment vous voulez appeler ça ? Judiciairement, peut-être que ce ne sera jamais qualifié comme ça, mais moi, comme ministre de l'Intérieur, et comme l'ensemble de nos concitoyens, c'est comme ça que je lis.

APOLLINE DE MALHERBE
Le plateau des 1000 vaches, deux des suspects de l'incendie volontaire de la mairie de Limoges sont issus de ce plateau des 1000 vaches. Est-ce que vous estimez que les 20 dernières années, cette mouvance d'ultra-gauche, anarchiste, anticapitaliste, écologiste, semble-t-il, en tout cas pour les deux principaux suspects, a été minimisée ? Quand on regarde, après l'affaire de Tarnac, après le sabotage de ligne TGV, de ligne EDF, d'Enedis, et qu'il y a eu en réalité assez peu de conséquences judiciaires, en tout cas pas de nature à arrêter leurs actions, est-ce que vous vous dites qu'on a sous-estimé cette mouvance ?

LAURENT NUNEZ
Jamais de l'avis. Vous ne m'entendrez jamais, je suis ministre de l'Intérieur, j'ai été responsable des services de renseignement dans ma vie passée, jamais vous ne m'entendrez dire qu'on a sous-estimé la menace de l'ultra-gauche, c'est faux, c'est faux. Ces groupuscules dont vous parlez, le site dont vous parlez, je ne peux pas m'étendre sur ces sujets, ils sont évidemment suivis, là sur la zone dont vous parlez on est plutôt sur des anarchistes, voire des anarcho autonomes, jamais cette mouvance a été délaissée. D'ailleurs Tarnac, vous vous souvenez que ça n'a pas été retenu, finalement, comme un dossier terroriste, puis ensuite l'association de Mel Fetter est tombée également. Cela étant, les services de renseignement travaillent sur cette mouvance. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est une mouvance qui se livre à effectivement beaucoup d'actions de sabotage, dont le projet est quand même de renverser les institutions, de renverser notre République, et puis qu'il y a des connexions avec des groupuscules similaires dans des pays où ils sont sur l'action déjà à un niveau terroriste, qu'il s'agisse de l'Allemagne, de l'Italie, de la Grèce, voire de l'Espagne. Donc c'est une mouvance qui a toujours été suivie. Comme l'ultra-droite, il ne faut pas négliger que nous avons eu, nous avons eu ces dix dernières années, beaucoup plus de dossiers terroristes d'ultra-droite que d'ultra-gauche. Mais on en a aussi à l'ultra-gauche. Donc il faut être extrêmement vigilant.

APOLLINE DE MALHERBE
Laurent Nunez trappe l'effroi. Un homme abattu, visé parce que noir. Cinq blessés graves, dont une petite fille de 12 ans, visée par un acte raciste à l'évidence. La garde à vue a été levée en raison de l'état psychiatrique du suspect. Et l'avocat de la famille, Maître Bouzerou, s'interroge sur cette décision. Il dit que cette décision, intervenant à la suite d'un examen psychiatrique demandé par le parquet national antiterroriste, ne manque pas de nous étonner. Voilà ce qu'il dit dans un communiqué. Car en pratique, lever une garde à vue pour motifs psychiatriques, c'est extrêmement rare. Il laisse entendre, au fond, que peut-être ce serait pour minimiser cet acte.

LAURENT NUNEZ
D'abord, ce n'est pas rare. Ça arrive assez souvent, y compris sur des actes de terrorisme islamiste. D'ailleurs, souvent, à l'extrême droite, à l'ultra-droite, à l'éthique et politique, on nous dit que c'est pour minimiser cet acte. Non, d'abord, ce qui s'est passé à Trappes, c'est très grave. C'est un attentat terroriste raciste. L'auteur a agi pour tuer des personnes qui, à ses yeux, n'avaient pas intégré au sein de la société française. Parce qu'elles étaient d'origine, simplement d'origine étrangère. C'est très grave ce qui s'est passé pour le vivre ensemble et pour la cohésion de notre pays. C'est très grave et moi, je le condamne fermement. J'ai évidemment une pensée pour la victime décédée et pour les victimes blessées qui, heureusement...

APOLLINE DE MALHERBE
C'est en train de devenir, c'est-à-dire qu'il y a le drame absolu. Et très vite, il y a eu la polémique.

LAURENT NUNEZ
Non, mais je termine. Le fait que l'individu aille en soins psy, peut-être qu'il souffre d'autopsie, mais ça ne change rien à la gravité de l'acte, au fait que ce soit un attentat terroriste raciste. Ça ne change rien, on ne cherche pas à minimiser. C'est normal, ça fait partie des procédures. Si, quand il est examiné par les enquêteurs, on constate qu'il n'est pas dans son état normal...

APOLLINE DE MALHERBE
Il souffrirait de schizophrénie et il a été testé positif au cannabis et à la cocaïne.

LAURENT NUNEZ
Ça n'enlèvera pas le qualificatif d'attentat terroriste. Que les choses soient claires, ça ne l'enlèvera pas. Ça reste un individu qui est ému par la haine, le racisme et il a tué pour ça. C'est du terrorisme.

APOLLINE DE MALHERBE
Lorsque vous entendez cet avocat qui dit également que l'État aurait sans doute failli, je le cite. La famille, notamment de Penga Bosiowangi, qui est donc décédée. La famille demande que soient déterminées avec précision les conditions dans lesquelles cet individu n'a fait l'objet d'aucun signalement préventif alors même que son armement et son profil auraient dû attirer l'attention des services compétents. Voilà ce que dit l'avocat. Elle demande la communication de l'ensemble des éléments relatifs à son suivi ou à l'absence de son suivi et se réserve le droit de rechercher toute responsabilité administrative. Est-ce que l'État a failli ?

LAURENT NUNEZ
Je comprends les interrogations légitimes de la famille, de l'avocat. Je le comprends. Chaque fois qu'il y a un attentat terroriste, c'est évidemment la première question qu'on se pose. Est-ce que l'individu était connu ? Est-ce qu'il était suivi ? Enfin, connu pour le fait de radicalisation. Pas connu pour défait de droit commun. Ces questions sont légitimes. Mais au cas d'espèce, il semblerait, je suis très prudent, que cet individu soit passé à l'axe sans qu'il y ait eu de signe annonciateur qu'il appartenait. Un attentat comme ça, on ne va pas se classer ultra droite. On est sur l'ultra droite. C'est clair, net, précis. Donc, il n'y avait pas de signe avant-coureur à ma connaissance. Il n'était pas connu des services.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'était pas figé, il n'était pas suivi.

LAURENT NUNEZ
Ce qui arrive malheureusement dans beaucoup d'attentats terroristes, les derniers attentats terroristes récents, c'est souvent ça. Pourquoi ? Parce que les services font un travail remarquable, quelle que soit la thématique de la radicalisation islamiste radicale. L'ultra droite, l'ultra gauche font un travail remarquable et connaissent beaucoup d'objectifs. Mais il y en a qui passent à l'acte subitement, soudainement. Est-ce que c'est ce qui s'est passé au cas d'espèce ? En tout cas, toute la réponse sera apportée par la justice aux questions que se pose la famille. Et moi, comme ministre de l'Intérieur, comme patron des services de renseignement, également qu'on fera toute la lumière sur cette affaire pour savoir s'il y avait des signes avant-coureurs ou pas. À ma connaissance, ça n'est pas le cas. Encore une fois, ça n'enlève rien à la gravité de cet acte.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il y a sur le territoire un certain nombre, un grand nombre ? À combien est-ce que vous estimez des profils de ce type, aujourd'hui dormant, en quelque sorte, dans la société ?

LAURENT NUNEZ
Ce type de profils sont ceux qui nous inquiètent le plus. Je ne parle là que de la mouvance ultradroite. Je mets de côté les autres sujets. La mouvance ultradroite, elle est aussi connue. Les identitaires, les nationalistes, les néo-nazis. Ceux qu'on a vus, d'ailleurs, défiler en groupe de combat, samedi, dans les rues des villes dont j'ai parlé. Ce qui nous inquiète le plus, c'est plutôt ce genre de profils, des individus un peu isolés, qui sont nourris d'idéologies racistes, qui s'abreuvent des discours ambiants, et qui, soudainement, passent à l'action. C'est ça qui nous inquiète le plus. Et c'est évidemment ce qui est le plus difficile à détecter. Bien évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que les réseaux sociaux sont mis à contribution, à la fois pour défiler, mais d'ailleurs, peut-être, on s'est posé la question, samedi, en regardant les algorithmes, est-ce qu'ils sont réfrénés, en quelque sorte ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez que les réseaux sociaux doivent être des partenaires, ou est-ce qu'ils jouent le jeu ou non ?

LAURENT NUNEZ
Alors, d'abord, effectivement, ces individus qui, souvent, sont isolés, alors, on verra au cas d'espèce, mais qui s'abreuvent, effectivement, dans les réseaux sociaux. Effectivement, beaucoup de la radicalisation peut passer par les réseaux sociaux. Et évidemment, les plateformes ont des obligations de signalement quand il y a des contenus qui sont illégaux, notamment sur la thématique du terrorisme.

APOLLINE DE MALHERBE
Laurent Nunez, il y a une semaine, vous présentiez votre démission à la suite de la journée du fiasco du 17 octobre. Est-ce qu'aujourd'hui, vous vous dites, je suis au bon endroit et j'ai les moyens de remettre l'ordre dans ce pays ?

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr. Enfin, moi, j'ai accepté d'être ministre de l'Intérieur pour servir mon pays, d'abord. Je ne me projette pas, je n'ai pas de projet personnel. Je resterai aussi longtemps qu'on me fera confiance, et le président de la République et le Premier ministre à mon poste. Voilà, j'ai une expérience que je mets à la disposition de mon pays. Voilà, moi, je suis là pour servir mon pays et rien d'autre. Je n'ai aucun projet politique personnel et je ne me projette pas au-delà de l'intérêt général.

APOLLINE DE MALHERBE
Et l'intérêt général, c'est la stabilité de notre pays. Est-ce que l'on va pouvoir tenir six mois jusqu'à l'élection présidentielle ?

LAURENT NUNEZ
On tiendra six mois jusqu'à l'élection présidentielle.

APOLLINE DE MALHERBE
On tiendra, vous n'avez aucun doute ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr, on tiendra. Après, évidemment, vous voyez ce qui s'est passé à Trappes. Vous voyez ce qui se passe, ce qui est encore une fois très grave.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que notre société...

LAURENT NUNEZ
Je dis beaucoup de choses de notre société. Ce qui se passe dans la rue, quand maintenant l'expression, elle se traduit finalement par... On n'imagine pas l'expression et la revendication d'une opinion autrement que par la violence. Quand vous voyez que nous sommes obligés, il faut aussi mettre ça sur la table. Quand vous voyez que nous sommes obligés de protéger massivement le Congrès du Rassemblement National, parce qu'il y a des gens qui vont manifester contre, au risque d'agréger, je ne critique pas. Tout le monde peut manifester. Orléans, à ma mission, c'était de garantir la liberté de réunion politique et la liberté de manifester, mais en condition qu'il n'y ait pas de trouble à leur public. Orléans, heureusement, elle n'est pas passée à l'action parce qu'elle en a été empêchée par le dispositif policier mis en place. Il y avait une partie de la mouvance d'ultra-gauche, d'extrême-gauche radicale, etc. Donc, quand vous mettez tout ça bout à bout, oui, ce sera compliqué. Il faut de l'apaisement, il faut de cohésion, il faut vivre ensemble.

APOLLINE DE MALHERBE
Une association qui cocotte minutes. Certains estiment effectivement qu'il y a la question de la durée, qu'il y a aussi la question de l'agenda et du calendrier électoral. Je sais que ce n'est pas votre prérogative, mais celle du président de la République. Mais est-ce qu'en termes de maintien de l'ordre, le fait que le deuxième tour tombe le lendemain d'une journée à très forte mobilisation de manifestations, est-ce que vous estimez que malgré tout, c'est un risque ?

LAURENT NUNEZ
La date a été fixée, a été donnée après un conseil des ministres au début juillet, je crois. Donc, c'est le décret de convocation des électeurs qui fixera.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'était avant qu'on se retrouve dans cette situation.

LAURENT NUNEZ
C'est le décret de convocation des électeurs qui fixera effectivement la date. Ce que je veux vous dire, d'ici aux élections, et même tout simplement à très court terme dans les semaines qui viennent, oui, il y a une situation qui est extrêmement tendue. Il faut que moi, mon travail, c'est de maintenir l'ordre public dans la rue, de le faire. Il y a eu évidemment le gros plantage du 17 octobre, que j'assume totalement. D'ailleurs, c'est pour ça que j'ai présenté ma démission. Je ne me suis jamais planqué dans ma vie comme fonctionnaire et comme ministre, encore moins. Maintenant, je pense qu'il faut que nous, on apporte des solutions de maintien de l'ordre. Mais il faut aussi que dans notre pays, un certain nombre de groupes politiques, de syndicats, il y a la revendication, elle est légitime. Mais attention aussi au vivre ensemble, à la cohésion et à la mesure qu'il faut avoir dans la façon dont on exprime les demandes. Attention.


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 octobre 2026