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Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à France Info le 27 octobre 2026, sur les réponses du gouvernement aux revendications des lycéens et le projet de loi " casseurs-payeurs ".

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Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

MADJID KHIAT
Bonjour, Vincent JEANBRUN.

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

MADJID KHIAT
Alors on va parler de l'actualité du jour, qui est le projet de loi " casseurs-payeurs ", qui va arriver du côté du Sénat. Mais avant, je voulais quand même vous entendre sur les annonces en ce qui concerne les lycéens. Hier, les annonces du ministre de l'Education nationale, ça n'a pas convaincu un certain nombre de syndicats de lycéens, qui appellent à continuer la mobilisation. Mais pourquoi avoir attendu un mois pour faire ce type d'annonces ?

VINCENT JEANBRUN
Alors ce qui est très important, c'est de continuer le dialogue. Et les annonces de mes collègues ministres de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur viennent après un processus de travail et de concertation, pour que, justement, on puisse démontrer une méthode qui est : on écoute, on travaille et on fait des annonces. Et ça a été rappelé par Edouard Geffray, hier, le ministre de l'Education nationale, dont on est certain de la capacité à les mettre en oeuvre et de le faire dans les six mois qui restent avant l'élection présidentielle, pour un certain nombre de ces mesures. Et puis, je veux quand même le souligner, cela passera notamment par des amendements au budget. Vous savez qu'on discute le budget actuellement au Parlement. Et donc si on veut des professeurs supplémentaires, si on veut des moyens supplémentaires, il faut qu'il y ait un budget qui corresponde. Et c'est juste, pour que chacun comprenne bien : si on n'est pas capable, au Parlement, de se mettre d'accord sur un budget, il n'y aura pas de profs en plus. Et donc l'importance qu'il y a un consensus politique pour qu'on arrive à adopter un budget dans ce pays, il est essentiel y compris pour nos lycéens.

MADJID KHIAT
Sur les revendications, il y a la question du bâti scolaire. C'est un point extrêmement important pour de nombreux lycéens. L'annonce, ce sont des prêts à hauteur de… Ça va aller jusqu'à 4 milliards pour les conseils régionaux, parce que ce sont eux qui gèrent les lycées.

VINCENT JEANBRUN
Absolument.

MADJID KHIAT
Mais hier, je lisais que certains, au niveau des conseils régionaux, disent : " Nous, on ne veut pas des prêts, on veut des moyens supplémentaires. " Qu'est-ce que vous leur dites ?

VINCENT JEANBRUN
L'idée, c'est que l'Etat puisse être en renfort de la responsabilité des régions. Vous savez, à un moment donné, on ne peut pas vouloir tout et son contraire, c'est-à-dire que les régions souhaitent garder la compétence lycée. Et comme les départements ont les collèges et les villes ont les écoles. Là, ce qu'on constate, c'est que toutes les régions n'ont pas mis la même politique en oeuvre. Moi, je le vois dans la région Île-de-France : Valérie PECRESSE a notamment fait un plan de rénovation de ses lycées extrêmement ambitieux. Ce qui n'a pas empêché, d'ailleurs, certains d'aller quand même brûler des lycées flambant neufs. Donc on a envie de les accompagner pour accélérer le processus. Et puis il y a d'autres régions où, effectivement, on dit : " On se tient à vos côtés. " Mais vraiment, je veux le dire, il y a la question du bâti, il y a la question des professeurs. Tout est mis sur la table et la discussion continue.

MADJID KHIAT
Avant d'aller sur le projet de loi " casseurs-payeurs ", des manifestations partout en France, je veux quand même vous entendre sur la forme, parce qu'hier, Sébastien Lecornu, avant même d'annoncer toutes ces annonces aux syndicats de lycéens, il a reçu des influenceurs. Et ça, ça a beaucoup fait parler, ça a beaucoup fait réagir. Est-ce que c'était une bonne idée ?

VINCENT JEANBRUN
Le sujet, c'est : comment on parle à la jeunesse ? Et on sait qu'aujourd'hui, il faut utiliser tous les canaux possibles pour être en interaction avec elle. Et les influenceurs font partie de ces nouveaux moyens de communication. Ça permettait aussi, d'ailleurs, d'avoir un retour à chaud. Donc on n'aurait fait que les influenceurs, ça n'aurait pas eu de sens. Utiliser tous les moyens possibles pour parler à la jeunesse...

MADJID KHIAT
Donc vous avez commencé par les influenceurs. Sur les manifestations, il va y avoir à nouveau des manifestations dès samedi 31 octobre. Hier, le président de la République s'est déplacé du côté de Marseille. Il a dit que les forces de police, le 17 octobre, n'ont pas été dûment proportionnées. C'est donc la faute de Laurent Nuñez, si on comprend bien le président de la République ?

VINCENT JEANBRUN
Ce qui s'est passé le 17 octobre, avec cette accumulation de facteurs, que ce soit une manifestation plus importante, on sait très bien, une manifestation avec des revendications légitimes, mais beaucoup plus importante, donc à surveiller, c'était un petit peu plus complexe. Des Black Blocs, des ultras qui étaient venus vraiment pour casser et pour, pardon, casser du policier, étaient venus en force et ont attaqué beaucoup plus tôt que prévu. Et tout ça venus renforcés par des pillages. Cette configuration, avec ce calendrier-là, cette répartition partout dans le pays, fait que oui, effectivement, ça n'avait pas été assez anticipé. Le ministre de l'Intérieur l'a reconnu. Il a dit qu'effectivement, il fallait changer la doctrine pour le week-end suivant. C'est ce que nous avons fait. Et malgré les attaques, parce qu'il y a eu ce week-end aussi des casseurs qui sont venus pour casser, et vous avez eu aussi une tentation de pillage, eh bien là cette fois, la réponse était proportionnée. Donc l'Etat a tenu et l'ordre a été établi.

MADJID KHIAT
Vous êtes aussi ministre de la Ville. En ce qui concerne les centres-villes, il y a des inquiétudes, notamment des commerçants, pour les prochaines semaines. Est-ce que vous nous confirmez qu'il n'y aura pas de manifestation en centre-ville ce samedi ?

VINCENT JEANBRUN
Ce que dit le président de la République hier, c'est qu'on continuerait à avoir des parcours différents, de façon à ce que l'on puisse éviter les centres-villes et surtout qu'on puisse éviter la violence. Parce que le sujet, c'est comment, dans un pays où on défend la liberté d'expression et où on défend, je crois, très nombreux, la liberté de manifester, on puisse le faire dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire sans violence et sans casse.

MADJID KHIAT
Il y a le projet de loi " casseurs-payeurs " qui arrive au Sénat. Lui aussi fait beaucoup parler, ce projet de loi. S'il est voté, qu'est-ce qu'il va permettre qui n'est pas possible aujourd'hui ? Pour bien l'expliquer à nos téléspectateurs.

VINCENT JEANBRUN
Plusieurs choses, mais peut-être deux qui seront essentielles. La première, c'est la possibilité de prélever sur les minima sociaux les compensations, donc de mettre des amendes, y compris sur les minima sociaux. Pour les majeurs, directement sur leurs allocations. Pour les mineurs, sur les allocations des parents, pour responsabiliser aussi les parents. Donc ça, c'est une nouveauté. Et la deuxième nouveauté, surtout, c'est que le fait de participer à des rassemblements alors même que la police a demandé de se disperser deviendra une cause de... comment dire ? De mise en cause. C'est-à-dire qu'on pourra vous demander de payer également, même s'il n'y a pas une preuve manifeste que vous avez pris la barre de fer pour casser la vitre du camion de pompiers à Marseille. Vous étiez autour, la police avait demandé de se disperser.

MADJID KHIAT
Et donc on passe d'une responsabilité individuelle à une responsabilité collective. Je vais juste vous donner un exemple précis, et j'ai envie de vous entendre sur cet exemple précis.

VINCENT JEANBRUN
Oui. Mais j'entends qu'il y a des débats d'experts et de juristes. Nous, on a évidemment fait passer le texte au Conseil d'Etat, qui a vérifié la constitutionnalité, d'une part. Deuxièmement, le sujet n'est pas de dire : " Vous avez cassé la vitre du camion de pompiers ", comme celui qui l'a vraiment fait avec sa barre de fer. C'est parce que vous avez créé ce rassemblement, vous avez empêché les forces de l'ordre de venir empêcher celui qui avait la barre de fer de casser le camion de pompiers, alors vous avez une responsabilité collective. Et une fois que vous avez cette lecture-là du droit, c'est quelque chose qui tient la route.

MADJID KHIAT
Mais j'ai envie de vous entendre avec un exemple assez précis. Je suis aussi reporter sur le terrain et j'ai couvert la manifestation du 17 octobre. J'ai vu des scènes de pillage, notamment un magasin de sport. J'ai vu des pilleurs s'attaquer aux magasins. J'ai aussi vu des personnes qui étaient là, à côté, qui n'ont pas participé aux pillages, qui ne se sont pas opposées aux forces de l'ordre, mais qui attendaient que le cortège parte. Ça veut dire que ces personnes pourraient être mises en cause ?

VINCENT JEANBRUN
Non, parce que le principe, c'est d'avoir été interpellé et de passer devant un juge. Donc si la personne est juste coincée au mauvais endroit, ce n'est pas le sujet, ce n'est pas la cible de cette mesure. Evidemment que non. En revanche, je reprenais cet exemple. On a tous en tête ce camion de pompiers à Marseille qui, pendant le 17 octobre, est pris d'assaut et pris d'attaque. Vous en avez une partie de ce groupe qui, opérationnellement, tape, brûle, fracasse. Et puis, tout autour, vous avez une espèce de meute qui empêche la police d'arriver. A partir du moment où la police aura dit : " Dispersez-vous ", aura dit : " Vous n'avez plus le droit d'être là " et que vous restez sur place, vous commettez

MADJID KHIAT
Mais parfois, moi, j'ai pu le constater sur le terrain, il y a des endroits où c'est assez fermé et c'est compliqué de quitter les lieux.

VINCENT JEANBRUN
Encore une fois, prenez l'exemple de Marseille. Là, ce n'était pas compliqué de quitter les lieux.

MADJID KHIAT
Je parlais de la place…

VINCENT JEANBRUN
On parle de personnes qui prennent des pavés, qui les jettent sur les policiers, on parle de personnes qui jettent de l'acide sur les policiers. Et donc c'est ça. Prenez un autre exemple : vous avez des types qui sont montés sur les toits d'immeubles. Le 17.

MADJID KHIAT
A Paris notamment.

VINCENT JEANBRUN
Vous en avez un qui jette une cheminée sur les forces de l'ordre en dessous. On a vu cette image tourner sur les réseaux sociaux. Bon, pardon, mais tout le groupe sur les toits n'avait rien à faire sur les toits.

MADJID KHIAT
Il y a quand même des critiques. Je regarde une tribune dans Le Monde, un collectif d'organisations syndicales, notamment la CGT, qui dit que c'est une atteinte grave à la liberté de manifestation. Il y a la Ligue des droits de l'homme qui dit que c'est un texte liberticide et que ça va décourager peut-être certaines personnes de manifester.

VINCENT JEANBRUN
On ne peut pas dire tout et son contraire.

MADJID KHIAT
Mais ça, ce sont les mots utilisés par ces syndicats.

VINCENT JEANBRUN
Moi aussi, j'ai des gens autour de moi qui croient profondément à la liberté d'expression et qui ont des revendications et qui veulent manifester. Mais la vraie peur, c'est de se retrouver au milieu de ces casseurs, de ces violents, de ces séditieux. C'est ça, le vrai sujet. Il ne faut pas inverser les valeurs, là. Donc le meilleur moyen de protéger ceux qui veulent manifester pacifiquement, c'est d'avoir des outils juridiques qui permettent de taper et de sanctionner. Quand je dis " taper ", c'est taper au portefeuille.

MADJID KHIAT
Elle passera le stade du Conseil constitutionnel, selon vous ? Parce qu'il y a certains experts du droit qui disent : attention !

VINCENT JEANBRUN
... On est passé par le Conseil d'Etat préalablement. Ensuite, vous savez comment se passe le débat parlementaire : il peut y avoir des amendements. Certains de ces amendements, comme ils ont été rédigés sans avoir été préalablement passé au Conseil d'Etat, on ne sait pas jusqu'où ça peut aller. Donc on verra. Mais la copie du gouvernement, elle est évidemment valide. Enfin, ce n'est pas n'importe quoi. Et on ne passe pas en Conseil des ministres un texte qui n'a pas été soumis au Conseil d'Etat, dont la mission, justement, c'est de nous dire si ça tient la route juridiquement ou pas.

MADJID KHIAT
Vincent JEANBRUN, il nous reste très peu de temps, mais je voulais quand même vous entendre parce qu'il y a eu cet attentat raciste à Trappes vendredi. Il y a aussi une hausse des actes de racisme en France. Les chiffres du ministère de l'Intérieur, c'est 16 400 infractions racistes qui ont été enregistrées en 2025, 5% de plus que l'année précédente. Comment le gouvernement peut lutter contre le racisme, contre les discriminations ?

VINCENT JEANBRUN
C'est le gouvernement, mais c'est surtout tous les Français qui croient profondément à l'esprit républicain, qui est l'esprit de l'universalisme. On ne regarde pas les gens en fonction de leur couleur de peau, de leur religion ou de leur orientation, mais uniquement dans leur comportement. C'est ça, l'universalisme républicain. Et ça, ça doit être partout, à tous les étages, à l'école, au travail. Moi-même, sur la question du logement, je travaille avec toutes les agences immobilières de France à une charte de lutte contre les discriminations.

MADJID KHIAT
Parce qu'il y a une problématique de discrimination.

VINCENT JEANBRUN
Parce qu'il peut y avoir de la discrimination raciale, religieuse, d'orientation. Et donc évidemment, il faut qu'on mène ce combat. C'est l'honneur de la République que de le mener.


source : Service d'information du Gouvernement, le 28 octobre 2026