Texte intégral
JEAN-NOËL BARROT
Bonjour.
FRANCIS LETELLIER
On va parler d'abord des élections en Israël, où c'est au coude-à-coude actuellement entre Benyamin Netanyahou et Gadi EISENKOT, même s'il y a un léger avantage, au cours des dernières minutes, pour Benyamin NETANYAHOU. Quoi qu'il en soit, Israël entre dans une période d'instabilité politique. Pour la diplomatie française, c'est une période compliquée qui arrive ?
JEAN-NOËL BARROT
Non, parce que notre cap est très clair et notre position est inchangée. S'agissant des élections, il faut quand même attendre la fin du dépouillement, puisqu'on est à 50% des bulletins dépouillés. Et ensuite, effectivement, il appartiendra au président d'Israël de désigner celui qui sera chargé de former un gouvernement.
FRANCIS LETELLIER
En clair, que ce soit l'un ou l'autre, ça ne change rien pour vous ? Que ce soit Benyamin NETANYAHOU ou Gadi EISENKOT, ça ne change rien ?
JEAN-NOËL BARROT
Notre cap ne variera pas. Ce que je relève, en tout cas, c'est-à-dire que ce que nous souhaitons, c'est la sécurité pour Israël, mais c'est aussi la perspective de deux Etats vivant côte à côte, reconnus et respectés dans leurs droits, en paix et en sécurité. La solution à deux Etats.
FRANCIS LETELLIER
Ça risque d'être plus facile, j'allais dire, avec Gadi EISENKOT, qu'avec Benyamin NETANYAHOU.
JEAN-NOËL BARROT
Mais ça ne changera pas notre cap, quoi qu'il arrive.
FRANCIS LETELLIER
Oui, mais ce sera plus facile avec l'un qu'avec l'autre, non ?
JEAN-NOËL BARROT
Vous savez, il faut laisser les choses se faire. Il faut prendre que les gouvernements, que les peuples vous donnent. C'est ainsi que nous procédons, c'est ainsi que nous travaillons et c'est ainsi que nous allons le faire.
FRANCIS LETELLIER
Donc que ce soit l'un ou l'autre, ça ne change rien pour la diplomatie française.
JEAN-NOËL BARROT
Vous savez qu'en Israël, ce sont des coalitions qui doivent se former. Et ce que je relève s'agissant de cette élection, c'est d'abord le taux de participation record. Le peuple israélien avait quelque chose à dire. Et la deuxième chose, c'est le score des partis arabes, qui atteignent des scores historiques, puisqu'on oublie souvent de rappeler qu'en Israël vivent 20 % de citoyens arabes.
FRANCIS LETELLIER
Et donc quelles conclusions vous en tirez ?
JEAN-NOËL BARROT
Eh bien, j'en tire que cela va sans doute peser dans les choix qui seront ceux du futur gouvernement, car il y aura une force nouvelle au Parlement, en tout cas une force plus importante formée par...
FRANCIS LETELLIER
Notamment pour les Etats palestiniens. Pour les territoires palestiniens, notamment.
JEAN-NOËL BARROT
Notamment mais pas seulement.
FRANCIS LETELLIER
C'est là que vous avez des espoirs, éventuellement, en disant les partis arabes qui arrivent en force.
JEAN-NOËL BARROT
Mais vous savez, je n'ai ni inquiétude ni espoir. J'ai de la détermination, parce qu'il n'y a pas d'autre solution que la solution à deux Etats pour que la paix et la stabilité puissent être instaurées dans cette région.
FRANCIS LETELLIER
En septembre, vous annonciez que la France allait cesser le commerce avec les colonies israéliennes illégales situées en Cisjordanie. Ça en est où, cette histoire ?
JEAN-NOËL BARROT
Alors d'abord, pourquoi est-ce qu'on a pris cette décision ? C'est parce que ce qui se passe en Cisjordanie est tout simplement révoltant. On assiste à une explosion des violences, à une accélération effrénée de la colonisation. Et depuis la fin septembre, c'est la période de la cueillette des olives, qui est une période agricole importante en Palestine, pendant laquelle les colons terrorisent les agriculteurs palestiniens.
FRANCIS LETELLIER
Qu'est-ce qui a été fait depuis ?
JEAN-NOËL BARROT
Nous avons pris cette décision avec 11 autres pays. Et mon souhait, bien sûr, puisque c'est une compétence européenne, c'est que l'Europe puisse en tirer les mêmes conclusions.
FRANCIS LETELLIER
Et pour l'instant, il n'y a rien de changé.
JEAN-NOËL BARROT
Il y a des discussions avec nos partenaires, il y a une proposition de loi qui a été déposée à l'Assemblée nationale par les Socialistes, mais pas seulement
FRANCIS LETELLIER
Par les Socialistes et avec d'autres groupes parlementaires.
JEAN-NOËL BARROT
Avec d'autres groupes parlementaires dont le MoDem en particulier. Et nous échangeons avec eux. Il y a plusieurs modalités, si ce n'est pas l'Europe qui devait prendre cette décision. Et nous les examinons en ce moment.
FRANCIS LETELLIER
Donc la proposition de loi déposée par le PS, en l'occurrence, ça vous aiderait si elle était adoptée ?
JEAN-NOËL BARROT
C'est une des modalités pour parvenir à l'objectif.
FRANCIS LETELLIER
En France, de nouvelles manifestations sont prévues samedi et le 5 novembre. Les images de manifestants, de blocages, de pillages tournent dans le monde entier. Vous imaginez bien, vous le savez. Ça affaiblit-il la crédibilité de la France à l'étranger ?
JEAN-NOËL BARROT
Ce qui est certain, c'est que ces images, comme très souvent lorsqu'il se passe quelque chose dans notre pays, sont récupérées, déformées et amplifiées par tous ceux qui veulent nuire à l'image de la France à l'étranger. Et c'est le cas de mouvements qui viennent des Etats-Unis, parfois d'Israël, parfois d'Iran, parfois de Russie, bien sûr. Ce qu'on a vu, en l'occurrence, c'est la multiplication de messages sur les réseaux sociaux qui attribuent à l'immigration massive ou à l'islam radical les manifestations qui se sont déroulées.
FRANCIS LETELLIER
Alors ça vient d'où, ça ?
JEAN-NOËL BARROT
Ça vient, je vous le dis, de ceux qui veulent nuire à l'image de la France en exploitant...
FRANCIS LETELLIER
Oui. Vous dénoncez souvent...
JEAN-NOËL BARROT
Mais non, c'est très simple.
FRANCIS LETELLIER
Vous dénoncez souvent des ingérences étrangères.
JEAN-NOËL BARROT
Non, c'est très simple. Ce sont des rivaux, des compétiteurs ou tout simplement...
FRANCIS LETELLIER
Mais qui ?
JEAN-NOËL BARROT
Je viens de vous le dire, des mouvements qui viennent des Etats-Unis, d'Israël, c'est la Russie, c'est parfois de Chine, qui veulent nous affaiblir, ternir notre image à l'étranger, qui récupèrent des événements qui se produisent dans notre pays, qui les déforment et qui racontent leur propre histoire sur la France.
FRANCIS LETELLIER
Mais c'est vraiment important, ce mouvement sur les réseaux sociaux, ou c'est marginal ?
JEAN-NOËL BARROT
Non, c'est très simple. Quand on fait l'analyse de ce qui s'est dit sur les manifestations, les événements de ces dernières semaines en France, deux tiers des contenus qui évoquent les questions d'immigration proviennent de l'étranger, alors qu'on sait bien que les origines de ce à quoi on a assisté dans d'autres pays sont tout à fait différentes. Mais c'est comme d'habitude et il faut en être conscient, parce que c'est ce qui se passe sur les réseaux sociaux : des récits, des histoires qui ont vocation à nous nuire et qui sont écrits, rédigés et diffusés par des adversaires ou des compétiteurs.
FRANCIS LETELLIER
Alors face à cela, le gouvernement veut restreindre l'accès à certains réseaux sociaux pendant les manifestations, qui sont accusés, vous le disiez, de propager les actions violentes sur les réseaux sociaux. Donc vous dénoncez les ingérences étrangères. Mais la loi, c'est une loi qui va être une loi française pour interdire ou limiter les réseaux sociaux pour les Français. Cela veut dire que vous ne pouvez pas agir directement contre ces pays ?
JEAN-NOËL BARROT
Alors il ne faut pas tout mélanger. Ce que j'ai évoqué, c'est l'amplification, la déformation, aux fins de nous nuire, par des rivaux, des adversaires, de ce qui se passe dans notre pays. Face à cela, nous agissons en ripostant de plus en plus vigoureusement, mais aussi en développant, en tout cas c'est ce que nous faisons au ministère des Affaires étrangères, des récits sur la vérité de ce qu'est la France, de ce qu'elle pense, de ce qu'elle fait à travers le monde. Et évidemment, la destination, ce sont les audiences étrangères, pour contrer, en fait, ces récits qui nous font beaucoup de mal à l'étranger. Ensuite, il y a la propagation sur les réseaux sociaux de contenus illicites qui appellent au pillage, à la violence. Et cela appelle, de la part du gouvernement, c'est la décision qui a été prise hier soir au Sénat, de pouvoir beaucoup plus rapidement obtenir des plateformes qu'elles retirent ces contenus. Un appel au pillage, il est retiré.
FRANCIS LETELLIER
Donc à défaut d'agir sur les pays. Mais même si vous le faites, vous le disiez, mais de façon... c'est plus compliqué.
JEAN-NOËL BARROT
Non. Je dis : attention, il ne faut pas mélanger les choses. Vous avez des messages sur les réseaux sociaux qui disent : " Regardez, la France est perdue, elle est décadente ", etc. Nous ripostons, c'est notamment le rôle du Quai d'Orsay. Et ensuite, vous avez des messages qui peuvent provenir de la France, qui appellent au pillage, aux dégradations, aux violences. Ces contenus-là, ils doivent être retirés, d'où qu'ils viennent.
FRANCIS LETELLIER
La préoccupation des Français en ce moment, c'est le prix des carburants. La semaine dernière, Emmanuel Macron est allé au Moyen-Orient pour négocier des livraisons de diesel supplémentaires en provenance de Bahreïn ou des Emirats arabes unis. Est-ce que vous pensez que ça va vraiment permettre de faire baisser les prix à la pompe ?
JEAN-NOËL BARROT
Ce qui est sûr, c'est que ça va sécuriser nos approvisionnements en diesel : 300 000 tonnes par mois de diesel. Vous l'avez dit, Bahreïn, Emirats, Arabie saoudite, c'est un peu plus de 10% de notre consommation mensuelle. Et donc ça nous met à l'abri de toute forme de pénurie, si je puis dire, de diesel.
FRANCIS LETELLIER
… Pas forcément d'augmentation des prix.
JEAN-NOËL BARROT
Oui, mais les prix, ça vient d'où ? Eh bien, ça vient de cette guerre qui n'est pas la nôtre, de ce blocage du détroit d'Ormuz. Et donc notre présence dans la région, l'action du président de la République, c'est de trouver la sortie de crise pour faire baisser la pression sur les prix.
FRANCIS LETELLIER
Un dernier mot ? Vous êtes vice-président du MoDem. On est à six mois de la présidentielle. Il n'y a toujours pas de candidat évident dans le bloc central.
JEAN-NOËL BARROT
Il y en a trop.
FRANCIS LETELLIER
Il y en a trop. Il y a urgence à trouver un accord ?
JEAN-NOËL BARROT
Il y a urgence à identifier un candidat qui pourra représenter nos valeurs, qui pourra porter nos couleurs. Mais n'oublions pas qu'il n'y a pas que l'élection présidentielle dans la vie. Il y a les élections qui suivront et qui seront tout aussi importantes, les élections législatives, auxquelles il faut également nous préparer.
source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2026