Texte intégral
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Bonjour Marie-Pierre Vedrenne.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Bonjour.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Alors hier, le Sénat a donc adopté le projet de loi casseurs-payeurs. Le texte a été durci, la solidarité financière s'ajoute à la responsabilité collective et donne une nouvelle dimension à ce projet porté, je vous le rappelle, par Bruno Retailleau en 2019. Allocation familiale, aide au logement, RSA et même allocation de rentrée scolaire et prime d'activité. Ce n'est pas beaucoup ça ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Déjà, repartir peut-être de pourquoi le Gouvernement a souhaité porter ce projet de loi en Conseil des ministres, parce qu'effectivement on parle d'un projet de loi, donc c'est-à-dire d'une proposition faite par le Gouvernement, donc ça a été présenté en septembre dernier. Repartir du contexte qui a amené à poser cette proposition, c'est-à-dire avoir un contexte dans lequel nous faisons face à de plus en plus de violences, notamment à l'occasion d'événements qui se veulent sportifs, culturels…
NATHANAËL DE RINCQUESEN
C'était à l'issue de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Exactement, et malheureusement nous l'avons vu avec le week-end dernier aussi des violences de plus en plus nombreuses, de plus en plus violentes justement. Et c'est ça qui a amené aussi le Gouvernement à proposer ce texte, à faire en sorte qu'effectivement on aille là où il y a une responsabilité individuelle, parce qu'on a, à l'heure actuelle, et on le voit et on en débat beaucoup dans le contexte, oui, il y a le droit de manifester, c'est essentiel. La liberté de manifester, elle doit être garantie, mais par contre, ça ne donne pas un permis de détruire.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Mais jusqu'où doit aller la responsabilité financière des parents ? Vous êtes vous-même maman, vous ne savez pas ce que fait votre fille tous les jours, à tous les moments, vous ne la suivez pas…
MARIE-PIERRE VEDRENNE
J'essaie de faire en sorte de savoir où est ma fille et de lui inculquer aussi le fait qu'on ne détruit pas, on ne casse pas quand on veut se faire entendre.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Est-ce qu'on peut accepter qu'il y ait des parents qui soient dépassés par les événements et par l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Mais ça, je peux entendre que justement des parents qui puissent être, par exemple, et on le voit bien dans certains cas en situation monoparentale, éprouver certaines difficultés. D'où la logique aussi, de point qu'on ne parle pas toujours au sein du ministère de l'Intérieur, c'est les politiques de prévention. Faire en sorte que justement les trajectoires ne basculent pas dans la délinquance. Et moi, c'est tout ce que m'a confié le ministre de l'Intérieur justement.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Vous, c'est une de vos missions, la prévention de la délinquance. Alors là, avec cette loi casseurs-payeurs, vous vous dites : " Tiens, j'ai un nouvel outil pour justement faire de la prévention contre la délinquance ", ou au contraire vous dites : " bon, en fait ce n'est plus de la prévention, c'est de la répression, donc j'ai échoué. " ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
En fait, au sein du ministère de l'Intérieur, c'est une chaîne continue que nous essayons d'assurer. C'est effectivement travailler sur la prévention, faire en sorte que ces trajectoires ne basculent pas. Donc avec justement le secrétariat général à la prévention de la délinquance, où on a fait un profond travail pour changer sa gouvernance, pour pouvoir répondre à ces objectifs-là, et être plus précis justement sur ce travail, et faire un travail d'orfèvre et de dentelle, accompagner notamment les maires, parce que les maires c'est les acteurs centraux de la prévention. Et puis oui, quand ça ne fonctionne pas, et malheureusement c'est ce qu'on constate dans certains cas, il est nécessaire d'aller jusqu'à la sanction. Et donc le panel de sanctions aussi doit être élargi. Et on le voit bien, qu'est-ce que nous demandent…
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Là, il a été élargi.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Oui, la volonté est de l'élargir, parce que je veux dire aussi que les Français sont plutôt en soutien à ce projet de loi. Quand on regarde les différentes enquêtes, il y a un soutien fort des Français. Le sujet par contre d'une loi, c'est qu'elle doit être opérationnelle, à mon sens, pour pouvoir être crédible. Et c'est là aussi où tout le travail qui va être mené concrètement. Alors là, on a eu effectivement, ça a été rappelé dans le journal, le texte adopté au Sénat. Maintenant, il va y avoir les débats à l'Assemblée nationale.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Ce n'est pas terminé, il y a encore des discussions et risque peut-être d'être encore légèrement modifié. Alors, les sanctions, pourquoi ? Donc on en a parlé, vous me parliez du Paris Saint-Germain, des débordements de supporters, de ce qui s'est passé dans les différentes villes de France et notamment Limoges, la ville dont vous êtes originaire. 9 Français sur 10 ont dit leur colère après les événements du 17 octobre. Près de 700 commerces sont encore fermés ce matin. La violence, les pillages, les blessures, l'image de la France est souillée. Comment restaurer ce lien républicain qui permet à un pays d'avancer ? C'est aussi votre mission de déléguée de la Citoyenneté. Comment est-ce qu'on fait pour recoller les morceaux ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
C'est tout mon objectif, peut-être repartir… Vous, vous venez de le dire et ça a été dit dans la chronique. Effectivement, moi, je suis née à Limoges, j'ai grandi à Limoges et j'ai profondément été affectée, comme tous les Limougeauds, par ce qui s'est passé, par le fait qu'on ait voulu sciemment brûler une mairie. La mairie, finalement, ça reprend ce que vous dites aussi, c'est le lieu de tous nos concitoyens, c'est le lieu de protection du plus vulnérable, c'est là où on va se marier, c'est là où on va déposer nos papiers pour nos enfants. C'est tous ces axes-là qu'on crée de la mairie. Donc oui, il y a des cassures profondes dans notre…
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Il faut repartir de la base ? La reconstruction va se faire de manière locale dans un premier temps ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Je pense que oui.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Puis nationale ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Il faut partir, en fait, des réalités et du quotidien de là où se trouvent les Français et les Françaises, et c'est dans l'entièreté des territoires. Je pense que nous devons travailler à reconstruire, à retisser un lien entre tous nos concitoyens qui soit beaucoup plus fort. Mais qu'est-ce qu'on constate à l'heure actuelle, et notamment par les forces politiques ? C'est la fragmentation, c'est l'opposition, c'est la confrontation permanente. Et moi, mon rôle, c'est de faire en sorte justement d'avoir un apaisement et de recréer du lien et du dialogue.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Alors, on va parler des forces politiques dans un instant, mais juste avant, j'aimerais que vous écoutiez la question de Christophe Barbier, qui est chroniqueur chez vous, et qui a une question très concrète à vous poser. Ecoutez.
CHRISTOPHE BARBIER
La citoyenneté, madame la ministre, est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, le Gilet jaune en colère parce qu'il ne boucle pas les fins de mois, le lycéen tenté par l'ultragauche, se considèrent encore comme des citoyens ? Est-ce qu'ils ne sont pas plutôt des rebelles, des révoltés, des ennemis de la République ? Comment les ramener dans la citoyenneté ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
C'est une question, je pense, profonde et qui doit nous animer collectivement. Effectivement, c'est quoi être citoyen ?
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Ça pourrait être une question du bac philo.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Tout à fait !
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Alors par contre, là, vous n'avez pas deux heures, vous avez une minute.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Je pense qu'on doit sortir de la philosophie et on doit répondre, et c'est là où on voit, la politique, c'est la confrontation au réel. C'est parler et répondre aux attentes légitimes de nos concitoyens. Moi, je n'aime pas classer d'un côté, il y a les gilets jaunes, d'un côté, il y a les lycéens, d'un côté, il y a les commerçants, etc. Moi, la citoyenneté, j'ai face à moi, des Français et des Françaises qui ont des droits et des devoirs. Et mon objectif, c'est de faire en sorte que les principes qui soient écrits sur nos mairies - liberté, égalité, fraternité - se matérialisent dans la vie de chaque Français. C'est ça qui est absolument important et déterminant.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Alors, nous sommes à six mois de la présidentielle. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les partis traditionnels ont du mal à exister face aux extrêmes, notamment auprès des plus jeunes électeurs. Selon vous, qu'est-ce qui les séduit dans le Rassemblement national et la France insoumise ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
J'essaie de passer beaucoup de temps avec les jeunes.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
C'est un vote de conviction ou un vote de contestation ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Je pense qu'il y a un peu des deux. Et oui, je pense qu'il y a un peu des deux. Chez certains, il peut y avoir une adhésion au projet qui est proposé par à la fois le Rassemblement national ou la France insoumise. Moi, évidemment, je n'adhère à aucun de ces projets. Mais le sujet, c'est quelles alternatives on propose, notamment aux jeunes générations ? Quel espoir…
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Justement, quelles alternatives vous proposez ? Alors, petite précision, vous faites partie du MoDem de François Bayrou. Selon vous, pourquoi le centre peine à donner envie aux jeunes aujourd'hui ? C'est quoi ? C'est un problème de bilan ou un problème de projet ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Evidemment, on est comptable d'un bilan, mais finalement, comme aussi tout le monde, parce que, et spécifiquement dans ce deuxième quinquennat où il n'y a pas de majorité. Oui, nous sommes aux affaires, comme on dit. Oui, je suis membre d'un Gouvernement, donc je n'échappe pas à une responsabilité. Mais nous n'avons pas de majorité. Donc tout le monde est aussi responsable des textes que nous pouvons adopter, de leur matérialisation dans la vie des Français. Mais par contre, moi j'estime qu'il ne s'agit pas de se défausser. Oui, il y a un héritage sous les quinquennats du Président de la République, et je pense que l'histoire plus tard reviendra justement sur les avancées vis-à-vis de ce quinquennat, notamment sur la scène européenne et internationale. Mais on le voit bien que oui, il y a des attentes très profondes, très légitimes dans le quotidien des Français et des Françaises. Ils ont le sentiment que c'était mieux avant. Moi, je n'aime pas du tout ce discours : " c'était mieux avant. " Mais le sujet, notamment pour notre jeunesse, c'est quel avenir, quel espoir comme perspective qu'on leur dessine… Et malheureusement, à l'heure actuelle, force est de constater que ceux qui parlent de cela, c'est à la fois le Rassemblement national et la France insoumise. D'où la responsabilité aussi des partis politiques, effectivement, mais de tous les citoyens.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Et justement, quelle est la position du MoDem par rapport à ça ? A quoi doit servir le MoDem dans cette campagne ? Est-ce qu'il doit être un soutien ou un acteur ? Je crois que François Bayrou a donné jusqu'au 1er février, si j'ai bien lu, aux différents acteurs pour se mettre d'accord, sous-entendu Gabriel Attal et Edouard Philippe. Est-ce qu'il pourrait y avoir un MoDem associé avec d'autres acteurs ? Hier, Bruno Retailleau, sur notre antenne, a appelé Edouard Philippe à une primaire. Vous verriez, vous aussi, une primaire comme ça ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Déjà je pense qu'il faut sortir des personnes. Le sujet c'est répondre aux attentes des Français et des Françaises ; déjà, premier point. Je ne crois pas que le sujet ça soit Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, c'est le projet. Mais évidemment par contre la politique c'est une histoire d'incarnation aussi. Donc à un moment il y a des hommes et des femmes qui doivent incarner ces politiques publiques et défendre ces horizons. François Bayrou a toujours appelé aussi justement à l'organisation d'une primaire avec des personnes qui s'inscrivent dans des principes et des valeurs communes. Notamment le rejet du Rassemblement national et aussi l'absence d'alliance avec la France insoumise.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Est-ce que monsieur Retailleau s'inscrit dans les valeurs communes de François Bayrou ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Comme dirait François Bayrou, je vais le citer : " Si on pensait tous la même chose, on ne penserait plus rien. " Donc je ne crois pas qu'on pense exactement et sur certains points la même chose. Mais le sujet c'est est-ce que sur des principes cardinaux, nous sommes capables de nous retrouver, c'est ça l'enjeu. Et après…
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Un de ces principes, ça serait d'éviter que le Rassemblement national ou la France insoumise soient au pouvoir. Donc, est-ce que c'est un principe suffisamment fort pour permettre à François Bayrou de dire : " On va se rassembler derrière Bruno Retailleau ou David Lisnard " pourquoi pas ?
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Le sujet, c'est l'organisation de la primaire pour qu'ensuite il y ait une légitimité de la personne qui arriverait en tête de cette primaire. Parce que, qu'est-ce qui se passe à l'heure actuelle ? C'est que chacune de ces personnes avance, propose certaines choses. Parfois, d'ailleurs, je pense sous un angle beaucoup trop administratif, comptable. Moi, je pense que ce qui intéresse les Français et les Françaises, c'est savoir la vision d'avenir. C'est quoi la France dans 10 ans ? C'est quoi la France dans 15 ans ? C'est quoi la France dans 20 ans ? C'est ça que veulent entendre les Français et les Françaises. Et finalement, le seul discours de ce point de vue-là, il vient des deux extrêmes. Nous, nous avons souvent une approche très comptable. Donc, le sujet de cette primaire, c'est organiser un débat qui soit éclairé et éclairant. Et que tous les participants à cette primaire fassent leur choix et donc il y aurait une légitimité du candidat pour être celui qui est candidat à la présidentielle pour tout ce groupe qui a envie d'aller de l'avant et de ne pas avoir d'affrontement entre le RN et la France insoumise.
NATHANAËL DE RINCQUESEN
Madame la ministre, rapidement un mot sur un combat plus personnel : la campagne contre le protoxyde d'azote que vous avez lancée au printemps dernier porte ses fruits. Vous avez d'ailleurs une annonce importante à faire sur une saisie majeure.
MARIE-PIERRE VEDRENNE
Effectivement, je pense que déjà il faut que tout le monde ait conscience du fléau du protoxyde d'azote et des conséquences que ça engendre pour la jeunesse. On a travaillé à la fois sur une campagne de sensibilisation, il y a eu l'adoption du projet de loi RIPOST, mais bien évidemment, ce n'est pas parce qu'il y a eu ça que le fléau est fini. Et la preuve en est, effectivement, hier, il y a eu une saisine dans notre territoire de près de 10 000 bouteilles de protoxyde d'azote. Moi, si j'ai un seul message à la jeunesse et à tous les auditeurs, c'est surtout : " Ne tombez pas dans ce qu'on a appelé à tort un gaz hilarant qui n'aurait pas de conséquences. " Non, ces produits sont néfastes pour la santé, sont néfastes pour la jeunesse et il doit y avoir une mobilisation collective.
source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2026