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Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à France Info le 30 octobre 32026, sur les prix des carburants, les violences lors des manifestations, les pillages de commerce, le pouvoir d'achat, le budget pour 2027 et l'élection présidentielle.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Roland Lescure - Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique ;
  • Antoine Comte - Journaliste

Média : France Info

Texte intégral

ANTOINE COMTE
Bonjour Roland Lescure.

ROLAND LESCURE
Bonjour.

ANTOINE COMTE
Merci d'être avec nous dans ce 07.40 sur France Info.

ROLAND LESCURE
Merci à vous.

ANTOINE COMTE
Vous êtes celui qui tient les cordons de la bourse. On va parler avec vous bien sûr du débat budgétaire, du pouvoir d'achat des Français, du livret A aussi. Mais avant, Roland Lescure, vous êtes au coeur d'une vive polémique. Ces dernières heures, vous avez dit mercredi à l'Assemblée nationale que les taxes sur les carburants, je vous cite : " ne vous empêchaient pas de dormir ". Franchement, Roland Lescure, est-ce qu'un ministre en pleine crise sociale peut se permettre de dire cela ?

ROLAND LESCURE
En tout cas, ce que je peux vous dire sincèrement, c'est que c'était une expression malheureuse et que je regrette sincèrement de l'avoir prononcée. J'étais à l'Assemblée dans un débat assez long sur les taxes sur l'énergie. Franchement, quand je l'ai prononcée, personne ne l'a relevé dans l'hémicycle. Je me suis assis et je me suis dit : " Tu aurais sans doute pu dire la même chose de manière différente. " Mais ce que je regrette aussi, c'est la polémique que ça a enclenchée. Parce que, comme je vous le disais, à l'Assemblée : pas de réaction. Madame Le Pen prend la phrase, la sort du contexte, comme vous venez de le faire — et j'allais dire, c'est de bonne guerre — et la jette en pâture sur les réseaux sociaux. Les chaînes d'info s'en saisissent. Cela déclenche la polémique du jour. Et au fond, ce qui me gêne le plus et ce que je regrette, c'est que quand on parle des phrases heureuses ou malheureuses — et en l'occurrence, elle est malheureuse — des hommes politiques, on oublie l'essentiel. Moi, je peux vous dire une chose, c'est que ce qui me tient éveillé aujourd'hui, c'est que cette semaine, j'ai signé deux décrets pour libérer des stocks stratégiques. Je souhaite que les Françaises et les Français voient le résultat à la baisse sur les prix à la pompe. Ce qui me tient éveillé, c'est qu'on a ouvert un nouveau guichet pour les aides aux gros rouleurs, cent euros pour que les aides-soignantes et les autres qui utilisent la voiture pour aller au travail puissent en bénéficier.

ANTOINE COMTE
On va en parler, ça, Roland Lescure, bien sûr, mais est-ce que ce n'est pas quand même une forme de déconnexion par rapport à des Français, justement, qui ont beaucoup de mal à dormir pour finir le mois, qui ont du mal, qui angoissent chaque jour par rapport à la flambée des prix des carburants ?

ROLAND LESCURE
C'est pour ça que j'ai regretté de l'avoir prononcée, parce que ça peut être perçu comme ça. Moi, je suis extrêmement sensible aujourd'hui et, j'allais dire, j'y travaille jour et nuit. En l'occurrence pour essayer de simplifier leur vie, car les Françaises et les Français, aujourd'hui, font face à une guerre qu'ils n'ont pas choisie, qui a des impacts très concrets sur leur vie quotidienne et sur lesquels on essaye de les aider. Je le rappelle, avec la libération des stocks stratégiques, les aides chèques grands rouleurs. Donc, c'est vrai que je le regrette.

ANTOINE COMTE
Vous présentez des excuses aux Français qui nous regardent ou pas ce matin ? Ils sont nombreux à regarder franceinfo : le 07.40.

ROLAND LESCURE
Si certains ont été choqués par ce que j'ai dit, vraiment, je leur présente mes excuses. Mais je voudrais aussi qu'on comprenne que, en mettant la lumière sur des phrases parfois malheureuses, je le reconnais, on oublie l'essentiel et en fait, on dérive le débat à la surface plutôt qu'en profondeur. Aujourd'hui, la question c'est : comment la France peut aider pour gérer les enjeux diplomatiques de cette crise ? Ce conflit, il est à des milliers de kilomètres de la France, mais il impacte notre quotidien. Le président de la République s'implique. On libère des stocks stratégiques. On baisse le prix à la pompe. Non pas en baissant les impôts — mesure avec laquelle je suis en désaccord depuis des mois avec le Rassemblement National, parce que je considère que c'est inefficace et que ça va faire un trou dans la caisse qu'il faudra bien remplir d'une manière ou d'une autre. Donc effectivement, je suis désolé d'avoir déplacé le sujet. Après, je rappelle quand même qu'on a passé des heures à débattre de ce sujet à l'Assemblée, que le débat était d'une autre teneur, et que je pense que ce débat mérite mieux que cette polémique.

ANTOINE COMTE
Vous dites que Marine Le Pen, en fait, fait de la récupération politique. Finalement, je la cite, elle parle de dédain et d'un " mépris macroniste insupportable ". Vous lui répondez quoi ce matin ?

ROLAND LESCURE
Je lui réponds qu'aujourd'hui, quand j'entends — et ça peut paraître déconnecté, mais ça ne l'est pas complètement — une candidate à la présidentielle dire qu'elle est prête, par exemple, à abandonner l'Ukraine et à la jeter dans les bras de la Russie... Ce conflit aussi a un impact sur le prix à la pompe, vous le savez. Je ne suis pas sûr que je sois le moins déconnecté des deux. Elle n'était pas là au débat. Elle est parlementaire. Je comprends qu'elle a autre chose faire. Elle est en campagne. Elle prend cette phrase. Elle la sort du contexte. Elle en profite sans doute pour détourner l'attention d'autres sujets importants et d'autres questions importantes auxquelles elle fait face aujourd'hui. Elle a présenté un budget qui manque totalement de crédibilité et qui fait rêver en couleur en préparant un cauchemar. La déconnexion n'est peut-être pas là où on pense qu'elle est.

ANTOINE COMTE
Roland Lescure, dans le même temps, TotalEnergies réalise, c'est les chiffres officiels, un bénéfice de 7,5 milliards sur les trois derniers mois. Est-ce que c'est un profiteur de crise ? Un profiteur de guerre, TotalEnergies, à qui il faut demander un effort supplémentaire, notamment en plafonnant encore davantage ses prix à la pompe ou pas ?

ROLAND LESCURE
On a eu ce débat justement l'autre jour à l'Assemblée, c'était avant la publication des résultats qui sont effectivement exceptionnels. Bon, d'abord, Total paye des impôts là où il fait ses activités. Donc, il extrait du pétrole hors de France — on n'a pas de pétrole, on le sait — et là-bas, il paye des impôts. Il raffine en France.
Et c'est vrai que pendant des années, les raffineurs ont perdu de l'argent en France. Cette année, ils vont en gagner. Ils vont sans doute en gagner beaucoup. Et la bonne nouvelle, c'est que Total va du coup payer des impôts sur ses activités de raffinage. L'impôt sur les sociétés, peut-être même la surtaxe sur l'impôt sur les sociétés, à condition qu'elle soit votée par l'Assemblée. Je rappelle que l'autre jour, le Rassemblement national a supprimé cette taxe. Bon, on verra. Et par ailleurs, effectivement, Total plafonne le prix à la pompe. Je disais tout à l'heure qu'on a libéré les stocks stratégiques. Moi, je serai extrêmement exigeant, pas seulement…

ANTOINE COMTE
Sur les stocks stratégiques. Donc, ça intervient à partir de dimanche, 1er novembre ?

ROLAND LESCURE
Oui, on lâche dix millions de barils de diesel...

ANTOINE COMTE
Sauf que ça fait une baisse de combien à peu près par litre ?

ROLAND LESCURE
Entre 12 et 18 centimes sur le diesel.

ANTOINE COMTE
Est-ce que par rapport à ça, vous demandez à Total que cette baisse de 12 à 18 centimes soit retranchée sur les prix plafonnés qu'ils pratiquent déjà à la pompe ? Est-ce que vous leur demandez ça ce matin ?

ROLAND LESCURE
Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est que le diesel en moyenne est à 2,38 euros et qu'effectivement si vous allez chez Total, c'est à 2,25 euros. Moi, ce que je peux vous dire de manière très claire, c'est que si un distributeur bénéficie d'un litre de diesel libéré par le Gouvernement, il devra le vendre à prix coûtant, que ce soit Total ou un autre. Parce que Total n'est pas le seul distributeur. On va réunir à Bercy, avec mon collègue Serge Papin et ma collègue Maud Bregeon, les distributeurs, tous les distributeurs, à Bercy, dès mardi.

ANTOINE COMTE
Dès mardi, vous les recevez les distributeurs ?

ROLAND LESCURE
Bien sûr, parce qu'on souhaite suivre de manière très précise le fait que, quand on libère finalement un actif qui appartient aux Françaises et aux Français — ces stocks, ils ont été accumulés à travers le temps sur des prix moins élevés que ceux qu'on a aujourd'hui —, il faut évidemment que ça bénéficie directement à ceux qui font le plein à la pompe. Et on s'en chargera et on s'en assurera.

ANTOINE COMTE
Et vous demandez davantage d'efforts à Total.

ROLAND LESCURE
Si, comme à tous les autres. Moi, ce que je veux, c'est que l'essence qu'on va libérer, il se retrouve directement sur le prix à la pompe chez Total, mais aussi chez tous les autres.

ANTOINE COMTE
Roland Lescure, nous sommes à la veille d'une grande journée de mobilisation, la troisième du nom en trois semaines. Est-ce qu'il vous reste, en tant que ministre de l'Économie et des Finances, des marges de manoeuvre pour aller plus loin ? Je m'explique : pour aider notamment financièrement les commerçants si jamais — on ne le souhaite pas, bien évidemment — il y a encore de la casse ou encore des pillages. Est-ce que c'est possible encore d'aider les commerçants aujourd'hui ou pas ?

ROLAND LESCURE
Nous avons réuni l'ensemble des fédérations de commerçants à Bercy juste après le 17 octobre. Ils nous ont dit : " Notre demande numéro un quand même, c'est la sécurité. " Et vous le savez, Laurent Nuñez l'a annoncé hier, il y aura un dispositif exceptionnel.

ANTOINE COMTE
Le même qu'il y a une semaine à peu près.

ROLAND LESCURE
Celui de la semaine dernière et qui a plutôt bien fonctionné. On sort les manifestations des centres-villes, on a énormément de policiers sur le terrain.

ANTOINE COMTE
C'est ce qui fait aussi polémique. Certains manifestants ne sont pas d'accord qu'on déplace les tracés.

ROLAND LESCURE
J'entends les polémiques ici ou là. Quand on fait face à une crise telle que celle à laquelle on fait face aujourd'hui, moi, je préférerais qu'on soit un peu plus rassemblés. Je suis mais, franchement choqué, évidemment, le droit de manifester, il est constitutionnel, et j'ai même moi, dans ma jeunesse, participé à un certain nombre d'entre elles.

ANTOINE COMTE
Mais est-ce que vous auriez accepté qu'on déplace les tracés comme ça, du jour au lendemain ?

ROLAND LESCURE
Du jour au lendemain, qu'est-ce qu'on fait ? On ne le fait pas pour embêter les manifestants. On le fait pour protéger nos commerçants. On dit : " Écoutez, il y a des manifestations pacifistes, il y a des fauteurs de troubles. On déplace la manifestation pour éviter que ces fauteurs de troubles aillent casser les vitrines. " Moi, je serai à Bordeaux aujourd'hui. Je me rends à Bordeaux cet après-midi pour rencontrer le maire, rencontrer les commerçants. Je veux leur dire deux choses. D'abord, on sera au rendez-vous de la sécurité, puisque c'était votre question. On sera aussi au rendez-vous pour vous accompagner. On a annoncé un prêt à taux zéro pour les aider à reconstruire.

ANTOINE COMTE
Via Bpifrance.

ROLAND LESCURE
Via Bpifrance.

ANTOINE COMTE
Et ça, ça peut être maintenu, ça peut être renouvelé.

ROLAND LESCURE
Alors, c'est déjà en ligne : 400 demandes sont d'ores et déjà enregistrées. Vous savez qu'il y a quelques centaines de commerçants qui ont été affectés. Il suffit de donner la déclaration de sinistre et vous y avez droit. On a déjà 400 demandes enregistrées.

ANTOINE COMTE
400 demandes sur les 3 000 commerces qui ont été touché sur toute la France ?

ROLAND LESCURE
Alors, il y a 3 000 commerces qui ont été touchés, la réalité, c'est que c'est plutôt entre 1 000 et 1 500 qui ont été véritablement vandalisés. Il y a de tout dans ceux qui ont été touchés. Donc on a entre 1 000 et 1 500 commerces qui ont été vraiment affectés à l'extérieur ou à l'intérieur. Prêt à taux zéro de la Banque publique d'investissement, prêt à taux zéro, on est déjà à 400 demandes. Le fonds de soutien qu'on a annoncé aussi, avec jusqu'à 10 000 euros d'aide pour ceux qui ont été particulièrement touchés. Donc, on est aux côtés des commerçants, mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui de leur part, la première chose qu'ils nous demandent, c'est la sécurité. Ensuite, évidemment, le défi budgétaire, il est énorme. Aujourd'hui, je le dis et je le répète et je le répéterai jusqu'au bout, on a besoin budget, on a besoin d'un déficit budgétaire à 5% ou moins. C'est absolument indispensable pour s'assurer qu'on puisse reprendre le chemin de la croissance et rassurer, en fait, tous les investisseurs, y compris les entreprises, qu'elles peuvent investir parce que la France ne va pas à la crise.

ANTOINE COMTE
Roland Lescure, vous parliez du budget, justement, qui est en cours de discussion du côté du Parlement et de l'Assemblée nationale. Mes confrères de la presse économique parlent d'un potentiel coup de pouce pour le SMIC. Au 1ᵉʳ décembre, le SMIC serait réindexé à 1,5 % au lieu de 1%. Est-ce que vous confirmez cette information ?

ROLAND LESCURE
C'est une discussion qui est en cours. C'est Jean-Pierre Farandou qui l'orchestre, si je puis dire, avec les partenaires sociaux, et ça fait partie des choses qu'il discute, mais, non, je n'ai pas à confirmer quoi que ce soit.

ANTOINE COMTE
Mais vous y êtes favorable, vous ?

ROLAND LESCURE
Moi, je comprends les revendications sociales. Franchement, l'inflation, elle concerne tout le monde. Et même si on a aidé les gros rouleurs et qu'on libère des stocks pour baisser le prix de l'essence, je les comprends. Mais j'espère que ceux qui revendiquent comprennent aussi la situation dans laquelle la France est. Parce qu'aujourd'hui, si on n'a pas le redressement budgétaire qu'on a mis dans le budget, on ira dans le mur. Et moi, je ne souhaite pas que la France aille dans le mur. Je souhaite que la France retrouve le chemin de la croissance. Et donc il est essentiel que tout le monde comprenne tout le monde et qu'on puisse intégrer la contrainte globale à laquelle on fait face. C'est essentiel aujourd'hui.

ANTOINE COMTE
Roland Lescure, il y a une autre piste qui circule pour ce budget 2027 : rehausser le plafond du livret A pour financer, pourquoi pas, le plan lycée du Gouvernement, le rehausser, le plafond jusqu'à 30 000 euros. Est-ce que ça, vous confirmez cette information ? C'est en cours de discussion ou est-ce que…

ROLAND LESCURE
Je confirme que le débat est ouvert et qu'on le soupèse.

ANTOINE COMTE
Il y a un débat entre Matignon et Bercy.

ROLAND LESCURE
Non, ce n'est pas le sujet. Comme pour toutes les décisions qu'on prend, on soupèse le pour et le contre. Le pour, effectivement, c'est que ça libérerait des fonds pour la Caisse de dépôts et consignations pour prêter davantage. Vous savez que la Caisse de dépôts finance déjà le logement social, finance déjà les collectivités locales qui sont en charge du bâti scolaire. Et puis, par ailleurs, si on lève le plafond — parce qu'il y a un certain nombre de gens qui ont aujourd'hui 22 000 euros, et quelques qui est le plafond du livret A —, ça permettra à ces gens-là, qui sont plutôt des gens aisés, d'investir davantage dans le livret A. Ça coûtera en impôts, ce n'est pas gratuit, puisque le livret A est défiscalisé. Et donc c'est le débat qu'on a aujourd'hui : est-ce que c'est la meilleure manière de financer le plan lycée ou est-ce qu'il y en a d'autres ?

ANTOINE COMTE
Mais vous y êtes favorable ou pas ? C'est une bonne manière de financer ce projet ?

ROLAND LESCURE
Moi franchement, je suis assez réservé aujourd'hui, mais il faut qu'on trouve les moyens de financer ce qu'on a annoncé.

ANTOINE COMTE
Sachant que la moyenne des comptes des Français sur le livret A, c'est à peu près 7 600 euros. Donc on est très loin du plafond de 30 000.

ROLAND LESCURE
La réalité, c'est que l'immense majorité des Françaises et des Français sont loin du plafond, qu'il y a une petite partie des Français, qui sont en général les plus aisés, qui sont au plafond. Et donc il faut qu'on continue à débattre et on aura l'occasion d'y revenir quand on aura pris une décision.

ANTOINE COMTE
Sachant que c'est des mesures qu'il faudra financer si elles sont décidées dans le budget.

ROLAND LESCURE
Exactement.

ANTOINE COMTE
Comment vous faites pour les financer, alors que les chiffres de la croissance pour le troisième trimestre viennent juste de tomber à l'instant, on l'apprend : le PIB qui recule de 0,1 % au troisième trimestre. Ça, ça vous inquiète ?

ROLAND LESCURE
En tout cas, effectivement, ça fait trois trimestres que la croissance n'est pas au rendez-vous. Au fond, on a eu une petite baisse au premier trimestre, une stabilisation au deuxième, une petite baisse au troisième. La conclusion de tout ça, c'est qu'en 2026, l'économie française est à l'arrêt sous la conjonction inédite de chocs externes et de chocs internes — la canicule, évidemment, le choc dans le détroit d'Ormuz. Il faut qu'elle redémarre.

ANTOINE COMTE
Qu'est-ce qu'il faut faire ? Vous avez six mois pour la relancer.

ROLAND LESCURE
D'abord, il faut redonner confiance. Et pour ça, avoir un budget est essentiel parce que c'est ce qui permettra de faire baisser le taux d'intérêt, faire baisser prix à la pompe — on le fait avec la libération des stocks stratégiques —, avoir un budget rigoureux, certes, mais qui maintient des marges de croissance, notamment avec un pacte de stabilité auprès des entreprises pour qu'elles investissent. Ce qui nous a manqué au troisième trimestre, c'est évidemment la canicule, la production agricole, la production énergétique a baissé, mais c'est l'investissement qui a baissé aussi. Il faut redonner confiance. Et pour cela, un, on a besoin peut-être de retrouver nos esprits. Je trouve qu'on est très tendus ces temps-ci, on se divise sur tout. Alors qu'à l'aube d'un débat présidentiel, on doit être capable de se rassembler sur l'essentiel, d'adopter un budget et puis de débattre sur tout ce qui reste pour l'élection présidentielle.

ANTOINE COMTE
Est-ce que vous êtes optimiste pour les mois qui viennent ? Il reste six mois à ce Gouvernement auquel vous appartenez. Je vous pose cette question parce qu'on voit que les agriculteurs se remobilisent. Il y a les lycéens, les étudiants — on en a parlé —, mais il y a les agriculteurs aussi qui pourraient vous demander un nouveau coup de pouce, une nouvelle aide financière. À l'international, il n'est pas exclu que Donald Trump décide à nouveau, finalement, d'intervenir en Iran, peut-être de bombarder à nouveau l'Iran. Dans quelle mesure vous anticipez une crise peut-être encore plus majeure à venir ?

ROLAND LESCURE
Non, moi je ne suis pas là pour, au fond, ni être optimiste ni être pessimiste. Je suis là pour fonder ma détermination et ma politique sur la base des faits. Aujourd'hui, les risques que vous mentionnez, ils existent. Je rappelle quand même qu'il y a trois mois, le prix du pétrole était passé de 100 à 70 dollars parce qu'on avait signé un accord de paix. Donc le pire n'est jamais certain. Mais aujourd'hui, j'allais dire, ce que je ne maîtrise pas, je vis avec, notamment l'environnement international. Ce que je maîtrise, je le fais à fond. Et donc ce que je maîtrise aujourd'hui, c'est de nous organiser pour faire baisser le prix à la pompe. C'est faire voter un budget qui va permettre de rassurer les marchés financiers. Aujourd'hui, le monde nous regarde.

ANTOINE COMTE
Ce n'est pas gagné quand même.

ROLAND LESCURE
Non, ce n'est pas gagné. Ce n'est pas gagné, évidemment. Et il faut qu'on le gagne. Et tout le monde y a intérêt, y compris les candidats à la présidentielle. Donc moi, j'en appelle à la responsabilité de tous et toutes. Les inquiétudes, je les comprends. Mais il faut aussi que tous les représentants — pas seulement politiques, les syndicaux, les représentants des organisations professionnelles — comprennent la situation dans laquelle on est. Soit on s'en sort ensemble, soit on rentre dans ce choc réel divisés et ça va empirer les choses. Donc j'en appelle à la responsabilité de tous et toutes. Moi, j'essaye modestement de l'être à mon niveau.

ANTOINE COMTE
Et c'est quoi l'objectif du Gouvernement sur le budget ? C'est un 49.3, c'est les ordonnances ? On sent que c'est les deux scénaris possibles.

ROLAND LESCURE
Moi, j'appelle ça les glissières de sécurité. C'est-à-dire qu'on est toujours sur la route budgétaire. Si on arrive à débattre de manière constructive, on le fera. Si jamais ça dérive d'un côté ou de l'autre, il faudra utiliser les glissières de sécurité, l'un ou l'autre, on verra en fonction des circonstances.

ANTOINE COMTE
Question très politique à présent, Roland Lescure. Si vous le voulez bien, Emmanuel Macron s'est exprimé. Il s'inquiète d'un climat " très éruptif " en France. Ce sont ses mots. Est-ce que dans ce contexte, justement, il n'est pas temps de vous rassembler, vous, la droite et le centre, le bloc central ? Gabriel Attal, qui est candidat Renaissance, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, lui, en appelle à la tenue d'une primaire. Vous y êtes favorable ?

ROLAND LESCURE
Oui. C'est-à-dire que tout ce qui peut rassembler doit être en tout cas étudié. Évidemment, une primaire, il faut que tout le monde accepte d'y participer. Donc il faut que maintenant les discussions se fassent entre Gabriel Attal, Édouard Philippe et quelques autres.

ANTOINE COMTE
Vous, vous soutenez Gabriel Attal à la présidentielle ?

ROLAND LESCURE
Moi, je suis membre de Renaissance. Je soutiens Gabriel Attal et je soutiens surtout le rassemblement. Parce que si on est divisés, on perdra.

ANTOINE COMTE
Donc une primaire.

ROLAND LESCURE
La primaire peut être une manière d'y arriver. Il faut se réveiller vite quand même parce que le temps commence à s'accélérer. En tout cas, moi, je suis convaincu qu'on peut échapper à l'étau délétère entre l'extrême gauche et l'extrême droite que moi, je refuse. Et je souhaite qu'on puisse offrir une alternative à cet étau délétère. Quand on regarde les résultats des municipales, on voit qu'il y a une large majorité des Français, dans les grandes villes notamment, qui ne choisit pas l'un ou l'autre et qui est capable de choisir des alternatives : des candidats qui sont parfois de gauche, parfois de droite, parfois du centre. Je vais à Bordeaux aujourd'hui, c'est le cas notamment, qui refusent et l'extrême droite qui nous divise depuis des années et qui gouvernerait la France de manière encore plus divisée, et l'extrême gauche qui, malheureusement, depuis quelques années aussi, souffle sur les braises de la division. On peut faire mieux.

ANTOINE COMTE
Vous dites qu'il faut aller très vite parce que le temps file. On est à six mois du premier tour. Pourquoi vous ne nous dites pas ce matin : " Je suis favorable à une primaire. Il faut une primaire, il faut un candidat unique pour départager tout ce beau monde-là " ?

ROLAND LESCURE
Parce que ça dépend évidemment de la capacité des uns et des autres à dire oui.

ANTOINE COMTE
Pour l'instant il n'y en a aucun qui dit oui à part Gabriel Attal.

ROLAND LESCURE
C'est ce que je regrette, mais en tout cas, s'ils disent non à la primaire, qu'ils nous proposent autre chose. Parce qu'il n'y a pas d'alternative au rassemblement, il est indispensable. Et je peux vous dire qu'il y a beaucoup de Françaises et de Français qui nous le demandent.

ANTOINE COMTE
Un dernier mot rapidement, Roland Lescure, sur Édouard Philippe, qui fait partie des candidats du Bloc central, justement. Il a été placé, on l'a appris hier, sous le statut de témoin assisté dans une affaire de soupçons de détournement de fonds publics dans sa ville, au Havre. Est-ce qu'il doit se retirer de la campagne ou est-ce que finalement, au nom de la présomption d'innocence, l'enquête continue et il maintient sa candidature ?

ROLAND LESCURE
Non. D'abord, Édouard Philippe a été un excellent Premier ministre en début de premier quinquennat et c'est quelqu'un que je respecte énormément et qui, je pense, a énormément de qualités. Je ne vais pas commenter une procédure judiciaire qui suit son cours, mais lui a déjà eu l'occasion de s'exprimer là-dessus. Il considère qu'il n'a rien à se reprocher. Je n'ai aucune raison de ne pas le croire.

ANTOINE COMTE
Même si ça impacte la campagne quand même. Il y a des soupçons. Certains candidats vont peut-être l'utiliser ça politiquement.

ROLAND LESCURE
Oui, évidemment, c'est à lui de s'exprimer. Mais enfin, je rappelle quand même qu'on a une candidate aujourd'hui qui, elle, est véritablement condamnée trois fois par la justice, qui a fait un dernier appel à la Cour de cassation. Visiblement, ça ne l'empêche pas d'être candidate. Donc attention quand même à ce qu'on dit.


source : Service d'information du Gouvernement, le 2 novembre 2026