Enquête : Votre avis sur Vie-publique.fr nous intéresse ! Répondez à notre enquête. Quelques minutes suffisent.

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à France Inter le 2 novembre 2026, sur la mobilisation des lycéens, Parcoursup et le budget 2027.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Inter

Texte intégral

BENJAMIN DUHAMEL
Bonjour Édouard Geffray.

ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.

BENJAMIN DUHAMEL
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter en ce lundi de rentrée des classes. Vous avez écrit aux lycéens, vendredi, en revenant sur les annonces faites par le Gouvernement : "Nous avons profondément confiance en vous" leur avez-vous dit. Sauf que les syndicats lycéens et étudiants appellent, eux, à poursuivre la mobilisation, à bloquer lycées et universités, notamment demain mardi et jeudi. Il y a déjà des blocages en cours ce matin un peu partout en France. Bon, visiblement cette confiance n'est pas réciproque, Édouard Geffray ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Moi, je pense d'abord qu'il faut faire confiance à la jeunesse de ce pays et c'est le cas de tous les gens qui travaillent pour l'Éducation nationale. On se lève tous les matins pour eux. Ensuite, qu'il y ait des personnes qui appellent à la manifestation, ça c'est leur droit le plus strict. En revanche, la priorité absolue, c'est que les élèves puissent aller en cours. Moi j'ai des élèves qui passent le baccalauréat à la fin de l'année, qui pour certains, pour plusieurs centaines de milliers d'entre eux, n'ont pas eu cours depuis 4 ou 5 semaines, si on cumule les vacances plus les 3 semaines qui précèdent, et pour lesquelles par conséquent l'année scolaire est maintenant en risque. Et ça c'est quelque chose qu'on ne peut pas se permettre, voilà très clairement.

BENJAMIN DUHAMEL
Donc ce que vous dites ce matin Édouard Geffray, comme Thorez en 36, c'est qu'il faut savoir arrêter une grève, il faut savoir arrêter un mouvement de contestation ? C'est ce que vous dites au lycéens ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ce que je dis c'est que chacun est libre de contester, mais que personne ne peut empêcher un camarade d'aller en cours. Ça, je crois que c'est quand même important de le savoir. D'ailleurs je rappelle que normalement un blocus c'est illégal, et que la priorité absolue, ce dont un élève a besoin aujourd'hui, c'est d'aller en cours.

BENJAMIN DUHAMEL
Donc là encore pour dire les choses sans pudeur, Édouard Geffray, ce matin - et vous nous direz dans un instant combien il y en a d'ailleurs - il y a des blocus qui sont organisés par des lycéens qui considèrent que les réponses apportées par le Gouvernement ne suffisent pas. C'est quoi ? Ces blocus sont illégitimes ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ils ne sont pas illégitimes, mais ils sont illégaux, c'est-à-dire qu'on n'a pas le droit, je rappelle, de bloquer. Ça ne veut pas dire que les demandes sont illégitimes. Depuis le début, j'ai toujours dit qu'il y avait un certain nombre de revendications légitimes, on y a apporté des réponses. Les lycéens nous ont parlé de Parcoursup, on le transforme et on va le remplacer. Ils nous ont parlé de la taille des classes, on va les plafonner à 28. Donc sur tout ça, nous avons répondu…

BENJAMIN DUHAMEL
Pardon, Édouard Geffray, mais si c'est illégal, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous allez envoyer les policiers, les gendarmes déloger ceux qui bloquent devant les lycées ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, c'est surtout un appel à la responsabilité collective. On ne peut pas empêcher ses camarades d'aller en cours, a fortiori quand soi-même on a déjà passé le bac et qu'on n'est plus concerné par le sujet.

BENJAMIN DUHAMEL
Qui est-ce que vous visez, là ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je ne vise personne. Je constate que la plupart des gens qui, ces jours-ci, ont appelé à bloquer les lycées sont actuellement en études supérieures. Et que quand on a des lycéens qui passent le bac à la fin de l'année, la priorité absolue c'est de leur permettre d'aller en cours, voilà.

BENJAMIN DUHAMEL
Des informations que vous avez ce matin, le nombre de lycées, d'établissements perturbés, ça représente combien ? Je rappelle qu'il y a 3 700 lycées en France. Des informations que vous avez là à 7h52, combien de lycées sont perturbés ?

ÉDOUARD GEFFRAY
A ce stade, je dis bien à ce stade et avec beaucoup de prudence, on était ce matin sur quelques lycées perturbés, c'est a priori assez résiduel. Quelques-uns en Ile-de-France, quelques-uns dans le Nord, un ou deux à Toulouse, enfin on est sur des choses qui sont pour l'instant très résiduelles. Ça n'empêche pas les gens de manifester s'ils le souhaitent par ailleurs, mais en termes de blocage ou de tentative de blocage plutôt, c'est très résiduel. C'est de l'ordre de quelques unités.

BENJAMIN DUHAMEL
Quelques unités, quelques établissements perturbés. Je suis quand même étonné de votre tonalité ce matin Édouard Geffray. Il y a une sorte de décalage entre vous qui expliquez que maintenant c'est l'heure pour les lycéens de reprendre les cours et de l'autre, des organisations lycéennes qui disent que le compte n'y est pas, que les annonces faites par le Gouvernement ne suffisent pas. Comment est-ce que vous expliquez qu'ils considèrent que vos annonces ne suffisent pas à arrêter la mobilisation ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Écoutez, chacun est libre, dans ce genre de situation, d'arriver avec une liste de demandes. Je rappelle que dans les décisions prises par le Gouvernement, il y a deux types de décisions. Il y a celles qui sont, si je puis dire, immédiates, tout de suite, donc on va créer des postes en loi de finances, on est en train de transformer Parcoursup, etc. Et puis il y a des chantiers qu'on a ouverts, ce que tout le monde semble oublier, sur le contrôle continu, sur les emplois du temps. Et certaines organisations disent : "Oui, mais nous, on veut voir tout de suite les choses." Sauf que précisément, le contrôle continu, ça ne se réforme pas en 48 heures sans en parler avec personne. Donc d'ici la fin de l'année, c'est-à-dire d'ici le mois de décembre, on aura des décisions qui seront prises dans ces domaines-là, et qui pourront déboucher sur les textes de janvier, pour que la rentrée prochaine se fasse sous l'empire de nouvelles règles.

BENJAMIN DUHAMEL
Mais est-ce que vous dites aux lycéens ce matin : "Les propositions qu'on a mises sur la table, ce ne sera pas plus. Voilà, circulez, il n'y a rien à voir, on a annoncé ce qu'on a annoncé. Et maintenant on rentre dans un cycle de concertation, de consultation, il n'y aura rien de plus" ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Par définition, s'il y a des chantiers qui sont ouverts, c'est bien qu'il y a des choses qui vont venir s'ajouter sur le contrôle continu, par exemple, qui est une préoccupation majeure des lycéens.

BENJAMIN DUHAMEL
Mais à effets immédiats ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Sur les effets immédiats, immédiats, là je ne vois pas comment… Au sens propre immédiat, c'est-à-dire tout de suite maintenant ce matin, je ne vois pas comment on pourrait faire plus. En revanche, sur ce qui va changer la vie des lycéens, ça c'est sûr. Parce que ça c'est pour ce qui est de l'État, mais deuxième chose sur les effets immédiats, je vous rappelle qu'il y a 54% des lycéens qui nous ont écrit sur le bâti, en disant : "Le bâti ne va pas chez moi." Et qu'on est en train de reprendre avec les régions la liste de tous les établissements sur lesquels ils nous ont écrit, pour que dans les prochains jours, et ça pour le coup c'est l'immédiat et complémentaire, pour dans les prochains jours, on puisse un peu partout engager des travaux d'entretien, etc.

BENJAMIN DUHAMEL
Dans les 200 lycées les plus en difficulté du pays ?

ÉDOUARD GEFFRAY
On a identifié les 200 lycées sur lesquels on a eu le plus de remontées. On est parti de la plateforme des lycéens, c'est ça qui est important. C'est la première fois qu'ils ont un effet sur leur vie, si je puis dire. On est parti de leur contribution, on a identifié 200 lycées, on travaille dessus avec la région.

BENJAMIN DUHAMEL
Je voudrais qu'on prenne deux annonces, ou deux éléments des annonces que vous avez formulées, avec sans doute quelques ambiguïtés à lever. D'abord sur Parcoursup, vous avez annoncé que la plateforme serait transformée dès 2027 et remplacée en 2028. En ce qui concerne la transformation, vous avez expliqué que les candidats recalés pourront désormais connaître les motifs d'un éventuel refus. Alors là, je voudrais qu'on prenne un exemple concret. Vous avez le président de l'université Paris-Cité qui dit : "Moi, j'ai 8 000 places, donc 8 000 admis par an, pour plus de 500 000 candidatures." Donc vous allez demander à cette université de formuler les motifs de refus pour les 492 000 candidats recalés."

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors le principe, c'est qu'effectivement, tout élève est en droit de savoir pourquoi il n'a pas été sélectionné. Parce qu'aujourd'hui, je ne sais pas si vous savez comment ça se passe, mais vous avez la liste avec marqué "en attente" avec votre rang de classement ou bien "Refusé". Et quand un élève est refusé, il ne sait pas pourquoi. Et donc, il peut très vite se dire "Ce n'est pas juste, je pourtant très bon, etc."

BENJAMIN DUHAMEL
Mais est-ce que c'est réaliste de penser qu'à ces 492 000 recalés de l'université Paris-Cité, on va leur expliquer pourquoi ils ne sont pas pris ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Mais d'abord, vous avez des critères parfaitement objectifs qui sont pris par ces universités. Ça peut être, par exemple, la moyenne des notes, etc. Et donc si c'est parce que votre moyenne, on vous dit, je ne sais pas quoi, la barre du dernier admis était à 16 et vous aviez 12, tout le monde peut comprendre ça et c'est assez facile à faire.

BENJAMIN DUHAMEL
Enfin le plus souvent c'est par manque de place, parce qu'il y a des algorithmes qui ne sont pas suffisamment transparents. Mais vous avez les éléments expliqués de façon personnalisée à tous ces lycéens pourquoi ils ne sont pas admis dans ces formations-là ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Le ministère de l'Enseignement supérieur effectivement travaille à des explications d'abord pour tous ceux qui le souhaiteront, première chose. Deuxième chose, il y a quand même des critères pour tout ça. Et troisième élément justement, l'ensemble de ces critères et de ce qu'on appelle les algorithmes locaux, c'est-à-dire les premiers outils qui sont faits par les universités, vont être rendus publics.

BENJAMIN DUHAMEL
Et Édouard Geffray, en fait ma question sur Parcoursup, vous voyez bien, c'est d'ailleurs ce qui vous est dit par un certain nombre de représentants lycéens, est-ce que ce n'est pas un peu du gadget d'expliquer que dès 2027 on va savoir pourquoi on est refusé ? La réalité c'est qu'en fait sur Parcoursup vous n'avez pas les moyens à quelques mois de l'ouverture de la plateforme de changer dans les grandes largeurs un dispositif qui est critiqué.

ÉDOUARD GEFFRAY
Mais écoutez c'est quand même fabuleux.

BENJAMIN DUHAMEL
Qu'est-ce qui est fabuleux ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Ça fait des semaines que tout le monde nous dit, que beaucoup de voix s'élèvent en disant : "Il faut abroger Parcoursup, il faut abroger Parcoursup, il faut abroger Parcoursup", sans rien proposer à la place.

BENJAMIN DUHAMEL
Pour le coup, si. La France Insoumise dit par exemple qu'il faut qu'il n'y ait plus de sélection et que les personnes qui souhaitent la formation…

ÉDOUARD GEFFRAY
Et donc là si on abrogeait Parcoursup, qu'est-ce qui se passerait ? On aurait 800 000 lycéens qui devraient envoyer des dossiers papier à toutes les universités de France et de Navarre auxquelles ils voudraient candidater. C'est ça qui se passerait concrètement. Donc nous qu'est-ce qu'on dit ? On est un peu responsables. Quand je pense aux propos que j'ai entendus tout à l'heure… Quand on est responsable, on ne laisse pas 800 000 élèves avec le bec dans l'eau. Donc on dit que cette année, on transforme. Et par ailleurs il se trouve que pour remplacer Parcoursup, ce qu'on veut faire, il faut changer la loi. C'est pour ça qu'on fait ça en deux temps. Cette année, on donne la transparence sur les algorithmes, on met fin au principe de la lettre de motivation qui va devenir l'exception, on communique les refus aux intéressés… Enfin tout ça ce n'est quand même pas rien, enfin rapporté à ce qu'est Parcoursup. Et puis l'année prochaine on remplace, mais ça, ça peut se passer par la loi et qu'il y ait des gens responsables par conséquent pour y travailler.

BENJAMIN DUHAMEL
Et ça suppose d'être aux responsabilités, puisque vraisemblablement, vous ne serez plus en fonction en 2028…

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, enfin, c'est quand même l'intérêt de lancer les travaux dès maintenant, c'est que tout le monde peut mesurer parfaitement les termes du débat et poursuivre les travaux dès le mois de mai.

BENJAMIN DUHAMEL
Édouard Geffray, autre point précis sur vos annonces, c'est la question du chiffrage. Parmi les mesures annoncées, il y a : plafonner les classes de seconde à 28 élèves au maximum, 500 profs supplémentaires au lycée, 15 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur. Est-ce que vous pouvez nous dire précisément le coût de ces mesures dans le projet de loi de finances 2027, dans le budget, combien ça coûte ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, de tête non, mais ça représente donc… Non seulement on met fin aux 836 suppressions de postes qui devaient avoir lieu…

BENJAMIN DUHAMEL
Vous ne savez pas combien ça coûte ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Mais on crée quasiment 1 900 postes. Ce n'est pas compliqué, un poste ça coûte à peu près 60 000 Euros chargés, donc vous multipliez ça par 2 000 et vous arrivez déjà à la première somme. Et puis par ailleurs, je rappelle qu'on met à disposition des régions 4 milliards de lignes de crédit, et qu'il y a 1 milliard d'Euros qui s'engagent dans les universités, donc en cumulé vous avez, si on prend les différentes lignes de crédit mobilisables entre maintenant et 2030, vous avez 5 milliards d'Euros sur le bâti et vous avez plusieurs centaines de millions d'euros sur la loi de finance.

BENJAMIN DUHAMEL
Sauf que justement, ce n'est pas ma question… Dans le budget 2027, en réalité, on ne dépasse pas les 400 ou 500 millions d'Euros ?

ÉDOUARD GEFFRAY
En coûts de personnel, c'est à peu près de cet ordre-là.

BENJAMIN DUHAMEL
Donc, ça veut dire que, quand les lycéens vous demandent 10 milliards d'Euros, on est très, très loin de leur demande, eux, en termes de mesures budgétaires.

ÉDOUARD GEFFRAY
Je rappelle d'abord que les 10 milliards d'Euros, personnellement, je n'ai jamais fait un chiffrage précis. Et donc, je serais heureux de les voir parce que l'objectif, c'est aussi justement de répondre sérieusement aux gens. Moi, je compte, par définition, en personnel. En personnel, on met quasiment 2 000 personnels de plus au lycée à la rentrée prochaine. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est que, quand tout le monde parle de 10 milliards d'Euros, tout le monde inclut avec le bâti. Et sur le bâti, on met 1 milliard d'Euros sur l'université en cash, parce que c'est du bâti État, et 4 milliards d'Euros de prêts pour les régions, donc 5 milliards. Donc non, il ne faut pas dire qu'il n'y a que 400 ou 500 millions d'Euros. Ce n'est pas vrai.

BENJAMIN DUHAMEL
Dans le budget 2027, c'est pourtant ce que vous venez de confirmer.

ÉDOUARD GEFFRAY
Parce que 4 milliards d'Euros pour les régions, ce n'est pas dans le PLF 2027, c'est en dehors.


source : Service d'information du Gouvernement, le 3 novembre 2026