Texte intégral
CELINE LANDREAU
L'invité de RTL Matin, maintenant. Bonjour Serge Papin.
SERGE PAPIN
Bonjour Céline Landreau.
CELINE LANDREAU
Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce et du Pouvoir d'achat, notamment. La baisse des prix des carburants s'est amorcée ce week-end après le déblocage d'une partie des stocks stratégiques de gazole. Vous aviez promis 10 à 12 centimes de baisse au litre pour les consommateurs. Vous êtes satisfait ce matin ?
SERGE PAPIN
Ecoutez, je suis satisfait de deux choses. D'abord, le défi logistique, parce qu'il a fallu livrer ces stocks stratégiques, des endroits où ils étaient jusque dans les stations. Et c'est quand même la première fois, c'est inédit, que l'on fait ça. On s'en sert pour faire baisser les prix. Avant, c'était plutôt pour lutter contre les pénuries. Et donc, ils sont arrivés dans les stations, et les distributeurs jouent le jeu puisque, aujourd'hui, ce matin, à l'heure où on se parle, il y a plus de la moitié des stations qui ont baissé les prix de 10 à 12 centimes. Donc, ça veut dire que la grande majorité des Français ont accès à un prix qui a baissé.
CELINE LANDREAU
Et l'autre moitié alors ?
SERGE PAPIN
Des stations parce que la majorité des Français, j'ai dit, c'est pour moi 80 % des Français. On a… Parce que la moitié des stations peut approvisionner un nombre de Français de manière plus importante, alors que la statistique de la moitié… Vous voyez ce que je veux dire ?
CELINE LANDREAU
Ces stations-là qui n'ont pas encore baissé leurs prix, les indépendants, par exemple, déplorent que les gros aient été servis en premier. Ils pointent du doigt Francis Pousse, du réseau Mobilians, dénoncent des écarts de prix insupportables et accusent le Gouvernement en disant que les engagements ne correspondent pas aux actes. Qu'est-ce que vous leur répondez aux petites stations-services ?
SERGE PAPIN
Ecoutez, on a mis au point un dispositif justement avec Francis Pousse, qui permet d'avoir accès à un prêt, donc à taux zéro, disponible par la BPI, et qui permet de financer l'accès aux stocks à bas prix, donc aux stocks stratégiques, de manière à diluer le prix et à commencer à faire la baisse. Donc ça, ça a été…
CELINE LANDREAU
Concrètement. Ça veut dire… ?
SERGE PAPIN
Je dis ça parce qu'on l'a discuté ensemble. On était avec Francis Pousse. On était ensemble et on a fait cette proposition pour justement faire en sorte que les stations, les petites stations indépendantes aussi, puissent suivre le processus.
CELINE LANDREAU
Sans attendre que les cuves soient vides ?
SERGE PAPIN
Peut-être pas. Voilà, exactement. Peut-être pas ce matin-là, à 9 heures, mais en tout cas dans la semaine. Et je pense qu'elles vont le faire.
CELINE LANDREAU
Les 10 millions de barils libérés doivent permettre de baisser le prix du gazole sur trois mois. C'était l'engagement du Gouvernement. Est-ce que vous réfléchissez déjà à la suite ?
SERGE PAPIN
Ecoutez, la crise, ça se gère dans l'instant présent. Et l'instant présent...
CELINE LANDREAU
Ça s'anticipe aussi, une crise.
SERGE PAPIN
Oui, mais là, on est évidemment… Mais on a fait les choses pour les trois mois qui viennent. On va voir où on en sera. Vous savez, c'est très volatile, ce qui se passe en ce moment. On verra ce qui va se passer dans trois mois. Evidemment, on s'adaptera comme on l'a toujours fait. Au passage, je tiens à dire que certains nous parlaient d'un prix du gazole à 3 euros. Si je fais le compte aujourd'hui du prix le moins cher, en y ajoutant la prime grand rouleur, qui est de 100 euros pour les… Là aussi, sur trois mois, ça correspond en gros à 40 centimes pour quelqu'un qui fait 30 kilomètres par jour, ça veut dire que, si je prends le prix le plus bas du distributeur, le plus bas, en tenant compte de ça, on peut être à 1,75 euro. Donc, ceux qui parlaient d'un prix à 3 euros, vous voyez ce que je veux dire ?
CELINE LANDREAU
1,75 euro, c'est vraiment le cas de figure idéal, ce n'est pas la majorité des Français, mais qui existe.
SERGE PAPIN
Qui existe, dont là aussi, qui est accessible pour huit Français sur dix.
CELINE LANDREAU
Serge Papin, près de 800 personnes ont été interpellées samedi, en marge d'une nouvelle journée de mobilisation contre la vie chère. Combien de commerces, d'entreprises ont été dégradés cette fois ?
SERGE PAPIN
Alors écoutez, on peut être rassuré parce que, d'abord, un : les manifestations ont pu se tenir, les revendications s'exprimer.
CELINE LANDREAU
320 000 personnes dans la rue, selon le ministère de l'Intérieur.
SERGE PAPIN
Donc voilà, les manifestations ont pu se tenir. Il y a eu des débordements violents qu'on peut déplorer. Cependant, l'ordre a été tenu puisqu'il y a eu 20 magasins qui ont été touchés et un magasin, à Montpellier, m'a-t-on dit, a été pillé. Mais rien à voir, rien à voir avec le 17 octobre. Il y avait 3 000 magasins touchés le 17 octobre et presque 400 magasins pillés. Vous voyez ?
CELINE LANDREAU
Après le 17 octobre, le Gouvernement a promis un fonds de soutien, Serge Papin, jusqu'à 10 000 euros d'aide pour les entreprises de moins de 50 salariés, avec un chiffre d'affaires de moins de 10 millions d'euros. Est-ce que cet engagement tient pour les entreprises victimes de violences le 24, le 31 et celles qui le seront peut-être demain, jeudi ?
SERGE PAPIN
Mais il y a… Alors, moi, je pense qu'on peut être rassuré. Je tiens à le dire, je suis commerçant et je m'adresse du ministre du Commerce. On va se diriger vers les fêtes de Noël. Vous voyez que l'ordre tient quand même. Ça, c'est le plus important, il faut le dire. Pour répondre à votre question, bien sûr, ça concerne les trois jours qui se sont passés, et ceux à venir. Il y a les critères de ce fonds de soutien. C'est 10 000 euros. C'est pour les entreprises de moins de 10 millions de chiffre d'affaires et de moins de 50 salariés. S'ajoute à ça un prêt, là aussi, de la part de la BPI, de 50 000 euros, prêt à taux zéro, qui va permettre de racheter les stocks pour faire du chiffre d'affaires.
CELINE LANDREAU
Ça, c'est pour ceux qui ont été victimes de casse, Serge Papin, il y a aussi tous ces commerces qui n'ont pas été pillés, saccagés, mais qui se sont barricadés lors de ces manifestations, qui s'apprêtent à le faire encore demain, jeudi, et samedi prochain. Mais pour cette perte d'exploitation, cette perte de chiffre d'affaires, vous faites quoi ?
SERGE PAPIN
Pour cette perte d'exploitation, il y a des assurances. Ils peuvent faire aussi appel aux reports de charges. Ça, c'est quelque chose qui fonctionne. Nous permettons… L'Etat permet de reporter les charges patronales, les charges salariales, les charges fiscales, de manière à ce qu'on puisse, là aussi, avoir moins de charges dans ce contexte qui est un peu plus compliqué.
CELINE LANDREAU
Mais certaines organisations patronales réclament davantage d'ouvertures le dimanche.
SERGE PAPIN
Oui. Alors, moi, je vais demander, dès cette semaine, que les préfets puissent utiliser un arrêté qui permet de faire en sorte que trois dimanches, là, tout de suite, puissent être… On peut ouvrir trois dimanches supplémentaires à la demande des préfets, par arrêté. On peut aller bien au-delà s'il y a des discussions avec les organisations patronales, avec les organisations syndicales. C'est au cas par cas. Ce sont les préfets, département par département. Et je rappelle que les maires ont la main sur douze dimanches et peuvent autoriser aussi, par compensation par rapport à ce qui s'est passé, les magasins à ouvrir le dimanche.
CELINE LANDREAU
C'est l'image de la France aussi qui est en jeu, Serge Papin, vous êtes ministre du Tourisme. Est-ce qu'il y a déjà une incidence que vous pouvez constater ? Une baisse de la fréquentation autour de certaines destinations touristiques ? On sait que les musées ont été fermés et que ces images, elles circulent dans le monde entier.
SERGE PAPIN
Il n'y a pas eu d'annulations massives. On a senti un petit décrochage le 17, qui a été très vite corrigé. Ecoutez, s'il est là, voilà, maintenant l'ordre est rétabli. On va vivre des journées qui sont… La journée du 5, ça va… C'est comme l'ordre… On a prouvé…
CELINE LANDREAU
Vous avez l'air très confiant.
SERGE PAPIN
Non, mais sur la journée du 31, on tenait, que l'ordre… Force est à la loi. Donc, moi, je ne suis pas inquiet. Si voilà, les choses aussi… On tourne la page. Il n'y aura pas de conséquences sur le tourisme.
CELINE LANDREAU
C'est ce que vous dites à tous les professionnels aujourd'hui, qu'ils soient commerçants, hôteliers, restaurateurs : "Moi, je suis serein. Soyez-le aussi."
SERGE PAPIN
Ben écoutez, on se dirige vers les fêtes de Noël. Les forces de l'ordre ont permis de démontrer que l'ordre était tenu. Donc, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas faire du commerce normalement dans ce pays d'ici Noël, en particulier.
source : Service d'information du Gouvernement, le 3 novembre 2026