Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la situation en Méditerranée orientale, la Libye et les tensions entre l'Iran et les États-Unis, Le Caire le 8 janvier 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la situation en Méditerranée orientale, la Libye et les tensions entre l'Iran et les États-Unis, Le Caire le 8 janvier 2020. Jean-Yves Le Drian 08/01/2020 Politique étrangère Conférence de presse conjointe avec M. Sameh Choukri, ministre égyptien des affaires étrangères

Merci Sameh.


Nous avons aujourd'hui eu une réunion très importante avec mes collègues égyptien, grec et chypriote et avec la participation du collègue italien. Je remercie Sameh Choukri de l'avoir organisée et de nous avoir accueillis. Cette réunion nous a permis d'aborder la situation en Méditerranée orientale. C'est cette situation qui est notre préoccupation commune. Le format dans lequel nous sommes réunis aujourd'hui, à mon sens, a vocation à se renouveler et à se répéter. En effet, les récentes découvertes gazières ouvrent de nouvelles opportunités pour le développement de cette Méditerranée orientale. Mais en même temps cet espace maritime est aujourd'hui traversé par des tensions et des crises. Nous souhaitons contribuer à les résoudre. La signature récente d'un protocole d'accord sur la délimitation des frontières maritimes entre la Turquie et le gouvernement libyen est dans ce contexte un sujet de préoccupation majeure.

L'Union européenne s'est exprimée très clairement à ce sujet lors du Conseil européen des 12 et 13 décembre. Nous avons rappelé à cette occasion que cet accord, qui est une mise en cause directe des intérêts des Etats membres de l'Union européenne, n'avait aucune portée juridique et en particulier il touchait Chypre et la Grèce, et que cet accord n'était pas conforme au droit international. La Turquie a vocation à être un acteur important en Méditerranée orientale, a vocation à être un pilier de la stabilité de cette zone, mais elle ne peut le devenir que si elle respecte le droit de la mer et accepte de s'inscrire dans un dialogue avec les autres pays riverains.

Trois principes doivent permettre à la Méditerranée orientale de devenir un espace de stabilité et de prospérité : le respect du droit international, le respect de la souveraineté des Etats, le dialogue et la concertation pour résoudre les différends et non la militarisation ou la décision d'actes unilatéraux.

Nous avons également, Sameh Choukry y a fait référence, abordé la situation en Libye. Nous avons souligné notre commun attachement à la stabilité et à l'unité de ce pays. Cette stabilité et cette unité est essentielle pour toute la région, du Maghreb au Sahel, et aussi pour la sécurité de l'Europe. Nous avons apporté notre soutien au processus de Berlin et à la tenue de la prochaine conférence internationale. Nous avons aussi apporté tout notre soutien au représentant spécial des Nations unies, M. Ghassan Salamé et à la mise en place d'un dialogue inter-libyen qui doit être conduit sous l'égide des Nations unies et de l'Union africaine.

C'est une bonne réunion, un bon principe, un bon périmètre et qui, je l'espère, aura des retombées très positives, à la fois pour la souveraineté des pays de la région de la Méditerranée orientale, des pays riverains, mais aussi pour le développement d'un processus de paix en Libye, que la conférence de Berlin, je l'espère, pourra clarifier et initier.


Q - (al-Arabiya) Libye

R - Je voudrais répondre, avec trois observations, à cette interrogation. La première observation dont nous sommes convaincus : il n'y aura pas de solution militaire à cette crise, il faut que personne n'y pense. La solution ne peut être que politique.

Ma deuxième conviction, c'est qu'il n'y aura pas de solution à cette crise si on ne respecte pas le droit international et si les résolutions des Nations unies ne sont pas respectées à la lettre.

Troisième remarque, il n'y aura pas de solution à cette crise si certains envisagent la balkanisation ou la non intégrité du territoire libyen, qui doit être unique dans ses frontières.

À partir de ce moment-là, comment aborde-t-on la solution politique ? Eh bien en mettant autour de la table l'ensemble des acteurs pour parrainer, par la communauté internationale toute entière, un processus inter-libyen qui devrait aboutir à différentes étapes, que ce soit d'abord le cessez-le-feu, puis ensuite l'unification des institutions, le démembrement des milices, le partage des ressources et progressivement la mise en oeuvre d'un dialogue inter-libyen permettant des élections. On connaît la feuille de route. Il faut donc que la communauté internationale la parraine et c'est l'objectif de la réunion de Berlin à laquelle nous apportons tout notre soutien.

Voilà en résumé mes convictions.

Q - (Reuters) Sur l'Iran, quelle réaction à ce qui s'est passé ce matin ? Des mesures sont-elles à l'étude pour sanctionner le programme balistique de l'Iran ?

R - Vous mélangez plusieurs sujets en même temps. Je vais être très clair aussi. D'abord, l'attaque contre le général Soleimani n'est pas une initiative de la coalition contre Daech, c'est une initiative américaine initiée en raison de considérations de sécurité qui sont propres aux Américains. Ceci étant, nous avons condamné les actions qui ont été menées contre les emprises de la coalition anti-Daech, des emprises en Irak. Nous avons condamné ces actions qui ont été menées contre les alliés de la coalition, c'est-à-dire en particulier les tirs de roquettes et des attaques contre l'ambassade des Etats-Unis. Nous appelons à la désescalade et ce depuis déjà plusieurs mois. Nous sommes convaincus que si nous n'abordons pas dans la négociation l'ensemble des questions qui se posent, au-delà même de l'accord de Vienne, sur sa prolongation au-delà de 2025 et sur la stabilité de la région, la sécurité des acteurs, la sécurité dans le Golfe dans le cadre d'une négociation, alors on aboutira à de mauvaises décisions et à des mauvaises réactions ; c'est ce qu'il se passe.

La volonté, la répétition d'initiatives prises par le président Macron pour permettre une sortie par la négociation a pour l'instant échoué, mais elle est toujours sur la table pour nous. Nous condamnons donc toute forme d'escalade. Ce qui s'est passé, par des tirs de missiles sur des emprises de la coalition contre Daech par l'Iran, il y a quelques heures, nous l'avons condamné. Mais nous appelons par ailleurs plus que jamais à mettre fin au cycle de violence, et nous sommes tout à fait déterminés, avec tous ceux qui le souhaitent, à participer à l'apaisement des tensions.

C'est l'intérêt de tous. Chacun déclare ne pas vouloir la guerre, alors faisons en sorte que ce processus d'escalade s'arrête et qu'on ouvre les chemins de la négociation. Cela suppose aussi qu'on poursuive la lutte contre Daech, parce que l'objectif de la coalition contre Daech, le seul, c'est la lutte contre Daech et que cela se fasse dans le respect de la souveraineté de l'Irak.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 janvier 2020

Politique étrangère UE - Pays mediterraneens France - Libye Etats Unis - Iran 203000081

Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur la coopération militaire entre les deux rives de la Méditerranée, à Rome le 12 décembre 2019.

Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur la coopération militaire entre les deux rives de la Méditerranée, à Rome le 12 décembre 2019. Florence Parly 12/12/2019 Coopération militaire Réunion des Ministres de la Défense de l'Initiative 5+5

Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Chers amis,


Je souhaiterais en premier lieu remercier le colonel Al Namroush, vice-ministre de la défense de Libye pour l'accueil qui nous a été réservé depuis notre arrivée à Rome. Nous regrettons tous que cette réunion n'ait pas pu se tenir à Tripoli comme nous l'avions imaginé l'année précédente, mais notre présence à tous ici est déjà une victoire en soi.

J'aimerais remercier le gouvernement italien de son accueil à Rome et plus particulièrement Lorenzo Guerini, ministre de la défense de la République italienne. Un an après votre présidence, vous n'avez pas manqué d'apporter votre soutien à nos partenaires libyens pour assurer la leur, avec constance et talent.

Nous nous sommes tous mobilisés cette année, pour continuer de porter l'Initiative, malgré les imprévus, malgré la situation à Tripoli, malgré les élections chez certains d'entre nous. C'est un signe très positif, avec peut-être plus de force qu'une déclaration d'intention. Nous avons su créer un climat de confiance au sein du 5+5 et les avancées réalisées me paraissent solides et pérennes.

La France a toujours cru à l'Initiative 5+5. Je sais bien que nos réunions sont parfois un peu répétitives, et que nos réalisations concrètes ne progressent qu'à petits pas. Mais ce que nous faisons ici dépasse la simple addition de petites et de moyennes coopérations.

Tout d'abord parce que nous entretenons les liens entre riverains et vieux amis qui ont un destin commun. Notre géographie nous rapproche, mais notre histoire récente nous tient parfois à distance. Certains d'entre nous ne se voient qu'ici. Je m'inclus dans ce nombre et je me félicite des occasions que donne cette enceinte.

Ensuite, parce que nous faisons face à des menaces communes, à des ennemis communs. Je pense, en particulier, au terrorisme et aux trafics illicites, au premier rang desquels les trafics de migrants. Terrorisme, migration : ce sont les deux préoccupations majeures de sécurité des Européens. Nous en sommes tous les victimes et nous sommes tous pleinement mobilisés. Je tenais à ce titre à saluer l'action et les efforts de toutes les forces de sécurité et de défense, civils et militaires, qui dans chacun de nos pays combattent le terrorisme au quotidien, parfois au péril de leur vie. J'ai évidemment une pensée pour les 13 militaires français tués au Mali le 25 novembre mais aussi pour tous les soldats des pays partenaires qui combattent les groupes terroristes, je pense aujourd'hui en particulier à nos amis nigériens, qui, dans leur combat courageux viennent de subir de lourdes pertes, je souhaite solennellement saluer leur engagement et je présente au peuple nigérien et aux familles des militaires décédés toutes mes condoléances.

Il y a le terrorisme, et il y a aussi les effets du changement climatique de plus en plus visibles, les conséquences sur la gestion des ressources naturelles et sur les mouvements de populations.

Ces menaces, nous devons les affronter ensemble. Je voudrais rappeler la nécessité de renforcer l'échange d'informations. C'est une des clés pour répondre efficacement aux défis. Le 5+5 Défense peut nous y aider. Pas seulement par nos échanges de ministres, mais aussi par nos expériences, notamment grâce aux travaux du Centre de coordination et de planification opérationnel et aux exercices conjoints de nos forces armées.

Les armées françaises sont fortement sollicitées en opérations extérieures en ce moment, et aussi sur le territoire national. Mais nous sommes résolument engagés en 2020 pour poursuivre et soutenir les programmes d'exercice communs. Je remercie mon homologue marocain, Abdellattif Loudyi pour la prise en compte de l'exercice Seaborder en 2020 de sécurité maritime.

J'aimerais avoir un mot pour nos amis algériens, qu'il faut remercier d'être présents malgré les grandes échéances nationales de ce jour. La France regarde de très près ce qui se passe, fidèle à sa doctrine de non interférence, mais aussi de non indifférence.

Je tiens enfin à exprimer notre soutien à la Libye. L'urgence du retour de la sécurité et de la stabilité est nécessaire, plus encore pour les pays voisins dont la Tunisie, dont je salue le représentant, M. Mohamed Janoussi. La tentation de l'escalade peut être grande. Nous y sommes opposés. Nous faisons passer des messages très clairs dans ce sens à Hafter et à ses soutiens, y compris aux Russes. Mais nous sommes également très préoccupés par l'entrisme turc et nous avons condamné vivement les accords noués récemment avec ce pays, qui soulèvent de sérieuses questions de droit international. Il me paraît d'autant plus urgent d'avancer sur la solution politique, et je me réjouis que les dernières discussions tenues à Berlin cette semaine aient semblé positives. En ce qui nous concerne, nous ne ménagerons pas nos efforts.

Mesdames et messieurs, face aux défis qui nous attendent, il est plus que jamais nécessaire de maintenir le dialogue. Il nous faut continuer, pousser plus loin encore nos projets et nos ambitions. Le président Emmanuel Macron souhaite retrouver et renouer le « fil d'une politique méditerranéenne ». La France souhaite encourager tout ce qui permet de bâtir des ponts entre les rives de la Méditerranée. L'Initiative 5+5 Défense y contribue depuis 15 ans et constitue un levier efficace.

C'est au tour de Malte de prendre les rênes de l'Initiative pour cette année 2020. Cher Michael, dans cette mission qui s'annonce vous pouvez bien sûr compter sur la France, l'Italie et la Libye pour vous transmettre tous les éléments utiles pour mener à bien cette présidence.

Je souhaite à Malte beaucoup de succès pour cette année de présidence et j'espère vous retrouver l'année prochaine à La Valette.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 16 décembre 2019

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Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans "La Provence" du 26 novembre 2019, sur la coopération entre les pays des deux côtés de la Méditerranée, l'OTAN, le conflit syrien et sur les relations franco-algéri

Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans "La Provence" du 26 novembre 2019, sur la coopération entre les pays des deux côtés de la Méditerranée, l'OTAN, le conflit syrien et sur les relations franco-algériennes. Entretien Jean-Yves Le Drian 26/11/2019 Politique étrangère

Q- "Cette mer mérite mieux", nous disiez-vous l'an dernier avant votre participation à l'acte II de Méditerranée du futur. Qu'est-ce qui s'est amélioré dans la coopération avec l'autre rive ?

R - Ce que je vous dirai cette année, c'est que cette mer a les moyens de rêver plus haut et plus loin ! Le Sommet des deux rives a réussi un tour de force à Marseille : loin des clichés sur l'immigration incontrôlée et la radicalisation, montrer que la Méditerranée est un espace de projets concrets. La clef, pour les faire aboutir, c'est d'inventer un dialogue entre nos sociétés civiles. Nous, les Etats, nous avons décidé de les y aider. Il y a beaucoup à faire pour améliorer la vie des peuples de la Méditerranée : mettre l'économie circulaire au service de l'alimentation durable dans les villes côtières, créer un réseau de start-up, dynamiser nos territoires grâce à l'innovation environnementale et à la révolution numérique, proposer à nos jeunes des formations, notamment dans le domaine des métiers de la mer. Et j'en passe ! Le second Sommet des deux rives prévu l'an prochain proposera de nouvelles initiatives concrètes.

Q - Vous étiez à Bruxelles pour apaiser les tensions au sujet de l'Otan. Est-il vraiment en "mort cérébrale" ? Comment le réanimer ?

R - Le président de la République a simplement posé un diagnostic clinique sur la situation : oui, il y a aujourd'hui de véritables interrogations, pour ne pas dire un réel trouble de nature politique, sur ce qu'est devenue l'Alliance atlantique. Nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. La semaine dernière, avec mon homologue allemand, nous avons mis une proposition simple sur la table : confier à des personnalités politiques un travail de réflexion sur les valeurs, les objectifs et les moyens de l'Otan. Elle a recueilli un large soutien. Une prise de conscience collective a commencé. Chacun comprend, par exemple, que les Européens doivent être plus responsables et plus proactifs pour assumer une part plus importante du fardeau et de l'action au sein d'une relation transatlantique. Pour être très clair, je suis convaincu qu'il n'y aura pas plus de défense européenne sans Otan que d'Otan crédible sans renforcement des engagements de défense européens. Depuis 70 ans, l'Otan est une force de stabilité. Elle doit le rester. Il faut en particulier renforcer la défense de l'Europe. Parce que les règles multilatérales s'affaissent, nous devons apprendre à évoluer dans un environnement plus instable.

Q - Les Etats-Unis restent en première ligne en Syrie, malgré les foucades de Donald Trump. Est-il le chef d'Etat le plus imprévisible que vous ayez connu ?

R - Mais je ne le trouve pas si imprévisible ! Souvent, je ne suis pas d'accord avec lui. Mais je reconnais que ce qu'il fait cadre assez bien avec ses positions depuis plusieurs années. Il a souvent dit qu'il ne souhaitait pas que les troupes américaines restent engagées indéfiniment en Syrie. Nous avons heureusement obtenu, après l'élection du président Trump, que le dispositif américain s'engage très vite dans la bataille de Raqqa puis qu'il soit maintenu jusqu'à la défaite territoriale de Daech. Et lors de la dernière réunion de la Coalition contre Daech à Washington, dont j'avais demandé la tenue au lendemain de l'offensive turque en Syrie, le président Trump a confirmé que les Etats-Unis resteraient mobilisés pour venir à bout de Daech. Je note que l'Europe a démontré une très grande unité. Ce qui compte, c'est que les Etats-Unis restent un allié essentiel pour la France. Au Levant comme au Sahel, nous combattons ensemble contre les terroristes.

Q - Quels outils seront mis en place pour juger les terroristes là où ils ont commis leurs crimes ?

La priorité, c'est de s'assurer que les combattants de Daech soient détenus dans des conditions sûres et qu'il n'y ait pas d'impunité face aux crimes et exactions commis notamment sur les populations locales. Voilà ce sur quoi nous nous sommes mis d'accord le 14 novembre avec la Coalition. La majorité de ces prisonniers sont syriens et irakiens. Mais il y a aussi des djihadistes français qui ne sont pas arrivés là par hasard : ils ont pris la décision de rejoindre une zone de guerre pour aller grossir les rangs de Daech. C'est-à-dire, une organisation terroriste qui a pris les armes, y compris contre notre pays, et semé la terreur partout où elle est passée. Nous avons désormais à faire face à une situation inédite. Je ne vous le cache pas : c'est un défi, à la fois pratique et juridique. La position de la France et de l'Europe, c'est que ces combattants de Daech ont vocation à être jugés au plus près des lieux où ils ont commis leurs crimes. C'est une position de bon sens et de justice. Des pistes ont été ouvertes, les discussions se poursuivent.

Q - Vous subissez régulièrement des critiques venant d'Algérie sur "l'ingérence de la France". L'abcès historique peut-il être crevé ?

Le seul souhait de la France, c'est que les Algériens trouvent ensemble les chemins d'une transition démocratique. C'est à eux seuls qu'il revient de décider de leur avenir. Pour notre part, nous continuerons de nous tenir aux côtés de l'Algérie et des Algériens, dans le respect de la souveraineté de ce grand pays. J'ai eu plusieurs occasions de le dire à mon homologue algérien. La solution, c'est le dialogue démocratique, dans lequel chacun puisse exprimer sans crainte ses opinions. Et que les libertés d'expression, de religion, de la presse et de manifestation soient pleinement respectées. Quant aux modalités de la transition, il appartient aux Algériens, qui font preuve d'une maturité exemplaire, de les définir.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 novembre 2019

Politique étrangère UE - Pays mediterraneens OTAN France - Syrie France - Algerie 193002490

Déclaration à la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le décès de treize militaires français au Mali et la coopération euro-méditerranéenne, à Marseille le 26 novembre 2019.

Déclaration à la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le décès de treize militaires français au Mali et la coopération euro-méditerranéenne, à Marseille le 26 novembre 2019. Jean-Yves Le Drian 26/11/2019 France-Mali Méditerranée du futur

Je voudrais vous faire part de ma grande tristesse et de mon émotion à la suite de l'accident d'hélicoptères qui a eu lieu hier soir au Mali, dans la région de Ménaka, où treize militaires ont trouvé la mort. Certains venaient de cette région. Ils étaient là pour notre sécurité, ils étaient là en opération contre le terrorisme, et ils méritent notre admiration. Je voulais aussi dire à leurs familles, à leurs frères d'armes, toute notre empathie à tous. Merci.

Q - Est-ce que vous connaissez les circonstances ?

R - La ministre des armées prendra la parole tout à l'heure.

Q - En tant que ministre des affaires étrangères, est-ce que cela remet en cause la politique, éventuellement, de la France là-bas, ou est-ce qu'elle restera toujours la même ?

R - C'est un accident dramatique. La position de la France est inchangée. Nous combattons contre le terrorisme, avec des soldats de grande qualité, souvent au péril de leur vie. Merci.

Q - Est-ce que vous connaissez les circonstances ?

R - Je vous ai dit que la ministre des armées prendra la parole à 14h00. Je n'ai pas d'autre commentaire à faire sur ce sujet.

Q - Dans ces circonstances diplomatiques, l'année dernière, vous disiez cette Mer mérite mieux. Qu'est-ce qui s'est amélioré depuis l'année dernière, en termes de coopération euro-méditerranéenne ?

R - Ce qui me marque le plus, c'est d'abord le nombre de participants à cette rencontre. Il y avait cette initiative, très perspicace, de Renaud Muselier, de faire en sorte que Marseille devienne le lieu où l'on parle de projets. Au début je crois que cela a été suivi par un enthousiasme modéré. Mais j'étais présent. Et là, nous parlons maintenant d'investissements, nous parlons de projets concrets, il y a de plus en plus de monde. Cela montre que l'enjeu est partagé, et qu'il nous faut désormais identifier des projets concrets pour que ce rendez-vous de Marseille soit, tous les ans, le point fixe de la mobilisation sur les projets concrets. Et là, j'en ai vus, des projets concrets, il y en a qui sont venus de la part du sommet des deux rives, qui est une organisation différente, puisque le Sommet des deux rives concerne les Etats du nord et du sud de la Méditerranée, et qui est d'une composition particulière avec les organisations internationales, mais aussi de la société civile. Je crois qu'il y a une dynamique qui s'est créée et que je constate aujourd'hui.

Q - Comment entendez-vous connecter ces deux événements "Sommet des deux rives" et "Méditerranée du futur" ?

R - Qu'il y ait d'abord une plateforme commune, qui soit identifiée, j'ai donné des indications à cet égard. Pour que l'on puisse à la fois identifier des projets et mobiliser autour de ces projets, et voir comment cette mobilisation peut aboutir à des résultats concrets. Mais même dans les tables rondes que vous avez pu entendre ce matin, on a vu émerger des projets qui n'étaient pas encore identifiés. Donc, cela marche, c'est assez enthousiasmant. Et il y a beaucoup de jeunes. J'attends beaucoup d'eux.

Q - Vous parliez aussi d'une nouvelle image de la Méditerranée. On pense aussi malheureusement à la Méditerranée comme théâtre de nombreux drames humains, avec la crise migratoire. Au-delà de l'accueil et des dispositifs d'accueil, pensez-vous que ce genre d'événement, ces projets de coopération, c'est une partie de la réponse au problème ?

R - Ce n'est pas toute la réponse. La réponse majeure, c'est de lutter contre les trafiquants, dont on ne parle pas assez et pas suffisamment violemment, ceux qui s'enrichissent sur la misère du monde et jouent le rôle de passeurs, alors qu'ils savent souvent que c'est le passage pour aller vers le drame. C'est cela qui compte. Mais pour le reste, tous les projets de collaboration permettent de renforcer l'espace de paix. Oui, bien sûr.

Q - Et un espace économique souverain, pour toute la zone Méditerranée ?

R - C'est plus compliqué.

Q - Monsieur le Ministre, est-ce qu'on peut parler d'une relance de la politique méditerranéenne sans parler de la migration ?

R - Non, mais l'enjeu des migrations est complexe et nécessite un dialogue, d'abord. Il nécessite aussi que l'Union européenne établisse son propre agenda sur l'étude des migrations et que le dialogue entre les pays de la Méditerranée et l'Union européenne soit fructueux. Mais il existe déjà beaucoup, et dans chacun de mes déplacements, j'ai l'occasion de parler de ces enjeux. Vous savez, je terminerais par cela, quand un jeune quitte son pays, que ce soit le Sénégal, le Niger ou autre, pour faire ce long chemin, souvent semé d'embûches et de drames, pour aller ailleurs, ce n'est pas parce qu'il a vraiment envie d'aller ailleurs. C'est parce qu'il ne trouve pas sur place l'activité qui lui permettrait de vivre. Et donc l'enjeu migratoire, c'est aussi l'enjeu du développement des pays concernés. Et c'est ce à quoi sert aussi ce forum méditerranéen. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 décembre 2019
 

Mali France - Mali Deces Militaire UE - Pays mediterraneens Migration 193002511

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la coopération entre les deux rives de la Méditerranée, à Marseille le 26 novembre 2019.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la coopération entre les deux rives de la Méditerranée, à Marseille le 26 novembre 2019. Jean-Yves Le Drian 26/11/2019 UE-Pays méditerranéens Troisième acte de la Méditerranée du futur

 Mesdames et messieurs,


Avant de commencer mon propos, je voudrais vous faire part de mon émotion, de ma grande tristesse à la suite de l'accident qui s'est produit hier soir, au Mali, dans la région de Ménaka, au cours duquel treize militaires ont trouvé la mort. Je me souviens avoir été leur chef, il fut un temps, et je voudrais, avec Renaud Muselier, faire savoir de cette tribune à leurs familles à leurs frères d'armes toute notre empathie, et combien nous comprenons leur douleur.

Ils étaient là pour notre sécurité commune, quel que soit ici le pays d'où l'on vient, ils étaient là pour combattre le terrorisme. Je vous remercie de vous lever et d'avoir un moment de silence.

Je vous remercie.


Monsieur le Président, cher Renaud Muselier,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers amis,


En dehors de ce moment d'émotion je voudrais vous dire que je suis très heureux que nous nous retrouvions ici, entre amis de la Méditerranée.

Année après année, c'est ici, à Marseille, que nous inventons ensemble la Méditerranée du futur. Je ne devrais d'ailleurs pas dire année après année, je devrais dire d'acte en acte, pour reprendre le terme choisi par Renaud Muselier pour scander la pièce qui nous rassemble, dans la plus pure tradition du théâtre méditerranéen.

Revenons un instant à 2017 et au premier acte de la Méditerranée du futur. L'acte d'exposition en quelque sorte, celui où les personnages entrent en scène et où l'intrigue commence à se nouer. Rapidement, à ce moment-là, l'enjeu de la pièce a été posé par ceux qui étaient là, moins nombreux qu'aujourd'hui.

Faire de La Méditerranée, qui a toujours été un carrefour d'échanges entre nos peuples, le carrefour des projets et des initiatives de demain. Les efforts alors se sont développés, le développement durable, la transition énergétique et environnementale, et d'emblée, il est apparu que tous ceux qui font vivre notre mer commune auraient un rôle à jouer ; les Etats, bien sûr, mais aussi toutes les forces vives de nos sociétés civiles. En effet, dans sa richesse et dans sa diversité, la Méditerranée appelle les scènes chorales et une distribution large pour rester dans l'image du théâtre.

En novembre 2018, le rideau s'est levé à nouveau pour un deuxième acte, placé alors sous le signe de la jeunesse et de l'innovation. Le public était au rendez-vous et on a parfois l'impression que le quatrième mur se brise en voyant alors tant de visages nouveaux sous les projecteurs. Le dialogue se renforce entre des jeunes qui découvrent des préoccupations et des défis communs.

Aujourd'hui, nous sommes réunis pour ce troisième acte qu'il vous appartiendra d'écrire, que vous avez déjà commencé à écrire ce matin, en suivant un fil rouge, l'investissement.

On est bien là, je crois, au point culminant de l'action.

Alors que cette histoire se déployait, la scène marseillaise s'est pour ainsi dire dédoublée, par une forme de coup de théâtre. En contrepoint des rencontres de la Méditerranée du futur, un forum nouveau a été lancé, ici-même au Palais du Pharo : "le Sommet des deux rives".

Je me souviens qu'il y a deux ans j'avais, à cette tribune, appelé de mes voeux un tel événement qui permettrait, pensais-je à l'époque, de donner un prolongement plus vaste à vos travaux et à vos réflexions.

En juin dernier, Marseille en a accueilli la première édition qui a été ouverte et au cours de laquelle est intervenu le président de la République.

Je voudrais vous dire ici que je souhaiterais que nous puissions conforter une complémentarité entre le Sommet des deux rives et le forum de la Méditerranée, et que pour les actes, IV, V, qui viendront, l'on puisse faire en sorte que ce soit ici, tous les ans un point fixe, puisque le Sommet des deux rives a commencé à Marseille - c'était bien normal - mais il va se poursuivre ailleurs, dans une configuration internationale.

Comme vous le savez, nous avons basé le Sommet des deux rives à partir de l'existence, d'une part du dialogue 5+5, les cinq pays du Nord de l'Afrique et les cinq pays du Sud de l'Europe, parce que nous avions déjà l'habitude de travailler ensemble dans cette configuration. Nous avons aussi initié ce projet, en nous appuyant sur l'Union pour la Méditerranée, dont je salue le secrétaire général présent, Nasser Kamel. Nous avons aussi agi avec l'Union européenne et la Fondation Anna Lindh.

Tous ces acteurs-là se retrouvent dans le Sommet des deux rives qui, inévitablement, l'année prochaine, aura lieu de l'autre côté, sur l'autre rive. Ensuite, quand ce Sommet reviendra en Europe du Sud, il sera inévitablement dans un autre pays.

Mais il faut un point fixe, et je suggère que le point fixe, ce soit vous, et que l'on puisse chaque année ici, voir l'état d'avancement des projets que nous voulons mettre en oeuvre. Parce que le point majeur de ces organisations-là - et je l'ai bien senti tout à l'heure dans les échanges auxquels j'ai pu assister -, ce sont des projets concrets. Il ne s'agit pas, ni dans le Sommet des deux rives, ni ici, de faire uniquement du déclaratif, il faut que l'on sorte des projets concrets. Et, comme lors du Sommet des deux rives on a pu faire émerger quelque 270 projets, dont 15 ont été sélectionnés, comme j'entends ici des initiatives nouvelles qui sont proposées, je souhaite que nous puissions, avec cette articulation-là, faire en sorte que les projets ne soient pas uniquement des indications en fin de colonne, mais des concrétisations que l'on peut constater, et que ce point fixe permettra de le faire.

J'ai bien noté, à la fin de ce Sommet des deux rives et au cours des projections que j'ai pu percevoir de cette rencontre d'aujourd'hui, des sujets centraux qu'il va nous falloir décliner en actions concrètes, à la fois sur la préservation de l'environnement et de la biodiversité des écosystèmes - je pense à la limitation des polluants des navires, à l'enjeu de zéro plastique en Méditerranée ; je pense aussi à la mise en place dans les villes côtières d'une économie circulaire au service d'une alimentation durable et de qualité, qui est un projet initialement porté en Italie mais qui a convaincu en Tunisie, en France et au Maroc - il y aura bientôt des expériences pilotes à Bizerte, à Marseille et à Tarente. Je pense aussi à l'enjeu de la ville méditerranéenne durable. Plusieurs projets y sont consacrés. Celui d'un partenariat ambitieux pour des villes durables en Méditerranée. Celui des start-médinas, dont j'ai entendu quelques échos tout à l'heure. Et je voudrais à cet égard saluer le rôle de l'Agence des villes et territoires méditerranéens durables, l'AViTem, et saluer l'action de son directeur général, M. Valero, pour son soutien pour la mise en place de ces initiatives.

Cette stratégie autour de la ville méditerranéenne durable pourra trouver une forme d'aboutissement lors du Sommet Afrique-France qui se tiendra à Bordeaux en juin prochain, qui sera également consacré au thème de la ville durable.

Je voudrais d'ailleurs vous dire, Monsieur le Président Muselier, que, dans cette connexion que j'imagine, il faudra faire en sorte que les structures " Sommet des deux rives ", qui ont comme caractéristique de réunir non seulement des Etats, mais aussi des ONG, mais aussi des entreprises, mais aussi la société civile dans son ensemble, soient aussi ouvertes aux élus régionaux qui, dans les différents pays concernés, sont des acteurs majeurs. Je suggère que le prochain sommet puisse aussi associer les élus régionaux des dix pays concernés, au moins des dix pays de départ concernés, pour donner de la concrétisation plus formelle à l'ensemble des projets qui ont été évoqués.

Dans l'ensemble des projets, il y a aussi la jeunesse et l'innovation, avec des hypothèses très précises. La mise en réseau des jeunes créateurs méditerranéens de start-up, Rodolphe Saadé y a fait référence tout à l'heure. Je pense aussi à l'élargissement du réseau "Méditerranée nouvelle chance".

Je pense au projet de réseau méditerranéen des écoles des métiers de la mer, qui est un enjeu essentiel. Hier, une déclaration d'intention a été signée pour le campus des métiers et qualification de la mer. C'est une première étape en France qui va nous permettre d'avancer plus largement en Méditerranée, qui associe l'Etat, le grand port de Marseille, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ...Sud ... Nous pouvons, à partir de ce projet-là, faire en sorte de travailler pour son élargissement méditerranéen, avec le soutien de l'Union européenne dans le cadre du programme Erasmus+.

Tout cela montre qu'il y a, sur la table, à la suite du Sommet des deux rives et à la suite de vos travaux, des projets concrets qu'il faut mettre en oeuvre. Puisque le thème aujourd'hui c'est l'investissement, aujourd'hui c'est véritablement le moment d'investir en Méditerranée. Et j'ai entendu tout à l'heure des témoignages tout à fait essentiels qui nous font penser que tout cela peut être envisagé avec optimisme.

Je voudrais aussi vous préciser que, dans la liste des projets qui a été ainsi congloméré entre les différentes initiatives, il ne faut en lâcher aucun. Si d'aventure on devait en retirer un de notre liste, il faudrait expliquer pourquoi nous n'avons pas pu aboutir sur cette hypothèse. C'est la raison pour laquelle je souhaite qu'autour du centre pour l'intégration en Méditerranée, que mon ministère soutient depuis plusieurs années, il puisse y avoir une plateforme commune qui permettra de suivre la mise en oeuvre de toutes nos initiatives - la liste sera très bientôt disponible - et de vérifier que les porteurs de projets sont dans le coût de leurs projets et que les participants à ces projets, qui peuvent se mobiliser, puissent être au rendez-vous.

Ainsi, l'acte III de ce forum et l'acte I du Sommet des deux rives, ce ne sont que des commencements d'une nouvelle aventure et d'une nouvelle étape entre nous. Voilà le message que je voulais vous délivrer. Faire en sorte qu'il y ait du concret partout et de la connexion entre ces deux grands rendez-vous marseillais, pour faire en sorte qu'ici il y ait régulièrement un point fixe qui soit fait avec la participation des territoires et, singulièrement, des régions.

Voilà, chers amis, quand on pense à la Méditerranée, de puissantes images viennent immédiatement à l'esprit. L'image de notre mer et de ses scintillements, l'image de notre histoire commune, de ses fulgurances, l'image des grandes oeuvres qui nous unissent. Mais à ces images un peu classiques, il est temps d'ajouter des images nouvelles : l'image d'une mer ouverte à toutes les opportunités du XXIe siècle ; l'image d'une jeunesse ambitieuse, éprise d'innovation ; et l'image d'un dialogue où le Nord apprend du Sud et où le Sud apprend du Nord.

C'est dans vos territoires que ces nouvelles images peuvent prendre forme, en particulier ici à Marseille. C'est dans les projets que nous portons ensemble que ces images reprendront du relief, et grâce à des initiatives comme celle-ci, c'est dans le coeur de tous les Méditerranéens et de tous ceux qui aiment la Méditerranée que ces nouvelles images s'imprimeront bientôt.


Merci de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 décembre 2019

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