Déclarations de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les relations entre la France et le Sénégal, notamment l'aide au développement, la signature de 3 conventions de financement, la coopération économique et militaire, Dakar les 19 et 20 décembre 1997.

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Circonstance : Voyage officiel de Lionel Jospin au Maroc, au Sénégal et au Mali du 17 au 21 décembre 1997

Texte intégral

Toast du Premier ministre, M. Lionel Jospin, lors du déjeuner offert en son honneur par le président de la République du Sénégal, M. Abdou Diouf
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens à remercier le président Diouf en mon nom et au nom de la délégation qui m'accompagne de la particulière chaleur et de l'excellence de l'accueil qui nous ont été réservés dès notre arrivée à Dakar. Nos premiers nouveaux pas en terre sénégalaise nous confirment que nous sommes bien au pays de la légendaire Teranga.

Je vous suis également reconnaissant, Monsieur le Président, de l'audience que vous avez bien voulu m'accorder et qui nous a permis d'échanger nos vues sur de nombreux sujets, dans le climat d'amitié qui caractérise nos relations bilatérales comme nos relations personnelles et auquel je suis très attaché.

Il me semblait important de venir ici, en Afrique, recueillir vos réflexions et me rendre compte par moi-même, avec mon épouse et en compagnie de membres du gouvernement et de représentants du Parlement, mais aussi de chefs d'entreprise, des changements, des interrogations et des aspirations que connaît ce continent et en son sein, les pays avec lesquels nous entretenons une vieille et précieuse amitié.

Certes, la durée de ma visite sera brève, même si son programme est dense, et il nous faudra par la suite poursuivre nos échanges. Parce que le partenariat nouveau que nous voudrions définir et mettre en place avec vous, doit reposer sur une parfaite connaissance des besoins et des problèmes de chacun et sur un travail lent et minutieux de mise en cohérence de nos politiques, qu'elles soient bilatérales ou portent sur les grandes affaires du monde. Je suis sûr que les occasions d'approfondir notre dialogue ne manqueront pas, grâce à nos ambassadeurs, et aux missions de nos ministres.

Monsieur le Président, je vous remercie encore, au nom de ma délégation, pour ce très agréable déjeuner et je lève mon verre à notre vieille amitié, à l'Afrique, au Sénégal et à l'amitié franco-sénégalaise.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juin 2001)
Intervention du Premier ministre, M. Lionel Jospin, devant les chefs d'entreprises français et sénégalais
Mesdames et Messieurs les Chefs d'entreprises,
Mesdames, Messieurs,
Je me réjouis d'être avec vous, pour une rencontre avec des chefs d'entreprise sénégalais et français, qui me donne l'occasion de souligner toute l'importance
que la France attache à ses relations économiques avec le Sénégal.

Le Sénégal, après des années difficiles, renoue aujourd'hui résolument avec la croissance et offre, dans de nombreux secteurs, des perspectives de développement, permettant aux initiatives privées de se déployer.

Ce retour à la croissance, il faut d'abord en féliciter les responsables de la politique économique sénégalaise, qui, en plein accord avec la communauté des bailleurs de fonds, ont su mener, depuis la difficile mais nécessaire dévaluation du Franc CFA de 1994, une politique rigoureuse et persévérante de redressement financier et d'assainissement structurel. Ses résultats favorables sont visibles aujourd'hui.

Mais cette bonne orientation retrouvée est due aussi au dynamisme remarquable des acteurs économiques que vous êtes. En acceptant les sacrifices exigés par la situation, vous avez su tirer parti des opportunités qui s'offraient, sur le marché intérieur comme sur les marchés extérieurs, augmenter votre chiffre d'affaires, réaliser des investissements, préparant ainsi les conditions d'une expansion durable.
Je sais que les entreprises françaises, celles déjà installées au Sénégal comme un certain nombre de nouvelles venues, ont participé à ce nouvel élan. Je salue les industriels, prestataires de services et banquiers français présents depuis longtemps dans ce pays. Je note avec satisfaction le succès de groupes français dans les privatisations du secteur de l'eau, et, tout récemment, des télécommunications.

La longue tradition de coopération technique et économique entre les deux pays fait que nos entreprises sont bien armées - sans doute mieux que d'autres - pour venir travailler au Sénégal et explique la confiance dont elles jouissent spontanément, une confiance à ne pas décevoir. Je constate aussi avec plaisir la venue de nombreux nouveaux investisseurs, notamment dans le secteur du tourisme et celui des services informatiques.

Ces succès ne peuvent que confirmer la France dans sa volonté d'accompagner le développement économique du Sénégal.

Le développement est la clé du mieux-être des populations et du recul de la pauvreté, dans un pays où la population vit encore largement dans des conditions difficiles.

Le développement est essentiel pour permettre au Sénégal de retenir l'épargne et l'investissement de ses propres ressortissants, qui doivent se convaincre qu'ils peuvent trouver dans leur pays les moyens d'un avenir économique meilleur, et y employer très efficacement leurs capacités professionnelles. Ensuite bien sûr, le Sénégal doit renforcer sa capacité à attirer les opérateurs économiques et financiers étrangers.

Je souhaite que le soutien de la France à ce processus s'exprime à la fois au travers des mécanismes traditionnels et par la recherche de formules nouvelles qui répondent mieux aux exigences du monde d'aujourd'hui, marqué notamment par l'ouverture des marchés et les progrès fulgurants de la technologie, en particulier dans les domaines de la communication et de l'information.

L'aide de la France restera donc substantielle, et je lui fixe quatre objectifs : - en premier lieu, l'appui de base aux populations, en priorité dans les secteurs de la santé et de l'éducation, qui suppose un soutien accru aux initiatives locales, qu'il s'agisse des communautés rurales ou des quartiers urbains défavorisés ;

- ensuite l'aide au bon fonctionnement des administrations, c'est-à-dire ce que nos amis anglo-saxons appellent la "bonne gouvernance". Dans le domaine économique, qui est le vôtre, cela signifie en particulier l'existence de règles claires et cohérentes, de procédures légales transparentes et équitables pour toutes les entreprises, protégeant notamment les entrepreneurs et les investisseurs contre ceux de leurs concurrents qui ne respecteraient pas la stricte légalité.

L'aide française s'est déjà manifestée dans ce domaine au Sénégal, par exemple à travers la "cellule d'appui à l'environnement des entreprises" et continuera d'oeuvrer dans cette direction. Nous souhaitons également aider l'Organisation pour l'harmonisation du droit des affaires en Afrique à commencer rapidement ses travaux, afin d'assurer aux opérateurs économiques une protection juridique légitimement revendiquée ;

- je souhaite en troisième lieu que notre aide s'attache tout particulièrement au soutien des investissements privés, qui ont vocation à prendre progressivement le relais de l'aide publique. Il importe, au moins dans un premier temps, que l'aide publique appuie leurs efforts, sous forme d'apports en capital et de prêts appropriés, pour faciliter la mise en oeuvre de leurs projets. C'est le rôle de la Caisse française de développement et de sa filiale spécialisée, la PROPARCO, dont l'action restera déterminante à l'avenir ;

- les infrastructures doivent enfin rester une priorité de notre aide. En attendant que le Sénégal dégage une capacité nationale suffisante pour faire face à ses besoins en ce domaine, l'aide internationale reste nécessaire pour la création et l'entretien des réseaux nécessaires au fonctionnement d'une économie moderne : routes, chemins de fer, aéroports, électricité, eau, télécommunications, etc... Mais, pour être efficace, l'aide aux infrastructures devra s'appuyer sur de nouvelles formes de gestion, efficaces et saines, associant plus étroitement des acteurs privés.

La relation économique entre la France et le Sénégal, comme avec les autres pays de la zone franc, repose aussi sur l'existence du lien monétaire.


***
Je voudrais ici lever toute ambiguïté sur les conséquences du passage du franc français à l'euro. Il faut le réaffirmer : l'entrée de la France dans la monnaie unique n'aura aucune incidence sur les accords de coopération monétaire qui fondent la zone franc.

Sur le plan pratique, rien ne va changer dans la zone CFA. Les transactions entre pays de la zone pourront bien entendu continuer d'être libellés en franc CFA. Simplement, pour les transactions internationales, la monnaie de référence sera l'euro dont le taux de change avec le franc français et donc avec le franc CFA sera définitivement fixé le 1er janvier 1999.

J'entends parfois qu'on s'interroge, qu'on s'inquiète sur la parité du franc CFA. La meilleure réponse, vous l'avez apportée vous-même : les économies de la zone sont dynamiques, leur rythme de croissance atteint 5 % par an sur les trois dernières années. La zone franc a retrouvé sa compétitivité. Quelles meilleures justifications peut-on trouver de la légitimité du taux de change actuel et de la nécessité de le maintenir à un niveau qui, à l'évidence, est le bon.

De fait, le rattachement du franc CFA à l'euro constitue un nouvel atout pour votre pays : le maintien d'une parité fixe avec l'Union européenne, avec laquelle les pays africains de la zone franc réalise l'essentiel de leurs échanges, facilitera le commerce et les investissements. Avec le renforcement du rôle de l'euro comme monnaie de réserve internationale, les exportations de matières premières de ces pays seront progressivement libellées en euro et deviendront ainsi moins tributaires des fluctuations du dollar.

Comme la France, le Sénégal a opté pour l'ouverture de son marché et a inscrit son progrès économique dans l'appartenance à un ensemble régional. Au-delà d'une intégration monétaire réussie, la construction d'une intégration économique au sein de l'Union économique et monétaire ouest africaine constitue un succès.
L'accord signé en 1994 et méthodiquement mis en oeuvre depuis cette date ouvre en Afrique de l'Ouest de nouvelles perspectives, avec un grand marché de 62 millions d'habitants, un marché qui renforcera encore l'attrait de votre pays pour les investisseurs étrangers. La France continuera de soutenir sa mise en oeuvre et la mise en place de ses institutions.
Cette intégration économique régionale a aussi le soutien entier de l'Union européenne. La renégociation des Accords de Lomé débutera l'an prochain et sera placée sous le signe de l'insertion progressive et maîtrisée des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans un système d'échanges mondiaux dont les règles se sont précisées avec la création de l'Organisation mondiale du commerce.

Les mesures qui seront examinées pour approfondir ce partenariat avec l'Union européenne, et accroître son efficacité, devront tenir le plus grand compte des progrès réalisés vers cette intégration régionale. En outre, la France attachera une attention particulière au maintien de la spécificité de la relation entre l'Union européenne et les pays ACP.

Nous souhaitons en particulier que tout en renforçant la dimension politique de ce partenariat, qui doit constituer un axe majeur de l'action extérieure de l'Union Européenne, soient préservés les moyens indispensables à cette coopération, en maintenant la part relative des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans les financements extérieurs de l'Union.

Je vous souhaite, à chacun et à tous, le meilleur succès et vous remercie de votre attention.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juin 2001)
Allocution du Premier ministre, M. Lionel Jospin, à l'occasion de la signature de trois conventions de financement
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le ministre de l'Economie, des Finances et du Plan,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Les trois conventions que nous venons de signer illustrent bien, me semble-t-il, la diversité des axes de coopération entre la France et le Sénégal, mais aussi le souci que nous partageons, vous et nous, de rassembler Nos forces vers un but unique : le développement, c'est-à-dire le mieux-être des Sénégalais.

Le Sénégal est riche de compétences diverses, de traditions fortes telles que notamment la pêche artisanale, la fabrication d'objets en cuir, la menuiserie métallique, la production de matériel agricole.
La contribution qu'apporte la France pour l'aménagement des sites de débarquement de la pêche artisanale sur la Grande côte vient utilement compléter les efforts entrepris par tous les acteurs de cette filière qui se place en tête des exportations du Sénégal. Il s'agissait de doter l'outil industriel de capacités modernes pour que la qualité des produits exportés soit contrôlée, garantie. Mais nous savons que ces produits sont d'abord ceux de la pêche artisanale constituée d'une multitude de petits entrepreneurs courageux qui, chaque jour, chaque nuit, vont au large des côtes. Eux-mêmes géreront ces installations et, par l'adduction d'eau et les travaux d'assainissement, c'est la vie, la santé de leurs familles que nous voulons améliorer. Ce projet, d'un montant de 22 millions de FF, prouve, s'il en était encore besoin, qu'il est possible, de ne pas séparer, encore moins d'opposer, la rentabilité économique
et le développement social.

Un deuxième projet concerne les artisans, ceux qui, de leurs mains, grâce à un savoir-faire éprouvé, sont capables de produire ici des objets utiles et beaux.

Le projet d'appui aux artisans du métal et du cuir, PAMEC, est déjà célèbre au Sénégal.

Il représente le succès d'une équipe, composée exclusivement d'experts sénégalais, qui ont su créer une véritable dynamique à travers des actions de formation, de recherche-développement, de structuration des filières en associant étroitement des artisans considérés à juste titre comme les principaux acteurs du projet.

C'est pourquoi, je suis très heureux de procéder aujourd'hui à la signature d'une nouvelle convention d'appui à l'artisanat. Ce nouveau projet, financé par le Fonds d'aide et de coopération, doit permettre, dans le prolongement des actions déjà entreprises, avec la même démarche de mobilisation et de responsabilisation des artisans, de renforcer la filière du cuir dans la région de Thiès, d'étendre notre appui au secteur métal à la région du fleuve afin d'améliorer la commercialisation de ces produits au Sénégal d'abord, mais aussi dans la sous-région et pourquoi pas sur les marchés européens.

La troisième convention de financement, enfin, traduit le soutien de la France à la grande réforme institutionnelle décidée par la République du Sénégal en 1996, je veux parler de la décentralisation.

Cette réforme introduite par les lois de " régionalisation ", entrées en vigueur au 1er janvier de cette année, marque une nouvelle étape décisive puisqu'elle consacre d'une part le transfert d'importantes compétences, jusqu'ici exercées par l'Etat, aux collectivités locales, et qu'elle crée d'autre part un niveau supplémentaire de décentralisation, la région.

C'est une réforme porteuse d'espoirs. Elle devrait favoriser le renforcement de l'exercice de la démocratie en permettant aux citoyens d'être plus étroitement associés aux décisions qui concernent leur vie quotidienne.

Le projet d'aujourd'hui s'inscrit dans le cadre de la coopération institutionnelle entre nos deux pays, dont le point de départ fut le "Projet d'appui à la décentralisation et au développement urbain", autrement connu sous le nom de PADDUS. Intitulé désormais "Programme d'appui à la décentralisation et au développement local-PADDEL", ce projet bénéficiera d'une subvention de 17 millions de FF pour accompagner la mise en oeuvre de la régionalisation à tous les niveaux de compétence, qu'il s'agisse des services déconcentrés de l'Etat ou des collectivités territoriales. Cette réforme peut aussi faciliter la relation entre nos régions et nos villes et amplifier une coopération décentralisée dont nous connaissons ici les effets particulièrement bénéfiques.

En effet, je tiens à préciser que la décentralisation ne serait pas un cadre favorable au développement du pays si elle affaiblissait l'Etat. C'est, au contraire, en permettant à tous les Sénégalais de participer directement et activement à la construction de leur propre avenir tel qu'ils le définissent eux-mêmes, que l'Etat renforce sa légitimité.

Monsieur le Premier ministre, cet élan donné à notre coopération aujourd'hui, permettra, j'en suis certain, de renforcer encore les liens de solidarité entre nos deux peuples.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr , le 13 juin 2001)
Allocution du Premier ministre, M. Lionel Jospin, à l'occasion de la réception pour la communauté française et les eprsonnalités sénégalaises
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers compatriotes,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie d'être si nombreux. Permettez-moi de voir dans votre présence côte à côte dans cette réception, représentants de la communauté française et personnalités sénégalaises, le symbole éclatant du lien humain qui fonde la relation particulière qu'entretiennent la France et le Sénégal. Et laissez-moi vous dire combien je suis heureux de commencer ici, à Dakar, mon premier voyage en Afrique sub-saharienne en tant que chef du gouvernement français.
Il y a sans doute peu de pays avec lesquels la France ait des relations aussi amicales, aussi confiantes, aussi affectives qu'avec le Sénégal. Et je ne reviendrais pas sur le long passé partagé, car je crois que ce patrimoine commun nous l'avons tous en nous et qu'il se passe de mots.
Quelque 20 000 Français résident aujourd'hui au Sénégal, constituant l'une de nos premières communautés en Afrique. Cette communauté a évolué au fil du temps : elle compte toujours nombre de Français "historiques", dont l'installation en terre sénégalaise remonte à plusieurs générations et qui se sentent sans aucun doute aussi Sénégalais que Français. Elle comprend une part croissante de binationaux et témoigne ainsi de la vigueur d'une France qui a tant à s'enrichir de ses origines diverses. Cette communauté connaît des joies, mais aussi des difficultés et je sais qu'elle n'est pas épargnée par la précarité économique. Beaucoup me l'ont dit.
Ses attentes sont nombreuses et justifiées :- un bon système d'enseignement pour ses enfants : il existe, et je rends hommage au corps enseignant français en poste au Sénégal. Mais je sais que l'attribution d'un plus grand nombre de bourses est souhaité : nos ministres s'efforceront de trouver une solution adaptée. des soins médicaux de bonne qualité, et je salue ici le travail accompli tant par l'Hôpital principal de Dakar que par l'Institut Pasteur ;
des services consulaires rapides et performants, et je sais combien leur tâche est difficile et leur charge de travail élevée. Je les encourage à toujours mieux faire car ils contribuent à l'image de notre pays à l'étranger. Ceci est vrai s'agissant des services ouverts à nos compatriotes mais l'est peut-être plus encore en ce qui concerne la question des visas. Chaque année, des milliers de Sénégalais se rendent en France, de manière régulière, à des titres divers. Il faut qu'ils puissent le faire dans de bonnes conditions.
Ces échanges sont une richesse et je souhaite qu'ils se poursuivent, notamment dans le domaine de la formation, de la recherche, des échanges politiques, économiques et intellectuels. Des instructions ont été données à nos consulats pour traiter au mieux ce type de demande. Des progrès ont déjà été enregistrés. Ils doivent être accrus.
Je voudrais m'arrêter un instant sur ce point. Pour la France comme pour les autres pays européens, la maîtrise des flux migratoires est une nécessité. C'est un domaine que j'ai souhaité aborder en privilégiant une approche digne et humaine. J'entends mettre à profit mon voyage en Afrique pour développer une concertation réelle et traiter au fond avec mes interlocuteurs cette question, et celle qui lui est intimement liée : quelle réponse en termes de co-développement peut-on apporter à des populations africaines qui sont souvent jeunes, pour qu'elles contribuent à l'avenir de leur pays plutôt qu'elles tentent l'aventure de l'émigration dans des conditions très souvent incertaines ?
* * * * *
Je voudrais aussi lors de ce voyage officiel m'efforcer de répondre à une autre question d'importance et qui concerne le présent autant que l'avenir : dans un monde et dans un continent qui se transforment, quel sens donner à la politique africaine de la France ? Ce voyage me donne l'occasion d'y réfléchir et d'en parler avec mes interlocuteurs et amis sénégalais
La France est le pays développé dont les relations avec l'Afrique sont les plus étroites. Elle en est fière et elle entend continuer à en assumer les charges et les devoirs autant que le privilège. L'intérêt de mon pays pour l'Afrique n'est pas un intérêt de circonstance, il ne se définit pas au gré de bénéfices commerciaux à court terme ou d'effets d'annonces. La France ne dit pas et ne pense pas que le temps de l'aide est passé. Mon pays plaide au contraire auprès de ses partenaires, notamment européens, pour que le développement du continent africain reste une priorité. Et il n'est que de voir la part encore très faible de l'Afrique dans les échanges économiques mondiaux pour se convaincre du chemin qui reste à parcourir.
Certes la tâche n'est pas aisée, en premier lieu parce que plusieurs grands pays, partenaires de l'Afrique, sont entrés dans une phase de désengagement, découragés par la fréquence des conflits meurtriers sur le continent et peu convaincus de l'efficacité réelle de l'aide apportée. Il faut les convaincre de revenir sur cette attitude en soulignant que l'Afrique n'est pas une, mais multiple, et qu'elle dispose de nombreux atouts.
La prochaine grande échéance sera à n'en pas douter la renégociation de la Convention de Lomé et une étape importante sera franchie d'ici là avec le passage en Europe à la monnaie unique, l'euro, qui devrait constituer un nouveau soutien pour la zone franc. La France est heureuse de se faire l'avocat de l'Afrique ; c'est pourquoi elle souhaite, de la part de ses partenaires africains, une réflexion approfondie, un engagement déterminé et des efforts partagés pour qu'ils soient pleinement les inspirateurs et les décideurs de leur avenir.
Cet engagement est indispensable à la rénovation du partenariat franco-africain en matière de coopération. L'Afrique, visiblement, change : les générations nouvelles ouvrent le continent aux idées les plus modernes, la croissance revient, les zones d'influences héritées du passé s'estompent peu à peu. Ce contexte me paraît justifier de la part de la France une réflexion approfondie sur le contenu de son aide autant qu'un réel effort d'adaptation de ses outils de coopération. Que l'on me comprenne bien : la volonté du gouvernement français, n'est pas de faire moins, mais de faire mieux. Je suis profondément convaincu qu'en procédant à cette rénovation, nous trouverons un écho favorable chez nos partenaires africains eux-mêmes, eux qui depuis longtemps mesurent concrètement les limites de la coopération mise en place il y a plusieurs décennies.
En arrière plan de cette réflexion, il est un domaine d'une importance toute particulière qui attend la France et le Sénégal : celui du maintien de la paix en Afrique. Le continent traverse en effet une période délicate et trop nombreux sont les pays où les passions étouffent la raison. Les événements récents sont là pour prouver qu'aucune région d'Afrique n'est à l'abri, aucun régime ne peut se sentir totalement protégé des risques d'un conflit armé tant il est vrai que la délinquance, les trafics les plus divers, les intolérances et les violences les plus primaires, se jouent des frontières
Dans une telle situation, l'on ne saurait se voiler la face. Il est du devoir de la communauté internationale d'aider l'Afrique à mieux assurer sa propre sécurité. C'est le sens de la coopération militaire bilatérale que la France mène depuis de nombreuses années sur ce continent. Mais il faut aller plus loin et ne ménager aucun effort pour que soient coordonnées les initiatives des principaux bailleurs de fonds, en faveur d'un renforcement des capacités proprement africaines de maintien de la paix. Chacun le sait ici, le Sénégal a, l'un des premiers, saisi tout l'intérêt d'une telle démarche et c'est à Dakar que s'est tenue en octobre dernier une importante conférence sur le sujet.
La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont décidé de coordonner leurs efforts en liaison avec les Nations unies et l'OUA. Le Sénégal accueillera ainsi l'an prochain un exercice militaire multilatéral concernant plusieurs armées africaines. Et c'est encore à Dakar que la France prévoit d'entreposer le matériel qui pourrait être fourni en appui d'une opération africaine de maintien de la paix décidée ou autorisée par les Nations unies. Ce rôle pilote du Sénégal ne peut surprendre quand on se rappelle la longue expérience militaire qu'il a acquise hors de ses frontières.
Cette expérience pilote entre la France et le Sénégal dans le domaine du maintien de la paix me semble devoir donner l'exemple de l'avenir de l'ensemble de nos relations : parce qu'elles sont plus que centenaires, qu'elles reposent sur une totale confiance réciproque et qu'elles n'ont jamais connu de nuage, elles sont vouées à l'exemplarité et donc à l'exigence.
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Je voudrais en terminant mon propos insister sur ce terme. En effet, en matière d'état de droit, de démocratie, de Francophonie, en matière de lutte contre les trafics et contre la corruption, de règlement pacifique des conflits, en un mot pour ce qui relève de la "bonne gouvernance", le Sénégal se doit de montrer l'exemple et la France se doit de l'y aider.
Certes, nous le savons, les contraintes qui pèsent sur le Sénégal après des années de crise sont bien réelles. Mais je crois sincèrement, parce que le Sénégal est l'un de nos plus vieux amis en Afrique, l'un des "noyaux durs" de la politique française à l'égard du continent noir, que nous sommes enclins à en attendre plus, quitte pour cela, à ne pas manquer de l'accompagner dans ses efforts. En matière de justice, de police, de douane, aussi bien que dans la réforme clé de la régionalisation, la coopération française est et sera à l'écoute des besoins du Sénégal, comme dans l'appui aux secteurs productifs ou dans les domaines toujours cruciaux de l'éducation et de la santé.
Beaucoup reste à faire. Notre engagement aux côtés du Sénégal demeure, à l'image de notre rang de premier bailleur de fonds bilatéral. Je tiens à redire ici ce soir, devant les autorités et personnalités sénégalaises présentes comme devant vous, mes chers compatriotes, que le Sénégal peut compter sur la France, qu'il peut compter sur moi comme je sais de la même manière que le Sénégal, ces prochaines années, sera au rendez-vous des espoirs et des attentes de nos deux peuples.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 juin 2001)
Allocution du Premier ministre, M. Lionel Jospin, devant les forces françaises du Cap vert
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le ministre des forces armées du Sénégal,
Monsieur le chef d'Etat-major général des armées,
Messieurs les Officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,
Si j'ai tenu, à l'occasion de ma visite à Dakar, à me rendre auprès des Forces françaises du Cap Vert, c'est d'abord parce que l'action de nos militaires dans ce pays illustre, aujourd'hui encore, la solidarité et la fraternité historique des peuples français et sénégalais. Je pense bien sûr aux épreuves des guerres européennes où les soldats issus du continent africain, en premier lieu du Sénégal, ont contribué à notre liberté au prix de leur sang.
Je pense aussi aux théâtres d'opérations d'aujourd'hui, dans les régions du monde en crise -le Liban et Haïti, la Bosnie et le Cambodge, le Liberia, le Rwanda et le Centrafrique- où des unités sénégalaises ont participé au maintien de la paix, le plus souvent à nos côtés, avec un grand professionnalisme.
Les forces françaises du Cap Vert sont présentes depuis 1960. Elles remplissent aujourd'hui des missions d'une importance considérable qui bénéficient mutuellement à la France et au Sénégal. Elles participent, par leur présence, à la stabilité de la région. Elles apportent aux forces armées sénégalaises une aide militaire à travers la participation à des exercices communs d'entraînement, la mise à disposition d'instructeurs pour certains domaines spécifiques et, le cas échéant, le concours direct de leurs moyens propres.
Ce travail en commun au quotidien est le gage de la capacité à s'engager au coude à coude dans les meilleures conditions ainsi que l'a montré le succès de la MISAB à Bangui.
Cette présence a été également exemplaire parce que, depuis 1960, elle a su s'adapter dans la forme, au gré des évolutions de l'un ou l'autre des pays, ainsi qu'en témoignent la renégociation des accords de 1960, dès 1974 et les adaptations successives convenues en 1979 et 1989.
C'est dans cet esprit que la France a fait le choix de redéfinir les missions et les moyens de ses forces militaires en Afrique.
Mais nous avons aussi fait le choix de maintenir nos effectifs, ici, à Dakar. C'est pourquoi la présence de nos unités au Sénégal aujourd'hui garde tout son sens.
Leurs missions, définies d'un commun accord avec les autorités de ce pays, seront naturellement poursuivies, moyennant les ajustements rendus nécessaires par l'évolution stratégique et la modernisation de nos armées. Le ministre de la Défense français a confirmé nos engagements en ce sens, ici même, le 20 octobre dernier. Je n'y reviendrai pas.
Il est d'autant plus important, dans ce contexte, de renforcer la coopération entre nos forces armées. Les actions de formation et les échanges seront poursuivis. Mais au-delà, la France et le Sénégal sont désormais appelés à s'engager ensemble en faveur du maintien de la paix en Afrique.
Comme vous le savez, c'est à Dakar que s'est tenu, fin octobre, un séminaire international sur ce thème. Il a permis de développer conjointement avec une vingtaine de partenaires des propositions précises visant à renforcer les capacités de maintien de la paix sur le continent. Ce programme, que nous avons baptisé RECHAMPI (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) contribuera à préparer des modules de forces, idéalement du format du bataillon, destinés à intervenir dans des opérations qui seraient placées sous la direction stratégique du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU.
La France, avec le soutien d'autres pays donateurs, entraînera ces unités au niveau sous-régional. C'est dans cette perspective que nous participerons, en février 1998, à l'exercice GUIDIMAKHA, qui réunira pour la première fois dans la sous-région des unités sénégalaises, maliennes et mauritaniennes renforcées de détachements venant du Cap-Vert, de la Gambie, de la Guinée, de la Guinée-Bissao et du Ghana et dont le scénario sera celui d'une opération de maintien de la paix.
La France fournira à cette fin l'équipement complet d'un bataillon et d'un hôpital militaire de campagne qui sera stocké au sein de nos forces prépositionnées à Dakar dès l'année prochaine. Cet équipement, on l'a dit, sera mis à la disposition des forces de la région, qui seraient appelées à intervenir, et pas seulement fait pour celles du Sénégal. Parallèlement, nous allons créer à Zambakro, en Côte d'Ivoire, un centre de formation au maintien de la paix qui accueillera des militaires de tous les pays de la région, qu'ils soient francophones ou non.
Il s'agit, je le répète, d'une approche d'un type nouveau. Comme vous le savez, la France ne peut pas assurer à elle seule la sécurité de ses partenaires africains. Notre opinion publique ne le comprendrait pas, et vous ne le souhaiteriez pas non plus. La Communauté internationale, dans le cadre de l'Organisation des Nations unies, a mis en place des mécanismes de règlement des crises. Ils doivent être utilisés car ils ont la vertu de l'impartialité et témoignent de façon active de cette idée essentielle à notre temps qu'est la sécurité collective. Bien sûr, ils sont encore imparfaits et donc souvent décriés. Ils sont pourtant l'amorce d'un monde plus juste et plus sûr, plus équilibré, que la France comme vous appelle de ses voeux.
L'objectif de cette forme nouvelle de coopération est de préparer les armées africaines, et en premier lieu les états-majors, au concept de maintien de la paix ainsi qu'à la conduite d'opérations dont les règles d'engagement et les chaînes de commandement relèveront tout naturellement de l'ONU, dans le respect des principes de cette organisation, et de l'Organisation de l'unité africaine.
Cette initiative contribuera également au développement de la coopération interafricaine en matière de maintien de la paix et à la consolidation des relations d'amitié qui unissent tous les pays intéressés par cette approche nouvelle de la sécurité en Afrique.
Je salue donc en vous des pionniers et je nous souhaite de réussir ensemble ce grand dessein.
Vive la coopération franco-sénégalaise !.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 juin 2001)
Toast du Premier ministre, M. Lionel Jospin, lors du déjeuner offert à la Résidence française
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs
Dans quelques minutes s'achèvera ma - trop courte - visite au Sénégal. Je ne prononcerai pas un discours de plus mais je voudrais, en quelques mots, vous redire combien j'ai été heureux de ces rencontres et à quel point je me réjouis d'avoir l'occasion, à travers ce déjeuner, de vous remercier tous, et tout d'abord vous, Monsieur le Premier ministre, de l'excellent accueil que vous nous avez réservé, ma délégation et moi-même, à Dakar. Je compte sur vous pour transmettre mes remerciements au chef de l'Etat, son Excellence M. Abdou Diouf.
Dans le langage un peu convenu des diplomates, le voyage que j'effectue au Sénégal s'appelle "visite officielle". Mais nous pourrions bien mieux parler de "visite d'amitié et de travail". Rarement autant qu'ici cette expression n'a eu plus de sens. De ces heures passées parmi vous, je retiendrai tout d'abord l'amitié. Je sais qu'elle a été célébrée bien des fois avant moi, mais je me réjouis de constater combien elle résiste au temps, aux générations qui passent et combien elle se renouvelle. Cette amitié, aujourd'hui, je la fais vivre, à mon tour.
Dans ses relations avec l'Afrique, la France a souhaité prendre en compte de nouvelles dimensions : l'ouverture grandissante du continent, l'émergence de nouvelles élites, une exigence plus grande de liberté et de démocratie, une capacité d'initiative qui s'affirme. Elle n'en oublie pas pour autant les solidarités anciennes et le partenariat franco-sénégalais en fait partie. Soyez assurés que nous restons attachés à l'amitié franco-sénégalaise, qui continuera de guider notre action.
Cette visite d'amitié est aussi une visite de travail, car au-delà de la célébration de l'étroitesse et de l'ancienneté de nos relations, je crois de notre devoir de répondre à une attente : celle des jeunesses d'Afrique qui, dans un environnement régional souvent difficile, cherchent à se bâtir un avenir et s'interrogent sur ce que de grands partenaires développés comme la France peuvent apporter comme appui à leurs aspirations. Ces jeunes, nous ne devons pas les décevoir : j'espère les convaincre de notre engagement à poursuivre nos efforts pour que l'aide au développement de l'Afrique continue d'être considérée comme une nécessité absolue par l'ensemble des pays du Nord. Certains de nos partenaires se font tirer l'oreille, soit que d'autres parties du monde leur semblent plus attractives, soit qu'elles considèrent l'Afrique avant tout comme un marché. Ce n'est pas ma vision des choses et j'espère que chacun aura compris, à l'issue de cette visite, que, pour la France, le moteur de sa politique africaine, c'est le développement humain.
Un proverbe wolof dit : "l'homme est le meilleur remède pour l'homme". Plus que jamais, notre coopération s'efforce de se rapprocher de l'homme, de toucher au plus près les populations : les conventions qui ont été signées hier, notamment celle qui porte sur la décentralisation et celle qui concerne l'artisanat, en sont l'illustration, comme les actions menées en faveur du sport et des jeunes que nous avons pu voir ce matin. C'est aussi pour sauvegarder la paix que nous sommes prêts à aider aux capacités africaines en la matière, comme je le disais lors de ma visite aux Forces françaises du Cap Vert.
C'est donc bien vers l'homme que nos efforts se portent et c'est de vous, décideurs sénégalais, que nous attendons de l'aide pour adapter toujours mieux notre partenariat aux évolutions des peuples d'Afrique. Je sais pouvoir compter sur vous et peux vous assurer que vous pouvez compter sur moi.
Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, je lève mon verre à l'amitié franco-sénégalaise et, en cette période de fin d'année qui est celle des voeux, j'en forme pour votre bonheur personnel et pour l'avenir du Sénégal.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 juin 2001)