Déclaration de M. Alain Madelin, président de Démocratie libérale, sur la présence française au Kosovo, le règlement du conflit nécessaire à la construction européenne et sur la critique de la politique sociale et économique de M. Jospin dans le cadre de l'élection européenne.

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Circonstance : Meeting de campagne électorale pour l'élection européenne, au Palais des Sports à Paris le 9 juin 1999

Texte intégral

Chers Amis,
Cette campagne des élections européennes a commencé sur ces images de réfugiés du Kosovo.Voici qu'au moment où la campagne s'achève, s'affirme un espoir de paix.
Nous devons saluer la détermination du Président de la République, Jacques Chirac, et sa contribution décisive tant à l'affirmation de la fermeté européenne qu'à la solution qui amène aujourd'hui la paix.Il nous faut saluer aussi le soutien lucide de l'immense majorité de l'opinion publique française, l'élan de générosité des Français, pour ces familles, ces femmes, ces vieillards, ces enfants, chassés de leur sol et de leur maison.
Saluer aussi l'ensemble des pays européens qui à l'unanimité ont décidé d'intervenir au Kosovo, de ne pas laisser à nouveau s'installer la barbarie sur le sol européen.
Oui, le Kosovo était un moment de vérité pour l'Europe.Allions nous rester les bras croisés, accepter le retour de la purification ethnique sur le sol européen, être coupable de non assistance à européen en danger.En intervenant au Kosovo, nous avons, c'est vrai, bousculé ce sacro-saint principe de la non ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat souverain.
Nous avons affirmé que s'il existait un droit des peuples à disposer d'eux mêmes, il n'existait pas un droit des Etats à disposer des peuples.
Nous n'avons pas accepté que la force triomphe du droit. Pas sur le sol Européen.
Nous n'avons pas accepté, en cette fin de 20 ème siècle, de laisser le dernier mot au dernier dictateur européen issu du système communiste.
Oui, ce 20ème siècle qui avait commencé par une guerre dans les Balkans, ce siècle qui a été celui des guerres civiles européennes, qui a connu deux guerres mondiales et deux idéologies totalitaires, la communiste et la nazi, ce siècle s'achève par la paix retrouvée dans les Balkans.
Quelle belle victoire pour l'Europe, et pour la démocratie.
L'Europe a souvent grandit dans les crises, et elle s'est forgée dans les épreuves. Et le Kosovo, l'histoire le montrera sûremment, restera une épreuve fondatrice dune nouvelle Europe.
Car le drame du Kosovo donne un sens à la poursuite de la construction européenne.Au delà de l'économie, du libre-échange ou de la monnaie, ce qui nous unit, nous les européens, c'est l'idée que nous avons ensemble forgée du respect l'homme, de sa liberté et de sa dignité.
Quelle belle leçon aussi donnée à ceux et à celles qui nous expliquaient qu'il ne fallait surtout rien faire, que ce n'était pas le bon moment, la bonne façon et qui préféraient aller à Belgrade plutôt que dans les camps de réfugiés du Kosovo.
Et notre liste d'union dans son projet pour l'Europe, avait, avant même cette guerre du Kosovo, pressenti l'enjeu de la construction européenne aujourd'hui, et s'était donnée deux objectifs prioritaires :
- réussir l'élargissement de l'Europe, batir l'Europe de tous les Européens, celle dont avait révé le Général de Gaulle il y a 40 ans.
- construire une défense commune initiée par les Traités de Maastricht et d'Amsterdam et qui vient d'être confirmée, accelérée, notamment à l'initiative du Président de la République française, au sommet de Cologne.
Comment ne pas rappeller à nos adversaires socialistes dans cette campagne que nous ne faisons là que rattrapper le temps perdu. Que l'occasion sétait présentée au lendemain de la chute du Mur de Berlin de réunir l'ensemble des pays européens, sinon dans l'union européenne au moins dans un même espace démocratique de sécurité et de paix.
Et c'est alors François Mitterrand, parce qu'il ne croyait pas à la réunification allemande, parce qu'il croyait plus en Gorbatchev qu'en Vaclav Havel ou en Lech Valesa, qui a fait échouer ce projet. Rappeler aussi que l'occasion sétait alors présentée en 1991 de construire une défense européenne au sein de l'Alliance Atlantique dotée d'une force de réaction rapide, et que c'est encore François Mitterrand qui a fait échouer ce projet et qui a sans doute fait perdre du temps, un temps précieux à l'Europe.
Je viens de parler de nos adversaires socialistes parce que dans cette campagne que nous avons engagé ensemble, notre seul adversaire c'est le parti socialiste.
Et il est bon de le préciser quand on voit certains parfois se tromper d'adversaires.
Pour mener cette campagne des élections européennes nous avons fait l'union.L'union du RPR et de Démocratie Libérale avec le soutien de Génération Ecologie.Parce que l'union c'était la réponse attendue par l'immense majorité de nos électeurs.Les Français en ont assez des divisions, des querelles de partis ou de personnes, de tous ces faux prétextes à de vraies ambitions personnelles.Etre européen, franchement européen, c'est dabord chercher à unir et à réunir. C'est ce qu'à très justement rappelé Valéry Giscard d'Estaing au cours de cette campagne.
Et puisque dans une fin de campagne, il faut bien simplifier, clarifier les enjeux,
1. l'enjeu en Europe c'est d'affirmer au Parlement européen une majorité de droite libérale face aux socialistes. Car il y a un peu trop de socialistes en Europe.
2. L'enjeu en France cest de battre en France la liste socialiste, celle de Jospin-Hollande, car il y a déjà beaucoup trop de socialisme en France.
Et la seule liste qui aujourd'hui peut prétendre battre la liste socialiste, c'est la nôtre.
Et oui, dimanche, il existe un vote utile. Toute voix qui, pour se faire plaisir, sera donnée à une autre liste que la notre au sein de l'opposition sera une voix perdue pour l'union de l'opposition et un cadeau fait aux socialistes.
Notre campagne a été plaçée sous le signe de l'union. Cette union, nous les libéraux nous l'avons souhaité, nous l'avons voulu, nous avons tout fait pour la réaliser.
Cette campagne, je lai engagée avec Philippe Seguin. Qu'il me soit permis ici de lui témoigner mon estime et mon amitié.Cette campagne je l'ai poursuivie avec Nicolas Sarkozy. Et je suis heureux de la campagne que nous avons menée ensemble.Dans une situation difficile, nous avons fait, je crois une bonne campagne. Mobilisé tous les nôtres, argumenté, débattu, et je l'espère convaincu, montré la force de nos convictions, de notre détermination et de notre engagement dans cette campagne.
Celle ci n'est dailleurs pas terminée et jusqu'à la dernière minute il nous faudra mobiliser, argumenter, convaincre pour, au bout du compte, l'emporter ensemble.
Nous avons fait aussi une bonne liste. Représentative, ancrée dans les régions, fortement féminisée (48 femmes, 39 hommes), largement rajeunie à limage de cette opposition renouvellée et combattive que tant de français attendent.
Cette opposition qui nous permettra demain d'entrainer l'union et de gagner les élections municipales et législatives et d'offrir bientôt à la France un autre avenir que l'avenir socialiste.
Oui je l'ai déjà dit, notre combat en Europe et en France, c'est le même. Et notre Europe, cest l'Europe pour la France.
L'Europe des modernes pour une France moderne.
Pas le retour en arrière vers cette conception aujourd'hui dépassée qui consistait à imaginer l'Europe comme la France en plus grand ou les Etats Unis en plus petit;
comme une sorte de super Etat fédéral au dessus des nations, avec un super-parlement, de super-lois, de super-réglements, de super-bureaucraties, un super président ou de super-impôts.
Si nous ne voulons pas d'une fuite en avant vers une Europe qui oublierait la France, nous ne voulons pas non plus du retour en arrière que constituerait un repli de la France sur elle même.
Car l'Europe, elle nous a déjà beaucoup apporté...Et elle peut encore beaucoup nous apporter.
Oui lEurope peut beaucoup nous apporter. A condition de refuser l'Europe de la multiplication des lois et des réglements, l'Europe de Jacques Delors qui nous promettait quun jour 80% des lois applicables en France serait décidée à Bruxelles. Cette Europe là nous n'en voulons pas.
Nous ne voulons pas laisser dériver la construction européenne. La commission de Bruxelles doit etre controlée, et c'est le rôle du Parlement européen que d' exercer ce pouvoir de contrôle.
Les pouvoirs de l'Europe doivent être contenus, mieux délimités. Nous voulons l'Europe autant que nécessaire mais pas plus que nécessaire.
Nous ne voulons pas de l'Europe qui norme, qui toise et qui rabote, celle qui nous propose les mêmes impôts, les mêmes règles, les mêmes systèmes sociaux dun bout à l'autre de l'Europe.
La moyenne des mauvaises fiscalité cela donnera toujours une mauvaise fiscalité. La moyenne des mauvais systèmes éducatifs cela donnera toujours un système éducatif médiocre.
Nous refusons l'Europe des bureaux et des impôts, cet impôt européen que nous promet Monsieur Hollande.
Oui l'Europe peut apporter beaucoup aux Français, à condition de choisir comme nous le proposons le meilleur de l'Europe pour la France.
Oui l'Europe peut être un formidable levier de changement et de modernisation pour notre pays.
Car aujourd'hui l'Europe ce nest pas seulement la concurrence des produits ou des services. C'est la concurrence des Etats, de leurs impôts, de leurs services publics, de leur administration, de leurs lois, de leur système de santé, de leur système de retraites, de leur systèmes éducatifs...
Et si je refuse un super-Etat au dessus des nations, je voudrais en revanche de super citoyens qui tirent le meilleur parti de cette concurrence des Etats.
Bref, ce projet, le nôtre, c'est tout le contraire du projet européen des socialistes Français.
Il y a quelques jours sur cette même estrade, dans ce même palais des Sports, Messieurs Jospin et Hollande avaient appelé à leur secours pour leur campagne en France, lensemble des dirigeants socialistes européens. Belle estrade.
PATATRAS. Voici qu'hier, à Londres, Gerhardt Schroeder et Tony Blair annoncent ensemble un programme pour l'Europe qui contredit en tout le projet des socialistes Français. Imaginez la tête consternée à cette heure de Monsieur Jospin et de Monsieur Hollande. Et les communiqués embarrassés qu'ils nont cessé de produire tout au long de la journée.
Je vous laisse juger :
Côté Jospin Hollande, on propose davantage de dépenses publiques en Europe avec de grands travaux, de grands emprunts et un grand impôt européen.
Côté Blair-Schroeder, on affirme que les dépenses publiques ont déjà atteint le seuil d'intolérance en Europe, en Allemagne et en Angleterre.
Alors, que dire de la France qui détient le record des dépenses et des prélévements publics en Europe. Tout se passe en France comme si on travailait pour l'Etat jusqu'au 23 juillet. Ce n'est qu'à partir du 24 juillet au matin que les Français travaillent pour eux. En Allemagne c'est le 3 juin et en Angleterre le 22 mai.
C'est pourquoi coté Blair et Schroeder on propose une baisse de l'impôt sur le revenus et une baisse de l'impôt sur les sociétés. Au moment où côté Strauss Kahn on propose d'augmenter encore l'impôt sur les société et de créer un impôt sur la pollution pour payer les 35 heures.
D'ailleurs lorsque le Ministre Italien des finances avait proposé à Bruxelles, il y a tout juste un mois, une baisse coordonnée des impôts en Europe, c'est le même Strauss Kahn qui avait répondu " c'est une approche très italienne qui ne peut en aucun cas devenir une politique européenne ".
C'est encore Schroeder-Blair qui refusent l'harmonisation des systèmes fiscaux, des systèmes sociaux et des réglementations du travail. Tout le contraire du projet des socialistes français.
Et de proposer la flexibilité du marché du travail. Car pour eux, l'objectif, c'est de créer de nouveaux emplois et non pas de partager les emplois existants comme le proposent les socialistes en France.
Monsieur Jospin et Hollande on encore bonne mine avec un projet qui propose de décréter au niveau européen le taux de croissance et le taux maximum de chomage.
Si l'on en croit la presse il parait qu'au sommet de Cologne lorsque Monsieur Jospin a fait cette proposition, la moitié de la salle s'est esclaffée, parce que ailleurs, en Europe, on pense que si l'on veut créer des emplois, il faut libérer le travail et non le contraindre ou le partager.
C'est pourquoi les propositions des socialistes français, les 35 heures au niveau européen, le salaire unique ou les emplois Aubry sont regardés comme une curiosité historique. Comme me la dit un de mes amis allemands récemment : en Allemagne, on connait l'Ecole keneysienne, l'Ecole autrichienne, l'Ecole de Fribourg. Et maintenant, et maintenant avec les socialistes français, il y a l'école Diplodocus.

C''est encore Gerhardt Schroeder qui a affirmé que les 35 heures en France sont une bonne nouvelle pour l'emploi...en Allemagne.
Ou Tony Blair qui à la Scala de Milan a dit qu'il fallait prendre exemple sur les américains, pas sur Jospin.
Enfin, dernier exemple, hier, Tony Blair et Gerhardt Schroeder on tenu à rappeler que l'Europe sociale cétait l'Europe qui encourageait le travail et non pas lassistance, celle qui réformait les régimes d'aide sociale pour favoriser le retour au travail.
Je ne dis pas autre chose depuis des années. La pire des choses dans notre société c'est de voir des familles entières enfermées dans la pauvreté, et la pauvreté devenir héréditaire;
Oui, il faut permettre à ceux qui sont enfermés dans l'assistance de retrouver le lien social par le travail, et chaque fois qu'on le peut transformer les revenus d'assistance en revenu d'activité, fussent une activité d'utilité sociale au service d'une collectivité locale. Ce n'est pas une question financière, c'est une question de dignité.
Alors oui, la copie européenne de Messieurs Jospin Hollande, annotée hier par Gerhardt Shroeder et Tony Blair, c'est 0 pour l'emploi, 0 pour la fiscalité, 0 pour les dépenses publiques, 0 pour le social.
Lionel Jospin c'est le cancre de la classe socialiste européenne. Tony Blair et Gerhardt Schroeder l'ont mis au piquet avec un zero pointé pour sa copie.
Et je tiens à dire Merçi du fond du coeur à Gerhardt Schroeder et Tony Blair pour leur contribution à notre campagne.
Il faut maintenant que dans les dernières heures de cette campagne Monsieur Hollande sexplique, nous explique, pourquoi ses principaux partenaires socialistes en Europe ne veulent pas de son programme socialiste.
Et si le programme des socialistes français nest pas bon pour l'Europe, alors, un électeur averti en vaut deux : il faut battre dimanche la liste de Monsieur Hollande;
Et il faudra ensuite en tirer des leçons pour l'avenir et mettre la France à l'heure de l'Europe, à l'heure de ce qui marche le mieux en Europe. Cest-à-dire mettre fin au plus tôt à cette nouvelle expérience socialiste en France.

Quand je pense encore qu'il y a quelques jours monsieur Hollande proposait à ses partenaires européens en modèle les services publics à la françaises. Vous vous imaginez, le droit de grève à la française appliqué en même temps dans tous les chemins de fer européen. Quelle pagaille.
Rassurez vous. Partout en europe on a su réglementer le droit de grêve et assuré le bon fonctionnement des services publics essentiels, parce que partout en Europe si le droit de grêve est reconnu, le droit de grêve c'est le droit d'arrêter son travail et pas d'arrêter celui des autres.

Mes amis,
le vote de ce dimanche 13 juin est un vote important. Ce sera le dernier vote du 20ème siècle. Alors, ouvrez l'avenir avec votre vote.
N'allons pas nous en servir pour alimenter les vieux débats entre ceux qui opposent l'Europe et la France, ceux qui aiment tellement l'Europe qu'ils en oublient la France, ceux qui veulent tellement de France qu'il en détruiraient l'Europe.
Que ce vote ne soit pas un vote tourné vers le passé mais un premier geste batisseur dun nouvel avenir, d'une nouvelle Europe.
Un avenir que nous vous proposons de peindre en dautres couleurs que celle de socialistes et de leurs alliés, en rouge, en rose, en vert ou en gris.
Que ce soit un geste de confiance dans notre union, pour une nouvelle Europe et aussi pour une nouvelle France.
(Source http://www.demlib.com, le 7 février 2001)