Déclaration de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, sur son faible résultat et sur la présence de Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, au second tour alors que la gauche est éliminée, à Paris le 21 avril 2002 après les premières estimations des résultats du premier tour.

Texte intégral

C'est avec beaucoup de tristesse, et même de colère, que j'ai pris connaissance des estimations concernant les résultats de ce premier tour de l'élection présidentielle.
Tristesse et colère, non pas seulement en raison du très faible score qui m'est annoncé. J'en suis profondément affecté - vous vous en doutez - comme tous les communistes qui se sont tant dépensés dans cette campagne -. Mais c'est loin d'être ce soir pour moi l'essentiel.
L'essentiel est ailleurs. La lassitude, les insatisfactions, les déceptions, les frustrations, les colères des Françaises et des Français à l'égard de ceux qu'ils tiennent pour responsables de la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le pays se sont est exprimées avec force. Pour la première fois le candidat de l'extrême droite sera présent au second tour.
C'est triste pour ce grand pays démocratique qu'est la France. Ce peut être catastrophique pour son avenir, pour l'avenir de son peuple.
Il faudra, bien sûr, analyser sérieusement les raisons de cette situation.
La montée annoncée des abstentions et des votes protestataires refusant de choisir entre droite et gauche, aussi bien que le contenu et le niveau de la campagne, laissaient prévoir des réactions inhabituelles et brutales d'un électorat particulièrement mécontent.
Dans ce contexte c'est une nette défaite de la gauche de gouvernement qui en résulte. Et le résultat que nous enregistrons ce soir, mes amis communistes et moi, s'inscrit dans cette réalité.
Et maintenant ? Eh bien, maintenant, les forces de démocratie sont confrontées à un problème majeur. Ce qu'il est convenu d'appeler la classe politique " mérite peut-être ce qui lui arrive - nous en reparlerons -, mais la France, elle, ne mérite pas cette terrible régression que serait l'élection d'un Le Pen.
Dans les heures qui viennent c'est la question qui sera posée. Aux électrices et aux électeurs. Mais aussi à toutes les forces politiques, à tous les responsables politiques, à toutes celles et ceux qui ont été candidates et candidats, qui ont toutes et tous à tirer enseignement du sévère jugement rendu par le corps électoral."
(Source http://www.pcf.fr, le 24 avril 2002)