Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations culturelles, scientifiques et économiques entre la France et l'Ouzbékistan, Paris le 27 octobre 1993.

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Circonstance : Visite officielle de M. Islam Karimov, Président de la République d'Ouzbékistan du 27 au 29 octobre 1993-dîner d'Etat à l'Elysée

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président, madame, mesdames et messieurs,
- Tous les Français qui sont autour de moi se réjouissent, comme je le fais moi-même, de vous accueillir en France.
- Votre pays a sans doute accédé depuis peu à l'indépendance mais cet événement si important n'était peut-être pas nécessaire pour que nous apprenions à vous connaître car si la république d'Ouzbékistan est un jeune Etat, c'est un Etat au passé très riche. Qui n'a entendu parler de Samarcande et de la route de la soie, dont cette cité, dès le Haut Moyen-Age, constituait une importante étape, route de la soie qui a permis des contacts commerciaux et culturels entre les pays les plus lointains de l'Occident européen et de l'Extrême-Orient asiatique ? Encore n'est-ce qu'un des aspects d'une ville parmi les plus illustres dans le monde ! Déjà aux temps lointains, le pays de Sogdiane, autour de Boukhara et de Samarcande, offrait aux grands empires voisins l'exemple de son dynamisme économique et, plus rare, de sa tolérance religieuse.
- Dès 660 de notre ère, on voit un peintre de talent, mais resté anonyme, illustrer pour la Maison du roi de Samarcande la procession des ambassadeurs venus des autres royaumes d'Asie centrale mais aussi de l'empire turc de Haute-Asie, de la Chine, de la Corée... Chargés de précieux cadeaux, ces ambassadeurs convergent vers la capitale en une procession empreinte de dignité et ce chef-d'oeuvre est aujourd'hui exposé sur le site d'Afrasyab, où il fut découvert. Chacun peut, m'a-t-on dit, en le contemplant, ressentir le message de fraternité et de paix dont il est porteur. Puisque vous avez bien voulu, monsieur le Président, m'inviter à visiter votre pays, j'aurai plaisir, dans quelques mois, à admirer cette fresque et cette terre qui a donné à la civilisation islamique quelques-uns de ses plus grands savants.
- Deux d'entre eux, en particulier, ont porté jusqu'à l'université de Paris le renom de leur patrie : Ibn Sina, que nous connaissons sous le nom d'Avicenne, et grâce à qui l'Occident a appris à lire Aristote. Al Birouni, né à Ourgentch, que nous connaissons sous le nom d'Aliboron, l'un des plus grands historiens et encyclopédistes. Patrie de nombreux mathématiciens illustres, la France connaît aussi d'Al-Kharezmi, inventeur de l'algorithme et trois siècles plus tard, Oloug Bek, le petit-fils de Tamerlan, a fait de Samarcande la capitale de l'astronomie. Bien entendu, les nombreux savants, professeurs et spécialistes qui ont tenu à venir ce soir, à être à vos côtés, monsieur le Président et vous, madame, ont corrigé d'eux-mêmes les intonations lorsque je prononce des noms qui sont de chez vous.
- Les arts furent aussi remarquablement cultivés, comme en témoigne la parure monumentale qui fait encore la grandeur des cités que nous avons évoquées, ces trois villes fameuses notamment Samarcande, Boukhara et Khiva. Et les récits des voyageurs ont porté très loin la renommée des lettres, des marchands et des artisans de votre pays.
- A ce respect des diversités, notamment ethniques, je sais, monsieur le Président, que vous êtes très attaché. Les termes de consentement, de stabilité, de fraternité, imprègnent votre discours politique et l'action que vous conduisez. Cette sagesse, qui a permis à l'Ouzbékistan de surmonter les chocs de l'histoire, constitue un atout majeur dans la période actuelle et dans un environnement régional troublé.
- Et vous venez, précisément, monsieur le Président, de témoigner votre volonté de prendre en compte les libertés et les droits fondamentaux, en particulier la liberté d'expression, en signant la Charte de Paris qui fait de leur respect et de leur développement une obligation juridique commune à tous les Etats-membres de la CSCE.
Nous sommes sortis de l'affrontement des blocs militaires et c'est une grande chance. Une chance pour un monde qui a vécu pendant des années sous la menace d'une confrontation est - ouest, une chance aussi pour les relations franco-ouzbekes, qui ne connaissent plus désormais de barrière d'aucune sorte ; ces relations sont maintenant directes, depuis l'ouverture de notre ambassade à Tachkent, il y a seize mois, et avec l'ouverture, que je souhaite prochaine, d'une représentation de l'Ouzbékistan à Paris.
- La coopération entre nos deux pays, limitée autrefois à la coopération culturelle et pédagogique pour l'enseignement du français, s'étend progressivement à d'autres domaines : l'enseignement de l'économie, la formation des gestionnaires à l'université d'économie de Tachkent et à l'université de diplomatie, à laquelle vous êtes très attaché personnellement. Nos deux ministères de l'intérieur coopèrent dans la lutte contre les trafics de stupéfiants, le Centre National de la Recherche Scientifique et l'Institut d'Archéologie de Samarcande travaillent ensemble depuis sept ans. Les liens entre l'Institut d'astronomie à votre Académie des sciences et l'Université de Nice constituent d'autres exemples de ces collaborations auxquelles l'accord cadre culturel, scientifique et technique, que nos deux pays viennent de signer, va donner une impulsion nouvelle.
- Dans le domaine économique, les hommes d'affaires viennent nombreux en Ouzbékistan , où la France est prête à apporter sa technologie, son savoir-faire, son expérience d'un secteur d'économie mixte, très développé et, comme l'on dit, performant. Certains secteurs paraissent particulièrement prometteurs ; je pense aux industries pétrolières, aux industries agro-alimentaires, au secteur de l'aviation civile, à la protection vétérinaire.
- Dans le domaine des constructions mécaniques, de l'hôtellerie, du tourisme, des services, des transports, des industries textiles, dont vous souhaitez un développement rapide pour accélérer l'industrialisation sur place de votre première richesse naturelle, dans l'important secteur de l'environnement, enfin, je ne doute pas que vous trouviez, en France, les partenaires prêts à travailler avec vous.
- Un poste d'expansion économique sera prochainement ouvert à Tachkent auprès de l'ambassade de France pour aider nos entreprises françaises à participer à votre développement.
- Enfin, la signature de l'accord sur la protection mutuelle des investissements devrait maintenant favoriser nos échanges économiques et financiers.
- Je sais, monsieur le Président, que vous avez exprimé, en diverses circonstances, votre volonté d'aller dans ce sens, selon les modalités qui vous sont propres, et qu'examinent attentivement les grandes institutions financières internationales auxquelles nos deux pays appartiennent.
- Voici un premier bilan, déjà prometteur, car l'essentiel désormais, à partir de relations régulières comme nous le faisons aujourd'hui, doit permettre au cours des temps prochains de grands progrès dans cette voie.
- En vous invitant, monsieur le Président, madame, mesdames et messieurs, selon notre tradition, à lever votre verre, je forme des voeux de prospérité et de réussite au peuple d'Ouzbékistan que j'aurai le plaisir de rencontrer bientôt.
- Je veux aussi, monsieur le Président et vous, madame, vous dire les voeux que je forme, que nous formons tous pour votre bonheur personnel et pour celui des vôtres, ainsi que pour l'approfondissement de notre amitié et de notre coopération.
- Vive l'Ouzbékistan ! Vive la France.