Texte intégral
Monsieur le Président
Mesdames, messieurs,
Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir invitée à venir inaugurer les nouveaux locaux du centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans abri (CHAPSA).
La rénovation du "Centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans abri" de Nanterre s'inscrit certes dans l'histoire de la Maison de Nanterre et celle de la volonté de ses gestions telle que vous l'avez rappelé Monsieur le Préfet mais aussi dans l'ensemble des efforts engagés à l'échelle de l'Ile-de-France pour améliorer la prise en charge des personnes sans domicile.
L'hiver dernier, le Gouvernement, Louis BESSON et moi-même ont annoncé la mise en place d'un plan triennal d'accueil et d'hébergement en Ile-de-France.
Ce plan a prévu un accroissement significatif du nombre de places d'accueil dans l'ensemble des départements de la région.
Les capacités d'accueil d'abord ont été améliorées pour l'hiver, qui est classiquement la période sensible à laquelle tout le monde pense, mais aussi surtout pour l'été, période où la fermeture de nombreuses structures d'aide aux sans-abri. Nous le savons les beaux jours ne résolvent pas leurs difficultés, même si ils peuvent adoucir les conditions de survie de nos concitoyens rejetés à la rue ou de nouveau attirés par l'errance.
En pérennisant des places qui n'étaient ouvertes à ce jour que l'hiver, il devient possible d'accueillir les personnes sur des durées plus longues. Comme vous le savez, comme vous nous l'avez expliqué, une durée d'accueil plus longue dans des lieux pérennes est la condition de l'efficacité de l'accompagnement social auprès des personnes qui, à ce jour, sont trop souvent conduites à transiter d'une structure d'accueil dite d'urgence à une autre, accumulant des expériences d'échec stigmatisant leur marginalité.
Le plan pluriannuel prévoit aussi le renforcement et la création de nouveaux lieux d'accueil de jour. Ce sont dans ces lieux que les personnes sans domicile peuvent dans la journée prendre une douche, laver du linge, recevoir du courrier, rencontrer un travailleur social, participer à des activités sociales, culturelles ou de loisirs, retrouver ou garder une image de soi qui peut être le levier d'un parcours de réinsertion.
C'est ainsi que sont prévus :
. la création de dix nouveaux lieux de ce type en Ile-de-France,
. le renforcement des dispositifs qui vont au-devant des personnes sans abri, de type samu-social ou équipe de rue, équipes de marode,
. ainsi que des moyens supplémentaires pour les équipes l'écoute et d'information qui recueillent les appels téléphoniques transitant par le numéro d'accueil 115, S.O.S-sans abri.
Au total, ce sont 73 millions qui sont débloqués cette année, première année du plan en Ile-de-France.
Parallèlement, mon collègue Louis BESSON, secrétaire d'Etat au Logement, a annoncé le lancement d'un plan de création de 10.000 logements en résidences sociales pour l'Ile-de-France. Pour une part, ces logements accueilleront des personnes dont la première et essentielle difficulté est d'être sans domicile aujourd'hui accueillies dans les dispositifs d'urgence.
Mais surtout ces résidences sociales accueilleront des personnes qui, faute de possibilité de sortie aujourd'hui, séjournent trop longuement dans les centres d'hébergement et de réinsertion sociale y perdant avec leurs espoirs et leur aptitude à réagir, à agir pour reprendre la direction de leur devenir. De la sorte, ces résidences sociales recréeront les conditions d'une certaine fluidité résidentielle.
Toutefois, nous le savons aussi, il est illusoire de penser que toutes les personnes les plus exclues sont susceptibles d'entamer ce parcours de réinsertion auquel elles aspirent et de retrouver une vie normale au cur d'une société qui reste dure et trop peu tolérante à la différence, trop peu attentive aux besoins de l'autre.
Pour certaines de ces personnes, trop marquées par les difficultés qu'elles ont vécues, il est essentiel de leur fournir d'abord un cadre de vie réconfortant et stabilisant. Dans un premier temps au moins, l'objectif ne peut être que modeste et porter surtout sur l'insertion sociale, l'écoute, l'accompagnement, la considération de leurs difficultés.
Mais encore faut-il que les lieux susceptibles de favoriser cette réinsertion sociale progressive présentent des conditions d'accueil dignes, humaines et respectueuses. De ce point de vue, la rénovation du centre d'hébergement et d'accueil de Nanterre était depuis longtemps attendue. C'est chose faite désormais. La structure héritée d'un passé révolu, offre 250 places d'accueil d'urgence de qualité, des places indispensables pour le département des Hauts-de-Seine et pour Paris (même si je connais la lassitude des responsables et des élus qui reprochent à juste titre à la capitale de ne pas assurer ses responsabilités.
Cet accueil rénové est complété par une cinquantaine de lits de repos financés par l'assurance-maladie pour les personnes sans domicile malades et nous savons qu'il y en a parmi elles dont l'état de santé est très alarmant. L'écoute diagnostic, l'examen clinique, le conseil de santé, le soin urgent sont pour certains le premier geste et le second depuis longtemps d'attention et de considération de leur condition.
Enfin, la création du lieu d'accueil de jour viendra compléter cette palette de services, lui donner une cohérence d'ensemble et offrir ces espaces de repos ou le dialogue peut s'engager naturellement et initier une personne ? retrouvée pour soi à son devenir.
Le centre d'accueil et d'hébergement de Nanterre retrouve ainsi une vraie fonction d'hospitalité et d'asile au sens noble du terme, fonction qui s'était émoussée au cours du temps, au fur et à mesure de l'inadaptation de ses locaux et il faut le reconnaître d'un déficit d'image qui a pu être attaché à cette structure. Il ne faut pas que cela perdure et j'approuve les autorités qui savent prendre les décisions avec autorité pour garantir la rupture avec cette image.
L'outil de travail que vous avez désormais vous permettra d'atteindre les objectifs ambitieux que j'ai pu lire dans votre projet institutionnel, guidés par deux valeurs :
un accueil digne et respectant l'intégrité de la personne d'une part,
une " rencontre " avec une institution, attachée à la liberté du sujet mais qui doit dont la vocation dans le même temps est de favoriser le retour du lien social d'autre part.
C'est ainsi que l'établissement public de santé de Nanterre est unique, seul établissement hospitalier à ce jour dont l'une des missions essentielles est l'accueil en urgence des personnes sans abri. Cet accueil ne va pas sans difficulté dans certains cas, je le sais ; les populations que vous accueillez n'ont pas toujours les réactions que l'on serait en droit d'attendre et c'est décevant voire désappointant cela ne doit ni vous décourager, ni vous traumatiser. La sécurité des personnels et des locaux reste votre préoccupation je sais que c'est bien une priorité de la direction et nous y sommes attentifs avec vous.
A cet égard , je souhaite dire à ceux qui pensent que ces problèmes naissent du regroupement important de personnes en difficulté que c'est là un raccourci inexact : de petites structures d'accueil connaissent aussi des problèmes de violence et ne trouvent pas dans leurs équipes et leur environnement la dynamique et le potentiel tant de réflexion que d'action méthodique que vous savez mobiliser ici.
Je voudrais donc conclure en remerciant tout particulièrement les personnels qui travaillent au quotidien au CHAPSA ; il s'agit d'un investissement humain fait d'exigence et de tensions dans de nombreux cas. Vous m'avez signalé, monsieur le Directeur, que la professionnalisation des personnels est un axe essentiel de l'évolution des savoir-faire de cette institution.
Cette professionnalisation est en effet une garantie, pour conserver face aux situations douloureuses que vous rencontrez chaque jour, le recul et la capacité d'aide indispensables. Ceux-ci passent aussi par une formation attentive de l'ensemble des personnels adaptée à leurs attentes et à leurs aspirations.
Il me reste à vous souhaiter désormais de bien faire vivre ces nouveaux locaux , au service de votre projet, en attendant l'ouverture de la deuxième tranche des travaux, d'ores et déjà engagée. Je reste très attentive et très intéressée par les retours de votre expérience :
les enseignements qu'on peut collectivement en tirer,
les orientations et infléchissement qu'ils peuvent inspirer dans le développement du plan que je soutiens,
les engagements humains, politiques et éthiques qu'ils doivent alimenter.
( Source http://www.social.gouv.fr, le 4 juillet 2000)
Mesdames, messieurs,
Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir invitée à venir inaugurer les nouveaux locaux du centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans abri (CHAPSA).
La rénovation du "Centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans abri" de Nanterre s'inscrit certes dans l'histoire de la Maison de Nanterre et celle de la volonté de ses gestions telle que vous l'avez rappelé Monsieur le Préfet mais aussi dans l'ensemble des efforts engagés à l'échelle de l'Ile-de-France pour améliorer la prise en charge des personnes sans domicile.
L'hiver dernier, le Gouvernement, Louis BESSON et moi-même ont annoncé la mise en place d'un plan triennal d'accueil et d'hébergement en Ile-de-France.
Ce plan a prévu un accroissement significatif du nombre de places d'accueil dans l'ensemble des départements de la région.
Les capacités d'accueil d'abord ont été améliorées pour l'hiver, qui est classiquement la période sensible à laquelle tout le monde pense, mais aussi surtout pour l'été, période où la fermeture de nombreuses structures d'aide aux sans-abri. Nous le savons les beaux jours ne résolvent pas leurs difficultés, même si ils peuvent adoucir les conditions de survie de nos concitoyens rejetés à la rue ou de nouveau attirés par l'errance.
En pérennisant des places qui n'étaient ouvertes à ce jour que l'hiver, il devient possible d'accueillir les personnes sur des durées plus longues. Comme vous le savez, comme vous nous l'avez expliqué, une durée d'accueil plus longue dans des lieux pérennes est la condition de l'efficacité de l'accompagnement social auprès des personnes qui, à ce jour, sont trop souvent conduites à transiter d'une structure d'accueil dite d'urgence à une autre, accumulant des expériences d'échec stigmatisant leur marginalité.
Le plan pluriannuel prévoit aussi le renforcement et la création de nouveaux lieux d'accueil de jour. Ce sont dans ces lieux que les personnes sans domicile peuvent dans la journée prendre une douche, laver du linge, recevoir du courrier, rencontrer un travailleur social, participer à des activités sociales, culturelles ou de loisirs, retrouver ou garder une image de soi qui peut être le levier d'un parcours de réinsertion.
C'est ainsi que sont prévus :
. la création de dix nouveaux lieux de ce type en Ile-de-France,
. le renforcement des dispositifs qui vont au-devant des personnes sans abri, de type samu-social ou équipe de rue, équipes de marode,
. ainsi que des moyens supplémentaires pour les équipes l'écoute et d'information qui recueillent les appels téléphoniques transitant par le numéro d'accueil 115, S.O.S-sans abri.
Au total, ce sont 73 millions qui sont débloqués cette année, première année du plan en Ile-de-France.
Parallèlement, mon collègue Louis BESSON, secrétaire d'Etat au Logement, a annoncé le lancement d'un plan de création de 10.000 logements en résidences sociales pour l'Ile-de-France. Pour une part, ces logements accueilleront des personnes dont la première et essentielle difficulté est d'être sans domicile aujourd'hui accueillies dans les dispositifs d'urgence.
Mais surtout ces résidences sociales accueilleront des personnes qui, faute de possibilité de sortie aujourd'hui, séjournent trop longuement dans les centres d'hébergement et de réinsertion sociale y perdant avec leurs espoirs et leur aptitude à réagir, à agir pour reprendre la direction de leur devenir. De la sorte, ces résidences sociales recréeront les conditions d'une certaine fluidité résidentielle.
Toutefois, nous le savons aussi, il est illusoire de penser que toutes les personnes les plus exclues sont susceptibles d'entamer ce parcours de réinsertion auquel elles aspirent et de retrouver une vie normale au cur d'une société qui reste dure et trop peu tolérante à la différence, trop peu attentive aux besoins de l'autre.
Pour certaines de ces personnes, trop marquées par les difficultés qu'elles ont vécues, il est essentiel de leur fournir d'abord un cadre de vie réconfortant et stabilisant. Dans un premier temps au moins, l'objectif ne peut être que modeste et porter surtout sur l'insertion sociale, l'écoute, l'accompagnement, la considération de leurs difficultés.
Mais encore faut-il que les lieux susceptibles de favoriser cette réinsertion sociale progressive présentent des conditions d'accueil dignes, humaines et respectueuses. De ce point de vue, la rénovation du centre d'hébergement et d'accueil de Nanterre était depuis longtemps attendue. C'est chose faite désormais. La structure héritée d'un passé révolu, offre 250 places d'accueil d'urgence de qualité, des places indispensables pour le département des Hauts-de-Seine et pour Paris (même si je connais la lassitude des responsables et des élus qui reprochent à juste titre à la capitale de ne pas assurer ses responsabilités.
Cet accueil rénové est complété par une cinquantaine de lits de repos financés par l'assurance-maladie pour les personnes sans domicile malades et nous savons qu'il y en a parmi elles dont l'état de santé est très alarmant. L'écoute diagnostic, l'examen clinique, le conseil de santé, le soin urgent sont pour certains le premier geste et le second depuis longtemps d'attention et de considération de leur condition.
Enfin, la création du lieu d'accueil de jour viendra compléter cette palette de services, lui donner une cohérence d'ensemble et offrir ces espaces de repos ou le dialogue peut s'engager naturellement et initier une personne ? retrouvée pour soi à son devenir.
Le centre d'accueil et d'hébergement de Nanterre retrouve ainsi une vraie fonction d'hospitalité et d'asile au sens noble du terme, fonction qui s'était émoussée au cours du temps, au fur et à mesure de l'inadaptation de ses locaux et il faut le reconnaître d'un déficit d'image qui a pu être attaché à cette structure. Il ne faut pas que cela perdure et j'approuve les autorités qui savent prendre les décisions avec autorité pour garantir la rupture avec cette image.
L'outil de travail que vous avez désormais vous permettra d'atteindre les objectifs ambitieux que j'ai pu lire dans votre projet institutionnel, guidés par deux valeurs :
un accueil digne et respectant l'intégrité de la personne d'une part,
une " rencontre " avec une institution, attachée à la liberté du sujet mais qui doit dont la vocation dans le même temps est de favoriser le retour du lien social d'autre part.
C'est ainsi que l'établissement public de santé de Nanterre est unique, seul établissement hospitalier à ce jour dont l'une des missions essentielles est l'accueil en urgence des personnes sans abri. Cet accueil ne va pas sans difficulté dans certains cas, je le sais ; les populations que vous accueillez n'ont pas toujours les réactions que l'on serait en droit d'attendre et c'est décevant voire désappointant cela ne doit ni vous décourager, ni vous traumatiser. La sécurité des personnels et des locaux reste votre préoccupation je sais que c'est bien une priorité de la direction et nous y sommes attentifs avec vous.
A cet égard , je souhaite dire à ceux qui pensent que ces problèmes naissent du regroupement important de personnes en difficulté que c'est là un raccourci inexact : de petites structures d'accueil connaissent aussi des problèmes de violence et ne trouvent pas dans leurs équipes et leur environnement la dynamique et le potentiel tant de réflexion que d'action méthodique que vous savez mobiliser ici.
Je voudrais donc conclure en remerciant tout particulièrement les personnels qui travaillent au quotidien au CHAPSA ; il s'agit d'un investissement humain fait d'exigence et de tensions dans de nombreux cas. Vous m'avez signalé, monsieur le Directeur, que la professionnalisation des personnels est un axe essentiel de l'évolution des savoir-faire de cette institution.
Cette professionnalisation est en effet une garantie, pour conserver face aux situations douloureuses que vous rencontrez chaque jour, le recul et la capacité d'aide indispensables. Ceux-ci passent aussi par une formation attentive de l'ensemble des personnels adaptée à leurs attentes et à leurs aspirations.
Il me reste à vous souhaiter désormais de bien faire vivre ces nouveaux locaux , au service de votre projet, en attendant l'ouverture de la deuxième tranche des travaux, d'ores et déjà engagée. Je reste très attentive et très intéressée par les retours de votre expérience :
les enseignements qu'on peut collectivement en tirer,
les orientations et infléchissement qu'ils peuvent inspirer dans le développement du plan que je soutiens,
les engagements humains, politiques et éthiques qu'ils doivent alimenter.
( Source http://www.social.gouv.fr, le 4 juillet 2000)