Texte intégral
Je suis particulièrement heureuse de l'occasion qui nous réunit aujourd'hui aux Abymes. Nous allons en effet sceller un engagement de coopération dans le domaine du livre et de la lecture, domaine essentiel à l'épanouissement individuel et collectif, à la formation des jeunes et à la transmission de la mémoire.
Lire, c'est à la fois inventer et se souvenir. Ce n'est pas s'exclure du monde. C'est prendre congé du bruit pour mieux s'imprégner des grands murmures du monde, du souffle de l'histoire, du battement de la vie.
Lire, ce n'est pas s'échapper de la solitude, c'est oser se trouver face à soi-même avec les mots d'un autre, c'est, en dépassant la peur, confronter son identité à d'autres identités venues d'autres espaces, d'autres croyances, d'autres siècles, d'autres continents.
Lire, c'est habiter l'horizon, c'est dépasser les bornes de sa chambre, de son village, de son île, de son pays, de son époque pour mieux les comprendre, les retrouver et les transformer.
C'est pour toutes ces raisons qu'il me paraît essentiel d'indiquer le plus tôt possible à nos enfants le chemin de la lecture, dans nos familles, à l'école, dans les bibliothèques publiques, en passant par les bibliobus et les relais-livre en campagne, et dans les librairies. Cette convention est l'instrument commun qui doit nous permettre d'y contribuer.
Mais lire, c'est aussi porter sa propre parole, et parfois même risquer sa propre voix une fois le livre refermé.
Vous avez ici des traditions orales d'une inépuisable richesse qui illumine vos contes, votre poésie et vos musiques. Vous savez, pour le vivre, que l'écriture et l'oralité ne sont pas opposées, mais sont indissociables parce que le livre et le spectacle, la lecture et la parole véhiculent, chacun à sa manière, l'histoire et l'identité sur les innombrables sentiers de la création. Lire et dire, écrire ou chanter sont des modalités d'expression des mêmes souffrances et des mêmes espoirs, des mêmes soifs et des mêmes faims.
C'est pourquoi je me félicite de voir dans cette convention Ville-lecture la part offerte aux ateliers d'écriture, de lecture et d'expression théâtrale, aux rencontres-débats comme au "train des conteuses et des conteurs" qui fera voyager les mots, en créole et en français, de Chazeau à Besson, de quartier en quartier, de commune en commune, pour porter les messages de la mémoire et de l'imagination.
Ce n'est pas par hasard que nous avons choisi la date d'aujourd'hui pour cette signature. En commémorant le cent cinquantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage, nous célébrons une grande date de l'histoire de la Guadeloupe, de notre histoire de France et de l'histoire des droits de l'homme. Nous rendons hommage à la puissante résistance que les esclaves trouvèrent la force d'opposer pendant des siècles à la barbarie.
Les maîtres avaient tout volé aux esclaves: leurs noms, leurs familles, leurs ancêtres et leur descendance, leur travail et leur sommeil, leur langue et leur musique, leurs coutumes et leurs croyances. Les maîtres avaient voulu assurer pour toujours leur domination en croyant réduire à l'état de bêtes de somme des hommes qu'ils croyaient sans identité. Mais en réalité, les esclaves ont tout réinventé à partir de débris et de lambeaux d'histoire et d'expression arrachés à l'oubli et aux interdits.
C'est en cela que la résistance des esclaves a été la matrice de l'identité culturelle et de la création d'un nouveau monde, et que l'on peut dire que l'invention et l'affirmation de sa culture ont été pour l'esclave une arme déterminante de son combat pour la liberté, pour la justice et pour la dignité.
Face à une oppression fondée sur l'exclusion, la réclusion, l'aliénation, sur un apartheid identitaire, social, économique et spirituel, les esclaves ont au contraire fondé leur combat sur l'exigence du respect des droits de tous les hommes, en métissant les origines, les croyances, les cultures et les couleurs.
Ici en Guadeloupe et dans les autres îles surs de la Caraïbe, les esclaves ont aussi édifié une identité fondée sur le métissage des apports culturels venus des quatre continents. Une synthèse créatrice, nourrie d'espoirs et de blessures, de traditions et de modernité, de mémoire et d'improvisations, d'écriture et d'oralité, de cantiques et de musique gros-ka.
Il nous revient aujourd'hui à tous d'écouter le message des libérateurs artisans de l'abolition et de leurs héritiers.
Il nous revient de perpétuer la mémoire de cette histoire et d'accompagner toutes ses expressions contemporaines, dont la vitalité apparaît dans la pratique de toutes les disciplines artistiques. Je serai personnellement très attentive à la prise en compte des aspirations culturelles qui sont légitimement exprimées par les Guadeloupéens, et je demande tout particulièrement à la DRAC de relayer ces attentes, en poursuivant le dialogue fructueux déjà noué avec la communauté artistique et les collectivités, dialogue symbolisé ici par cette convention importante pour la démocratisation de l'accès à la culture, qui est la priorité de l'action que je mène au ministère de la culture et de la communication.
Proposition de message
Livre d'or - Hôtel de Ville de Saint-François.
En ce jour du cent cinquantième anniversaire du geste libérateur des esclaves Guadeloupéens, je salue la mémoire des combattants de Saint-François, haut-lieu de résistance et de fraternité, et je formule des vux d'avenir pour leurs héritiers d'aujourd'hui.
(Source http://www.culture.gouv.fr, le 10 septembre 2001)
Lire, c'est à la fois inventer et se souvenir. Ce n'est pas s'exclure du monde. C'est prendre congé du bruit pour mieux s'imprégner des grands murmures du monde, du souffle de l'histoire, du battement de la vie.
Lire, ce n'est pas s'échapper de la solitude, c'est oser se trouver face à soi-même avec les mots d'un autre, c'est, en dépassant la peur, confronter son identité à d'autres identités venues d'autres espaces, d'autres croyances, d'autres siècles, d'autres continents.
Lire, c'est habiter l'horizon, c'est dépasser les bornes de sa chambre, de son village, de son île, de son pays, de son époque pour mieux les comprendre, les retrouver et les transformer.
C'est pour toutes ces raisons qu'il me paraît essentiel d'indiquer le plus tôt possible à nos enfants le chemin de la lecture, dans nos familles, à l'école, dans les bibliothèques publiques, en passant par les bibliobus et les relais-livre en campagne, et dans les librairies. Cette convention est l'instrument commun qui doit nous permettre d'y contribuer.
Mais lire, c'est aussi porter sa propre parole, et parfois même risquer sa propre voix une fois le livre refermé.
Vous avez ici des traditions orales d'une inépuisable richesse qui illumine vos contes, votre poésie et vos musiques. Vous savez, pour le vivre, que l'écriture et l'oralité ne sont pas opposées, mais sont indissociables parce que le livre et le spectacle, la lecture et la parole véhiculent, chacun à sa manière, l'histoire et l'identité sur les innombrables sentiers de la création. Lire et dire, écrire ou chanter sont des modalités d'expression des mêmes souffrances et des mêmes espoirs, des mêmes soifs et des mêmes faims.
C'est pourquoi je me félicite de voir dans cette convention Ville-lecture la part offerte aux ateliers d'écriture, de lecture et d'expression théâtrale, aux rencontres-débats comme au "train des conteuses et des conteurs" qui fera voyager les mots, en créole et en français, de Chazeau à Besson, de quartier en quartier, de commune en commune, pour porter les messages de la mémoire et de l'imagination.
Ce n'est pas par hasard que nous avons choisi la date d'aujourd'hui pour cette signature. En commémorant le cent cinquantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage, nous célébrons une grande date de l'histoire de la Guadeloupe, de notre histoire de France et de l'histoire des droits de l'homme. Nous rendons hommage à la puissante résistance que les esclaves trouvèrent la force d'opposer pendant des siècles à la barbarie.
Les maîtres avaient tout volé aux esclaves: leurs noms, leurs familles, leurs ancêtres et leur descendance, leur travail et leur sommeil, leur langue et leur musique, leurs coutumes et leurs croyances. Les maîtres avaient voulu assurer pour toujours leur domination en croyant réduire à l'état de bêtes de somme des hommes qu'ils croyaient sans identité. Mais en réalité, les esclaves ont tout réinventé à partir de débris et de lambeaux d'histoire et d'expression arrachés à l'oubli et aux interdits.
C'est en cela que la résistance des esclaves a été la matrice de l'identité culturelle et de la création d'un nouveau monde, et que l'on peut dire que l'invention et l'affirmation de sa culture ont été pour l'esclave une arme déterminante de son combat pour la liberté, pour la justice et pour la dignité.
Face à une oppression fondée sur l'exclusion, la réclusion, l'aliénation, sur un apartheid identitaire, social, économique et spirituel, les esclaves ont au contraire fondé leur combat sur l'exigence du respect des droits de tous les hommes, en métissant les origines, les croyances, les cultures et les couleurs.
Ici en Guadeloupe et dans les autres îles surs de la Caraïbe, les esclaves ont aussi édifié une identité fondée sur le métissage des apports culturels venus des quatre continents. Une synthèse créatrice, nourrie d'espoirs et de blessures, de traditions et de modernité, de mémoire et d'improvisations, d'écriture et d'oralité, de cantiques et de musique gros-ka.
Il nous revient aujourd'hui à tous d'écouter le message des libérateurs artisans de l'abolition et de leurs héritiers.
Il nous revient de perpétuer la mémoire de cette histoire et d'accompagner toutes ses expressions contemporaines, dont la vitalité apparaît dans la pratique de toutes les disciplines artistiques. Je serai personnellement très attentive à la prise en compte des aspirations culturelles qui sont légitimement exprimées par les Guadeloupéens, et je demande tout particulièrement à la DRAC de relayer ces attentes, en poursuivant le dialogue fructueux déjà noué avec la communauté artistique et les collectivités, dialogue symbolisé ici par cette convention importante pour la démocratisation de l'accès à la culture, qui est la priorité de l'action que je mène au ministère de la culture et de la communication.
Proposition de message
Livre d'or - Hôtel de Ville de Saint-François.
En ce jour du cent cinquantième anniversaire du geste libérateur des esclaves Guadeloupéens, je salue la mémoire des combattants de Saint-François, haut-lieu de résistance et de fraternité, et je formule des vux d'avenir pour leurs héritiers d'aujourd'hui.
(Source http://www.culture.gouv.fr, le 10 septembre 2001)