Interview de M. Yves Contassot, porte-parole des Verts, à RTL le 6 août 2003, sur la pollution par l'ozone, les modes de transport, les dates de la chasse sur le littoral et la température des centrales nucléaires.

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Média : Emission L'Invité de RTL - RTL

Texte intégral

R. Arzt-. Est-ce que face à des pics d'ozone, comme il y en a en ce moment, il faudrait complètement repenser l'information de la population et la réglementation à votre avis ?
- "Il faut évidemment davantage informer, revoir la réglementation, mais surtout avoir des politiques structurellement différentes pour lutter contre les sources d'émission de polluants, notamment contre cette circulation automobile qui se développe encore et toujours, et beaucoup trop."
Donc, vous êtes pour remettre en cause la circulation automobile en ville ?
- "Pas simplement en ville. Quand on voit les choix gouvernementaux qui privilégient le transport par route, avec ses dizaines et centaines de milliers de camions qui sont des sources de polluants considérables ; quand on voit, qu'effectivement, le Gouvernement qui préside dans les faits le Syndicat des transports d'Ile-de-France, vient de refuser l'accroissement de la fréquence des bus, et qui, en contrepartie, augmente le coût du transport en commun, effectivement, là, ce sont des politiques qui font des choix dramatiques du point de vue de la pollution."
Le seuil d'alerte pour la pollution, c'est à partir d'une concentration d'ozone de 360 microgrammes par mètre cube d'air. Cela va être abaissé à 240 microgrammes en septembre, en vertu d'une directive européenne. Ça c'est positif. Vous pensez que cela fera plus vite, par exemple, nécessité de circulation alternée ?
- "Bien sûr, cela va dans la bonne direction. Mais très franchement, quand on voit aujourd'hui ce qui se passe en France - en Ile-de-France mais dans d'autres grandes villes -, ce n'est pas la circulation en ce moment qui est source de pic d'ozone, c'est la circulation accumulée pendant des mois qui fait que l'ozone, qui se déplace sur des centaines et centaines de kilomètres et qui met du temps à se former, aujourd'hui, dépasse ces niveaux. Donc, c'est pédagogiquement intéressant mais cela ne règle rien sur le fond."
B. Delanoë, le maire de Paris, dans un communiqué, hier, indiquait que cette situation conforte la ville dans sa volonté de développer des modes de transports collectifs. Là, vous êtes d'accord ?
- "Mais bien sûr, il faut absolument développer ces modes de transports, à la fois modes de transports collectifs et modes de transports plus doux - la marche à pied, le vélo, etc. Mais il faut aussi aller plus loin ; je crois qu'il faut savoir réglementer. A Rome, par exemple, les deux roues les plus polluants sont maintenant interdits. A Tokyo, les camions diesel seront progressivement interdits. Donc, on peut aussi prendre des décisions à caractère réglementaire pour réduire la pollution."
Et autoritaires ?
- "Autoritaires, pas forcément, incitatives. Il y a d'autres mesures d'accompagnement qui permettent de ne pas réduire forcément les volumes transportés mais les transporter dans d'autres conditions plus intéressantes."
Vous-même, vous circulez beaucoup à vélo ?
- "A pied beaucoup, surtout en ce moment, à vélo, mais aussi, quand c'est nécessaire, évidemment, il m'arrive de prendre une voiture, mais non polluante, à gaz."
[...]
Autre sujet, la chasse. Un arrêté du Gouvernement du 21 juillet fixait au 9 août sur le littoral les dates d'ouverture de la saison de la chasse au canard et aux petits échassiers. Le Conseil d'Etat a suspendu cet arrêté. R. Bachelot estime que son arrêté reposait sur des données scientifiques nouvelles et aussi sur un rapport de l'Observatoire de la faune sauvage. Elle regrette donc que le Conseil d'Etat n'en ait pas tenu compte.
- "Je suis assez stupéfait qu'un ministre en exercice ose critiquer une décision du Conseil d'Etat. Si madame Bachelot fait mal son travail dans le domaine de la chasse - comme dans d'autres domaines, on pourrait largement l'évoquer -, c'est de sa responsabilité, ce n'est pas de la faute du Conseil d'Etat. Alors qu'elle revoie sa copie ! Il était tout à fait prévisible que le Conseil d'Etat casserait ces arrêtés. Eh bien qu'elle apprenne son métier ou qu'elle fasse un autre métier."
Elle insiste sur l'effort de concertation qu'elle poursuit entre chasseurs et défenseurs de la nature.
- "Avec quels chasseurs? Madame Bachelot ne connaît qu'une toute petite minorité de chasseurs, ceux que nous appelons "l'extrême chasse", les représentants de l'extrême chasse qui, effectivement, sont des viandards. C'est comme ça qu'eux-mêmes d'ailleurs, parmi les chasseurs responsables, ils sont désignés. L'immense majorité des chasseurs n'est pas demandeur de ces modifications tout à fait outrancières."
Vous pensez qu'il peut y avoir un jour entente entre ces deux milieux?
- "Mais il y a entente dès lors qu'on prend les choses de manière raisonnable."
Pendant quatre jours l'enceinte extérieure de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, a été arrosée d'eau dans le but de la refroidir. Je suppose que c'est le genre d'expérimentation que vous ne souhaitez pas voir se généraliser ?
- "Etonnement de notre part ! En période de sécheresse, aller puiser de l'eau "dans une nappe phréatique", nous dit madame Bachelot - qui ne doit pas bien savoir comment ça fonctionne de ce point de vue-là - pour aller arroser une centrale nucléaire, alors qu'on n'a pas besoin d'électricité en ce moment - on est dans la période de l'année où l'on consomme le moins -, alors qu'on pourrait très bien stopper cette centrale nucléaire et garder l'eau pour ce qui est vraiment prioritaire en ce moment, c'est vraiment totalement irresponsable !"
...Sauf si cela a permis de refroidir ou d'arrêter que la température monte autour de cette centrale.
- "D'abord, cette centrale est la plus ancienne de France. Il faudrait aujourd'hui l'arrêter. Tout le monde est à peu près d'accord sur le fait qu'elle est obsolète et manifestement aujourd'hui dangereuse. On n'était à moins de 1,3 degré de la limite de fonctionnement de la centrale. Donc, on voit, si j'ose dire, qu'on joue avec le feu. Donc, il est absolument indispensable que le Gouvernement, si toutefois il y a un ministre de l'Environnement en exercice, qu'il prenne ses responsabilités, qu'il dise "stop, on arrête momentanément cette centrale"."
En attendant, on a arrêté de l'arroser... Les Verts, dont vous êtes l'un des porte-parole, selon un pointage interne récent, ont perdu 27% de leurs adhérents.
- "Non. C'est un chiffre qui a été annoncé de manière tout à fait prématurée par un média et nous rendrons public, de manière tout officielle..."
...C'était Le Monde.
- "...Ces chiffres lors de nos Journées d'été, comme c'était prévu. Et vous verrez qu'on n'a pas du tout cette baisse, bien au contraire, dans bon nombre d'endroits nous sommes plutôt en progression. Donc, les choses sont contrastées. Il y a des endroits où ce n'est pas très brillant et d'autres où cela se passe très bien."
Vos Journées d'été sont autour du 23 et 24 août. La direction des Verts, à laquelle vous appartenez, comporte toutes sortes de mouvements : des environnementalistes, la gauche mouvementaliste, des leaders de la période de gauche plurielle - Voynet, Mamère - sont dans la minorité. Quand on vous dit que le positionnement du parti n'est pas très lisible ?
- "Est-il moins lisible que d'autres ? Je n'en suis pas sûr. Simplement, nous sommes sans doute beaucoup moins doués pour communiquer et nous étalons beaucoup plus facilement que les autres nos querelles sur la place publique. Je crois que la ligne des Verts a été très largement adoptée lors de notre dernier congrès. Nous ne voulons pas changer de partenaire ; c'est toujours avec le Parti socialiste que nous souhaitons participer aux institutions. Mais néanmoins, nous ne souhaitons pas être simplement les faire-valoir écologiques d'un Parti socialiste hégémonique par ailleurs. En dehors de cela, je crois que les Verts, toutes les enquêtes internes qui ont été menées montrent qu'à 80% nous sommes d'accord sur l'essentiel. Donc, je suis assez serein par rapport à l'avenir des Verts."
Vous avez invité à votre Université d'été A. Waechter, un ancien candidat écologiste qui a quitté les Verts parce qu'il ne voulait pas leur ancrage à gauche. Pourquoi vous l'invitez ?
- "Beaucoup de militants Verts, qui avaient quitté les Verts au moment du départ d'A. Waechter, sont revenus depuis chez les Verts. Et ce sont des militants tout à fait importants, qui occupent, pour certains, des postes de responsabilités. Alors nous ne désespérons jamais de voir des gens évoluer, se rapprocher de nous. Je ne vois pas pourquoi nous aurions un sectarisme quelconque à l'égard de gens qui, à certains moments, ont eu des responsabilités importantes chez les Verts."
Cette venue d'A. Waechter provoque l'ironie, par exemple, de N. Mamère qui trouve que c'est le meilleur allié de la droite.
- "Mais c'est tellement facile de faire des petits mots ! Je préfère que l'on s'attaque au problème de la sécheresse, au problème de la pollution. Cela me paraît autrement important de savoir si Waechter ou Fabius, ou d'autres, vont venir à notre Université d'été."
L. Fabius vient aussi...
(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 6 août 2003)