Texte intégral
Louis Laforge : Toute la journée, vous avez été donc la cible de nombreuses critiques, et les attaques les plus virulentes sont venues en fait de votre propre camp, des militants qu'on vient d'entendre, qui sont en colère puisqu'ils n'ont pas été consultés.
François Chérèque : Alors j'ai deux réactions. Les militants qui se sont exprimés, certains, comme les responsables des cheminots, étaient en désaccord avec la position de la confédération avant la négociation, car ils ne sont pas d'accord avec nos propositions de négociation. C'est normal qu'ils soient en désaccord après. Donc là, je ne suis pas surpris. Par contre, je sais très bien qu'il y a dans la CFDT un certain nombre de militants qui se demandent pourquoi cela a été aussi vite, quelle est la différence entre la nuit, le matin et le soir. Là, il faut qu'on s'explique. Et puis
Louis Laforge : Il faut expliquer effectivement, parce que c'est un peu surprenant. Que s'est-il passé ?
François Chérèque : Il s'est passé quelque chose de très simple. En pleine nuit, à 4 h du matin, on a un texte sur les 85 % du Smic, on nous dit 2008, et puis c'est tout. Maintenant, on a un texte qui dit : augmentation dès 2004 avec poursuite après 2008 notre objectif de 100 %. Donc je réponds directement aux militants. Ensuite, on nous dit : départ avant 60 ans à partir de 58 ans, et on commence, vous venez de le dire, à 56 ans pour certains. On nous dit : les fonctionnaires, leur décote, on la met sur quelques années ; et là, on obtient jusqu'à 2020. On nous dit : rien pour les infirmières ; et là, on garantit les droits des infirmières. Et ainsi de suite.
Louis Laforge : Mais en revanche, sur les basses retraites, par exemple, vous avez lâché du lest. On partait de 85 % on partait de 100 % du Smic, c'est 85 %. Vous avez été obligé de lâcher un peu, là.
François Chérèque : Dans ma démarche, on part de 70 % du Smic, c'est le résultat des accords du texte Balladur. Dans le résultat, on a, selon les calculs de la Caisse nationale d'assurance maladie, 88 % avec un démarrage dès 2004, et avec un objectif de rediscuter dès 2008 pour aller plus loin. J'ai bien dit en sortant que c'était un compromis acceptable. Donc dans le cadre d'un compromis, dans un ensemble de réformes qui garantit le système par répartition, il y a des points où on est allé aussi loin qu'on demandait, et je l'ai dit d'ailleurs dans ma déclaration, des points, en partie. Donc c'est cet équilibre-là qui a été accepté, je le rappelle, par le bureau national de la CFDT qui s'est réuni tout de suite, par 35 personnes contre une. Donc on voit bien là-dessus qu'il faut maintenant qu'on explique en interne cette réforme, et c'est sur le fond qu'il faut l'expliquer.
Louis Laforge : Oui, il y a besoin d'explications effectivement, mais vous n'avez pas le sentiment que le gouvernement pouvait faire d'autres concessions ? Vous êtes sortis gagnant du 13 mai, une très grosse mobilisation, vous n'avez pas le sentiment que vous auriez pu aller encore plus loin ?
François Chérèque : Alors deux choses. C'est l'attitude dans toute négociation. J'ai l'habitude, j'ai mené de nombreuses négociations dans la santé. À chaque fois qu'on sort, à chaque fois qu'il y a une fin de négociation, on se dit : est-on est allé assez loin ? C''est l'angoisse de tout syndicaliste, et c'est la mienne aussi, bien sûr, aujourd'hui,, inévitablement. Mais à partir du moment où, la nuit, monsieur Fillon avait dit : " C'est terminé, on ne discute plus ", et que le lendemain il est revenu et est allé, beaucoup plus loin, et je l'ai bien dit, il y a des salariés qui vont partir à 56 ans, on en était à 58 ; donc à partir du moment où il a changé son attitude et qu'il nous a laissé des possibilités d'améliorer le dispositif tous les trois ans pour le niveau des retraites, tous les cinq ans pour l'ensemble vous dites 42 ans en 2020, non, c'est en 2008 qu'on discute si on va à 41 ans, et en 2013 qu'on discute si on va à 42 ans de cotisation. Donc on voit bien que les avancées qu'on a et le fait que les retraites deviennent un élément de la démocratie sociale, tous les trois ans pour le niveau des retraites, tous les cinq ans pour le dispositifs, c'est aussi une avancée de faire évoluer les choses dans le temps.
Louis Laforge : En tous les cas, Bernard Thibault, pour la CGT, on l'a entendu, n'est pas d'accord avec vous. Dans le " 12/14 ", à midi, sur France 3, il parlait d'une attitude peu loyale de la CFDT. Vous lui répondez quoi ?
François Chérèque : Là, je dois dire que Bernard me surprend. Quand je suis arrivé à la négociation hier après-midi, je me suis retrouvé tout seul. Je me suis retrouvé tout seul avec la CFTC et la CGC, et je l'attends dans cette négociation. Et quand on est tout seul dans une négociation, inévitablement, on a moins les moyens de peser. Et on aurait pu faire ce jour-là un bilan en commun de ce qui se passait dans la négociation, et je reconnais que là il y a eu une difficulté, et la rupture entre les organisations syndicales, elle s'est faite au moment où nous on est allé négocier et eux ils n'ont pas accepté. Et quand on veut faire un syndicalisme réformiste, un syndicalisme de propositions et de négociations, comme il le propose, il faut aller au bout des négociations, et ne pas décider avant que de toute façon ça sera un échec.
Louis Laforge : François Chérèque, est-ce que vous avez peur de vivre un syndrome Nicole Notat ? En 1995, lors des grandes grèves contre la réforme de la Sécu, elle avait été bousculée, même physiquement. Vous redoutez cette tension interne qui peut perdurer au sein de la CFDT ?
François Chérèque : Non, mais la tension interne au niveau de la CFDT, on va s'expliquer, on va se rencontrer, donc ça, je ne crains pas la tension interne de la CFDT. Par contre, de l'extérieur, qu'il y ait des moments difficiles, je le reconnais. Mais ceci dit, aujourd'hui, on a ce soir le système de retraites le plus avantagé de toute l'Europe, on est le seul pays qui sur quatre points, les quatre points, on a la totalité : un, des retraites par répartition sans un centime de fonds de pension ; deux, la durée de cotisation la plus basse d'Europe ; trois, l'ouverture des droits, avec des droits facilités pour le privé, de partir dès 60 ans ; et quatre, sans mesures économiques, sans régime spécial, des salariés qui ont commencé à travailler jeunes qui pourront partir à 56 ans. Ça ne s'est jamais vu en Europe, il n'y a pas un pays en Europe qui a ces quatre avantages. Alors je suis plutôt fier de l'avoir obtenu, et, inévitablement, je crois qu'il faut expliquer maintenant cette réforme aux salariés.
(source http://www.cfdt.fr, le 20 mai 2003)
François Chérèque : Alors j'ai deux réactions. Les militants qui se sont exprimés, certains, comme les responsables des cheminots, étaient en désaccord avec la position de la confédération avant la négociation, car ils ne sont pas d'accord avec nos propositions de négociation. C'est normal qu'ils soient en désaccord après. Donc là, je ne suis pas surpris. Par contre, je sais très bien qu'il y a dans la CFDT un certain nombre de militants qui se demandent pourquoi cela a été aussi vite, quelle est la différence entre la nuit, le matin et le soir. Là, il faut qu'on s'explique. Et puis
Louis Laforge : Il faut expliquer effectivement, parce que c'est un peu surprenant. Que s'est-il passé ?
François Chérèque : Il s'est passé quelque chose de très simple. En pleine nuit, à 4 h du matin, on a un texte sur les 85 % du Smic, on nous dit 2008, et puis c'est tout. Maintenant, on a un texte qui dit : augmentation dès 2004 avec poursuite après 2008 notre objectif de 100 %. Donc je réponds directement aux militants. Ensuite, on nous dit : départ avant 60 ans à partir de 58 ans, et on commence, vous venez de le dire, à 56 ans pour certains. On nous dit : les fonctionnaires, leur décote, on la met sur quelques années ; et là, on obtient jusqu'à 2020. On nous dit : rien pour les infirmières ; et là, on garantit les droits des infirmières. Et ainsi de suite.
Louis Laforge : Mais en revanche, sur les basses retraites, par exemple, vous avez lâché du lest. On partait de 85 % on partait de 100 % du Smic, c'est 85 %. Vous avez été obligé de lâcher un peu, là.
François Chérèque : Dans ma démarche, on part de 70 % du Smic, c'est le résultat des accords du texte Balladur. Dans le résultat, on a, selon les calculs de la Caisse nationale d'assurance maladie, 88 % avec un démarrage dès 2004, et avec un objectif de rediscuter dès 2008 pour aller plus loin. J'ai bien dit en sortant que c'était un compromis acceptable. Donc dans le cadre d'un compromis, dans un ensemble de réformes qui garantit le système par répartition, il y a des points où on est allé aussi loin qu'on demandait, et je l'ai dit d'ailleurs dans ma déclaration, des points, en partie. Donc c'est cet équilibre-là qui a été accepté, je le rappelle, par le bureau national de la CFDT qui s'est réuni tout de suite, par 35 personnes contre une. Donc on voit bien là-dessus qu'il faut maintenant qu'on explique en interne cette réforme, et c'est sur le fond qu'il faut l'expliquer.
Louis Laforge : Oui, il y a besoin d'explications effectivement, mais vous n'avez pas le sentiment que le gouvernement pouvait faire d'autres concessions ? Vous êtes sortis gagnant du 13 mai, une très grosse mobilisation, vous n'avez pas le sentiment que vous auriez pu aller encore plus loin ?
François Chérèque : Alors deux choses. C'est l'attitude dans toute négociation. J'ai l'habitude, j'ai mené de nombreuses négociations dans la santé. À chaque fois qu'on sort, à chaque fois qu'il y a une fin de négociation, on se dit : est-on est allé assez loin ? C''est l'angoisse de tout syndicaliste, et c'est la mienne aussi, bien sûr, aujourd'hui,, inévitablement. Mais à partir du moment où, la nuit, monsieur Fillon avait dit : " C'est terminé, on ne discute plus ", et que le lendemain il est revenu et est allé, beaucoup plus loin, et je l'ai bien dit, il y a des salariés qui vont partir à 56 ans, on en était à 58 ; donc à partir du moment où il a changé son attitude et qu'il nous a laissé des possibilités d'améliorer le dispositif tous les trois ans pour le niveau des retraites, tous les cinq ans pour l'ensemble vous dites 42 ans en 2020, non, c'est en 2008 qu'on discute si on va à 41 ans, et en 2013 qu'on discute si on va à 42 ans de cotisation. Donc on voit bien que les avancées qu'on a et le fait que les retraites deviennent un élément de la démocratie sociale, tous les trois ans pour le niveau des retraites, tous les cinq ans pour le dispositifs, c'est aussi une avancée de faire évoluer les choses dans le temps.
Louis Laforge : En tous les cas, Bernard Thibault, pour la CGT, on l'a entendu, n'est pas d'accord avec vous. Dans le " 12/14 ", à midi, sur France 3, il parlait d'une attitude peu loyale de la CFDT. Vous lui répondez quoi ?
François Chérèque : Là, je dois dire que Bernard me surprend. Quand je suis arrivé à la négociation hier après-midi, je me suis retrouvé tout seul. Je me suis retrouvé tout seul avec la CFTC et la CGC, et je l'attends dans cette négociation. Et quand on est tout seul dans une négociation, inévitablement, on a moins les moyens de peser. Et on aurait pu faire ce jour-là un bilan en commun de ce qui se passait dans la négociation, et je reconnais que là il y a eu une difficulté, et la rupture entre les organisations syndicales, elle s'est faite au moment où nous on est allé négocier et eux ils n'ont pas accepté. Et quand on veut faire un syndicalisme réformiste, un syndicalisme de propositions et de négociations, comme il le propose, il faut aller au bout des négociations, et ne pas décider avant que de toute façon ça sera un échec.
Louis Laforge : François Chérèque, est-ce que vous avez peur de vivre un syndrome Nicole Notat ? En 1995, lors des grandes grèves contre la réforme de la Sécu, elle avait été bousculée, même physiquement. Vous redoutez cette tension interne qui peut perdurer au sein de la CFDT ?
François Chérèque : Non, mais la tension interne au niveau de la CFDT, on va s'expliquer, on va se rencontrer, donc ça, je ne crains pas la tension interne de la CFDT. Par contre, de l'extérieur, qu'il y ait des moments difficiles, je le reconnais. Mais ceci dit, aujourd'hui, on a ce soir le système de retraites le plus avantagé de toute l'Europe, on est le seul pays qui sur quatre points, les quatre points, on a la totalité : un, des retraites par répartition sans un centime de fonds de pension ; deux, la durée de cotisation la plus basse d'Europe ; trois, l'ouverture des droits, avec des droits facilités pour le privé, de partir dès 60 ans ; et quatre, sans mesures économiques, sans régime spécial, des salariés qui ont commencé à travailler jeunes qui pourront partir à 56 ans. Ça ne s'est jamais vu en Europe, il n'y a pas un pays en Europe qui a ces quatre avantages. Alors je suis plutôt fier de l'avoir obtenu, et, inévitablement, je crois qu'il faut expliquer maintenant cette réforme aux salariés.
(source http://www.cfdt.fr, le 20 mai 2003)