Déclaration de M. Luc Bérille, secrétaire général du Syndicat des enseignants UNSA, sur la réaction de l'UNSA aux orientations budgétaires du gouvernement Raffarin et sur la préparation des élections prud'homales 2002, Paris le 26 juin 2002.

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Circonstance : Conseil national de l'UNSA, à Paris, les 26 et 27 juin 2002

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Je voudrais dire un mot sur le nouveau contexte politique et les premières orientations qui semblent s'en dégager. Nous sommes sortis de la période étrange où l'on aura vu un gouvernement intérimaire ne pouvant ou ne voulant pour l'essentiel que communiquer en vue des législatives, faute de point d'appui sur le pouvoir législatif.
Le gouvernement Raffarin. Il dispose désormais de conditions institutionnellement stabilisées et va donc pouvoir développer sa politique. La vraie question, d'ailleurs, sera de savoir s'il en a véritablement une et ce qui surnagera lorsque le réel arrivera, des propos de campagne, au demeurant peu précis et très rabotés, qui furent avancés. L'annonce des résultats de l'audit demain, puis le discours de politique générale de Raffarin la semaine prochaine nous éclaireront sans doute.
Attente du collectif budgétaire qui figurera au menu de la session parlementaire de juillet, qui nous dira dans quelles mesures le budget 2002 sera amputé et quels seront les ministères touchés.
Attente aussi de la préparation du budget 2003.
Le budget 2003, en effet, c'est celui qui assurera les conditions de la rentrée scolaire 2003, une rentrée qui sera marquée par une double caractéristique : la continuation de la montée en charge des départs en retraite combinée à une rentrée prévue des effectifs d'enfants à scolariser estimé à environ 40 000 élèves de plus dans l'école primaire.
Plus que jamais, la préparation du budget 2003, sera donc un exercice gouvernemental difficile, dans lequel devront être rendus des arbitrages essentiels. Dans le contexte de déficit budgétaire et des contraintes européennes sur ce sujet, dans celui des priorités politiques affichées jusqu'à présent par le gouvernement qui vont à la réduction de l'impôt sur le revenu, à l'emploi, principalement par la réduction des charges, et à la nécessité, nous craignons d'être peut-être en train de vivre la fin de la priorité à l'éducation, qui s'était imposée comme une sorte d'évidence depuis une dizaine d'années.
Cela pourrait être vécu comme légitime, une sorte de chacun son tour car d'autres secteurs ont aussi des besoins bien sûr. Nous craignons, nous, qu'il peut y avoir un sujet d'inquiétude si cette crainte devait devenir réalité. Le mécanisme institutionnel a permis de donner une représentation politique de la France à l'Assemblée totalement lissée. Nous nous trouvons en face d'une majorité numériquement puissante et d'une minorité, le tout étant concentré pour l'essentiel sur deux partis. La tentation pourrait être forte d'oublier d'ici quelques mois la réalité de ce qui se cache derrière ce tableau tranquille et qui s'est en partie exprimée sur le plan politique par l'abstention ou le vote extrémiste.
Je pense à ces millions de nos concitoyens qui, face à la modernité, sont ou se sentent relégués. La lutte contre l'insécurité sociale, qui est le terreau de la désagrégation démocratique, reste bien la priorité des priorités. Sur ce plan, l'éducation doit bien rester l'un des principaux terrains sur lesquels il faut agir. Pour les jeunes, bien sûr, mais pour tous, car le droit à la formation est un enjeu démocratique pour tous, jeunes qui en ont besoin pour mieux s'insérer, comme adultes. La présence constante du Service public d'éducation est donc capitale et nous pensons, nous, que sa capacité à évoluer pour être plus performant et réussir à démocratiser la réussite scolaire doit y être conjointement associée. L'éducation reste un investissement indispensable et qui, pour nous, doit garder sa place prioritaire parce qu'il fonde l'espérance d'une société et sa capacité à évoluer.
La contrepartie de ce choix, c'est qu'il doit s'insérer dans une vision globale des problèmes à traiter. L'insécurité sociale est un tout en effet, qui ne se réduit pas aux questions éducatives mais nécessite, plus que jamais un traitement d'ensemble intégrant les questions éducatives à l'emploi, à la santé, à la sécurité.
Je rajoute, parce qu'il s'agit d'un droit fondamental qui doit rester ouvert à tous, qu'il doit bien rester du ressort de l'Etat, par ses missions comme pour les personnels. Les ministres en place à l'Education nationale, comme le gouvernement dans son ensemble, ont effleuré la question en faisant apparaître plusieurs termes : déconcentration, décentralisation, répartition des compétences. J'ai dit "effleuré" car seuls les mots ont été prononcés sans plus de développement. Aucun de ces mots ne nous fait peur a priori : ils font partie de notre vocabulaire syndical. Mais derrière peuvent se glisser des conceptions très différentes, avec des répercussions importantes sur tout le système éducatif. C'est donc pour nous un sujet de vigilance car porteur de potentialités explosives.
Je conclurai cette intervention en vous parlant d'élections. Prud'homales en partie car elles sont un enjeu, mais il n'est pas nécessaire de beaucoup développer ici, pour l'UNSA. Le Syndicat des Enseignants fait son possible pour contribuer à la réussite de cette bataille même si nous éprouvons parfois des difficultés à convaincre les aides éducateurs, salariés de droit privé relevant de notre champ de syndicalisation, de se présenter sur nos listes.
Mais je voudrais vous parler aussi d'une échéance qui sera quasi simultanée puisque son scrutin aura lieu le 3 décembre et dans laquelle le syndicat des enseignants sera aussi totalement sur le front : ce sont les élections professionnelles des enseignants du Public.
Nous y porterons, seuls, les couleurs de l'UNSA et c'est pour nous à la fois un enjeu et une bataille énorme. Pour vous en donner une idée, je ne vous donnerai que deux chiffres : celui du corps électoral concerné, environ 800 000, et 6 000, celui du nombre de candidats qu'il nous faut trouver pour constituer des listes complètes pour les commissions paritaires départementales, académiques et nationales dans 9 corps différents des 1er et 2ème degré d'enseignement.
Nous sommes, actuellement, dans la phase de constitution des listes que nous devons déposer début octobre. La campagne électorale proprement dite aura lieu de septembre à décembre.
Nous évoluons dans un terrain très difficile où règne une forte concurrence avec jusqu'à une dizaine de syndicats présents parfois pour la candidature à chaque CAP et un poids lourd visant à l'hégémonie, je veux parler de la FSU et de ses syndicats. Avec le Syndicat des Enseignants, l'UNSA est, de ce point de vue, l'empêcheur de tourner en rond, et donc le seul obstacle à l'hégémonie totale des syndicats de la FSU.
Vous vous doutez que, dans ce cadre, nous sommes l'objet de beaucoup de pressions qui n'ont rien de très amicales, d'autant qu'avec notre fédération, l'UNSA Education, nous portons pour la profession que nous représentons et pour le système éducatif un projet de transformation, d'évolution du service public d'éducation pour qu'il réponde mieux à sa mission auprès des jeunes et des citoyens. Nous porterons donc un choix de cohérence éducative et revendicative, en pleine adéquation avec notre présence dans l'UNSA car la portée des problèmes d'éducation dépasse largement les seuls professionnels de l'éducation que nous sommes en tant qu'enseignants mais relèvent bien du champ interprofessionnel.
C'est sur les épaules du Syndicat des Enseignants que repose ce combat pour les élections professionnelles mais nous savons que nous pouvons compter aussi sur l'appui de notre fédération et de ses syndicats, l'UNSA Education, et de toute l'UNSA pour nous aider à faire face.
(Source http://www.fen.fr, le 16 août 2005)