Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les objectifs et la méthode de l'étude épidémiologique SUVIMAX, Paris le 21 juin 2003.

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Circonstance : Journée de clôture de l'étude "Nutrition - Prévention - Santé" SUVIMAX, à Paris le 21 juin 2003

Texte intégral

Je suis particulièrement heureuse d'être avec vous ce matin car cette journée de clôture de l'étude SUVIMAX est pour moi un événement réjouissant, à la fois par la forme originale donnée à cette manifestation, et aussi par le fond scientifique et médical qui donne tout son sens à notre présence. Je tiens à remercier Serge Hercberg pour son invitation et pour l'immense travail qu'il a coordonné et dont nous fêtons aujourd'hui l'aboutissement.
Le plan de lutte contre le cancer, annoncé par le Président de la République le 24 mars, a été l'occasion d'un bilan réalisé par une commission d'orientation qui a travaillé entre septembre 2002 et janvier 2003. Ce bilan a démontré une fois de plus la faiblesse de notre pays dans les trois domaines de recherche qui sont au cur de la manifestation d'aujourd'hui : l'épidémiologie, la prévention et la santé publique. Ce constat négatif va d'ailleurs bien au-delà du cancer et correspond à une situation générale de notre système de santé et de notre recherche biomédicale.
Face à cette situation, qui appelle une mobilisation particulière sur le plan de la politique de santé publique et de recherche, l'étude SUVIMAX, dont les principaux résultats vont nous être dévoilés tout à l'heure, est un exemple qui doit nous rendre optimistes, à la fois par son ampleur, par son courage et sa rigueur méthodologique et par la diversité des partenariats qu'elle a su nouer.
L'ampleur de cette étude - plus de 13 000 participants, dont un échantillon plus que représentatif est présent ce matin, et plus de dix ans de mobilisation - illustre la capacité de notre communauté scientifique à entreprendre une recherche épidémiologique sur une grande cohorte et une longue durée. Je souhaite vivement que cet exemple ambitieux puisse inspirer d'autres initiatives.
Les pathologies cibles de l'étude SUVIMAX, les cancers et des maladies cardio-vasculaires, sont déjà au cur de notre recherche biomédicale, puisqu'elles constituent les deux principales causes de décès prématurés dans notre pays. Le courage des porteurs de l'étude SUVIMAX est d'avoir abordé ces maladies sous l'angle d'une stratégie préventive, à l'aide de vitamines et d'antioxydants, et dans une expérimentation de nature interventionnelle, c'est-à-dire en comparant deux groupes dont l'un prend les substances testées et l'autre un placebo. Le thème débattu de l'effet protecteur les vitamines et les antioxydants est en soi courageux et le choix d'une étude d'intervention répond à une exigence de rigueur que je tiens à saluer. La recherche doit savoir aborder des sujets risqués, à partir du moment où elle est conduite selon des canons méthodologiques irréprochables.
Même si la recherche en santé publique est une recherche comme toutes les autres, c'est-à-dire qui vise à accroître les connaissances sur les mécanismes des maladies ou plus généralement des détériorations des états de santé, elle a aussi comme objectif d'orienter la politique de santé. Pour cela elle doit établir les faits qui permettront aux pouvoirs publics de prendre leur décision, notamment en matière de prévention. Il s'agit donc d'une recherche qui présente certaines particularités. La preuve de l'efficacité de telle ou telle stratégie ne peut être obtenue qu'à partir de données provenant de milliers voire de dizaine de milliers de personnes. Par conséquent, un tel travail ne peut être réalisé sans la collaboration active de la population. La présence aujourd'hui de nombreux "suvimaxiennes" et "suvimaxiens" témoigne de l'adhésion des Français à ce type de recherche et de la conscience qu'ils ont de participer à un travail important sur le plan de la santé publique, travail qui aura des répercussions aussi bien en France qu'à l'étranger. Je tiens donc à remercier en particulier chaque participant pour sa mobilisation et pour l'encouragement ainsi donné à la recherche en épidémiologie et santé publique dans notre pays.
L'adhésion de la population à une recherche conduite sur de grandes cohortes exige d'expliquer les objectifs du travail, les bénéfices attendus, en particulier pour la communauté, et bien sûr de respecter les règles éthiques et de bonnes pratiques qui constituent le fondement même de toute "bonne" recherche. Cette capacité de dialogue est au cur même de la relation de confiance qui doit être rétablie entre les scientifiques et la société, et je crois profondément que la recherche épidémiologique peut être emblématique à ce titre.
La dernière qualité de l'étude SUVIMAX que je tiens à saluer est le large partenariat, à la fois entre les différents organismes publics de recherche, mais aussi avec de nombreux acteurs privés, qui a su être mis en place.
Les résultats que nous allons découvrir bientôt ouvriront, je l'espère, la voie à de nouvelles pistes de prévention. Toutefois, et quels que soient les résultats, il est illusoire de penser que ce seul travail, aussi important soit-il, résoudra tous les problèmes de prévention du cancer ou des maladies cardio-vasculaires. D'autres recherches épidémiologiques seront nécessaires, sur la nutrition mais aussi sur les facteurs environnementaux, quelle que soit leur nature, qui influent sur les grandes maladies non transmissibles. Parallèlement, des recherches plus fondamentales seront également indispensables, pour suggérer des mécanismes à partir desquels d'autres stratégies préventives pourront être proposées. Cet aller-retour incessant entre la recherche épidémiologique et la recherche physiopathologique ou fondamentale est un enrichissement permanent qui doit nous conduire à ne pas trop cloisonner ces différentes activités.
Cette continuité entre les différentes approches est clairement affichée dans la stratégie nationale élaborée pour le plan cancer. Je souhaite vivement que la recherche en épidémiologie et en santé publique y prenne toute sa place et mon ministère s'est déjà engagé à prendre ou à soutenir les initiatives en ce sens.
Je vous remercie pour votre attention.
(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 25 juin 2003)