Déclaration de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, en réponse à des questions d'actualité sur l'élargissement de l'Union européenne, au Sénat le 15 mai et à l'Assemblée nationale le 3 juin 2003.

Texte intégral


Réponse à une question d'actualité au Sénat, le 15 mai 2003
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Sénateur Badré,

Nous vivons un moment véritablement historique avec l'élargissement de l'Europe et les Français doivent pouvoir mieux en mesurer l'importance.
Il y a eu le vote massif des Lituaniens. Je sais, Monsieur le Sénateur, que vous rentrez de Lituanie et que vous n'avez pas pris une part négligeable à ce résultat très positif.
Il y a eu aussi récemment le vote des Hongrois, des Maltais, des Slovènes. C'est un message de confiance pour le projet européen et, d'après les derniers sondages, ce message porte aussi chez nous, quoi qu'on en dise, puisque les Français seraient largement favorables à l'élargissement maintenant.
Mais beaucoup reste à faire pour mieux faire entrer l'Europe dans le cur de nos concitoyens.
Il y a d'abord les contacts que nous avons sur le terrain avec nos interlocuteurs, nos futurs partenaires. Et je me félicite d'avoir la chance d'effectuer un certain nombre de visites dans ces pays, avec des membres de cette assemblée. C'est un apport qui est très important vis-à-vis de nos interlocuteurs.
Par ailleurs, il y a, au sein de la Convention, une occasion de dialogue, de concertation, puisque cette Convention préfigure, en quelque sorte, l'Europe élargie. Nous travaillons avec beaucoup d'entre eux, non seulement avec les Allemands mais aussi, pour ce qui est des nouveaux candidats, avec les Polonais sur la présidence du Conseil européen, avec les Tchèques sur l'Europe de la justice, avec les Lettons, les Estoniens et les Lituaniens sur le rôle de la Commission en liaison avec le Conseil européen. Nous avons, à ce niveau, un dialogue qui est très riche et je dois dire que nos positions, qui ne sont parfois pas complètement acceptées, sont en tous les cas entendues.
Il y a aussi un point extrêmement important : ce sont les "Rencontres pour l'Europe" sur le terrain. Le Premier ministre organise ces forums. Le prochain a lieu à Périgueux avec le ministre britannique. D'autres ont eu lieu déjà, par exemple avec la ministre lettone des Affaires étrangères. Je vais moi-même aussi dans les territoires et régions de France. C'est très important pour nous : montrer que l'Europe est accessible, que l'Europe a une dimension humaine et je crois qu'à cet égard, l'écho rencontré montre que les Français sont en phase avec la dimension européenne et les problèmes de l'Europe.
Donc je ne suis pas pessimiste. Ce que je voulais dire, pour conclure, c'est que ce que nous faisons aujourd'hui, c'est, en toute simplicité et sans arrogance, construire les alliances de demain. Et je peux vous dire que ces alliances existent. Nous travaillons sans relâche pour que l'Europe que nous construisons bénéficie toujours à notre peuple, comme elle l'a fait jusqu'à maintenant.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 mai 2003)

Réponse à une question d'actualité à l'Assemblée nationale, le 3 juin 2003
Monsieur le Président
Mesdames et Messieurs les Députés,
Monsieur le Député,
Il y a effectivement des appréhensions, qui sont réelles, de nos concitoyens face à un élargissement qui, il faut le dire, est maintenant imminent puisqu'il aura lieu, comme vous le savez, le 1er mai 2004.
C'est vrai, cet élargissement est différent des précédents.
D'abord parce que ces pays n'ont pas le même vécu que les Quinze : ils ont été mis à l'écart de la démocratie et de l'économie de marché pendant des décennies et des décennies, et nous leur demandons des efforts considérables. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles des divergences fortes se sont faites jour, et nous avons déploré, nous l'avons d'ailleurs dit publiquement, certains choix de matériel d'équipement militaire qui ne nous paraissaient pas conformes à l'intérêt général de l'Europe.
Mais ces pays, je puis vous l'assurer Monsieur le Député, sont tout à fait favorables à l'Europe. Ils savent que leur place, que leur destin, est dans l'Europe, et je voudrais être claire : l'élargissement n'est pas seulement bénéfique à toute l'Europe, à ces pays, il est bénéfique aussi à la France.
Des démocraties stables dans l'Europe centrale et orientale, c'est un acquis considérable. Une croissance de 4 % qui permet à la France de déployer ses investissements - nous sommes les premiers investisseurs en Pologne, en Roumanie, en Hongrie - et je prends l'exemple des constructeurs automobiles : nous avons conquis plus du quart des parts de marché dans tous ces pays - cela n'est pas du tout, je puis vous l'assurer, préjudiciable à l'emploi.
Cela dit, il faut faire un effort d'explication, c'est cet effort que conduit le Premier ministre. C'est cet effort que nous poursuivons sans relâche, avec j'espère, et je vous invite à le faire, la participation de l'ensemble des élus de la nation française.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 juin 2003)