Interview de M. Hamlaoui Mekachera, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, dans "Le Figaro" du 6 novembre 2003, sur l'attitude de la France vis-à-vis des harkis à la fin de la Guerre d'Algérie.

Texte intégral

LE FIGARO. - Que vous inspire le livre de Georges-Marc Benamou ?
Hamlaoui MEKACHERA. - C'est un livre qui attaque tous azimuts et avance des choses invraisemblables pour amuser la galerie. L'auteur a visiblement des comptes à régler. Ce n'est en tout cas pas un travail d'historien, plutôt un roman, dont les ingrédients ne sont pas acceptables. Moi, j'ai fait toute la guerre d'Algérie. J'étais lieutenant et je commandais un sous-quartier à la frontière tunisienne : on ne peut pas me raconter d'histoires.
La thèse centrale de cet ouvrage est que les harkis ont été massacrés avec la complicité de la France : comment réagissez-vous ?
A la fin de la guerre, on a laissé à ces auxiliaires de l'armée française un choix restreint : soit quitter leur région et venir en France, soit rester au pays avec un pécule. Ceux qui avaient femme et enfants, bien souvent, ont choisi de rester. Mais l'armée française comme le FLN ne leur ont pas dit la vérité. A partir du 19 mars 1962, à chaque fois que les unités françaises se retiraient, il y avait des exactions. C'était une période curieuse, où le plus grand désordre régnait. J'ai moi-même pris l'avion et je suis rentré car je n'avais plus d'ordre.
Les harkis ont-ils été victimes d'un piège ?
Oui, d'un piège historique. La France n'a pas tout entrepris pour protéger ceux qui l'avaient servie. Nous n'avons pas fait notre devoir jusqu'au bout. Je ne sais pas aujourd'hui si nous pouvons les regarder en face : c'était une responsabilité collective. Il existait à l'époque une sorte de naïveté étatique qui consistait à croire que les Accords d'Evian seraient respectés. Or, le FLN n'a pas tenu parole. Et la France, elle, n'a pas suffisamment exigé le respect de ce traité alors qu'elle en avait les moyens.
Doit-on, quarante ans après, faire toute la lumière sur cette période ?
Si l'on veut faire la clarté sans dérapage, sans blessure supplémentaire, il faut établir des règles claires : recourir à des historiens au-dessus de la mêlée, mettre en place une commission franco-algérienne et se garder de toute initiative unilatérale. Je crains que les conditions ne soient pas aujourd'hui réunies.

Les plaintes contre X pour crimes contre l'humanité se multiplient depuis deux ans. Qu'en pensez-vous ?
Je suis contre. Il y a d'autres priorités, et notamment celle d'aider les enfants de harkis à trouver leur juste place dans la société française : économique, sociale et politique. Ces plaintes sont le fait d'une minorité poussée par des gens totalement étrangers à ce conflit. Pour construire un avenir solide, nous avons besoin de paix, pas de batailles devant les tribunaux.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 novembre 2003)