Entretien de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée aux affaires européennes, avec RFI le 29 septembre 2004, sur la campagne d'information concernant la Constitution européenne et le débat autour de la perspective de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

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Média : Radio France Internationale

Texte intégral

Q - Constitution européenne, entrée de la Turquie dans l'Union, l'Europe et les délocalisations, l'Europe sociale un peu, beaucoup, en tous cas pas assez. On a rarement autant parlé de l'Europe, alors est-ce que cela ravit la ministre des Affaires européennes que vous êtes ?
R - Bien entendu. Il est très important que l'on puisse s'exprimer et débattre de l'Europe, que tous les citoyens soient informés sur ces questions. C'est particulièrement nécessaire aujourd'hui, pour que chacun soit en mesure, au moment de la ratification du traité constitutionnel, de prendre une décision responsable, en ayant eu connaissance des outils qui nous sont donnés pour avancer.
Q - Vous n'êtes pas un peu atterrée par la confusion dans les esprits avec l'Europe ? On a tendance à mélanger un peu tout.
R - Notre ambition, et en particulier la mienne, est justement de pouvoir être sur le terrain et, de manière pédagogique, d'expliquer ce texte et répondre à toutes les questions qui sont posées, et enfin de dissiper cette impression de confusion que vous évoquez. Il y a effectivement de multiples débats, mais la construction européenne n'est pas un problème de clan, de famille, de politique politicienne, c'est une question sur laquelle chacun doit avoir des éléments de réponse.
Q -Vous avez déclaré qu'un référendum sur l'adhésion de la Turquie serait raisonnable. Raisonnable parce que la Turquie modifierait un peu l'équilibre au sein de l'Europe, ou pour justement éviter la confusion et qu'on ne réponde pas à un référendum sur la Constitution européenne sur la possibilité d'adhésion ou de la Turquie ?
R - La question qui sera posée l'année prochaine est une question concernant le traité constitutionnel et la possibilité de faire avancer la construction européenne. La question de la Turquie est un autre débat. La question de son adhésion éventuelle fera l'objet de plusieurs étapes : dans un premier temps, la Commission européenne remettra un rapport qui fera le point de l'état de préparation de la Turquie par rapport aux critères politiques qui sont exigés avant toute adhésion. Ensuite, une décision politique sera prise au moment du Conseil européen de décembre prochain, par les chefs d'État et de gouvernement. Si cette décision est positive, il s'agira d'ouvrir des négociations pour parcourir un chemin en commun - et ce chemin est très long. Beaucoup de réformes ont été faites en Turquie, mais beaucoup reste à faire ; ce sont 10, 12, 15 ans de négociations qui sont devant nous. Au terme de ces négociations, une décision - qui n'est ni pour aujourd'hui, ni pour demain, ni même pour après-demain - sera prise. Quand on envisage ces échelles de temps, on peut se dire qu'interroger les citoyens européens, donc les citoyens français, à propos de l'entrée d'un pays comme la Turquie dans l'Union européenne, paraît raisonnable. C'est un pays très important, aussi bien par son implantation géostratégique que par sa dimension géographique et démographique.
Q - A propos de l'adhésion de la Turquie, le président Jacques Chirac est pour. Le principal parti en France, l'UMP est contre. Vous vous situez comment ?
R - La question à se poser est "Où veut-on que la Turquie soit dans 5, 10, 15 ans ?". Tout le monde est d'accord pour dire que la Turquie doit se rapprocher le plus possible des valeurs européennes que nous portons, qui sont des valeurs de démocratie, d'État de droit, d'égalité entre les hommes et les femmes, de respect des minorités. Ce chemin-là est possible. C'est ma position actuellement. Je suis donc favorable à un dialogue très proche avec la Turquie pour que la Turquie soit arrimée à notre continent, et porte les valeurs qui sont celles du projet européen.
Q - A propos du référendum sur la Constitution européenne, le débat interne au PS sur le oui ou le non, vous intéresse, vous amuse ou vous attriste ?
R - Il est important qu'il y ait un débat. Ne pas parler des choses ou en parler de façon fausse perturbe l'opinion. Il y a débat, c'est naturel, il doit avoir lieu sur les véritables enjeux de ce texte. Ce traité constitutionnel, quand on le compare aux règles de fonctionnement actuelles de l'Union européenne basées sur le Traité de Nice, ne présente que des avancées. Nous sommes dans une Union européenne élargie à vingt-cinq et nous sommes en train de mettre en place les bases d'un meilleur fonctionnement de l'Union européenne ; d'une Union qui soit plus efficace dans son fonctionnement - le traité augmente les capacités de décision - plus démocratique, plus légitime, dans laquelle chaque citoyen se sente plus impliqué, qui soit plus sûre et plus présente sur la scène internationale. Tout cela, le traité constitutionnel nous en donne les moyens. Cette campagne d'explication doit confronter tous les arguments, favoriser un débat pluraliste autour de tous les enjeux du traité. Que le parti socialiste en débatte, cela me paraît bien.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 octobre 2004)