Extraits d'une interview de M. Renaud Dutreil, ministre de la fonction publique et de la réforme de l'État, dans "Service public" de juin 2004, sur le projet gouvernemental d'ouvrir la fonction publique à des jeunes ou à des personnes plus âgées.

Prononcé le 1er juin 2004

Intervenant(s) : 

Média : Service public

Texte intégral

Service Public : Vous avez souhaité tracer les grandes lignes de vos projets à l'issue d'une rencontre avec les syndicats. Faut-il y voir un symbole?
Renaud DUTREIL : En quelque sorte, dans la mesure où je tiens à souligner que je conçois le dialogue social avec les syndicats comme une priorité. La situation des agents, les conditions d'exercice de leurs différents métiers, le déroulement de leur carrière, leur formation, leur épanouissement même, toutes ces questions sont essentielles ().
Service Public : Vous avez rappelé à cette occasion l'esprit qui guide votre démarche, vos constats, vos objectifs. En quoi consistent-ils?
Renaud DUTREIL : () Mon constat est simple: notre système manifeste aujourd'hui ses insuffisances, mais le fatalisme n'est pas de mise. () Juste un chiffre: pas moins de 35 % des lauréats des concours de catégorie C sont titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur. On imagine les frustrations que cela peut engendrer. D'où mes grands objectifs, qui sont de continuer à faire vivre les principes de la fonction publique - qualité, continuité, égalité, neutralité -, mais aussi d'assouplir sa gestion des ressources humaines et de l'ouvrir à la diversité sociale.
Service Public : Quelles propositions concrètes comptez-vous faire?
Renaud DUTREIL : Elles porteront sur divers aspects. En matière, par exemple, d'ouverture de la fonction publique à des catégories auxquelles elle est aujourd'hui fermée, je compte proposer des "contrats de métier" pour les jeunes sans qualification professionnelle (). Des solutions seraient aussi imaginées à l'intention des plus de cinquante ans, à partir notamment de la proposition de loi de Serge Poignant sur la suppression des limites d'âge à l'entrée dans la fonction publique et d'un contrat de métier "reconversion professionnelle". J'annonce aussi l'ouverture d'une négociation salariale à l'automne. J'y inclurai notamment deux sujets d'importance: le différentiel prévisible en 2005 entre la rémunération minimale dans la fonction publique et le Smic, et le problème des bas salaires ().
Dans le même esprit, je souhaite réfléchir sur les parcours de carrière des cadres intermédiaires, véritable épine dorsale de notre fonction publique.
Pour tous les agents, je souhaite par ailleurs faire de la mobilité volontaire une réalité. Il faut en effet que tout fonctionnaire puisse, lorsqu'il le désire, changer de fonction, voire de métier dans le cadre d'une seconde carrière sans se heurter à un parcours du combattant fait de procédures et d'obstacles divers().
Service Public : Quelle méthode pour ces vastes chantiers?
Renaud DUTREIL : Je le répète, ma méthode peut se résumer en trois mots: dialoguer, négocier, avancer ().
Service Public : Vous avez également, toujours dans le souci d'avancer, fixé un calendrier
Renaud DUTREIL : Oui. J'ai engagé, depuis la fin du mois de mai, un travail sur la réforme du dialogue social dans la fonction publique autour de trois axes: la réforme des comités techniques paritaires, le dialogue social local et les négociations et accords. Ce travail débouchera sur une négociation entre le 21 juin et le 9 juillet.
Dès le 4 juin, j'engagerai une négociation avec les syndicats sur le dispositif de départ anticipé en retraite pour les agents ayant eu une carrière longue.
Enfin, les premiers travaux sur le projet de loi d'orientation pour la fonction publique que j'ai lancé fin mai porteront, jusqu'à fin juillet, sur les projets de transposition des directives communautaires concernant les agents non titulaires et l'ouverture des corps aux ressortissants communautaires, la déontologie, la mobilité et les carrières. Le projet de loi sera présenté à l'automne aux partenaires sociaux.
Propos recueillis par C. F.-B.
(source http://www.fonction-publique.gouv.fr, le 28 juin 2004)