Conférence de presse et déclaration de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur la recherche de la paix dans l'Afrique des Grands lacs, l'aide française et européenne au développement de l'Afrique, l'interdiction des mines antipersonnel et la lutte contre la trafic des armes légères, Kampala le 14 janvier 2000.

Intervenant(s) :

Circonstance : Voyage de M. Charles Josselin en Tanzanie les 12 et 13, en Ouganda le 14 et dans le Rwanda le 15 janvier 2000

Prononcé le

Texte intégral

Déclaration :
J'ai longuement parlé cet après-midi avec le président Museveni. Le moment était important. Le président Museveni réunissait en effet hier ses voisins pour parler de la situation des Grands lacs et dans quelques jours à New York, à l'invitation des Etats-Unis qui président en ce moment le Conseil de sécurité, une réunion importante va permettre, nous l'espérons, de faire progresser la paix. La paix était au centre des discussions que j'ai eues à Dar-es-Salam avec le président Mkapa, elle était, bien sûr, au cur de l'échange que j'ai eu avec le président Museveni, cet après-midi, nous parlerons encore de paix avec le général Paul Kagamé, demain à Kigali. La paix, c'est la mise en uvre des accords de Lusaka, la paix, c'est aussi l'aboutissement du processus d'Arusha, car chacun voit bien qu'il n'y aura pas de paix au Burundi s'il n'y a pas de paix au Congo et réciproquement. La France en tout cas fera tout ce qui est en son pouvoir pour favoriser l'aboutissement de ces processus de paix ; elle a déjà été parmi les premiers à financer la commission mixte militaire, premier élément des accords de Lusaka, elle participera bien entendu à la mise en place du corps de maintien de la paix qui devrait se déployer dans les semaines prochaines.
J'ai évoqué enfin la proposition qu'a faite la France depuis déjà quelques mois, la tenue d'une conférence des Grands lacs qui permettrait de prendre en compte l'ensemble des questions de sécurité, de transition démocratique, de développement. Il appartient aux Africains de décider de la tenue d'une telle conférence. J'ai pu vérifier cet après-midi que le président Museveni, pour sa part, y est tout à fait favorable, le président tanzanien aussi et en rencontrant il y a quelques instants les représentants des trois rébellions congolaises, j'ai pu observer qu'eux aussi sont disposés à cette rencontre. Ils ont convenu que c'est dans un cadre élargi à l'ensemble des pays de la région que l'on peut, de manière pérenne, répondre aux questions posées.
Je suis aussi venu parler de coopération, une coopération qui depuis la réforme que Lionel Jospin m'a demandé de conduire aux côtés d'Hubert Védrine se déploie désormais vers l'ensemble de l'Afrique, sans bien sûr oublier les fidélités que nous devons à l'Afrique francophone. C'est avec toute l'Afrique que nous voulons pouvoir désormais coopérer et je voudrais dire que l'aide publique au développement de la France concerne désormais une soixantaine de pays, regroupés dans ce que nous appelons une zone de solidarité prioritaire, et l'Ouganda, mais aussi ses voisins, le Burundi, la Tanzanie font partie de cette zone de solidarité prioritaire, ce qui nous permet d'aider cette intégration régionale en marche que représente la communauté est-africaine. En dépit d'une érosion que nous nous efforçons de stopper, la France demeure, par l'aide publique au développement, le premier des pays du G7 ; elle est, et je le dis parce que cet élément est insuffisamment connu, le premier bailleur du fonds européen de développement puisqu'elle y participe pratiquement à hauteur de 25 %. C'est pour cela que la France a été à la pointe du combat pour la réduction de la dette des pays en développement. La France intervient bien sûr au travers d'un opérateur privilégié qui est l'Agence française de développement dont je salue d'ailleurs, la présence parmi nous de la directrice de cette agence pour la région qui est d'ailleurs basée à Nairobi ; certes, il y a le Proparco dont la présence contribue puissamment à sécuriser les investisseurs français mais je crois aussi les investisseurs européens. Je voudrais saluer les entreprises françaises présentes en Ouganda, l'aviation civile, l'hôtellerie, l'électricité, le matériel ferroviaire et d'autres qui me pardonneront de ne pas citer leur secteur professionnel. Ce sont aussi nos ONG qui, dans le domaine de l'action humanitaire, de la culture, de l'éducation, de la lutte contre la pauvreté témoignent de la présence française.
Les acteurs de la coopération sont multiples. Parmi eux, je n'oublie pas quelques acteurs particuliers présents ici depuis longtemps et qui ont certainement contribué à renforcer le lien entre la France et l'Ouganda. Je pense aux Pères blancs, on comprendra aussi que je cite les frères de Ploërmel, c'est aussi la Bretagne et j'en suis content.
A tous, je veux adresser les hommages et témoigner la reconnaissance du gouvernement, à toutes et à tous, puisque la période m'y invite, je vous dis une très bonne année./.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 janvier 2000)
Conférence de presse :
Mon voyage avait une double ambition, exprimer l'intérêt de la France pour cette région de l'Afrique, évaluer les chances de la paix et aussi exprimer la volonté d'appuyer les processus de paix. Au mois de novembre, j'avais rencontré le major Buyoya, Laurent Désiré Kabila et le président Arap Moï à Nairobi et j'avais donc rencontré le président Museveni à l'occasion des obsèques de M. Nyerere.
Je crois qu'aucun ministre français n'est venu en Ouganda depuis huit ans. C'est beaucoup trop, j'espère personnellement revenir pour profiter davantage d'un pays qui me semble magnifique. J'aurai d'autant plus de plaisir à le visiter si la paix est à ce moment-là complètement rétablie dans l'ensemble de la région des Grands lacs. D'ici là, je crois qu'il reste beaucoup de travail à faire. Les Accords de Lusaka ont été signés, nous aurons l'occasion à New York, dans quelques jours, d'évaluer la volonté des uns et des autres de les respecter, peut-être de les compléter, mais nous savons qu'il faudra beaucoup de bonne volonté et la solidarité internationale pour régler des questions qui déchirent cette partie du continent africain depuis longtemps. Mais, je ne peux pas imaginer que la raison ne finisse par triompher. Je suis convaincu que, si les Africains le veulent, et en particulier si les Congolais le veulent, les questions de sécurité, de développement de transition démocratique peuvent trouver une solution. C'est en tout cas le vu que je forme au début de cette nouvelle année. Je rappelle simplement pour en revenir à ce voyage que j'ai rencontré à Dar-es-Salam, le président Mkapa et bien sûr un certain nombre de ministres, je suis passé par Arusha ce matin car je voulais visiter les installations du Comity for est-Africa cooperation. J'ai dit la conviction de la France que l'intégration régionale est un facteur de paix et de développement. Et je suis très content que les nouveaux Accords de Lomé aient reconnu l'intégration régionale comme la voie normale d'intégration économique des pays en développement dans l'économie mondiale. J'ai dit aussi notre décision de mobiliser des crédits spécifiques pour le Comité est-africain. Il y a des dossiers comme par exemple la sécurité de navigation sur le lac Victoria où la France est prête à apporter son expertise. Mais il y a bien d'autres dossiers.
A Arusha, j'ai également visité le Tribunal pénal international, j'ai vu l'équipement audiovisuel fourni par la France et qui permet, non seulement aux magistrats de mieux travailler, mais qui permet aussi de commencer à faire bouger les mentalités en s'adressant directement à l'opinion. J'aurai l'occasion demain matin, avec Paul Kagamé de parler de ces questions et là encore de souhaiter que la culture du pardon remplace la culture de la vengeance.
Voilà ce que je voulais vous dire. Une fois de plus, j'ai beaucoup apprécié de dialoguer avec le président Museveni qui joue un rôle important à la fois dans le processus de Lusaka et dans celui d'Arusha. Je souhaite bonne chance au président Mandela pour conduire à bien le Processus d'Arusha et j'espère aussi que le président M. Museveni saura mener à bien les Accords de Lusaka. Il y a aussi la volonté des Nations unies et celle de l'OUA.
Q - Qu'avez-vous dit aux représentants de la rébellion congolaise ?
R - Avec les représentants de trois rébellions les plus importantes, nous avons parlé de l'application du cessez-le-feu, du dialogue intercongolais, de la mise en place des forces du maintien de la paix, de la relation de ces rébellions avec leurs amis rwandais ou ougandais, de l'avenir du Congo. Nous avons parlé du désarmement des uns et du retrait des autres. Tous mes interlocuteurs se déclarent d'accord pour cette conférence internationale des Grands lacs qui permettrait comme le disait le président Museveni cet après-midi, de globaliser l'analyse des différents dossiers.
Q - (inaudible)
R - Nous ne voulons pas donner de leçons, il nous a fallu beaucoup de temps pour avoir aujourd'hui une démocratie apaisée où le débat se fait sur un projet politique et pas sur une appartenance ethnique ou à une rébellion. Je crois que les questions dites de sécurité sont, pour l'essentiel, des questions politiques, des questions de coexistence.
Q - (inaudible)
R - Nous avons fait avancer le dossier des mines anti-personnel. La Convention d'Ottawa n'est pas encore appliquée partout, mais l'interdiction de ces mines résulte de la pression de la société civile. Il y a un autre dossier actuellement sur la table du Conseil de sécurité, c'est la lutte contre le trafic et la libre circulation des armes dites légères, ce que l'on appelle le trafic des petites armes. Le président du Mali a entrepris une sorte de croisade contre le trafic des petites armes ; la France soutient totalement cette initiative et j'ai eu l'occasion d'exprimer le point de vue du gouvernement français au Conseil de sécurité à New York il y a quelques semaines, j'espère que nous arriverons à faire, là encore, adopter des dispositions qui permettent de mieux maîtriser le trafic des petites armes. Mais malheureusement, il y a en Afrique, dans d'autres régions aussi mais en Afrique en particulier, trop d'armes et trop de soldats perdus. L'information a un rôle considérable pour faire vraiment émerger la société civile qui est la seule à pouvoir faire pression sur les gouvernements. Mais cela n'interdit pas à la société civile d'être partenaire des gouvernements. Ce n'est pas toujours en s'opposant qu'il faut agir./.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 janvier 2000)