Déclarations de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, en réponse à des questions sur l'action des militaires français en Côte d'Ivoire, au Sénat le 2 décembre 2004.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Texte intégral

(Réponse de Michèle Alliot-Marie à une question d'actualité, au Sénat le 2 décembre 2004)
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Je voudrais vous remercier pour votre témoignage.
Il rejoint les très nombreux témoignages que je reçois et qui vont tous dans le même sens, comme c'est aussi le cas des témoignages que je reçois de la part du Collectif des rapatriés de Côte d'Ivoire.
Il y a en effet, depuis quelques jours, une véritable opération de communication orchestrée par le président de Côte d'Ivoire.
Une opération qui tend à détourner l'attention de ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire, et notamment la violation par le gouvernement ivoirien du cessez-le-feu imposé et décrété par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Une opération qui cherche à détourner l'attention de l'attaque injustifiable et délibérée sur nos soldats à Bouaké. Nos soldats étaient là simplement dans le cadre d'une mission de paix. Cette attaque a fait des morts et des blessés, vous venez de le rappeler.
Une opération qui vise à détourner l'attention de toutes les exactions, les pillages, les viols dont ont été victimes nos compatriotes, les Européens et, d'une façon générale, les étrangers installés à Abidjan, à la suite de campagnes haineuses d'appel à la "chasse aux Blancs", encouragées par les radios et télévisions d'Abidjan.
Face à cela, je crois qu'il convient de rétablir quelques vérités.
La première de ces vérités, c'est qu'en face de nos soldats, il ne s'agissait pas d'une foule désarmée. Cette foule était encadrée par un certain nombre de gens, et notamment ces jeunes qui font partie du groupe que l'on appelle les "jeunes patriotes". Ils étaient armés de kalachnikov, de fusils à pompe et de pistolets.
Deuxième vérité, nos armées sont présentes en Côte d'Ivoire dans le cadre d'un mandat de l'ONU et elles ont intégralement respecté toutes les règles du droit international sur l'engagement du feu. Leur mission principale était de protéger les étrangers qui pouvaient être pris à partie en Côte d'Ivoire. C'est ce qui a été fait, non sans difficulté ; chacun a vu comment certains ont dû être extraits et hélitreuillés, alors qu'ils étaient menacés par la foule.
Troisième vérité, nos soldats ont été conduits à faire usage de leurs armes, sous les formes de tirs de sommation d'abord, ensuite de tirs de dissuasion et enfin, de tirs réels dans des opérations qui étaient de vraies opérations militaires.
Et ce, dans quatre circonstances :
La première, c'est lorsque l'armée française a dû assurer sa capacité à accueillir des renforts et à assurer les rapatriements via l'aéroport d'Abidjan. Les FANCI ont tiré sur nos soldats pour les empêcher de pouvoir s'installer sur l'aéroport. Nous avons eu des blessés et il y a probablement eu des morts et des blessés côté ivoirien.
La deuxième opération, qui a eu lieu dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7, a été une opération de tentative de récupération, par les Ivoiriens, de l'aéroport sur lequel nous étions installés. Là aussi, une tentative de récupération avec une foule entourée de gens armés et avec des véhicules à l'avant. Là, nos hélicoptères ont dû intervenir, d'abord avec des tirs de sommation, puis des tirs de dissuasion, et ensuite des tirs, non pas sur la foule - il y aurait eu des centaines, voire des milliers de morts si cela avait été le cas - mais simplement sur les premières personnes qui étaient devant, et notamment sur les véhicules.
Il y a eu ensuite des embuscades dans lesquelles ont été prises nos troupes qui venaient du Nord pour apporter un soutien et protéger les Français à Abidjan. Il y a eu quatre échauffourées au total.
Puis, il y a eu ce qui s'est passé à l'Hôtel Ivoire où, après avoir sécurisé puis évacué les Français, on a empêché nos soldats de quitter les lieux, et où il y a eu notamment une insuffisance d'intervention de la gendarmerie ivoirienne. Nos soldats ont dû, toujours dans les mêmes conditions, ouvrir le feu, d'une part pour protéger une batterie dont les manifestants voulaient s'emparer et, d'autre part, pour empêcher qu'un de nos militaires, poussé au milieu de la foule par un gendarme ivoirien, ne soit lynché.
Alors, comme vous le disiez, un mort, c'est toujours un mort de trop. Mais il faut savoir que le bilan présenté par les Ivoiriens n'est pas du tout celui qui est présenté aujourd'hui et qui parle de 58 morts ; dans un rapport, le ministre de la Santé ivoirien a lui-même précisé que plus de la moitié des victimes était en fait des gens morts dans des mouvements de foule ou dans des règlements de compte, notamment entre les 3 400 détenus de droit commun qui ont été libérés pendant les émeutes d'Abidjan. La réalité est donc, comme nous l'avons dit, d'une vingtaine de morts.
En regardant ces quatre opérations, vous vous rendez compte que les militaires français ont fait preuve d'une parfaite retenue, d'un grand sang-froid et d'un grand professionnalisme.
Nous pouvons être fiers d'eux et les remercier.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 décembre 2004)
(Réponse de Michèle Alliot-Marie à une question d'actualité, au Sénat le 2 décembre 2004)
Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les Sénateurs,
Vous venez vous-même de reprendre un certain nombre des propos que les opérations de désinformation (des Ivoiriens) tiennent à reproduire, ce qui me permet de rappeler la réalité.
Les soldats français ont agi dans le cadre de la mission qui leur avait été confiée par l'ONU ; ils ont agi dans le respect total des règles militaires, en respectant toujours les trois phases (tirs de sommation, puis tirs de dissuasion et enfin tirs réels).
Il n'y a donc rien à leur reprocher. Tout le monde pourra en faire la démonstration et notamment ceux qui, malheureusement, étaient sur place.
S'agissant du nécessaire désarmement que vous évoquez, la dernière résolution de l'ONU votée le 14 novembre dernier (1572), prévoit deux points très importants pour ramener la paix en Côte d'Ivoire : le premier, c'est l'embargo sur les armes qui touche les deux protagonistes, c'est-à-dire le gouvernement mais également les forces nouvelles, et il s'applique bien entendu à tous les pays fournisseurs et éventuellement aux pays transitaires, c'est-à-dire aux pays voisins.
Ensuite, cette résolution 1572 rappelle également la résolution précédente (1528 du 27 février 2004), les accords d'Accra et les accords de Marcoussis, c'est-à-dire la nécessité d'une solution politique permettant de conserver l'unité de la Côte d'Ivoire, permettant le retour à une vie normale pour les populations et permettant de prévoir l'organisation des élections.
Seule la solution politique permettra à la Côte d'Ivoire de garder son entité et de retrouver une vie normale.
La dernière résolution (1572) nous apporte quelque chose de plus, puisqu'y figure la menace de sanctions qui s'appliquera à partir du 15 décembre prochain, menace de sanctions individuelles à l'égard de tous ceux qui freineraient ou qui essaieraient de s'opposer à la mise en oeuvre de cette résolution et des accords qui ont été, je le rappelle, signés et paraphés par toutes les parties en présence.
Là est notre mission ; nous sommes en Côte d'Ivoire pour soutenir les soldats de l'ONUCI, et c'est bien ce que nous faisons. Les soldats de l'ONUCI sont composés, en grand nombre, de soldats africains, bangladeshi et pakistanais.
Nous sommes en Côte d'Ivoire en soutien, pour permettre la totale application de cette mission qui est, je le rappelle, une mission de paix.
(Source http://www.defense.gouv.fr, le 6 décembre 2004)