Interviews de M. Jean-Luc Cazettes, président de la CGE-CGC, sur France 2 le 13 janvier 2005, sur I Télévision et dans "La Croix" le 14 janvier 2005, sur la position de la CFE-CGC concernant l'assouplissement des 35 heures : son engagement en faveur de la monétarisation des jours RTT et ses revendications en matière d'abondement et d'externalisation des comptes épargne temps.

Texte intégral

Interview de M. Jean-Luc Cazettes sur France 2 le 13 octobre 2005 :
Françoise Laborde : Avec Jean-Luc Cazettes ce matin nous allons parler des cadres. C'est normal c'est le patron de la CGC, des cadres il y en a à peu près trois millions en France, si on compte à la fois les cadres de la Fonction publique et ceux du privé.
Vous vous êtes singularisé si je puis dire parce que vous avez rompu le front uni syndical sur le dossier des 35 heures et vous n'avez pas voulu vous associer à ceux qui disaient : "eh bien il ne faut pas remettre en cause les 35 heures", racontez-nous pourquoi ?
Jean-Luc Cazettes : D'abord parce que moi j'ai une demande de mes mandants qui est de dire, "avec les 35 heures on a eu des pertes de rémunérations importantes, si on nous offre la possibilité d'en récupérer une partie avec le rachat de jours qu'actuellement, soit on ne peut pas prendre, soit on prend sans savoir très bien pourquoi, mais qu'on puisse accumuler et récupérer un peu d'argent là dessus, il n'y a aucune raison que pour des raisons idéologiques, on nous refuse cette possibilité". Donc, j'avais fait, dès le départ, part de ma différence par rapport aux autres organisations et que dans la mesure où il y avait un mouvement, un moule commun qui était mis en place, eh bien j'ai fait part du fait que je n'étais pas d'accord avec ce moule commun, que je n'étais pas d'accord avec une déclaration commune, que je n'étais pas d'accord avec des manifestations communes parce que moi j'avais des demandes qui étaient différentes.
FL : Alors ce que demandent en gros les cadres, ils disent quoi aujourd'hui, ils disent, dans la mesure où en effet les 35 heures ça a été plutôt profitable pour eux, parce que jusqu'à présent les heures supplémentaires c'était une notion qui n'existait pas pour les cadres et là la réduction de travail on a eu le sentiment qu'au début c'était plutôt bien accueilli chez les cadres.
JLC : Au début ça a été bien accueilli, ensuite on s'est aperçu que les jours de RTT qu'ils ont acquis, ils les ont payés très chers. D'abord en salaire, mais également en stress.
FL : En salaire parce que les salaires ont été gelés.
JLC : Ont été stabilisés, et en plus en stress parce que la charge de travail a été beaucoup plus accentuée. Alors à partir de là.
FL : Il faut dire que la réduction de travail chez les cadres n'a pas créé d'emploi ?
JLC : Elle n'a pas créé d'emploi. Attendez vous pouvez avec une réduction du temps de travail créer des emplois là où vous avez des gens qui travaillent en 3/8 ou en 2/8 parce que c'est mathématique, mais chez les cadres : un, vous les faites travailler davantage, deux, vous partagez le travail avec les petits copains, et puis trois, vous ne créez pas un seul emploi.
FL : D'accord, donc pas d'emploi créé chez les cadres ?
JLC : Non.
FL : En revanche, ce que vous dites donc c'est : il faut pouvoir racheter en effet ses RTT, ses jours de réduction du temps de travail, mais est ce qu'on les rachète au même prix entre guillemets, c'est à dire qu'on se fait payer une journée au même prix ou il faut introduire comme pour les heures sup un petit bonus ?
JLC : C'est là justement que j'ai pour l'instant encore une grande divergence avec les pouvoirs publics, nous disons : il n'y aucune raison que les cadres soient une fois de plus "les dindons de la farce". Or, pour les autres catégories de salariés avec les heures supplémentaires, on va aller leur payer 125% d'une heure normale.
FL : Pas toujours, ça dépend de la taille de l'entreprise.
JLC : Ou 110 % quand c'est une entreprise de moins de 20 salariés. Pour les cadres, il n'y a aucune raison qu'on leur dise : ah oui vous, vous rachetez vos journées, mais vous les rachetez au même prix. On ne vous fait aucune bonification sur le prix de rachat. Ce qui fait que d'un côté vous auriez des gens qui rachèteraient leurs heures à 125 % et d'autres qui rachèteraient leurs jours à 100 %.
FL : Vous voulez introduire la notion de, si ce n'est d'heures supplémentaires, mais de jours supplémentaires pour les cadres.
JLC : Voilà, moi je souhaite qu'on introduise la notion d'un abondement pour les jours que les cadres ne prendraient pas, alors la notion de l'abondement ça peut se négocier dans la branche professionnelle, dans l'entreprise.
FL : Alors pour que les choses soient bien claires, aujourd'hui il existe des comptes épargne temps, où en gros on peut stocker les jours de RTT, quand on ne les prend pas, et vous, vous souhaitez là encore que ce compte épargne temps ne soit pas géré directement par l'entreprise pourquoi ?
JLC : Oui, parce que c'est très lourd la gestion d'un compte épargne temps, ça oblige l'entreprise a avoir quasiment un service spécialisé là dedans, en plus dans la mesure où il y a beaucoup d'argent, ça oblige l'entreprise à provisionner un certain nombre de choses, donc ça plombe ses cours et ça plombe sa présentation de bilans devant la bourse etc, donc c'est vraiment une mauvaise formule. Nous, nous disons il faut externaliser tout ça et passer un accord qui soit un accord de branche, un accord d'entreprises pour que d'abord le salarié soit mieux protégé, au cas où l'entreprise ferait faillite, ses droits seraient quand même sauvegardés.
FL : Il peut garder son compte épargne temps et s'il change d'entreprise il a le même compte épargne temps.
JLC : Voilà, et s'il change d'entreprise il conserve son compte épargne temps, donc ça me paraît être une formule qui à la fois intéresse l'entreprise parce qu'elle n'est plus obligée de provisionner, intéresse le salarié parce que ça lui donne une meilleure garantie et puis facilite la vie de tout le monde.
FL : Mais qui gérerait ça ? Les banques !
JLC : Il y a déjà des tas de gens qui sont disponibles et qui ont fait des propositions là dedans..
FL : Oui, on peut imaginer qu'il y a des candidats...
JLC : ... des sociétés d'assurance, des organismes financiers, ...
FL : Mais alors l'idée, c'est que chacun gérerait son compte épargne temps comme on l'entend, c'est qu'on pourrait dire : je mets deux jours dans mon compte épargne temps pour me préparer une année sabbatique ou au contraire à la fin de l'année j'ai besoin d'argent, et je demande qu'on me paie ces jours que j'ai stockés en quelque sorte, que j'ai mis de côté, c'est ça l'idée ?
JLC : L'idée c'est ça, c'est basé sur le volontariat, on ne peut en aucun cas imposer aux gens de mettre des jours dans un compte épargne temps divers et variés. Sur la base du volontariat on met les jours qu'on a envie de mettre sur un compte épargne temps, ou on n'en met pas du tout si on n'a pas envie d'en mettre du tout. Et puis un an, deux ans, ou trois ans après, soit on décide de faire un voyage à l'autre bout du monde et de prendre une année sabbatique, soit on décide de se faire payer ces jours mis en épargne temps, soit on décide de les accumuler pour permettre de partir plus tôt à la retraite ou de racheter ses années d'études etc.
FL : Alors il y a un thème sur lequel vous partagez l'analyse, j'allais dire de vos confrères des grandes centrales syndicales, c'est celui des salaires, vous pensez en effet qu'il y a une revendication salariale qui monte ?
JLC : Je crois qu'il faut lâcher du lest sur les salaires, on ne peut pas continuer comme ça : tout le monde voit bien que la croissance a du mal à reprendre aujourd'hui.
FL : Vous êtes plus pessimiste que le ministre de l'économie là.
JLC : Oui tout à fait, parce que moi j'ai ce qui me remonte des entreprises, moi mes sections d'entreprises me disent : les carnets de commandes ne sont pas bons. Et donc la charge de travail n'est pas bonne.
FL : Donc c'est compliqué de faire une augmentation de salaire en même temps d'avoir de mauvais carnets de commandes.
JLC : Oui, mais si on veut relancer la machine. Attendez on nous a fait le coup : vous avez débloqué l'argent mis sur le compte épargne temps ou sur la prévoyance ou sur la participation etc. On fait anticiper un peu des déblocages pour donner un peu de mou à la consommation. Mais on dit : il faut une véritable négociation salariale pour redonner un peu de souffle à la consommation et tirer la croissance.
FL : Et est-ce que vous avez le sentiment que le profil des cadres a changé, parce qu'on a beaucoup dit, après le passage aux 35 heures qu'au fond les gens ils comptaient davantage aujourd'hui sur les loisirs, leur temps de loisir en gros, que le travail passé en entreprise, alors est ce que c'est l'effet des 35 heures, est ce que ce sont les cadres qui changent..
JLC : C'est un effet de génération beaucoup plus que les 35 heures : les jeunes générations sont beaucoup plus attachées à avoir en même temps la réussite de leur vie professionnelle et de leur vie familiale avec leurs conjoints, leurs enfants et qu'ils ne sont pas prêts à sacrifier l'un pour l'autre.
FL : Vous, vous intéressez aussi aux personnes âgées, si je puis dire, parce que vous gérez les caisses de retraite, vous vous êtes beaucoup battu sur les pensions de réversion, ça y est c'est un dossier sur lequel le gouvernement vous a entendu ?
JLC : Ca y est : c'est un dossier sur lequel on a obtenu totalement satisfaction avec l'appui du conseil d'orientation des retraites, le gouvernement est revenu totalement sur l'erreur qu'il avait commise en voulant taxer les pensions de réversion des veuves, donc maintenant on se retrouve exactement dans la situation précédente ce qui est quand même une excellente chose.
FL : Et quand vous négociez sur les RTT et tout ça, Raffarin vous écoute, vous entend, vous êtes bien accueilli ?
JLC : Il nous écoute, je ne suis pas sûr qu'il nous entende toujours.
FL : Ecoutez, c'est ce qu'on souhaite pour vous et les cadres.
(Source http://www.cfecgc.org, le 14 janvier 2005)
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Interview de M. Jean-Luc CAZETTES sur I Télévision le 14 janvier 2005 :
Jean-Jérome Bertolus : La CGC est le seul syndicat à ne pas avoir appelé à l'action du 5 février contre la proposition de loi sur les 35 heures. Ca veut dire que vous êtes d'accord avec cette proposition de loi ?
Jean-Luc Cazettes : D'accord, ça va un peu vite mais, en fait, nos mandants... C'est-à-dire essentiellement des cadres et des membres de l'encadrement, techniciens, agents de maîtrise, qui sont en forfait jour, nous disent très majoritairement que, dans la mesure où le problème des 35 heures est remis en cause, ils veulent du "fric" en contrepartie du temps. On a fait faire des enquêtes. A 80 %, la réponse, elle est celle-là. Si on remet en cause les formules actuelles, on veut pouvoir récupérer financièrement en échange du temps qui est perdu par ailleurs. Beaucoup, actuellement, de cadres ne peuvent pas prendre tous leurs jours de RTT parce que la charge de travail est telle qu'on ne leur laisse pas prendre ces jours et beaucoup d'entre eux également les prennent parce que, simplement, ils ont tant de jours et qu'il faut les prendre et que, à la limite, ils préfèreraient s'en faire payer une partie. Donc, nous, on a réagi, par rapport à ce texte, non pas d'une façon idéologique ou politique, mais tout simplement en fonction de ce que nous disaient les gens dans les entreprises et dans les branches professionnelles.
JJB : Mais, là, vous parlez presque de pouvoir d'achat. Or, par exemple, Force Ouvrière, qui s'associe, effectivement, à l'action du 5 février, elle, elle dit " On va y aller, notamment pour réclamer du pouvoir d'achat, un peu moins sur les 35 heures et plus sur le pouvoir d'achat ". Ca, c'est, effectivement, un mot d'ordre sur lequel vous pourriez vous associer.
JLC : On est tout à fait d'accord sur les histoires de pouvoir d'achat mais, moi, je veux bien que tout le monde fasse des grands moulinets avec les bras en disant "On va faire un truc sur le pouvoir d'achat, on va faire plier les patrons". Je constate que, malheureusement, ça ne se passe pas tout à fait comme ça et, là, si j'ai une formule qui permet tout de suite d'avoir un peu plus d'argent, un peu plus de pouvoir d'achat, je prends d'abord et je continue à revendiquer par ailleurs.
JJB : Alors, la proposition de loi sur les 35 heures a été déposée hier sur le bureau de l'Assemblée Nationale. Elle va commencer à être discutée en commission la semaine prochaine. Très simple, quatre articles. Il y a un article, effectivement, où les cadres peuvent racheter leurs jours de RTT mais, ça, est-ce que ça ne fait pas voler en éclats les 35 heures quand même ?
JLC : Alors, oui, il y a un point sur lequel, nous, on sera très attentif, que l'on développe le compte épargne temps, que l'on développe la possibilité d'épargne de ces jours de RTT non pris, quitte à les monétariser dans la foulée ensuite, mais d'organiser immédiatement un transfert entre le temps et le salaire, là, ça veut dire que, effectivement, on remet en cause les engagements du président de la République, on remet en cause les 35 heures et, là, on ne laissera pas faire.
JJB : Mais alors, qu'est-ce que vous souhaitez, vous, parce que c'est ça qu'il y a dans la proposition de loi telle qu'elle est aujourd'hui ? Effectivement, le compte épargne temps, on rachète les jours et on est payé 100 % d'une heure. Ca veut dire qu'on n'est pas payé comme une heure supplémentaire. Qu'est-ce que vous voulez, vous ?
JLC : Je dis que, simplement, la proposition de loi, pour l'instant, elle est à but un peu idéologique. D'ailleurs, il n'y a qu'à voir par qui elle a été posée. Elle n'est pas tellement en fonction, ni des besoins des entreprises, ni de ceux des salariés
JJB : Vous mettez en cause Hervé Novelli, là ?
JLC : Entre autres. Donc, nous, on va essayer d'en faire un outil, et pour les entreprises et pour les salariés et, nous, on demande à ce que, si l'argent est mis sur un compte épargne temps, ces jours de RTT qui ne sont pas pris soient abondés par l'entreprise.
JJB : Ca veut dire que le cadre rachète des journées de RTT et que, en plus, l'entreprise lui donne une espèce de "petite poire pour la soif" ?
JLC : Mais bien sûr. Pourquoi les cadres seraient-ils les seuls "cocus" de l'affaire ? Quand un salarié de base fait des heures supplémentaires, on les lui paie à 125 % et un cadre qui va faire des jours supplémentaires, on va lui dire " Non, non, vous, vous n'avez droit qu'à 100 % ". Il n'y a aucune raison qu'il y ait une catégorie sociale dans ce pays qui soit systématiquement matraquée.
JJB : Et, là, vous demandez à ce que l'entreprise abonde donc à hauteur de 125 % ?
JLC : Alors, ça, ça sera la négociation d'entreprise, de branche. Nous, on n'est pas excessif, on demande simplement que, dans le texte, on prévoit la négociation sur cet abondement de façon à ce qu'il n'y ait pas deux catégories de Français, ceux qui ont tous les droits et ceux qui ont tous les devoirs.
JJB : Il va y avoir des accords au niveau des entreprises ou au niveau des branches. Vous, vous souhaitez que ça soit mis explicitement que l'entreprise dans ces accords doit abonder ?
JLC : Il n'y a pas marqué dans le texte de loi qu'il y a des accords d'abondement. Moi, je veux que, dans la loi, il y ait le principe de l'abondement. Je ne demande pas un taux. Qu'il y ait un principe d'abondement pour les jours qui seront mis en compte épargne. Ensuite, la négociation de branche ou d'entreprise fait que ce principe sera 10 %, 15 %, 25 % Voilà, c'est la négo, c'est le rapport de force, ce sont des situations qui ne sont pas les mêmes dans le secteur industriel, dans le secteur des services, etc.
JJB : Et vous allez rencontrer les auteurs de la proposition de loi, les quatre mousquetaires, pour leur parler, effectivement, de cette disposition ?
JLC : Oui, je pense qu'on les rencontre, je n'ai plus la date exacte mais c'est la semaine prochaine, de la même façon qu'on continue les contacts avec le ministère, avec le Premier ministre, parce que c'est une affaire importante.
JJB : C'est une ligne blanche, pour vous, l'abondement, effectivement, de l'entreprise sur ces RTT ? Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que si, effectivement, le gouvernement ou l'Assemblée n'exaucent pas votre souhait, vous pourriez vous retrouver avec les autres syndicats dans la rue, le 5 février ?
JLC : Tout à fait. Ca veut dire simplement que si le gouvernement continue à prendre les cadres pour les éternels battus de toutes les avancées sociales, s'il continue à ne pas prendre en compte les besoins spécifiques des cadres, c'est clair qu'on rejoindra, à ce moment-là, une contestation globale et systématique des aménagements qui pourront être faits.
JJB : Oui, alors, là, le message est assez fort. En même temps, le compte épargne temps, là, dont on parle maintenant, il est très peu présent dans les entreprises. On estime que seulement 15 % des entreprises ont un compte épargne temps.
JLC : Oui, c'est pour ça qu'on demande : un, une simplification parce que c'est vrai que c'est très compliqué, et, deux, de développer l'externalisation du compte épargne temps. Ca veut dire que ce n'est plus l'entreprise qui gère le compte épargne temps, qu'il y a des entreprises spécialisées, banques, assurances, etc, qui le font et qu'il y ait un accord, d'entreprise ou de branche, qui dit " On va transférer tout ça sur un organisme extérieur ". Premièrement, pour l'entreprise, ça simplifie la gestion. Il n'y a pas à faire des provisions, il n'y a pas à avoir un service spécialisé. Pour le salarié, ça lui garantit que si son entreprise se casse la figure, il continuera quand même à conserver ses jours de RTT dans son compte épargne temps et, en même temps que s'il change d'entreprise, il peut parfaitement le faire sans être pénalisé. Donc, avantages pour tout le monde. Globalisation et, en particulier, pour le monde des PME qui, quand on parle d'épargne temps, est frileux et je comprends parce que c'est très compliqué. Donc, je pense que, sur cette base-là, on peut, effectivement, développer très largement un compte épargne temps qui ne soit pas forcément dans l'entreprise.
JJB : Et, là aussi, donc nouvel amendement sur les quatre articles de la proposition de loi ?
JLC : Tout à fait. Moi, je veux bien que les députés aient des idées mais au moins qu'ils confrontent ces idées avec les réalités que, nous, on ressent sur le terrain.
JJB : Et est-ce que vous pensez que, effectivement, ces opportunités d'assouplissement des 35 heures, ça va vraiment changer les choses, notamment dans les grandes entreprises où vous êtes très développés ? Est-ce que vous pensez que les entreprises vont se saisir de ces opportunités ?
JLC : Non, malheureusement, je dirais " malheureusement ". Pourquoi ? Parce qu'on augmente les heures supplémentaires, la possibilité de racheter des jours de RTT, etc. Si les carnets de commandes dans les entreprises faisaient que tout le monde soit obligé de faire des heures supplémentaires, de faire des jours supplémentaires, etc, je trouve que ça serait très bon pour l'entreprise, pour la croissance et pour la société. Malheureusement, au delà des grandes déclarations d'intention à contours beaucoup plus idéologiques qu'autre chose, moi, je vois, dans les entreprises, qu'elles soient grandes, qu'elles soient petites, qu'il y a, actuellement, des charges de travail insuffisantes. Alors, on a beau dire on va travailler davantage, si on n'a pas de boulot, si les carnets de commandes sont vides, je ne vois pas très bien ce que les entreprises vont en faire.
JJB : Donc, on va avoir une proposition de loi, on va avoir un grand débat, vous rentrez vous-même tout de suite dans le débat mais, finalement, tout ça, c'est un peu théorique ?
JLC : Tout à fait. C'est ce que j'avais dit dès le départ aux propositions de Jean-Pierre Raffarin. Malheureusement, aujourd'hui, compte tenu de la situation économique, tout ça est très théorique.
JJB : Une toute dernière question : est-ce que vous n'avez pas peur d'isoler un petit peu la CGC ? La semaine prochaine, c'est une semaine sociale assez chargée. Il va y avoir un certain nombre de manifestations et de grèves. Ensuite, le 5 février. Aujourd'hui, vous êtes un peu isolé par rapport à toutes les autres centrales syndicales.
JLC : Vous savez, si toutes les centrales syndicales étaient d'accord, il n'y en aurait plus qu'une, déjà. Premier point. Deuxièmement, moi, je ne vois pas, je représente une catégorie spécifique de la population. On s'exprime en fonction des besoins qui nous remontent des entreprises et, nous, on ne fait surtout pas du syndicalisme pour prendre des revanches, idéologiques ou politiques, "sur Pierre, Paul ou Jacques".
(Source http://www.cfecgc.org, le 18 janvier 2005)
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Interview de M. Jean-Luc CAZETTES dans La Croix le 14 janvier 2005 :
"Nous ne faisons pas du tout la même analyse que les autres confédérations sur ces nouveaux assouplissements. La plupart des cadres nous le disent, ils ont une charge de travail telle qu'actuellement ils perdent des jours ou bien ils sont contraints de les prendre alors qu'ils n'en ont pas réellement besoin. Ils préfèrent donc pouvoir les placer ou se les faire racheter. Je ne suis pas persuadé d'ailleurs que les employés ne profitent pas non plus de cette réforme car tout ce qui peut leur permettre de travailler plus et de mettre du beurre dans les épinards est bon à prendre. Je pense que cette réforme va dans le bon sens, celui de donner plus de pouvoir d'achat aux salariés et c'est une bonne chose. Ce qui ne veut pas dire que nous mettrons pour autant nos revendications salariales dans notre poche.
Il n'y a donc aucune raison que, pour des raisons idéologiques et politiques de défense des 35 heures, la CFE-CGC s'associe à cette journée d'action. C'est vrai, je défends des intérêts qui ne sont pas forcément ceux de tout le monde. Ce n'est pas pour autant que je contribue à affaiblir le mouvement syndical, il n'a pas besoin de moi pour cela. Le spectacle que donnent actuellement les leaders des grandes centrales et les mots d'ordre pour le moins divergents de cette journée d'action du 5 février suffisent à nuire à leur crédibilité. D'ailleurs, le fait de ne pas organiser une manifestation à Paris témoigne bien de leurs difficultés à mobiliser sur cette question.
C'est vrai que la réforme vise par le biais d'assouplissements à remettre en cause les 35 heures. Mais il faut voir que les 35 heures ont coûté cher aux salariés. D'abord en raison d'une modération salariale subie pendant plusieurs années. Ensuite par l'abandon à la référence de la durée maximale du travail quotidien qui était de dix heures par jour. Or, peu d'emplois ont été réellement créés et, en contrepartie, la charge de travail des cadres a augmenté. Concrètement nous souhaitons qu'ils puissent placer leurs jours sur un compte épargne temps. C'est la pierre angulaire de cette réforme. Pour les inciter à les convertir en épargne nous demandons qu'ils soient abondes par l'entreprise. Par ailleurs, pour les cadres au forfait jours, ils pourront se les faire racheter. C'était leur souhait. C'est vrai qu'ils ne représentent pour l'instant que 15 à 20% des cadres mais leur nombre est appelé à croître."
(Source http://www.cfecgc.org, le 24 janvier 2005)