Entretien de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée aux affaires européennes, à France inter le 16 juillet 2004, sur la ratification de la Constitution européenne par référendum précédée par une campagne d'information.

Texte intégral

Q - Claudie Haigneré, bonjour. Vous êtes ministre déléguée aux Affaires européennes. Quels sont, selon vous, les enjeux de ce référendum pour le gouvernement, pour la France et plus généralement pour l'Europe ? Que se passera-t-il si le référendum est rejeté ?
R - Tout d'abord, je souhaiterais souligner que je me réjouis du choix du président de la République. Je m'en réjouis, parce que le choix de la voie référendaire pour la ratification du texte va créer toutes les conditions pour un grand débat sur la Constitution, et plus généralement sur l'Europe, la place de la France en Europe, de l'Europe dans le monde.
Q - C'est une campagne qui risque de durer un an, pratiquement ?
R - Nous allons démarrer la campagne rapidement, à compter de la signature du traité constitutionnel, le 29 octobre, à Rome. Dès lors, avec Michel Barnier, nous allons travailler de concert à susciter un débat véritablement européen. Vous évoquiez tout à l'heure la nécessité de mobiliser, autour de ce débat, un grand nombre d'États membres, afin de créer une dynamique du "oui" en vue de la ratification de ce traité ; c'est effectivement ce que nous essaierons de faire. Le débat que nous voulons mettre en place autour des enjeux de ce texte et de sa ratification doit être utile, pédagogique, et également pluraliste et contradictoire. Contradictoire, c'est important, parce qu'il faut que chacun puisse s'exprimer sur ce texte. Nous allons essayer de répondre le plus vite possible aux interrogations des Français. En outre, nos auditeurs peuvent déjà consulter le site www.europe.gouv.fr ; ils trouveront en ligne le texte du traité constitutionnel, ainsi qu'un petit document pédagogique pour en expliquer les points clés.
Q - Un document qui sera distribué dans les boites aux lettres de chaque électeur ?
R - Une brochure explicative analogue à celle qui figure sur le site sera effectivement distribuée aux Français. D'ici là, les auditeurs qui sont intéressés par ce débat peuvent déjà consulter, en ligne, le texte du traité et la notice explicative qui l'accompagne. Pour mieux adhérer, il faut comprendre et connaître. Notre tâche consiste à expliquer ce texte, à adopter une démarche pédagogique et constructive. Pour cela, dès le lancement du débat, nous ferons appel à de grands témoins européens, qu'ils soient Français ou citoyens d'autres États membres de l'Union européenne, pour expliquer les véritables enjeux du traité. En France tout particulièrement, il nous faudra être attentif à la qualité de ce débat.
Q - Pensez-vous que cette Constitution et ce référendum vont rendre l'Europe plus proche des citoyens ?
R - Le traité constitutionnel dont nous disposons aujourd'hui a été conçu à cette fin. Il répond à cet objectif d'une Europe plus efficace, plus simple, plus légitime, plus démocratique, donc mieux comprise et acceptée par les citoyens. Il est certain que sur certains aspects de ce texte, nous aurions souhaité aller plus loin ; mais il faut souligner que ce traité, ainsi accepté par les vingt-cinq États membres de l'Union européenne, constitue une étape forte, historique de la construction européenne. Il faut maintenant concrétiser cette adhésion politique par une adhésion populaire, démocratique, celle de tous les citoyens de l'Union au traité. Ce sera le propos de ce débat. C'est en quoi le choix du référendum est important, car il garantit les conditions d'un dialogue ouvert à chaque citoyen.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 juillet 2004)