Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur l'évolution de la pensée politique et de la philosophie de Raymond Aron, les défis rencontrés par le libéralisme dans le monde, le modèle social européen, le 11 mars 2005.

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Circonstance : Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, au colloque sur "La démocratie du XXIème siècle" à l'occasion du centenaire de la naissance de Raymond Aron, Paris le 11 mars 2005

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Texte intégral

Monsieur le Président de la société des Amis de Raymond Aron,
Madame Schnapper,
Mesdames et messieurs,
Je suis particulièrement heureux d'être avec vous aujourd'hui pour célébrer le centenaire de la naissance d'un des plus grands penseurs du XXe siècle qui fut aussi l'un des très rares à ne pas s'être globalement trompé dans ses analyses et ses engagements.
J'ai été élevé, formé, en lisant Aron, en l'écoutant. R. Aron était à la fois dans et au-dessus de la société, à la fois en commentant les prochaines élections mais aussi en écrivant pour les prochaines générations.
Raymond Aron était d'ailleurs à la fin des années 60 au programme des classes préparatoires à l'enseignement supérieur commercial.
Je regrette en France le dialogue insuffisamment fourni entre les responsables politiques et les intellectuels. Il reste des cicatrices du siècle des aveuglements, des incompréhensions.
Alain Besançon a été sévère : "la classe intellectuelle française" n'a guère de raison d'être fière de ses engouements au 20ème siècle.
Raymond Aron apparaît aujourd'hui comme un philosophe de l'histoire. Le temps confirme le sens. Il échappe ainsi aux insuffisances collectives de son époque.
Il y a aussi l'homme, "le spectateur engagé" qui a toujours tenu à réunir ces deux termes : pas seulement spectateur ou commentateur mais aussi engagé. En un mot : responsable. Je veux ici témoigner de mon respect pour cet homme qui, toujours, a posé la question qui est la question du responsable politique : non pas "que faut-il faire ?" mais "que peut-on faire ?".
L'intellectuel pratique, celui qui échangeait avec Kissinger qui trouvait en lui non pas un spécialiste des relations internationales mais un penseur pour l'action. Mais, j'affectionne aussi le philosophe, penseur de l'humanisme libéral, celui qui a su aller au-delà du marxisme et du scientisme, en pensant le pragmatisme avec les valeurs de liberté, de courage et de modération. Dans son temps les politiques l'ont davantage lu qu'écouté ou suivi.

I - L'hommage à Raymond Aron
Je trouve en Raymond Aron les qualités qui fondent l'humanisme dont a besoin notre temps.
Le courage
Le courage d'abord.
Raymond Aron, c'est celui qui a eu le courage d'avoir raison quand c'était plus doux d'avoir tort.
Beaucoup d'intellectuels français se sont contentés d'un rôle, après la guerre : celui de la critique.
Critique contre l'Occident qui avait engendré le nazisme et le colonialisme. Critique contre l'État forcément suspect d'avoir toléré ces phénomènes. Et très souvent, ils ont trouvé dans le marxisme son matérialisme et son déterminisme, le support idéologique de cette critique.
Aron a fait le choix inverse : il a refusé d'être le porte-parole d'une critique radicale de l'Occident.
Il a préféré se mettre au ban d'une communauté intellectuelle qui, pour être critique, se devait d'être "de gauche". Il a assumé l'héritage des Lumières et de tous les grands penseurs de notre modernité politique. Je pense notamment à Tocqueville et Max Weber.
Aron n'a pas fait ainsi le choix d'un camp : son opposition à la guerre d'Algérie fut elle aussi très courageuse et elle ne correspondait pas à l'idée que l'on se faisait alors d'un "homme de droite".
Il a préféré critiquer en raisonnant les situations. C'est comme cela que j'interprète la fameuse phrase : "mieux vaut avoir tort avec Sartre qu'avoir raison avec Aron". Avoir raison avec Aron, c'est se placer du côté de la raison, du côté de la réalité, du côté de la responsabilité. En un mot du côté de la liberté.
Aron est l'un des premiers à avoir compris que la philosophie devait sortir de sa propre histoire, qu'elle devait interpréter le monde et participer aux grands combats du siècle, contre les totalitarismes. Il a traduit en actes cette compréhension. L'interprétation participe de la transformation du monde, contrairement à ce que disait Marx.
Je constate aujourd'hui, avec satisfaction, qu'une majorité d'intellectuels préfère avoir raison avec Aron que tort avec Sartre. Sa lucidité est reconnue.
Mais la question qui nous intéresse aujourd'hui est aussi de savoir ce que les responsables politiques ont retenu des préceptes de Raymond Aron.
Le courage aujourd'hui c'est la réforme.
La responsabilité c'est la lucidité.
La réforme des retraites, celle de la santé, le financement de la dépendance par le travail, l'assouplissement des 35 heures, le non paiement des jours de grève...
Les réformes, à leur début, sont génératrices de mécontentement. Notre histoire sociale nous montre que la limite du mécontentement, c'est la colère.
La lucidité politique conduit à l'équilibre entre l'écoute et de la détermination.
Le courage est autant dans l'écoute que dans la détermination. Je montrerai dans les jours prochains, concrètement, que je sais mettre en pratique l'une et l'autre.
Permettez-moi cette liberté d'expression en faveur du gouvernement. Mais d'une part, si je ne le fais pas moi-même qui le fera ? Et d'autre part, depuis que Dominique Wolton a écrit que : "les aroniens manquent de modestie", je ne me sens pas étranger à votre communauté. Dans Le Spectateur engagé, Aron dit : "C'est chez Max Weber que j'ai trouvé ce que je cherchais, un homme qui avait à la fois l'expérience de l'histoire, la compréhension de la politique, la volonté de vérité et au point d'arrivée la décision et l'action. Or la volonté de saisir la vérité, la réalité d'un côté, et de l'autre côté agir, ce sont, me semble-t-il, les deux impératifs auxquels j'ai essayé d'obéir toute ma vie".
On critique beaucoup les hommes politiques. Mais, quand je lis cela, je vois un hommage à l'engagement publique : l'expérience, la compréhension, la recherche de vérité, la décision et l'action.
Et quand Raymond Aron écrit un peu plus loin : "Toute ma vie en tant que journaliste, je me suis posé la question : qu'est-ce que je ferais à la place des ministres ?", je me dis avec nostalgie : "pourquoi n'est-il plus là ?" La question du responsable politique, je le disais en introduction, ce n'est pas tant : "quoi" ? Que le "comment" ?
J'entends trop autour de moi des donneurs de leçons, un peu d'arrogance et beaucoup d'impuissance. Le problème des critiqueurs qui se prennent pour des critiques est d'ignorer la réalité du pays.
Et parfois même ils se retranchent derrière Aron, notamment à partir de ses derniers messages dont le pessimisme, pour eux, légitime "le déclinisme".
La politique, ce n'est pas la victoire des uns contre les autres. La politique, ce n'est pas le clientélisme, le lobbying ou l'illusion révolutionnaire.
Aron exprimait les limites de l'utopie en la caractérisant comme "un exercice de pensée".
Pour moi, la politique, c'est pour reprendre la définition d'Aristote, "la recherche du bien commun", la recherche du bonheur de ceux qui vivent ensemble, plutôt que l'affrontement cher à Carl Schmitt entre "amis" et "ennemis".
C'est parce que j'ai cette conception de la politique que je me pose la question du comment ? Un homme politique, ce n'est pas celui qui décrit ce qu'il faut faire, c'est celui qui y arrive.

La juste mesure
J'apprécie beaucoup en Raymond Aron, vous le comprendrez, sa modération, son goût pour la juste mesure.
Certains apprécient beaucoup les projets globalisants, les grandes théories, les systèmes de prêt à penser.
Moi, je m'en méfie.
Le matérialisme historique, le messianisme politique, la critique récurrente contre tous les pouvoirs, l'appel à la passion plutôt qu'à la raison... : portés par un esprit fin et charmeur comme celui de Sartre, cela pouvait conquérir les foules, sans d'ailleurs remettre en cause l'affection qu'Aron avait pour Sartre.
Et pourtant, que de "mains sales" au nom de la révolution et du matérialisme !
Aron disait dans ses Mémoires : "Les démocraties modernes n'ignorent ni la liberté de choix, ni la liberté de capacité, l'une assurée par la limitation de l'État, l'autre par les lois sociales. En leurs meilleurs moments, les sociétés occidentales me paraissent accomplir un compromis exemplaire".
Je suis un partisan de ce " compromis exemplaire " que je définis aujourd'hui comme un humanisme. C'est une pensée pragmatique, fondée plus sur des valeurs que sur un système et d'abord sur la liberté qu'Aron a interprétée, dans la suite de Tocqueville, dans ses tiraillements avec l'égalité. Je regrette beaucoup, je vous le dis, que face au matérialisme historique, les responsables politiques aient choisi d'opposer la pensée technicienne plutôt que la pensée fondée sur l'homme et sur les valeurs qu'avaient renouvelées en leur temps Mounier et Sangnier. Aron incarnait cette pensée d'équilibre, pragmatique, qui ne recherchait pas l'emphase ou le système totalisant mais l'amélioration concrète des situations.
A relire l'Express avant les législatives de 1978 je mesure combien Aron aurait été favorable à l'exercice actuel de la relation Elysée-Matignon tant il critiquait toute perspective de cohabitation.
Les leaders politiques contemporains d'Aron ont voulu répondre au système idéologique du matérialisme et de ses dérivés en effaçant la pensée devant la technique, en réduisant l'idée libérale à un "économisme tempéré", en abandonnant l'humanisme à tous les vents en s'opposant si peu à ce que l'existentialisme soit affiché comme un humanisme.
Aron, en se démarquant de l'esprit de système, initie l'humanisme du XXIe, siècle celui qui trouve sa force non pas dans la théorisation d'un système, ni dans une technocratie éclairée mais dans la recherche d'une cohérence entre les valeurs, les convictions et l'action.
L'homme libre
Mais, peut-être faut-il chercher l'explication de cette situation dans ce que Aron avait de plus cher, sa liberté. Aron, c'était un homme libre.
A la question, "quelles sont les valeurs auxquelles vous tenez le plus ?", il répondait : "Vérité et liberté, les deux notions étant pour moi indissociées. L'amour de la vérité et l'horreur du mensonge, je crois que c'est ce qu'il y a de plus profond dans ma manière de penser".
Cet amour de la vérité se traduisait par une forme d'insoumission. Je me souviens avoir lu quelque part qu'après avoir été reçu par Georges Pompidou, il avait écrit un article très sévère sur lui, ce qui avait amené le Président Pompidou à dire : "qu'on ne pourrait jamais compter sur Aron".
"J'ai réussi à être fâché avec tous les hommes de pouvoir, à une exception : Giscard" répondait-il.
L'indépendance a ses exigences.
Je me retrouve dans ce goût de la liberté. C'est un bien inestimable pour un responsable politique. Avoir la liberté de dire non, avoir la liberté de refuser une décision. Cette liberté s'acquiert par la force inébranlable des valeurs. Je ne crois pas, contrairement à certains, que, pour reprendre une formule de Aron, "il y ait les mauvais assassins et les bons".
Je refuse le deux poids deux mesures et le "sinistrisme" qui envahit souvent une certaine pensée française, qui pardonne à la gauche et condamne la droite.
Cette liberté s'acquiert aussi par le désintéressement personnel et la "la fidélité, cette forme de l'honneur", chère à André Froissard.
Les leçons de liberté de Raymond Aron sont toujours d'une grande fraîcheur dans notre actualité, notamment à propos de l'intégration : "je pense que chaque juif est libre de se choisir lui-même, je me suis choisi une fois pour toute comme Français".
II. La pensée politique de Aron et son évolution
Faire évoluer notre doctrine politique
Mesdames et messieurs,
Aujourd'hui, je regrette que peu de responsables politiques tirent parti des leçons de Aron et qu'ils craignent de se situer dans son sillage. Je n'ai pas ces craintes.
Dans un monde à la recherche de repères et soumis aux coups de boutoirs des sectarismes et des intégrismes, la volonté de donner plus de liberté à chacun, la recherche d'une plus grande prospérité pour un pays constitue pour moi un objectif digne d'être poursuivi.
Aujourd'hui, à sa suite, un certain nombre de penseurs essayent de construire un nouvel humanisme, éloigné de l'esprit de système, fondé sur la recherche toujours exigeante du bonheur de l'homme par le pragmatisme, au-delà de la technique, au-delà de l'ultra-libéralisme destructeur et au-delà bien sûr des idéologies telles que les définit Althusser, des systèmes dans lesquels "les réponses arrivent avant les questions".
Cet humanisme est fondé sur le désir de construire une société des libertés fondée sur le respect des Droits de l'homme. C'est le chemin que l'Europe a choisi depuis plus de cinquante ans quand d'autres se compromettaient avec des régimes qui ne respectaient pas la dignité de la personne humaine.
Aujourd'hui, alors que l'Europe est en voie d'unification et qu'elle a placé son modèle social au centre de ses valeurs, je ne cesse de m'étonner que les plus ardents de ses opposants soient aussi ceux qui refusent à l'Europe son label social.
Quel est donc ce pays ou cette région du monde qui pourrait nous servir de modèle sur le plan social ? Quel est le modèle politique qui a obtenu des résultats plus convaincants que la démocratie libérale et sociale qui fait notre fierté en Europe ?
C'est José Luis ZAPATERO récemment à l'Assemblée nationale qui rappelait qu'aucune autre région du monde ne pouvait se prévaloir d'un tel modèle social.
Je ne dis pas que nous vivons dans un pays où tout va bien, où toutes les difficultés ont été réglées mais je ne peux accepter que le déclinisme le dispute aux partisans d'un "autre monde" pour promouvoir un néo nihilisme qui est le contraire de l'action politique de progrès.
Mais, pour autant, ce n'est pas parce que nous avons fait de bons choix que nous ne devons pas réfléchir à l'évolution de notre modèle politique. Car si le libéralisme se conçoit comme un juste équilibre, de nouveaux défis se présentent à lui.
On peut penser au défi de la démographie qui fait que la population de l'Occident devient de plus en plus réduite par rapport à la population mondiale mais aussi au défi de l'avenir de l'environnement qui nous oblige dès aujourd'hui à repenser nos modes de vie et nos processus de production économique. Le développement durable s'impose en urgence.
Pour répondre à de tels défis, il nous faut accepter de remettre en cause à la fois notre perception du monde et notre façon même d'agir pour nous adapter aux nouvelles réalités de ce siècle.
Personne ne peut accepter que la pauvreté dans le monde demeure aussi élevée et les fléaux aussi répandus. C'est le sens de la récente initiative du Président de la République pour une augmentation des ressources mondiales d'aide au développement.
Personne ne peut accepter que le niveau de vie des populations d'aujourd'hui soit obtenu au détriment de celui des générations futures. Pour la première fois en France depuis très longtemps, la dépense publique n'a pas augmenté depuis 2002 en euros constants.
Personne enfin ne peut tolérer des modes de production qui mettent en péril la vie future. Il ne saurait en effet y avoir de liberté pour les autres au détriment de la vie des autres.
C'est pour cela qu'à l'initiative de Jacques Chirac, nous avons élevé au niveau de la Déclaration des droits de l'homme et de la déclaration de 1946 sur les droits sociaux la Charte de l'environnement qui a aujourd'hui une valeur constitutionnelle.
Je crois que l'humanisme d'aujourd'hui doit affronter un certain nombre de questions nouvelles.
Je pense comme Luc Ferry que la sphère privée, plus ouverte aux valeurs qu'au système, peut être la source d'une nouvelle pensée.
Une doctrine en actions
Mais, à côtés de ces évolutions théoriques, il faut aussi penser des actions concrètes.
Raymond ARON a été le grand penseur de notre démocratie moderne.
Nous partageons tous ici j'imagine sa conviction que "la démocratie est de beaucoup [le régime] le moins imparfait, parce que c'est celui qui limite le plus la capacité d'action des gouvernants" et que "le pouvoir démocratique étant le plus faible et le plus limité, c'est celui qui corrompt le moins et qui commet le moins d'excès".
L'ambition de tout gouvernement démocratique doit donc être de défendre et d'étendre la liberté.
Pour faire vivre ces principes, je pense qu'il appartient d'abord aux démocrates de conforter les institutions et de les améliorer.
Pour moi qui accepte aussi le qualificatif de modéré, il m'a toujours semblé que le partage des pouvoirs était une ardente nécessité.
C'est dans cet esprit que j'ai souhaité conduire dès mon arrivée à Matignon une grande réforme de décentralisation pour libérer le pouvoir d'initiative dans notre pays. Aujourd'hui, les collectivités locales voient leurs compétences mieux reconnues et garanties par la Constitution.
Avec la décentralisation, la France conforte sa démocratie. Progressivement dans les dix ans à venir " l'organisation décentralisée de la République " nous aura permis de réussir la réforme de l'Etat.
Mais au-delà de la sphère politique, notre démocratie a aussi une dimension économique et sociale qu'il faut aussi faire évoluer.
Depuis 1986 et la politique de privatisations, un effort important a été mené pour mieux définir le champ d'intervention de la puissance publique. Mais ce que l'on peut regretter, c'est qu'aucune réflexion globale n'ait été menée sur la taille optimale et les frontières de l'État, c'est-à-dire en fait sur la distinction qui doit être opérée entre le public et le privé.
Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui s'accordent sur le fait que l'État n'a plus vocation à demeurer un producteur de biens (automobiles, acier...) ou de certains services (polices d'assurances, prêts bancaires...). Mais cela ne doit pas signifier pour autant que l'État doit se désintéresser de l'avenir industriel de notre pays et du sort de nos fleurons : c'est pour cela que mon gouvernement a refusé de laisser le destin de grandes entreprises comme Alstom et Aventis dépendre d'aléas contraires à l'intérêt de notre pays et des salariés. La concurrence est une méthode, pas une doctrine absolue.
Une nouvelle répartition des rôles est encore à inventer qui permette à l'État d'accompagner les initiatives privées et de préparer l'avenir en investissant dans les savoirs et la recherche et en favorisant l'émergence de champions de taille européenne et mondiale.
A l'inverse de la sphère économique où l'État n'est plus un acteur dominant, depuis 1995 et la constitutionnalisation des lois de financement de la sécurité sociale, la sécurité sociale a été inscrite au cur de notre pacte social, ce qui a permis de réaffirmer l'importance de la solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle dans notre conception de la vie en société.
C'est la force de conviction de ce principe qui nous a permis de réformer notre système de retraites et plus récemment l'assurance maladie.
Mais pour autant, si la sécurité sociale reste le pivot de notre système de protection sociale, l'utilité de l'intervention dans ce domaine d'autres acteurs est aujourd'hui reconnue.
Dans bien des cas, nos concitoyens souhaitent avoir le choix entre différents prestataires, publics ou privés. Parfois, c'est l'existence d'une offre diversifiée qui permet d'assurer la continuité des soins et donc la pérennité du service public. Là encore, plutôt que l'idéologie, c'est l'intérêt général qui doit primer.
Le rôle du gouvernement consiste davantage à répondre aux besoins des Français qu'à suivre à la lettre un quelconque " petit livre " étatiste ou libéral. Comme le disait Tony Blair, la bonne politique, c'est celle qui avance. J'ajouterai, c'est celle qui avance et donne le plus de libertés aux Français.
Il nous reste du travail à faire pour convaincre que la liberté n'est pas l'adversaire de la protection.
Monsieur le Président,
Madame Schnapper,
Mesdames et messieurs,
Je voudrais finir mon propos en hommage à Raymond Aron par quelques mots sur l'Europe.
Raymond Aron était un grand européen, peut-être un peu pessimiste à la fin de sa vie, du temps du Plaidoyer pour une Europe décadente mais un grand Européen.
Le 29 mai, le Président de la République posera aux Français une question essentielle pour l'avenir de l'Europe comme de la France. Une question qui nous concerne tous : quelle Europe voulons-nous ?
Le traité constitutionnel n'est pas parfait, probablement. Mais, un traité, c'est un compromis. On peut critiquer un compromis, le trouver pas assez audacieux. On ne peut le refuser sous peine de se retrouver dans la situation antérieure qui, tout le monde le sait, n'est pas praticable à vingt-cinq. Avec comme conséquence, l'affaissement de la France.
Dans Paix et Guerre entre les nations, Raymond Aron écrit : "l'humanité peut-elle poursuivre son aventure si elle continue de vivre dispersée entre Etats souverains". Le sujet est bien celui de "la poursuite de l'aventure de l'humanité".
Le projet européen trouve peut-être ici le second souffle qu'il doit chercher pour le XXIe siècle. Parce qu'elle est la victoire sur la guerre, l'Europe doit signifier la paix dans le monde. La paix pour les Etats, c'est aussi la liberté pour les peuples.
En prenant en charge le combat pour la survie de l'humanité, au nom de ses valeurs, l'Europe peut proposer à la planète la "paix entre les Nations".
(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 14 mars 2005)