Interview de M. Thierry Breton, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, à RTL le 18 novembre 2005, sur le montant des souscriptions au capital d'EDF et sur la prévision du déficit budgétaire de la France pour 2006.

Texte intégral

Q- Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Thierry Breton.
R- Thierry Breton : Bonjour.
Q- Pouvez-vous nous dire, ce vendredi matin, sur RTL, à 7h 50 minutes 30 secondes, combien de français ont acheté des actions E.D.F ?
R- Oui, Jean-Michel Aphatie : je peux le dire !
Q- Alors, on vous écoute !
R- Car, depuis hier soir, effectivement, vous savez que cette souscription est close. Donc, les services ont travaillé toute la nuit. Nous avons donc, maintenant, les chiffres à peu près définitifs. Ce sont plus de 4.850.000 français qui ont souscrit à l'offre d'E.D.F : ce qui est un record battu toutes catégories.
Ce qui veut donc dire, Jean-Michel Aphatie, qu'avec les salariés qui sont en train de souscrire aussi et les anciens salariés, nous pensons, qu'effectivement, ce seront plus de 5 millions de français qui vont être propriétaires, aujourd'hui, d'une partie du capital d'E.D.F. C'est un très grand succès populaire. Evidemment, cela réjouit le gouvernement et le ministre que je suis, vous en êtes bien conscient.
Q- Cela vous donne le sourire, j'en témoigne. Combien chaque action coûtera-t-elle à ceux qui ont souscrit à ce capital d'E.D.F ?
R- Alors, maintenant, c'est la deuxième information que je veux vous dire, ce matin. Vous savez que sur l'évaluation, et je le redis je ne veux pas faire attendre trop longtemps nos auditeurs mais je le redis parce que c'est l'occasion pour moi de refaire un peu de pédagogie, nous avons une Commission qui est l'ex-Commission des Privatisations, qui s'appelle aujourd'hui la Commission des Participations et Transferts et qui est chargée de veiller que, lorsque l'Etat cède des titres d'une entreprise qui appartient à l'Etat, et bien, ceux-ci se font dans l'intérêt des contribuables, c'est-à-dire qu'il met un montant minimum, en- deçà duquel on ne peut pas céder.
Ce montant a été arrêté à 33 euros. Et donc, moi, j'ai la possibilité de mettre un montant supérieur. J'ai décidé de retenir exactement le chiffre que m'a donné la Commission des Participations et Transferts, c'est-à-dire : 33 euros, ce qui veut dire que, pour les particuliers, ce sera donc 1 euro de moins, soit 32 euros.
Q- 32 euros : cela correspondait aux prévisions. 32 euros pour chaque particulier ?
R- 32 euros pour chaque particulier !
Q- 5 millions de souscripteurs !
R- Voilà. Donc, on est exactement dans le montant que nous attendions puisque nous attendions 7 milliards d'euros en augmentation de capital. Donc, nous allons donc obtenir ce maximum de 7 milliards d'euros pour l'entreprise. Je le redis : c'est pour l'entreprise, c'est pour l'avenir des français.
Q- Et ces souscripteurs-là, privés, représenteront quelle part du capital d'E.D.F ?
R- Alors, c'est la troisième information que je donne, ce matin. Parce qu'effectivement, devant ce succès populaire, encore une fois, qui est sans connaissance : c'est la première fois que nous avons un tel montant d'actionnaires qui se sont portés sur une entreprise. Nous avons donc décidé d'augmenter la part qui était réservée, qui leur était réservée, ce qui fait que je proposerai au Conseil d'Administration d'E.D.F, qui va se tenir cet après-midi, de passer la part qui était normalement de 35% à 60% pour les petits actionnaires. Ce qui fait que, dans l'augmentation de capital : 60% sera réservée aux petits actionnaires et non plus 35 ; et 40% pour les institutionnels qui sont venus, également, en masse.
Q- On disait qu'ils avaient boudé un peu. Qu'ils avaient trouvé l'action un peu chère.
R- Comme d'habitude, ils viennent à la fin et ils sont venus à la fin. Et le livre d'ordres, du reste, a été largement sursouscrit également pour les grands investisseurs, qui sont aussi beaucoup venus de l'étranger. Donc, globalement, en résumé : un grand succès pour l'entreprise, je dirais, pour la France et puis aussi, parce que cela démontre qu'il y a, en France, une vraie volonté d'actionnariat populaire, et je rappelle que c'est dans cet esprit que le gouvernement a décidé de proposer, dans le projet de loi de finances rectificatives, une loi qui permettra aux détenteurs d'actions pour éviter les spéculations : on ne veut pas que ces actionnaires soient des spéculateurs. On veut qu'ils s'investissent dans le long terme. C'est une mesure de patriotisme économique, pour renforcer le capital à long terme de nos entreprises. Nous avons donc proposé que ceux qui détiendront leurs actions 8 ans, se verront exonérés des plus-values fiscales, ce qui est un montant très important et c'est une incitation très forte pour la sécurité de nos entreprises et le patriotisme économique.
Q- Et qui a suscité une belle polémique. Cela ne vous a pas échappé, Thierry Breton. Il est trop tôt pour dire combien chaque particulier aura droit à l'action ?
R- On va réduire un peu, compte tenu du fait qu'on a une offre très abondante. Ils seront réduits un petit peu, mais cela, ils le sauront très rapidement par l'intermédiaire de leur réseau bancaire.
Q- Vous êtes un ministre heureux, ce matin, Thierry Breton ! Il n'y a pourtant pas que des bonnes nouvelles ! Le Commissaire Européen aux Affaires Economiques, Joachim Almunia, ne croit pas à la sincérité de votre budget 2006. Vous dites que la France fera un déficit inférieur aux 3%, en 2006. Et lui vous dit : "ce n'est pas vrai. La France fera un déficit, à peu près, de 3,5%". Que lui répondez-vous, Thierry Breton ?
R- Je vous corrige un tout petit peu, parce que je le connais bien. Voyez, vous avez du mal à atteindre mon optimisme parce que, malgré tout, je suis encore optimiste, y compris après vos propos.
Q- Ce n'est pas les miens, ce sont ceux de Monsieur Almunia !
R- Non, il ne dit pas cela, Monsieur Almunia. Je le connais bien, il m'en a parlé. Monsieur Almunia dit que la Commission fait ses travaux d'évaluation. Du reste, il m'a demandé de venir me voir je vais le voir fin novembre parce qu'elle fait ses travaux d'évaluation avant que les budgets ne soient votés au Parlement. C'est précisément ce qu'il dit aujourd'hui, c'est qu'il voit un déficit, l'année prochaine, à 3,5%.
Q- C'est cela !
R- Attendez une seconde ! Ecoutez bien ! Et je demande à nos auditeurs d'être attentifs. Avant que le budget ne soit voté à l'Assemblée. C'est précisément la raison pour laquelle nous avons bâti, avec Jean-François Copé, le budget que nous avons bâti, pour faire réduire le déficit budgétaire de 3,5 à 2,9.
Q- Je suis désolé, mais là, je ne comprends pas !
R- Ce n'est pas compliqué. La Commission fait ses travaux avant que le budget qui prend précisément en compte toutes les mesures rectificatives ne soit voté et discuté. Donc, les estimations qu'elles ont faites, c'est avant les mesures correctrices de la France. Donc, Monsieur Almunia va venir me voir, à la fin novembre. Je vais lui expliquer ce qu'il est en train de discuter au Parlement et ce n'est pas comme le titrait un journal, ce matin : "la Commission qui corrige Bercy". Je le dis très modestement, du reste, c'est Bercy qui va corriger la Commission pour lui expliquer pourquoi comme d'habitude la Commission fait des évaluations, à cette période de l'année, plus importantes parce qu'elle n'a pas les éléments correctifs qui sont discutés au Parlement et, in fine, tout le monde sera convaincu.
Q- Si Monsieur Almunia écoute, il sera content.
R- Non, mais il me connaît.
Q- Il dit quand même que Bruxelles pourrait réenclencher une procédure pour déficit excessif. Il a quand même un discours qui n'est pas très sympathique à l'égard de la France et du ministre de l'Economie !
R- C'était avant les mesures, qui sont prises en ce moment au Parlement. Et tout le monde l'a vu, du reste : je le dis depuis très longtemps, Jean-Michel Aphatie. La croissance revient. Regardez, par exemple : il indique que, cette année, la croissance devra être au maximum de 1,5%. C'était avant aussi les chiffres qui sont sortis, il y a 15 jours qui disent que la France aujourd'hui avec son 0,7% de croissance après le troisième trimestre est déjà à 1,5. Donc, on sera, effectivement, entre 1,5 et 2.
Q- Il a un peu de retard, Monsieur Almunia !
R- Oui, mais c'est normal !
Q- Vous avez dit, une fois, Thierry Breton, que la France l'Etat français vivait au-dessus de ses moyens. Vous ne l'avez jamais répété. Pourquoi ?
R- Ca, c'est faux ! Je le répète sans cesse !
Q- Vous le diriez, ce matin, au micro de RTL ?
R- Mais bien entendu ! En permanence !
Q- La France vit au-dessus de ses moyens ?
R- A partir du moment où l'on fait du déficit, le déficit c'est la définition : tout pays qui fait du déficit vit au-dessus de ses moyens et c'est pour cela que toutes les actions que nous menons avec Dominique de Villepin c'est pour, précisément, comprimer ce déficit. Et je vais en convaincre tout le monde, y compris Monsieur Almunia.
Q- D'accord. Donc, vous l'avez redit, ce matin, au micro de RTL. Vous étiez, hier, à Tunis pour le Sommet de l'Information organisé par l'O.N.U. Ce n'est pas gênant, pour un ministre important du gouvernement français, de participer à un Sommet de l'Information dans un pays, la Tunisie, qui ne respecte pas la liberté de l'information ?
R- Cela a été l'occasion pour moi, Jean-Michel Almunia...
Q- Non, Jean-Michel Aphatie !
R- Excusez-moi ! Vous avez le même accent, c'est pour cela. Cela a été pour moi, Jean-Michel Aphatie, l'occasion de répéter, devant un parterre international, que, lorsqu'on veut promouvoir Internet, on promeut un mot. Un mot. Ce mot, c'est le mot : liberté. Liberté d'opinions, liberté d'expressions, liberté de paroles.
Q- Et cela s'est passé, hier, en Tunisie, dans un pays qui n'est pas démocratique.
R- C'est la base de l'Internet. Et tous ceux qui veulent développer Internet de façon démocratique doivent s'en souvenir.
Monsieur Ben Ali développera Internet, peut-être. Thierry Breton qui va voir Monsieur Almunia et qui vend l'action E.D.F à 32 euros était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 novembre 2005)