Point de presse de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, sur les aides européennes au titre de la politique de la ville, notamment pour l'insertion professionnelle, à Chalons-en-Champagne le 8 décembre 2005.

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Circonstance : Déplacement à Chalons-en-Champagne-visite de l'Ecole de la deuxième chance, le 8 décembre 2005

Texte intégral


Je vais faire un point intermédiaire avec vous et répondre à vos questions, avant de poursuivre la visite. Je voudrais rappeler le cadre de ma visite et aussi vous dire un certain nombre de choses que je n'ai pas dites pendant la visite des classes. Je remercie à nouveau, officiellement, et en présence de la presse, le préfet pour son accueil et pour avoir permis que cette visite se déroule dans les meilleures conditions. Je disais, lors de notre déjeuner de travail, que c'est une région que je connais pour y avoir passé quelques mois comme stagiaire en préfecture il y a bien longtemps.
Notre visite d'aujourd'hui intervient à un moment un peu délicat pour la construction européenne. Après l'échec du référendum et, surtout, à un moment où l'Europe doute un peu d'elle-même, une période de doutes et d'incertitudes en ce moment et depuis quelques mois, vous voyez qu'on peine à trouver des accords et à prendre des décisions. L'Europe en a vu d'autres et cela passera, mais il est temps qu'on sorte de cette période d'incertitudes. Dans notre pays, il y a eu une crise sociale sérieuse qui nous a conduits à nous interroger sur un certain nombre d'éléments fondamentaux de notre société. Nous avons aussi, dans notre calendrier européen proche, une discussion budgétaire difficile. J'espère qu'elle se conclura positivement la semaine prochaine au Conseil européen.
Dans ce contexte un peu délicat, j'ai cherché, en venant ici, à parler de l'Europe plus concrètement que je ne le fais dans d'autres aspects de ma fonction, et surtout de faire mieux mesurer ce qu'elle nous apporte au quotidien. Nous ne le savons pas toujours, et c'est très largement de notre faute parce qu'on ne l'a pas suffisamment dit. Il faut, pour faire la construction européenne, des négociations, des débats. C'est souvent complexe, mais il faut aussi mesurer que l'Europe est présente dans notre vie de tous les jours et nous aide quotidiennement. Non seulement c'est un cadre pour le développement économique et social de chaque pays, cela nous a apporté, et continue à nous apporter ce qui restent les biens les plus précieux : la liberté, la démocratie et la paix. Ne l'oublions pas ! Mais il est important de faire mieux percevoir que l'Europe, de façon plus quotidienne nous permet de financer ou de cofinancer une série de réalisations concrètes, d'équipements de tous ordres, aussi bien sociaux qu'économiques, qui transforment, qui aident à améliorer la vie quotidienne de nos compatriotes. Il y a beaucoup de choses qui sont ainsi faites dans toutes les régions françaises.
Nous avons ici, dans la région Champagne-Ardennes, la chance de bénéficier de programmes européens à hauteur environ de trois cents millions d'euros, un tout petit peu plus, sur ceux qu'on appelle les fonds structurels. L'un, qui est l'objectif 2, pour la reconversion des zones en difficulté, et l'autre, au titre du Fonds social européen - objectif 3 - pour des actions d'éducation et de formation. J'essaye aussi de vous dire simplement qu'il faut avoir en tête ce contexte, en toute honnêteté intellectuelle et politique, mais qu'il faut aussi savoir, si on veut être capable de mesurer la réalité, regarder ce qui marche et ne pas seulement parler de ce qui ne marche pas et de ce qui est difficile.
Quelques exemples, à commencer par celui-ci, l'école de la deuxième chance, qui reçoit plus d'un million d'euros par an au titre du Fonds social européen, et ceci depuis sa création, donc environ la moitié de son budget, pour vous donner un ordre de grandeur. J'irai voir tout à l'heure, vous le savez si vous avez pris connaissance de mon programme, Vatry, et là-aussi, l'Europe agit, elle agit concrètement puisqu'une partie du coût de développement de la zone a été prise en charge par des fonds européens. Là, cela a été plus de huit millions d'euros qui ont été investis dans cet aéroport, dont un peu plus de la moitié pour la nouvelle zone d'activités. Donc il y a la partie aéroport, infrastructures et souvent des travaux lourds, d'où le coût élevé du projet, mais une fois que les infrastructures seront faites, cela permettra à l'activité de venir, et une partie de zone d'activités qui ne pourrait pas exister s'il n'y avait pas l'aéroport. Là, en proportion, c'est à peu près un tiers des dépenses éligibles. Souvent un plus, c'est toujours des cofinancements, mais c'est le plus qui permet à des projets de se faire.
Il y a beaucoup d'autres exemples et je voudrais aller au-delà des deux cas concrets que nous avons pris aujourd'hui. L'Union européenne aide, par exemple, la société Unila, qui est dans les Ardennes à Bazeilles. Il y a eu 5 millions d'euros pour construire de nouveaux bâtiments et pour investir dans la mise en route d'une grande chaîne de production. A Troyes, dans un autre domaine, mais on pourrait citer des dizaines et des dizaines d'autres exemples, l'Université technologique de Troyes est aidée par l'Union européenne avec un peu plus d'un million d'euros pour l'extension des locaux et pour développer l'activité de recherche. Un autre exemple, qui intéresse là aussi de façon très concrète nos compatriotes : cette région faisait partie des régions qui n'étaient pas bien couvertes pour les communications téléphoniques par mobiles et l'Union européenne a apporté un cofinancement à hauteur de un demi-million d'euros pour renforcer la couverture des réseaux.
Voilà ce que je voulais vous dire. On aurait bien d'autres exemples parce que cela couvre tout un secteur très large d'activités économiques et sociales, il y a beaucoup de choses aussi qui concernent les quartiers en difficulté : rénovations urbaines avec 18 millions d'euros au total rien que pour la rénovation; insertion sociale, il y a quatre-vingts projets d'insertion sociale qui sont payés par l'Union européenne ; et puis il y a autour de la rénovation urbaine trois cents millions d'euros à utiliser pour l'environnement, la rénovation, les bâtiments historiques, les routes, le reboisement, la construction de la route qui permet d'aller vers l'aéroport, beaucoup de choses qu'on ne sait suffisamment. Je regrette toujours qu'on ait pas su en France mieux mettre en valeur ce que fait l'Union européenne, en ne mettant pas suffisamment le logo européen sur beaucoup d'activités, de parcs technologiques ou d'infrastructures qui sont là en grande partie parce que l'Union européenne nous permet de les cofinancer.
Ne nous étonnons pas que parfois l'Europe soit mal comprise. Elle l'est souvent tout simplement parce qu'elle est mal connue. Je voulais juste avoir cette démarche plus positive permettant de montrer qu'il y a des choses qui se font pour tous nos concitoyens de façon très concrète dans leurs villes. Voilà cette brève introduction. Maintenant nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions.
Q - Est-ce que l'école de la deuxième chance est une réussite ? A qui revient ce succès ?
R - Je vous répondrai avec modestie sinon avec humilité. Je ne prétends pas pouvoir porter un jugement définitif. Ce qui m'a frappé, d'abord et avant tout, c'est le fait que cette école existe. Je ne veux pas avoir l'air d'être militante pro-européenne absolue, mais s'il y a des choses qui ne marchent pas, il y en a d'autres qui marchent. Les écoles de la deuxième chance c'est une idée européenne, c'est une initiative prise par l'Union européenne. Peut-être que l'idée nous serait venue mais ce n'est pas le cas. La France est le pays d'Europe qui en a tiré le plus profit puisque, de mémoire, et là-aussi pour vous donner des chiffres globaux, il y a aujourd'hui onze pays sur vingt-cinq qui ont des écoles de la deuxième chance. Il y a dans l'espace géographique européen une trentaine d'écoles de la deuxième chance dont onze sur le territoire national. Donc on s'est très bien débrouillé et tant mieux et on souhaite continuer et les multiplier. Sans oublier de répondre à vos autres questions, si cela vit c'est grâce à l'Union européenne, dans l'idée et par le cofinancement.
D'une façon plus personnelle, j'ajouterais que j'ai beaucoup apprécié l'atmosphère qui est ici, qui est à la fois précise, professionnelle mais d'une façon qui permet aux élèves d'avoir une approche plus détendue au cours du parcours. Faire des revues de presse, vous l'avez bien vu, permet de s'intéresser à un sujet qui intéresse le stagiaire, mais c'est aussi une façon de l'aider à structurer un raisonnement, à manier le langage et l'expression. Et tout ça est fait de façon très intelligente, organisée, détendue, mais je les ai trouvés très bien, et, si on peut dire, heureux et bien dans leur peau, et ça c'est bien. Il y a, de plus, un très bon taux d'insertion. Une grande partie d'entre eux peuvent trouver un emploi après, et c'est particulièrement remarquable puisque l'un des mérites de l'école de la deuxième chance de Châlons est de ne pas sélectionner à l'entrée et donc d'accueillir un public très large, y compris des jeunes, et des moins jeunes, qui ont un parcours personnel difficile.
Q - Est-ce que toutes les écoles de la deuxième chance sont ouvertes à tous ?
R - Cela dépend un peu des critères de chaque école. Certains font une sélection, par la motivation, par le dossier. On a ouvert largement les portes, ce qui permet de mieux atteindre l'objectif d'insertion dans un parcours professionnel. Je salue cette démarche très ouverte.
Q - (Sur la longueur des délais et des procédures européennes)
R - Tout à fait. On sait très bien que les délais sont souvent longs, l'administration française elle-même ne se caractérisant pas toujours par son excessive célérité, mais les délais européens sont souvent un peu plus longs. L'avantage, qui compense en grande partie cet inconvénient, parfois même au-delà, c'est que les conditions d'utilisation sont bien souvent beaucoup plus souples que les conditions d'utilisation des programmes nationaux. C'est une chose que l'on oublie souvent de dire, et même qui va un peu à rebours des idées reçues en Europe - "c'est compliqué, il y a des paperasses..." Le FSE en tout cas est très souple d'utilisation, et tout le programme dans les quartiers, dont on a beaucoup parlé, c'est aussi le programme URBAN, permet de faire des choses. Très honnêtement, les maires nous le disent. Cela n'empêche pas que des délais plus courts seraient appréciés de tout le monde, cela j'en ai bien conscience.
Q - (Sur le financement des écoles de la deuxième chance)
R - Je crois que c'est vraiment l'idée qu'il faut avoir. C'est toujours des cofinancements, mais bien souvent c'est ce qui permet de faire la différence.
Q - Ce qui nous interroge pour la suite en 2007?
R - Oui et je vous remercie de le transmettre à nos amis britanniques, avec lesquels on est en négociation !
Q - Où y-a-t-il également des écoles de la deuxième chance ?
R - En Allemagne, au Royaume-Uni, par exemple.
(le même jour, la Ministre s'est entretenue avec une radio locale)
Q - Catherine Colonna bonjour. Est-ce que vous pourriez tout d'abord préciser le but de votre visite aujourd'hui à Châlons ?
R - Le but de ma visite en quelques mots très simples, c'est de montrer l'Europe concrète, c'est-à-dire de permettre de donner un coup de projecteur sur ses réalisations dans notre vie économique et sociale qui sont permises grâce au cofinancement européen. L'école de la deuxième chance de Châlons, l'aéroport de Vatry, beaucoup de quartiers en rénovation, n'auraient pas pu se faire s'il n'y avait pas eu les financements européens. Donc je veux parler de tout, de ce qui ne marche pas, on le fait souvent, mais aussi de ce qui marche.
Q - Qu'est-ce qui vous marque le plus ici à Châlons-en-Champagne ?
R - Je crois l'efficacité de tous les dispositifs que j'ai pu visiter. Ce sont des chances supplémentaires qui sont données aux jeunes français, et au-delà à ceux qui utiliseront l'aéroport de Vatry. Disons, nous, pour résumer les choses d'une façon simple, que toutes ces réalisations n'existeraient pas s'il n'y avait pas l'apport supplémentaire de l'Union européenne.
Q - A votre avis est-ce qu'il va y avoir d'autres projets que ceux que vous avez cités entre la Champagne-Ardenne et l'Europe ?
R - Il y en a d'ores et déjà beaucoup. Il y en a dans le domaine de l'insertion sociale, plus de quatre-vingt projets ici ; il y en a aussi beaucoup qui concernent des quartiers : la rénovation de quartiers, l'éclairage public, des plantations, des contournements de certains quartiers par les routes pour rendre la vie des habitants plus facile, et aussi plus sûre parfois. L'éclairage public permet d'avoir un sentiment de sécurité. Tout cela, l'Europe le fait, ou du moins aide à le faire. Je voudrais simplement qu'on en ait davantage conscience.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 décembre 2005)