Déclaration de Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie et de l'aménagement du territoire, sur la lutte contre le changement climatique et les négociations internationales en matière de climat, Montréal le 3 décembre 2005.

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Circonstance : Conférence de l'ONU sur le changement climatique, à Montréal (Canada), du 28 novembre au 9 décembre 2005

Texte intégral

Monsieur le Ministre, [Abdou Aziz SOW, Ministre du NEPAD, de l'intégration économique africaine et de la Politique de bonne gouvernance, Sénégal]
Madame l'Ambassadrice, [Penelope WENSLEY, Ambassadrice d'Australie]
Messieurs les Ambassadeurs, [Denys GAUER, Ambassadeur chargé de l'environnement, Claude LAVERDURE, Ambassadeur du Canada]
Madame le Rapporteur général, [Fabienne KELLER, rapporteur général de l'écologie et du développement durable, membre de la Commission des Finances du Sénat]
Madame la Présidente, [Michèle PAPPALARDO, Présidente de l'ADEME]
Monsieur le Président,[André MERLIN, Président du directoire de RTE]
Madame la Directrice,[Claude NAHON, Directrice de l'environnement et du développement durable à EDF]
Monsieur le Directeur,[Emile MALET, Directeur de la Revue Passages, et Délégué général du Forum]
Mesdames, Messieurs,
C'est avec un grand plaisir que j'ai accepté d'intervenir à l'occasion de cette dernière journée du Forum Mondial du Développement Durable.
Le thème que vous avez choisi cette année, « Le climat et les patrimoines de l'humanité », rejoint évidemment la priorité principale du Ministère de l'écologie qui est la lutte contre le changement climatique.
Ce thème me donnera aussi l'opportunité de vous dire où en sont les négociations internationales en matière de climat, à la veille de la grande conférence de Montréal où je représenterai la France.
Mais avant cela, laissez-moi vous dire l'importance que j'attache, globalement, à la politique du développement durable.
Je demande souvent à mes haut fonctionnaires : définissez-moi en quelques mots le développement durable, pour que n'importe quel Français puisse le comprendre facilement. Je n'ai pas encore trouvé la réponse !
On dit parfois que le développement durable est l'alliance de trois piliers : le pilier environnemental, le pilier économique, le pilier social.
Je suis pour ma part convaincue de l'importance de chacun de ces trois piliers et, en tant qu'ancienne Ministre de l'exclusion, et compte tenu de l'importance de l'emploi pour notre pays, je suis autant une passionnée du troisième pilier que du premier.
On présente parfois le développement durable comme le fait d'assurer une croissance économique, sans nuire aux générations qui nous suivent, sans nuire à la planète, sans nuire non plus aux pays du Sud.
Cette définition me plaît aussi. Je crois en effet que si nous n'agissons pas, dans le domaine du changement climatique, dans le domaine de l'eau, dans le domaine de la biodiversité, nous ne pourrons pas dire à nos enfants que nous ne savions pas. Nous serons responsables et coupables !
Le mot « développement durable » est en fait le fruit d'une histoire. Une histoire qui débute lors du Sommet de Stockholm, en 1972, où pour la première fois les pays membres des Nations-Unies se mobilisent au service d'une planète menacée.
Cette histoire continue avec le Sommet de Rio en 1992 où le terme « développement durable » se vulgarise, il entre dans le vocabulaire des décideurs gouvernementaux du monde entier.
Aujourd'hui ce terme est entré dans le vocabulaire du monde économique. Les entreprises élaborent chaque année un « rapport de développement durable ». Les ONG réclament un mode de vie plus « durable ». Enfin, le Gouvernement se mobilise, autour du Premier Ministre en 2003, en élaborant une Stratégie Nationale de Développement Durable.
Je crois que l'important à retenir, c'est que tous les acteurs se mobilisent, au-delà des clivages idéologiques, au-delà des frontières culturelles. Entreprises, ONG, collectivités, administration : tout le monde doit montrer l'exemple, si nous voulons relever les formidables défis que nous avons devant nous.
Pour en revenir à l'enjeu du changement climatique, je dirais qu'il est déterminant pour notre politique de développement durable.
La conférence de Montréal, qui se tiendra la semaine prochaine, est une étape historique puisque c'est la première conférence des parties au protocole de Kyoto qui est d'entré en vigueur cette année.
L'enjeu décisif est de parvenir à créer des engagements au-delà de 2012 ralliant les Etats-Unis et les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Mexique).
Aujourd'hui seuls les pays industrialisés, qui représentent 30% des émissions, sont soumis à des obligations ; et ces obligations ne s'étendent que jusqu'en 2012. Nous ne pouvons pas en rester là.
J'irai porter 3 messages forts de la France à Montréal :
1. Premièrement, notre attachement ferme et résolu à la Convention des Nations-Unies sur le changement climatique et au protocole de Kyoto.
La convention et le protocole sont nés de la dynamique entraînée par le sommet de Rio en 1992. Ce sont les cadres qui doivent structurer notre action conjointe.
Pour assurer un bon démarrage du protocole de Kyoto, il est indispensable que les accords de Marrakech soient approuvés sans réserve, afin d'assurer la mise en place effective des mécanismes de flexibilité, et du dispositif d'observance.
2. Deuxièmement, notre volonté d'entamer un processus de dialogue sur l'après-2012.
Les engagements d'émissions pris par les pays industrialisés à l'horizon de 2012 sont en effet une première étape, nécessaire, mais pas suffisante.
Il nous faut tous ensemble commencer à évoquer des possibilités d'engagements pour tous les pays au-delà de 2012.
Il faudra aussi que nous envisagions pour l'après-2012 d'inclure les émissions des transports aériens et maritimes, qui pour l'instant ne sont pas comptabilisées dans le protocole de Kyoto, et qui représentent néanmoins une part croissante des émissions.
3. Troisièmement, je demanderai à Montréal que le mécanisme de développement propre (MDP) démarre suffisamment rapidement.
Ce mécanisme est en effet un outil vertueux permettant aux Etats et aux entreprises de réaliser des investissements en technologies propres dans les pays en voie de développement. Il permet une réelle implication de l'ensemble du monde financier et industriel au service du climat.
Voilà, en bref et en résumé, l'avancée de nos négociations à Montréal. J'espère vraiment, à cette occasion, créer une véritable dynamique et aboutir à une déclaration commune forte. Car je suis convaincue que de nombreux partenaires internationaux souhaitent aller dans le même sens.
La France peut être fière de sa politique climatique et en faveur des énergies renouvelables. Grâce au Plan Climat, grâce à la loi sur l'énergie, nous sommes capables de respecter le protocole de Kyoto.
Je rappellerai également que la France est le premier pays producteur d'énergies renouvelables en Europe et que le parc éolien, à lui seul, a été multiplié par cinq depuis 2002 !
Le défi de la lutte contre le changement climatique est entre les mains de l'Etat, pour partie ; il est pour partie entre les mains des organisations internationales.
Mais la réponse viendra, aussi et en grande partie, des citoyens, des collectivités et des élus. Car ce sont les élus et les collectivités qui sont les représentants des Français au niveau le plus proche du terrain, dans l'action la plus concrète. Ce sont eux qui peuvent faire naître les projets les plus concrets d'énergies renouvelables et de maîtrise de l'énergie dont nous avons tant besoin.
C'est dire tout l'intérêt que j'attache à ce Forum, de réunir autant d'acteurs, et de pouvoir faire naître une dynamique collective qui nous engage tous, au-delà des clivages politiques.
Le climat est une affaire sérieuse. Le développement durable est aussi une affaire sérieuse. Aussi, je compte vraiment sur vous, sur votre implication, et soyez sûre que je suis à vos côtés pour atteindre ce grand défi.Je vous remercie.