Déclaration de M. Thierry Breton, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur le bilan conjoncturel et les objectifs pour l'économie française, la mission pédagogique et la réforme du ministère de l'économie, Paris le 6 juillet 2006.

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de nous avoir rejoints ce matin pour notre 6 ème rendez-vous trimestriel ! Permettez-moi un mot sur la soirée exceptionnelle que nous avons tous passée hier soir. Pour dire vrai, j'étais déjà heureux à l'issue des quarts de finales, parce que le « carré magique » Allemagne, Italie, Portugal et France : c'était déjà une première victoire symbolique, un peu « la victoire de l'euro » ! Maintenant bien sûr, je serai comme tous les Français derrière l'équipe de France dimanche pour qu'elle aille jusqu'au bout chercher cette 2ème coupe du monde !
Cependant je vais m'attacher d'être le plus factuel possible ce matin. Comme chacun dans la vie, je m'attache à progresser. On a toujours des marges de progrès. Je donne parfois - me dit-on - l'impression d'un excès de pessimisme ou d'optimisme, alors que je m'attache tout simplement à dire ce que je vois factuellement en matière de conjoncture dès que je l'observe. Vous me concéderez, je le pense que j'ai n'ai jamais esquivé les sujets sérieux pour le pays même quand ils ne faisaient pas plaisir : quand j'ai dit que la France vivait au-dessus de ses moyens, que j'ai parlé de la dépense publique, de la dette ou du ralentissement économique que j'observais début 2005, j'en ai entendu : « anxiogène », « pessimiste », et j'en passe... A contrario, quand j'annonçais que la croissance revenait pour le deuxième semestre 2005 ou que j'étais confiant sur notre capacité à faire les 3 %, que n'ai-je entendu également.
Je crois pourtant, après 16 mois, que la plupart des indications que je partage régulièrement avec vous ont plutôt été confirmées par les faits. Mais je m'attacherai désormais à modérer un peu, enfin j'essaierai, mon tempérament naturellement positif et volontariste.
Ceci étant dit, dans cette énergie et cet optimisme retrouvés de l'ensemble de notre pays, je me suis dit qu'il fallait que je vous parle ce matin d'avenir et d'ambitions.
Il y a des moments plus adaptés que d'autres pour tracer un cap ambitieux , porter un message de mobilisation et de confiance dans les qualités et les atouts d'une nation. Bien sûr, le sport n'est pas l'économie. Il incarne cependant la confiance en soi et dans le collectif d'une équipe, le goût du dépassement, et les vertus d'une émulation loyale avec les autres compétiteurs. Ces sentiments là ont aussi leur place dans la conduite de l'économie d'une Nation.
L'autre condition pour parler d'objectif dans une organisation, c'est de pouvoir fonder la crédibilité de sa parole sur des résultats préalables et des faits. A cet égard, près d'un an et demie après mon arrivée à Bercy, je considère que nous avons un acquis : le chômage a baissé d'un point, le déficit est revenu sous les 3 %, comme nous nous y étions engagés, le budget 2007 est construit en « zéro volume -1 » conformément à nos décisions du 11 janvier et la dette de la France, pour la première depuis des années est stabilisée par rapport au PIB au 1 er trimestre 2006. Quatre résultats concrets ; quatre engagements tenus !

A. TROIS AMBITIONS POUR L'ECONOMIE FRANCAISE
La politique économique d'une Nation a besoin d'être portée par une vision qui réponde à cette question simple et fondamentale à la fois : Quelle ambition avons-nous pour notre pays dans les années qui viennent ?
Pour ma part, j'inscris depuis 16 mois à Bercy notre politique économique autour de 3 objectifs pour la France :

  • * 1 ère ambition : à horizon de 25 ans, la France peut se mobiliser pour prétendre faire partie du « top 5 » des économies mondiales.
  • * 2 ème ambition : dans ce but, à horizon de 10 ans, notre pays doit chercher à devenir l'économie la plus dynamique parmi les grands pays européens.
  • * 3 ème ambition : d'ici 2010, pour réussir ces défis, il faut être le pays le mieux préparé à la nouvelle donne économique. Les règles et les facteurs de compétitivité économiques sont en train de changer en profondeur en raison de 3 grands renversements de tendance bien connus. L'avènement d'une économie post transition démographique, post pétrole et post industrielle et de services va définir de nouveaux modèles de croissance, profondément différents de ceux qui existaient hier.

A.1. A l'horizon de 25 ans, la France peut ambitionner de se positionner parmi les 5 premières économies du monde :
Cela peut sembler ambitieux. Ça l'est bien sûr mais en même temps c'est loin d'être irréaliste ! Aujourd'hui, en effet la France se dispute la 5 ème place avec le Royaume-Uni, le Chine étant passée l'année dernière en 4 ème position derrière les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne.
D'après les études internationales, une projection conservatrice ( c'est à dire en utilisant des projections démographique et des tendances de productivité) à 25 ans placerait mécaniquement la France en 7 ème position - ce qui, entre parenthèses, relativise les propos définitifs et pessimistes des « déclinologues » ! Pour essayer d'être la 5 ème puissance économique mondiale d'ici 2030, il faut accepter de s'engager dans une saine émulation avec nos 2 grands voisins.
Certes, la Chine et l'Inde disposent de dynamiques démographiques exceptionnelles qui accroissent la taille de leur économie à des rythmes vertigineux et les feront rejoindre rapidement les économies dominantes. C'est une très bonne nouvelle pour leurs 2,5 Mds d'habitants. Mais en revanche, ni le Brésil, ni le Mexique ou l'Indonésie ne sont en situation, malgré leurs performances, de passer en termes de PIB devant les nations européennes les plus importantes d'ici 2030. J'observe, ce faisant, que ces objectifs ont le mérite de montrer que nous resterons clairement, d'ici une génération, dans le top 10 puisqu'on sera au pire 7 ème mécaniquement.
Derrière cet objectif que je crois mobilisateur, il y a surtout un message fort pour nos compatriotes : la France n'a aucune raison d'être submergée par la mondialisation !Ne laissons pas nos compatriotes imaginer que la France est d'ores et déjà reléguée par la totalité du monde émergent au rang d'économie « spectatrice » des échanges commerciaux et vouée à devenir inéluctablement une puissance de seconde zone !

A.2. Pour se positionner d'ici 25 ans parmi les 5 premières économies du monde, la France doit d'abord devenir d'ici 10 ans, l'économie la plus dynamique des grands pays européens :
Nous devons tout faire pour que l'ensemble des pays européens ait la croissance la plus dynamique possible. Mais la France dispose d'atouts comparatifs considérables qui rendent crédible notre ambition d'être l'économie la plus dynamique au sein d'une Europe forte. C'est sur ces atouts qu'il nous faut bâtir et faire les choix nous permettant d'atteindre un taux de croissance entre 3% et 4%, ce qui nous fera accéder au 1 er rang européen.
Il n'y a pas de fatalité en économie. Il y a des choix heureux ou des erreurs. 2 décennies de politiques malthusiennes ont fait passer le poids de notre économie derrière celui de l'économie britannique, que nous devancions pourtant de près de 20% dans les années 80 ! Ce qui est possible dans un sens, l'est naturellement dans l'autre. Les mesures de politique économique de ces 4 dernières années montrent là aussi que la politique économique a les moyens de corriger les erreurs du passé ... mais que de temps perdu !
Nous nous engageons dans la période qui vient avec des atouts pour repartir de l'avant et relever ce challenge stimulant. Nous avons des acquis reconnus : dynamique démographique, productivité très élevée, compétitivité de notre territoire et qualité reconnues de nos infrastructures (une étude récente, privée et indépendante, fait d'ailleurs de la France le territoire européen le plus compétitif pour l'implantation des entreprises). Sur ces fondamentaux sains, nos réformes structurelles engagées sur le marché de l'emploi commencent à porter leurs fruits ; nos finances publiques sont engagées sur la voie du redressement sans avoir sacrifié l'investissement public ; enfin nos initiatives multiples en matière industrielle, de recherche et d'innovation nous donneront durablement un modèle de croissance plus équilibré que d'autres pays.

A.3. Ces objectifs à 10 et 25 ans se préparent dès aujourd'hui : la France doit impérativement, d'ici 5 ans, ambitionner d'être l'économie la mieux préparée à la nouvelle donne économique.
Dans les 5 années, vous le savez, en toile de fond il y a l'impératif absolu pour moi de l'équilibre budgétaire et du désendettement de la France. C'est la condition sine qua non qui permettra de retrouver des marges de manoeuvre financières significatives pour l'action publique mais aussi pour le retour à une croissance solide fondée sur des efforts et non sur le laxisme budgétaire comme l'a très justement encore rappelé hier Edouard BALLADUR dans une tribune d'un quotidien du soir.

* Premier défi : l'économie « post-transition démographique », marquée par le vieillissement des populations des pays développés.
Dans ce domaine, 2 pistes doivent être privilégiées :

  • Nous devons d'abord tout mettre en oeuvre pour mieux mobiliser la main d'oeuvre disponible, en visant de passer en 5 ans de 40 % à 50 % de taux d'emploi des seniors. C'est tout le sens du travail effectué en concertation avec les partenaires sociaux sur la bonification de la surcote, sur la retraite progressive, sur le cumul emploi retraite ou encore sur la contribution Delalande ;
  • Ensuite, nous devons bien sûr nous orienter vers une « immigration choisie », en visant de doubler l'apport de l'immigration en termes de croissance d'ici 5 ans. C'est en ce sens que j'ai voulu remettre au Premier Ministre un rapport sur les conditions d'une politique migratoire adaptée aux besoins de main d'oeuvre de l'économie française.

* Second défi : l'économie « post-pétrole », dans laquelle le pétrole devient une denrée rare et chère ; dans cette économie, les pays qui auront fait la transition vers des énergies nucléaire, végétale ou renouvelable auront acquis un avantage comparatif considérable. Au-delà bien entendu de la sécurisation indispensable de nos approvisionnements énergétiques qui justifie notamment le projet de loi sur Gaz de France, nous devons travailler dans 2 directions :

  • Nous devons d'abord faire des économies d'énergie, en réduisant de 10 % en 5 ans notre intensité énergétique. C'est le sens notamment de la Loi d'Orientation sur l'Energie.
  • Nous devons ensuite suffisamment diversifier nos ressources énergétiques et accroître notre efficacité énergétique pour devenir d'ici 5 ans l'économie la moins utilisatrice de pétrole parmi les grands pays d'Europe.

* Dernier défi : l'économie « post-industrielle », dans laquelle la création de valeur passe par la valorisation d'actifs immatériels, de la connaissance et du savoir, de l'image, et dans laquelle la maîtrise de ces actifs devient déterminante. Cela suppose :

  • D'abord d'adapter rapidement la structure sectorielle de notre économie : la place de l'immatériel dans la création de valeur et dans l'emploi doit progresser de 5 % d'ici 5 ans. La mission Levy-Jouyet sur l'immatériel que j'ai lancée en début d'année me rendra son rapport définitif à la rentrée : je ne manquerai pas d'y revenir devant vous.
  • Ensuite, cela suppose d'être en mesure, à l'intérieur de chaque secteur d'activité, de repousser nous-mêmes la frontière technologique sans attendre la diffusion de l'innovation venue d'ailleurs : nous devons résolument nous approprier l'objectif de Lisbonne de dépenser 3 % du PIB en recherche et développement d'ici 5 ans. C'est la raison de notre engagement sans réserve dans les pôles de compétitivité, l'AII et l'ANR.

Cela fait plusieurs mois que nous travaillons au service de cette vision à Bercy. Il m'a paru naturel de la rendre publique aujourd'hui, parce que les circonstances le permettent mais surtout parce que les résultats et les chantiers engagés sont là et désormais partagés par tous :
1) conjoncture économique au premier semestre
2) Initiative sur la diffusion la plus large de la culture économique ;
3) la réforme à Bercy.


B. LA CONJONCTURE ECONOMIQUE ACTUELLE : UN BON POINT DE DEPART
B.1. D'abord, les bons résultats du 1er trimestre ont été confirmés par l'Insee la semaine dernière. Avec +0,5 %, le 1er trimestre consolide les bons résultats enregistrés sur le 2nd semestre 2005. Plus important encore, la composition de cette croissance montre que notre économie s'est remise à marcher sur ses 2 jambes :

  • * la grande nouvelle de ce 1er trimestre, confirmée la semaine dernière, c'est en effet le retour d'une dynamique très favorable de notre commerce extérieur qui a contribué fortement au bon résultat de croissance du 1er trimestre, à hauteur de +0,6 % ;
  • * la demande intérieure, quant à elle, demeure très solide, grâce en particulier à la consommation des ménages qui reste la valeur sûre de notre économie. Elle a progressé très vivement, apportant une contribution de +0,5 % à la croissance !

B.2. Cette bonne tendance s'est vraisemblablement poursuivie et peut être même accentuée sur les trois derniers mois, comme le confirment assez largement les indicateurs disponibles:

  • * Les enquêtes de conjoncture d'abord : les enquêtes dans l'industrie notamment sont proches de leur plus haut depuis 5 ans;
  • * La consommation des ménages en produits manufacturés a atteint un nouveau record historique en mai. Cet appétit de consommation n'est pas le fruit du hasard ! Il s'explique bien sûr par la baisse du chômage, mais aussi par une inflation toujours très bien contenue (autour de 2 % sur un an) malgré la hausse du pétrole, garantissant des gains substantiels de pouvoir d'achat.
  • * La conjoncture de nos principaux partenaires commerciaux est très favorable, avec notamment un moral des industriels allemands à son meilleur niveau depuis la réunification ;
  • * Enfin et surtout, la situation de l'emploi ne cesse de s'améliorer , sur un rythme me dit-on inconnu depuis que les statistiques mensuelles de chômage existent ! Le taux de chômage a diminué à 9,1 % fin mai et, à ce rythme, nous pourrions passer sous les 9 % avant la fin de l'année et nous situer autour de 8,5 % en avril 2007. Vous me permettrez à ce sujet de m'arrêter sur 3 idées fausses qui circulent depuis trop longtemps :

- Premièrement, le chômage ne baisse pas en raison d'une augmentation des radiations administratives : elles sont stables chaque mois depuis 5 ans !
- Deuxièmement, le chômage ne baisse pas en raison des nombreux départs à la retraite des générations du baby boom : le nombre de personnes, notamment de jeunes bien sûr, entrant sur le marché du travail reste nettement supérieur aux départs en retraite : de 35 000 en 2005 et de 25 000 en 2006 selon l'Insee !
- Troisièmement, le chômage ne baisse pas qu'en raison des contrats aidés non marchand : selon l'Insee, sur 200 000 créations d'emploi au total sur 2006, 170 000 se feraient dans le privé !

Mesdames et messieurs, voilà donc ce qui justifie les attentes de l'Insee d'une croissance autour de +0,6 % au 2 ème trimestre, prévision que je reprends volontiers à mon compte. Au total, si l'on regarde ce que donne le nouveau « radar » de l'économie française sur le 1er semestre - je sais que vous l'attendez tous ! -, on se rend compte :

  • d'abord, que notre économie est sur une tendance bien meilleure qu'au 1er semestre de l'an dernier ;
  • ensuite, et mieux encore, que les progrès eux-mêmes de notre économie s'amplifient : en effet, l'amélioration constatée au 1er semestre par rapport à il y a 1 an, est plus importante encore que celle constatée au 2nd semestre de l'année dernière. C'est précisément ce qu'illustre l'« indicateur global de progrès de l'économie française » en quelque sorte une synthèse des améliorations de chacune des branches du radar sur le semestre.
  • enfin, cet indicateur de progrès de notre économie est pratiquement au plus haut depuis 6 ans !

B.3. J'ai donc toutes les raisons de maintenir mon scénario de croissance de 2 %-2,5 % - soit la fourchette retenue pour le PLF 2006. Je note d'ailleurs que la Note de Conjoncture de l'Insee publiée il y a 2 semaines accrédite ce scénario : la prévision de croissance de l'Insee, traditionnellement prudente, se situe dans notre fourchette, avec 2 % pour cette année et une croissance trimestrielle stable à 0,6 % par trimestre jusqu'à la fin de l'année.


C. PEDAGOGIE ECONOMIQUE
C.1. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer avec vous ce sujet qui me tient à coeur : c'est l'impératif d'une meilleure maîtrise par nos concitoyens des réalités et des mécanismes économiques :
Je souhaite aller beaucoup plus loin dans le sens d'une diffusion plus large de la culture économique dans notre pays, et je veux pour cela impliquer directement Bercy qui doit se sentir investi durablement de cette mission de pédagogie.
J'aurais l'occasion d'y revenir début septembre en installant le Conseil pour la diffusion de la culture économique (le CODICE). Mais je voulais vous annoncer que j'avais proposé à Claude PERDRIEL, homme de communication et d'entreprise, dont je connais la passion pour la diffusion des réalités économiques, de présider le CODICE, ce qu'il a bien voulu accepter. Je l'en remercie chaleureusement car ce projet bénéficiera énormément de son expérience et de son enthousiasme. Il me fera des propositions dans le courant de l'automne.

Mais je voulais vous ouvrir un peu l'appétit ce matin en vous donnant en primeur quelques chiffres tirés d'une enquête menée récemment sur ce sujet par la SOFRES :

  • D'abord l'économie est jugée importante, et même "plus importante que la politique" par 74 % des Français (et 64 % des jeunes).
  • Mais leur connaissance semble limitée à quelques indicateurs économiques liés à la vie quotidienne et correspondant à leurs préoccupations prioritaires, le taux de chômage et la hausse des prix essentiellement.
  • Enfin, et c'est le plus important, les Français ont pour autant une forte envie de comprendre et expriment à 75 % le besoin d'une meilleure information en matière économique, avec une attente forte d'explication de la part des médias, et d'une meilleure formation par le système éducatif.

C2. Un point d'application concret : quel est aujourd'hui, dans une économie moderne, le rôle de l'Etat dans les dossiers industriels ?
Ce n'est un secret pour personne : j'ai consacré énormément de temps et d'énergie aux nombreux dossiers industriels qui ont animé l'actualité économique ces dernières semaines. Mais au-delà de la recherche de solutions sur tel ou tel dossier, je dois dire que cette séquence m'a profondément marqué : nous devons collectivement aider nos concitoyens à mieux saisir quel doit être le rôle de l'Etat dans notre économie, en particulier dans la gestion des dossiers industriels.
Dans l'économie ouverte et complexe qui constitue notre monde au 21ème siècle, il y a ce que j'appelle une « grammaire » à respecter par tous, à commencer par les pouvoirs publics bien sûr, mais également par les entreprises. Je sais que vous êtes comme moi préoccupé du fossé qui se creuse entre l'opinion des pays développés et le monde des affaires et de l'entreprise qui vit au rythme toujours plus trépidant de la financiarisation et de la mondialisation. Nous n'avons rien à gagner à laisser se développer des incompréhensions, des ignorances ou des attitudes de fermeture face aux préoccupations des autres.
C'est pourquoi, avec humilité mais conviction, je souhaite partager avec vous la nécessité plus grande que jamais de renforcer cette « grammaire » commune. Depuis toujours, la grammaire c'est l'outil de la compréhension entre les hommes.
Cette grammaire commune, c'est un moyen de renforcer notre capacité collective, pouvoirs publics et entreprises, de mieux nous comprendre - et de mieux nous faire comprendre, dans un monde moderne toujours plus complexe.
Il faut être humble en ce domaine comme dans tous les autres car personne ne détient de vérité révélée. Ce sont des questions de société complexes mais les principes me semblent rester constants et simples à travers les décennies : ne jamais sortir de sa ligne de légitimité, respecter et entendre son environnement, savoir toujours expliquer ce que l'on fait et pourquoi on le fait.
à Pour les entreprises, cette grammaire consiste, au-delà des seuls actionnaires, à rester en permanence à l'écoute de son environnement au sens le plus large. Les projets concernent également les salariés, les clients et surtout les collectivités dans lesquelles on opère. Il faut savoir prendre en compte leurs préoccupations dans l'intégration bien comprise du projet lui-même. C'est une des clés de sa réussite.
* Cette grammaire, elle s'applique cependant également, et c'est bien normal, en premier lieu à l'Etat. Depuis que je suis à Bercy, j'attache un prix particulier à faire en sorte que mes équipes sachent à chaque instant à quel titre elles agissent. C'est la condition de leur légitimité.
L'Etat actionnaire. Nous avons fait beaucoup de progrès en quelques années. Nous devons constamment veiller à instaurer de bonnes règles de gouvernance dans les entreprises publiques et à les faire respecter.
L'Etat régulateur. L'Etat est le gardien de l'indépendance, de la capacité d'agir, du respect de l'intérêt général des autorités de marché. Ceci qu'il s'agisse de concurrence, de contrôle prudentiel ou de régulation des marchés. Notre économie a besoin de clarté dans son fonctionnement. De prévisibilité dans l'évolution de ses acteurs.
Enfin, il y a l'Etat garant des équilibres économiques et sociaux. C'est plus difficile mais il est légitime que l'Etat puisse intervenir face à des évolutions de marché ou industrielle, à chaque fois que c'est justifié par l'ampleur des enjeux en cause. C'est ce que j'ai appelé, le rôle de « partie prenante non actionnaire ».
Je note d'ailleurs que la France n'est pas la seule à le faire. Il ne s'agit pas d'une exception française. Souvenez vous, aux Etats-Unis, de l'attaque d'un conglomérat chinois sur Unocal. Souvenez-vous, au Royaume-Uni, de l'approche du gazier russe Gazprom sur Centrica. Souvenez-vous aussi de la reprise par une société établie à Dubaï de l'armateur anglais P&O qui contrôle 6 ports américains. Nous sommes, en France comme dans les autres pays du monde, dans notre rôle d'exprimer ainsi la voix de la collectivité.
Parce que je souhaite que cette expression publique soit professionnelle et reste pleinement légitime, j'ai demandé aux équipes de Bercy d'être en capacité de mobiliser toutes les compétences utiles pour analyser chaque opération qui le mérite.
Ainsi, nous identifions les préoccupations légitimes de la puissance publique. Ainsi, nous posons des questions précises. Ainsi, nous cherchons à obtenir des réponses qui engagent la parole de ceux qui nous les donnent.


D. LA REFORME A BERCY
Dans ce contexte à Bercy, nous devons donner l'exemple et montrer que c'est possible. La réforme de Bercy, je ne vous en parle pas souvent, mais avec Jean-François COPE et les autres ministres délégués, nous la faisons. Avec des résultats. Tout à fait précis et vérifiables. Des résultats sur trois impératifs que j'ai fixés dès ma prise de fonctions, et qui forment à mes yeux le triangle gagnant de la réforme de l'Etat : "performance et productivité", "service", "dialogue et ambition sociale".
Premier impératif : « performance et productivité »
Performance et productivité sont deux mots qui font désormais partie du vocabulaire quotidien des fonctionnaires de notre ministère. Et je m'en réjouis. Car bien sûr, l'Etat n'est pas une entreprise. Mais la différence entre le service public et l'entreprise, ce ne peut pas, ce ne doit pas être la performance. Les vrais défenseurs du service public sont ceux qui le veulent productif et performant. Je suis de ceux là !

La performance à Bercy, c'est 3 éléments très concrets :

  • des contrats pluriannuels de performance qui engagent les directions du ministère pour 3 ans . Qui les engagent sur un programme ambitieux d'adaptations, des objectifs de performances reposant sur des indicateurs précis et auditables, et le respect d'une enveloppe budgétaire. Ces contrats viennent d'être signés par les directions générales des impôts (DGI), de la comptabilité publique (DGCP), de la Douane (DGDDI), de la concurrence, consommation et répression des fraudes (DGCCRF), du Trésor et de la politique économique (DGTPE), s'agissant du réseau international du ministère. Celui de l'INSEE le sera cet automne. Ils sont à votre disposition : un résumé figure dans votre dossier.
  • des réductions d'effectifs sans précédent , grâce aux gains de productivité. Globalement, 7 500 réductions de postes seront réalisées au travers des contrats de performance sur la période 2006 - 2008 (soit + 50 % par rapport aux 3 années précédentes) [cf. diapositive]. Avec près de 3 000 réductions de postes en 2007, nous ne remplacerons pas 2 départs à la retraite sur 3 (environ) ;
  • pour la 1 ère fois en 2007, le budget de ce ministère n'augmentera pas .C'est encore mieux que pour l'ensemble de l'Etat. Nous aurons des moyens stables en euros courants.

Deuxième impératif : « le service »
Nous sommes dans un monde où l'usager veut être traité par l'administration comme un citoyen responsable, voire un « client », et non plus comme un administré, un redevable ou, pire, un assujetti (l'expression existe encore...).

C'est tout l'enjeu des adaptations de très grande ampleur que nous avons engagées à Bercy. Je vous en donne 3 illustrations emblématiques :

  • après l'interlocuteur fiscal unique pour 3 millions d'entreprises, nous mettons en place le guichet fiscal unique pour 34 millions de contribuables. Début 2007, 1 contribuable sur 5 (soit 7 millions de Français) pourra effectuer toutes ses démarches fiscales courantes dans même lieu, soit un hôtel des finances regroupant les services des impôts et du trésor public, soit un point « accueil finances » lorsque ces services ne peuvent pas être physiquement rapprochés. Nous expérimentons également le n° de téléphone unique et l'adresse internet unique, pour que l'usager puisse effectuer ses démarches courantes par téléphone et internet, sans avoir à se déplacer ou à écrire [cf. diapositive].
  • deuxième illustration, les nouvelles technologies. La « e-administration », c'est une réalité à Bercy : 1 contribuable sur 6 déclare ses impôts sur Internet (5,7 M), près de la moitié des contribuables paient leur impôt par voie dématérialisée, 2/3 de la TVA est collectée sans échange papier ! [cf. diapositives]. Par ailleurs, dans les prochaines semaines, Christine LAGARDE dévoilera un projet très ambitieux : la dématérialisation totale des formalités à l'export ;
  • dernière illustration, nos engagements de service : toutes les directions en prennent et s'assurent de leur respect, en recourant à la technique de « l'usager mystère ». Vous en trouverez des illustrations dans votre dossier. Et nous allons franchir une étape supplémentaire, puisque d'ici 2008, 200 sites de l'administration fiscale seront certifiés « qualité de service » par des organismes indépendants.

Troisième impératif : « dialogue et ambition sociale »
C'est une priorité essentielle de mon action :

  • cela commence par un dialogue suivi avec les syndicats : je fais régulièrement un point avec eux sur tous les projets de modernisation de Bercy (je viens d'ailleurs, avec JF COPE et F. LOOS de les rencontrer mardi dernier) ;
  • cela passe ensuite par une vraie pédagogie des réformes. Avec les directeurs, je vais sur le terrain pour écouter, expliquer, rassurer. Et je constate que la nécessité de moderniser le ministère est un objectif de plus en plus partagé : 9 agents sur 10 le jugent « indispensable » ou « utile » ;
  • la formation professionnelle tout au long de la vie : dans l'économie du savoir et de l'immatériel, c'est la clé de l'adaptation permanente aux métiers et aux nouvelles compétences. C'est pourquoi j'y ai consacré l'ensemble de ma dernière réunion avec les syndicats du ministère avec un plan d'action d'une ampleur inédite [cf. diapositive
  • cela signifie surtout un vrai retour social des réformes. J'ai mis en place un mécanisme d'intéressement collectif à la performance, d'un montant maximum de 150 euros. Ce mécanisme complète d'autres dispositifs importants, sur les carrières, l'accompagnement financier des réformes de grande ampleur,].

Voilà, Mesdames et Messieurs, quelques éléments que je voulais partager avec vous sur un sujet qui est fondamental pour moi. Réformer l'Etat en profondeur, c'est possible. Nous le démontrons à Bercy avec tous les directeurs et le Secrétaire général dont je souhaite saluer ici l'action. C'est possible, là aussi avec une méthode et des principes clairs :

  • une vraie vision et une ambition pour le service public ;
  • une volonté intransigeante dans la mise en oeuvre sur le terrain de notre projet ;
  • une écoute permanente des différentes « parties prenantes » du changement à Bercy : les usagers, les agents, les syndicats, les managers, le Parlement, les organismes de contrôle... ;
  • une volonté tout aussi intransigeante de ne laisser personne « au bord de la route » : la réforme doit être une chance et une opportunité pour chaque agent de Bercy.

Voilà Mesdames et Messieurs mes ambitions pour notre économie. L'énergie dont font preuve aujourd'hui les Français - je dirais presque à la grande surprise de certains - devrait enfin faire taire les déclinologues pour un bon moment ! Le moment je crois est particulièrement bienvenu pour réunir tous ensemble nos énergies et tout mettre en oeuvre pour atteindre ces ambitions.
Je vous remercie de votre attention et suis prêt à répondre maintenant à vos questions.

Source http://www.minefi.gouv.fr, le 7 juillet 2006