Texte intégral
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,
Vous êtes au terme d'une journée, à tous égards, importante en ce qu'elle célèbre un anniversaire -le centenaire de la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France- et qu'elle ouvre une réflexion sur vos nouveaux chantiers et nouveaux enjeux.
C'est aussi une occasion importante pour le Secrétaire d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle que je suis de manifester l'intérêt et le respect du Ministère de la Culture pour l'ensemble de vos actions et votre mobilisation. Cent ans d'activités intenses que vous avez certainement mis en évidence, et la présence du Président de la mission pour la célébration du centenaire de la loi de 1901 l'atteste, si besoin en était : cent années de vie associative et d'implication jamais démentie dans la défense ou la protection des éléments du patrimoine naturel et bâti qui font notre histoire autant que notre responsabilité contemporaine.
Si la protection est bien une mission d'intérêt national, régalienne dans son histoire législative et réglementaire, elle ne saurait cependant se concevoir sans l'initiative et la collaboration privée.
Votre société est reconnue comme d'utilité publique, depuis cent ans vous en faites la démonstration quotidienne. Je dois dire qu'à l'heure où le Premier Ministre lance le débat sur la décentralisation, en même temps que se mettent en place l'ensemble des initiatives visant à célébrer l'association comme mode de coopération et de regroupement des compétences et des énergies, la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France me semble à tous égards signifiante.
C'est qu'en effet votre société est au cur de bien des questionnements fondamentaux pour le Ministère de la culture, pour les collectivités territoriales plus encore, et dont j'ai pu mesurer l'acuité, par exemple lors de la discussion de la loi sur l'archéologie préventive. Qu'est-ce que la protection patrimoniale lorsque s'imposent aussi aux puissances publiques les nécessités d'un développement économique et social ? Qu'est-ce qu'un paysage naturel et qu'est-ce qu'une protection de sites naturels lorsqu'on peut penser, avec Hegel et Marx, qu'il n'y a pas de beauté naturelle et, qu'aussi loin que porte le regard, le paysage intégralement naturel n'existe pas ?
J'observe que dès sa création la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France s'est trouvée présente sur tous les fronts de la législation patrimoniale quand l'Etat, plutôt que de s'engager dans une définition a priori -et si difficile de la notion de patrimoine- a entrepris de protéger ce qui pouvait faire trace, mémoire et, aujourd'hui pour reprendre la belle expression de Paul Ricoeur, " travail " de mémoire plutôt que " devoir " de mémoire. La Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France est présente sur tous les fronts : déjà en 1906 avec la question de la protection des sites pittoresques, historiques et légendaires, en 1910 avec la réglementation de l'affichage, de toute façon présente en 1913 lors de la mise en place de la première législation de protection des monuments historiques.
C'est encore la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France qui participe à la Commission supérieure des Monuments Historiques ainsi qu'à celle des Sites, c'est toujours la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France qui est représentée au sein des Commissions régionales de protection du patrimoine et des sites. C'est, il faut le dire, la présence d'associations telles que la vôtre dans l'ensemble des instances consultatives ou décisionnelles traitant du patrimoine, qui garantit pour notre ministère la qualité de la rencontre du régalien avec la société civile.
Prenant connaissance de vos derniers travaux, j'observe que votre Société s'engage désormais plus explicitement dans la défense des principes de protection. Vous n'allez pas hésiter à vous porter en quelque sorte partie civile, afin d'exercer au plus près de la réalité des projets cette veille, voire cette vigilance, patrimoniale dont vous faites raison sociale et utilité publique.
A cet égard, l'organisation territoriale de la société avec son ensemble de délégués départementaux, permet d'assurer cette veille comme elle permet d'offrir aux citoyens une proximité de conseil, d'appui ou d'expertise.
Wanda Diebolt, Directeur de l'Architecture et du Patrimoine, a eu l'occasion d'indiquer combien aux yeux du ministère " l'attention au site " et à " l'inscription de tout projet dans son environnement " étaient essentiels à ce lien que nous cherchons à établir, rétablir souvent, entre la mémoire et le projet. Non seulement vous assurez et la veille et la proximité, mais je soupçonne aussi que vous êtes, pour les services déconcentrés du ministère, non seulement un interlocuteur mais aussi un critique fervent, sinon un censeur ombrageux, en cas de fléchissement de la fonction de protection. Bref, et bien que ce ne soit pas la formule la plus protocolaire, j'aimerais dire ici qu'il y a dans les relations qui se sont tissées entre votre société et l'Etat une illustration forte du sens de ce mot " partenariat ", nourri de complicités et de critiques. Là est la dynamique.
Une association repose sur le regroupement, sur la solidarité des individus autour d'objectifs partagés ; elle est faite de multiples prestations qui assurent à la constance de l'engagement, son appui technique. Je voudrais ici évoquer le remarquable travail d'organisation des prestations que votre association effectue tant au bénéfice de ses membres, qui se comptent en milliers de personnes engagées sur le terrain, qu'à celui de ses interlocuteurs : conseil, expertise juridique et technique d'une part, information, échanges et colloques d'autre part.
Je dois reconnaître là combien la vie de votre société est impressionnante, parce qu'elle est à la pointe d'une actualité patrimoniale qui ne cesse de se déployer, au cur de la vie politique et citoyenne, parce que dans cet constante démarche d'actualisation des savoirs et des expériences, votre société offre là un remarquable exemple de ce que peut être le réseau, cette relation informelle dans sa mise en uvre et assidue dans ses exigences.
C'est grâce à l'existence d'institutions telles que la vôtre que j'ai été en mesure de proposer, lors de la clôture du colloque conjoint, Conseil de l'Europe et Union européenne, qui s'est tenu à Strasbourg sur le patrimoine européen et sa conservation, que soit créée une plate-forme de concertation et d'échanges sur cette approche du patrimoine, parce que nous avons ici en France la preuve singulière que c'est bel et bien de la concertation - voire des frottements - que se conçoit une politique nationale du patrimoine, de résonance européenne et mondiale.
Je ne voudrais pas clore mon propos sans vous saluer particulièrement, Madame la Présidente, vos trente années d'engagement passionné, de militantisme éclairé au service du Patrimoine. Je sais le rôle que vous avez joué auprès de Monsieur de Sacy d'abord, à la Présidence de la Société aujourd'hui. Soyez-en profondément remerciée.
Sachez que nous sommes bien décidés, Catherine Tasca et moi-même, à épauler votre association dans son action de sensibilisation à la veille patrimoniale. Dans l'immédiat, nous serons heureux de participer à la réalisation de cette belle plaquette qui consacre votre premier siècle d'existence et permettez-moi, pour terminer, en anticipant à peine, de vous souhaiter un très heureux bicentenaire.
Je vous remercie.
(source http://www.culture.gouv.fr, le 29 janvier 2001)
Mesdames et Messieurs,
Vous êtes au terme d'une journée, à tous égards, importante en ce qu'elle célèbre un anniversaire -le centenaire de la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France- et qu'elle ouvre une réflexion sur vos nouveaux chantiers et nouveaux enjeux.
C'est aussi une occasion importante pour le Secrétaire d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle que je suis de manifester l'intérêt et le respect du Ministère de la Culture pour l'ensemble de vos actions et votre mobilisation. Cent ans d'activités intenses que vous avez certainement mis en évidence, et la présence du Président de la mission pour la célébration du centenaire de la loi de 1901 l'atteste, si besoin en était : cent années de vie associative et d'implication jamais démentie dans la défense ou la protection des éléments du patrimoine naturel et bâti qui font notre histoire autant que notre responsabilité contemporaine.
Si la protection est bien une mission d'intérêt national, régalienne dans son histoire législative et réglementaire, elle ne saurait cependant se concevoir sans l'initiative et la collaboration privée.
Votre société est reconnue comme d'utilité publique, depuis cent ans vous en faites la démonstration quotidienne. Je dois dire qu'à l'heure où le Premier Ministre lance le débat sur la décentralisation, en même temps que se mettent en place l'ensemble des initiatives visant à célébrer l'association comme mode de coopération et de regroupement des compétences et des énergies, la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France me semble à tous égards signifiante.
C'est qu'en effet votre société est au cur de bien des questionnements fondamentaux pour le Ministère de la culture, pour les collectivités territoriales plus encore, et dont j'ai pu mesurer l'acuité, par exemple lors de la discussion de la loi sur l'archéologie préventive. Qu'est-ce que la protection patrimoniale lorsque s'imposent aussi aux puissances publiques les nécessités d'un développement économique et social ? Qu'est-ce qu'un paysage naturel et qu'est-ce qu'une protection de sites naturels lorsqu'on peut penser, avec Hegel et Marx, qu'il n'y a pas de beauté naturelle et, qu'aussi loin que porte le regard, le paysage intégralement naturel n'existe pas ?
J'observe que dès sa création la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France s'est trouvée présente sur tous les fronts de la législation patrimoniale quand l'Etat, plutôt que de s'engager dans une définition a priori -et si difficile de la notion de patrimoine- a entrepris de protéger ce qui pouvait faire trace, mémoire et, aujourd'hui pour reprendre la belle expression de Paul Ricoeur, " travail " de mémoire plutôt que " devoir " de mémoire. La Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France est présente sur tous les fronts : déjà en 1906 avec la question de la protection des sites pittoresques, historiques et légendaires, en 1910 avec la réglementation de l'affichage, de toute façon présente en 1913 lors de la mise en place de la première législation de protection des monuments historiques.
C'est encore la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France qui participe à la Commission supérieure des Monuments Historiques ainsi qu'à celle des Sites, c'est toujours la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France qui est représentée au sein des Commissions régionales de protection du patrimoine et des sites. C'est, il faut le dire, la présence d'associations telles que la vôtre dans l'ensemble des instances consultatives ou décisionnelles traitant du patrimoine, qui garantit pour notre ministère la qualité de la rencontre du régalien avec la société civile.
Prenant connaissance de vos derniers travaux, j'observe que votre Société s'engage désormais plus explicitement dans la défense des principes de protection. Vous n'allez pas hésiter à vous porter en quelque sorte partie civile, afin d'exercer au plus près de la réalité des projets cette veille, voire cette vigilance, patrimoniale dont vous faites raison sociale et utilité publique.
A cet égard, l'organisation territoriale de la société avec son ensemble de délégués départementaux, permet d'assurer cette veille comme elle permet d'offrir aux citoyens une proximité de conseil, d'appui ou d'expertise.
Wanda Diebolt, Directeur de l'Architecture et du Patrimoine, a eu l'occasion d'indiquer combien aux yeux du ministère " l'attention au site " et à " l'inscription de tout projet dans son environnement " étaient essentiels à ce lien que nous cherchons à établir, rétablir souvent, entre la mémoire et le projet. Non seulement vous assurez et la veille et la proximité, mais je soupçonne aussi que vous êtes, pour les services déconcentrés du ministère, non seulement un interlocuteur mais aussi un critique fervent, sinon un censeur ombrageux, en cas de fléchissement de la fonction de protection. Bref, et bien que ce ne soit pas la formule la plus protocolaire, j'aimerais dire ici qu'il y a dans les relations qui se sont tissées entre votre société et l'Etat une illustration forte du sens de ce mot " partenariat ", nourri de complicités et de critiques. Là est la dynamique.
Une association repose sur le regroupement, sur la solidarité des individus autour d'objectifs partagés ; elle est faite de multiples prestations qui assurent à la constance de l'engagement, son appui technique. Je voudrais ici évoquer le remarquable travail d'organisation des prestations que votre association effectue tant au bénéfice de ses membres, qui se comptent en milliers de personnes engagées sur le terrain, qu'à celui de ses interlocuteurs : conseil, expertise juridique et technique d'une part, information, échanges et colloques d'autre part.
Je dois reconnaître là combien la vie de votre société est impressionnante, parce qu'elle est à la pointe d'une actualité patrimoniale qui ne cesse de se déployer, au cur de la vie politique et citoyenne, parce que dans cet constante démarche d'actualisation des savoirs et des expériences, votre société offre là un remarquable exemple de ce que peut être le réseau, cette relation informelle dans sa mise en uvre et assidue dans ses exigences.
C'est grâce à l'existence d'institutions telles que la vôtre que j'ai été en mesure de proposer, lors de la clôture du colloque conjoint, Conseil de l'Europe et Union européenne, qui s'est tenu à Strasbourg sur le patrimoine européen et sa conservation, que soit créée une plate-forme de concertation et d'échanges sur cette approche du patrimoine, parce que nous avons ici en France la preuve singulière que c'est bel et bien de la concertation - voire des frottements - que se conçoit une politique nationale du patrimoine, de résonance européenne et mondiale.
Je ne voudrais pas clore mon propos sans vous saluer particulièrement, Madame la Présidente, vos trente années d'engagement passionné, de militantisme éclairé au service du Patrimoine. Je sais le rôle que vous avez joué auprès de Monsieur de Sacy d'abord, à la Présidence de la Société aujourd'hui. Soyez-en profondément remerciée.
Sachez que nous sommes bien décidés, Catherine Tasca et moi-même, à épauler votre association dans son action de sensibilisation à la veille patrimoniale. Dans l'immédiat, nous serons heureux de participer à la réalisation de cette belle plaquette qui consacre votre premier siècle d'existence et permettez-moi, pour terminer, en anticipant à peine, de vous souhaiter un très heureux bicentenaire.
Je vous remercie.
(source http://www.culture.gouv.fr, le 29 janvier 2001)