Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec RTL le 12 décembre 2006, sur la conférence de Téhéran sur l'Holocauste et l'examen à l'ONU des sanctions contre l'Iran pour la poursuite de son programme d'activités nucléaires sensibles.

Texte intégral

Q - (A propos de la conférence tenue en Iran sur l'Holocauste)
R - D'abord, je réitère notre plus ferme condamnation de cette conférence et des thèses révisionnistes et négationnistes auxquelles elle a donné une tribune.
Pour le reste, il appartient aux autorités judiciaires de se prononcer au regard des faits et de la législation en vigueur.
J'aimerais quand même rappeler qu'il existe des textes internationaux sur cette question, en particulier la résolution adoptée l'année dernière par consensus à l'Assemblée générale de l'ONU qui, je la cite, "rejette tout déni de l'Holocauste total ou partiel."
Cette résolution vaut pour tout le monde, notamment pour l'Iran qui ne s'y est d'ailleurs pas opposé. Et je veux ajouter qu'Israël est un membre reconnu des Nations unies. Ce fait s'impose à tous les autres Etats membres de l'ONU, y compris à l'Iran.
Q - Oui, cela veut dire que c'est une nouvelle violation par l'Iran d'une disposition reconnue internationalement. Est-ce que cette provocation, une de plus, pourrait faire enfin aboutir le projet de sanctions sur lequel la communauté internationale n'arrive pas à se mettre d'accord ?
R - Nous sommes en train de rédiger une résolution qui devrait marquer une première étape dans les mesures de sanctions contre le régime de Téhéran. Comme vous le savez, ce sont des mesures qui sont proportionnelles, réversibles, progressives. Elles visent à la fois le domaine nucléaire et balistique. Nous avons une discussion actuellement en cours à New York. Je pense que nous avons un bon texte sur des sanctions vis-à-vis de Téhéran. J'espère qu'il nous permettra d'obtenir l'accord de tous.
Q - Qu'est-ce qui bloque depuis fin août puisque c'était la date butoir fixée pour exiger auprès de Téhéran l'arrêt de l'enrichissement de l'uranium ?
R - Nous avons, dans un premier temps, préparé un texte avec les Britanniques et les Allemands pour disposer d'une nouvelle version de ce projet de résolution. Se sont exprimés ensuite des avis un peu divergents entre les Russes d'un côté, les Américains de l'autre. Je me suis entretenu la semaine dernière avec le ministre russe, M. Lavrov. J'ai eu des contacts téléphoniques avec mes autres collègues. Il y a quelques jours, à Paris, ici au quai d'Orsay, se sont retrouvés les directeurs politiques des cinq ministères des Affaires étrangères des membres permanents du Conseil de sécurité, associés à l'Allemagne.
Je pense que, maintenant, nous sommes à quelques jours - en tout cas avant la fin de l'année, je l'espère - de trouver une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies.
Q - Est-ce que le délire verbal des dirigeants iraniens et notamment de son président iranien, M. Ahmadinejad, vous donne des arguments supplémentaires pour faire aboutir cette résolution et cette demande de sanctions ?
R - Evidemment. Il n'y a pas une seule personne sur la planète qui puisse accepter ces propos. M. Ahmadinejad nous avait dit, il y a déjà plusieurs mois, qu'il fallait rayer Israël de la carte.
Ses propos sont non seulement choquants mais tout simplement inacceptables. Il les renouvelle aujourd'hui, à propos de quelque chose qui est unique dans l'histoire, l'Holocauste, que personne n'a le droit de toucher. Dans ce contexte, on ne peut que vouloir une résolution au Conseil de sécurité le plus vite possible.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 décembre 2006