Texte intégral
Q - La France va prendre la présidence de l'Union européenne au second semestre 2008. Quels vont être les points forts de la présidence ? Quelles sont les convergences entre la France et l'Autriche ?
R - Le président de la République et le Premier ministre ont identifié trois domaines prioritaires, dans lesquels notre action s'inscrira : une approche intégrée des migrations, une politique de l'énergie ambitieuse et la lutte contre le réchauffement climatique. Les positions française et autrichienne sont très proches sur ces sujets, en particulier sur la promotion des énergies renouvelables. Nous pourrons ainsi faire progresser ensemble certains chantiers.
La Présidence française souhaite aussi relancer l'Europe de la défense.
Nous devrons enfin prendre en charge deux exercices imposés qui coïncident avec notre calendrier. Il s'agit de l'ouverture de la discussion sur l'avenir des politiques communes et de leur financement ainsi que du bilan de santé de la politique agricole commune.
Pour que l'Europe soit plus accessible et plus visible aux yeux des citoyens, nous engagerons des actions très concrètes. Alors que nous fêtons cette année les 20 ans du programme d'échange d'étudiants Erasmus, nous nous efforcerons d'élargir le nombre de bénéficiaires de ce programme afin que chaque jeune européen ait la possibilité de vivre une expérience universitaire, professionnelle ou associative dans un autre pays d'Europe.
Q - Le président Sarkozy a mis en place, en peu de temps, beaucoup de réformes. La France souhaite-t-elle faire souffler aussi un vent frais au sein de l'Union européenne ? Comment veut-elle changer l'Europe ?
R - Comme le souligne le président Sarkozy, l'Europe n'est pas une machine à édicter des normes. Il faut réintroduire de la politique en Europe. Et faire de la politique, c'est oser le débat, aborder toutes les questions.
Les esprits sont mûrs pour ces échanges : la prochaine signature du Traité dit de Lisbonne règle la question institutionnelle qui handicapait l'Europe depuis presque 20 ans. Nous pouvons maintenant avancer sur plusieurs sujets concrets et réfléchir à l'Europe que nous souhaitons pour 2020-2030. Mais nous ne voulons rien imposer. L'Europe sera ce que les Etats membres, leurs élus et leurs citoyens en feront.
Q - Monsieur le Secrétaire d'Etat, le président de la République a proposé la création d'un conseil des Sages. Quels seront ses objectifs concrets ? Qui va le diriger et quand sera-t-il mis en place ?
R - Ce Comité des Sages ou groupe de réflexion pourrait compter quelques personnes, issues d'horizons différents. Elles devront réfléchir, de façon prospective, à ce que sera l'Union européenne dans 15 ou 25 ans. Elles s'interrogeront sur les valeurs de l'Europe, ses missions, sa place dans le monde... Nous attendons de la Présidence portugaise des propositions sur le mandat et la composition du Comité des Sages, lors du Conseil européen du 14 décembre.
Q - La France est contre l'adhésion de la Turquie. Le gouvernement autrichien et la majorité des Autrichiens aussi. Y aura-t-il en France un référendum sur une éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union européenne ?
R - Sur la Turquie, la position du président Sarkozy est très claire : la Turquie n'a pas vocation à entrer dans l'Union européenne. Nous souhaitons cependant que l'Union européenne établisse avec elle les liens les plus étroits possibles. Les discussions pourront se poursuivre, en fonction des réformes effectuées en Turquie, à deux conditions. La première, c'est que les chapitres examinés soient compatibles avec un partenariat privilégié. La seconde, c'est que soit mis en place un groupe de réflexion chargé, justement, de réfléchir à ce que sera l'Europe dans 15 ou 25 ans. S'agissant du référendum, vous savez que c'est ce que prévoit aujourd'hui notre constitution.
Q - De nouvelles violences viennent d'avoir lieu dans les banlieues. Quelles sont les raisons de ces événements ? La politique d'intégration de la France a-t-elle échoué ? L'Union européenne devrait-elle avoir une politique unifiée du droit d'asile et de l'immigration ?
R - Ces violences, qui sont graves, étaient des incidents isolés.
Puisque vous m'interrogez sur ces incidents, je voudrais souligner que le gouvernement est mobilisé en faveur des quartiers dits "difficiles". Un plan "respect et égalité des chances" sera présenté le 22 janvier par le président de la République.
Je ne crois pas que la politique d'intégration menée en France ait échoué. En revanche, il faut agir avec toujours plus de détermination pour assurer l'égalité des chances.
Pour ce qui est de votre question sur la politique européenne en matière de droit d'asile, nous souhaitons unifier les pratiques européennes pour que le traitement soit le même, quel que soit le pays de l'Union européenne auprès duquel un demandeur d'asile formule sa demande.
En matière d'immigration enfin, nous proposerons à nos partenaires un Pacte européen. L'objectif est de mieux prendre en compte l'impact de chacune des politiques des Etats membres au niveau européen, et de mieux les coordonner. Nous développerons ainsi une stratégie commune, en concertation avec les pays d'origine et en coordination avec les Etats membres.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 décembre 2007