Texte intégral
Nous avons été reçus par le président Uribe. Nous avons été reçus longuement et ce fut une entrevue très riche et très productive.
D'abord, nous avons précisé que la France n'est pas venue seulement parce que c'est l'anniversaire d'Ingrid Betancourt, dans deux jours - triste anniversaire après 6 ans de souffrance et de séquestration. La France est engagée depuis longtemps et pour longtemps aux côtés du gouvernement colombien et de son président et, comme vient de le dire M. Restrepo, il faut considérer comme nécessaire et indispensable la libération de tous les otages.
Evidemment, la seule qui soit française c'est Ingrid Betancourt et, dans notre pays, il y a beaucoup d'affection et d'exigence pour elle. Le peuple de France soutient Ingrid Betancourt et tous les otages dans leur captivité. Il n'y a pas un jour en France sans manifestation pour leur libération.
Nous avons considéré toutes les possibilités, comme l'a dit le Haut Commissaire, et vous savez que nous maintenons, avec nos amis suisses, un contact avec les FARC. Vous savez également que je suis passé voir le président Chavez, hier, et que nous l'avons remercié pour ses initiatives et pour leurs résultats. Nous espérons que trois otages et sans doute un quatrième seront libérés dans les jours ou les semaines qui viennent.
Le président Uribe a affirmé, accepté et aidé à toutes les libérations unilatérales comme celles-ci et nous en espérons d'autres. Et puis la France participera, à la demande du président Uribe, à toutes les démarches que ce soit vers les pays de la région ou vers les organisations internationales, les organisations humanitaires, l'Eglise et toutes les associations de bonne volonté qui pourraient nous faire progresser ensemble, Français et Colombiens surtout bien sûr, vers la libération de tous les otages.
Nous avons également parlé des questions bilatérales. Au nom du président Nicolas Sarkozy, nous réaffirmons, nous avons réaffirmé devant le président Uribe que nos rapports, les rapports entre nos deux pays ne tiennent pas seulement à la libération des otages. Nous voulons développer des relations dans tous les domaines, industriels, commerciaux, culturels et surtout amicaux, entre la France et la Colombie.
Q - Monsieur le Ministre, compte tenu de la situation actuelle, dans laquelle il y a apparemment une incapacité totale de négocier entre d'un côté le gouvernement colombien et de l'autre côté les FARC, compte tenu d'une situation où il y a aussi urgence de libérer Ingrid Betancourt qui apparaît dans un état absolument pitoyable et que l'on n'avait jamais vu jusqu'à présent comme cela, qu'attendez-vous du gouvernement colombien de manière pratique et, dans un deuxième temps, en cas d'un échec tragique, qui porterait la responsabilité de son décès ?
R - Il est vrai que certains otages, dont Ingrid Betancourt, comme on l'a vu la dernière fois sur cette vidéo tragique, comme on l'a vu à travers sa lettre merveilleuse et pathétique, sont en situation d'urgence médicale, dans un état de santé très préoccupant. C'est pourquoi l'urgence est grande et c'est pourquoi ces libérations unilatérales tiennent de l'urgence humanitaire.
Mais je ne veux perdre ni l'espoir ni l'optimisme qui nous ont déjà montré - pas forcément ici - que les échanges et les accords humanitaires étaient possibles. Nous travaillons avec le gouvernement colombien pour que ces libérations se multiplient et interviennent le plus vite possible.
Il y a ici un problème politique pour un gouvernement engagé depuis longtemps, très longtemps, près de 40 ans, dans une lutte sur son propre territoire. Le rôle de la France et de quelques autres pays amis est de participer le mieux possible, de pousser le plus possible pour que des contacts et ensuite, peut-être, des échanges qui tiennent des faits et de la réalité puissent se développer. Il ne faut jamais perdre cet espoir malgré ce que me disaient ce matin toutes les familles que j'ai rencontrées ; je vous assure que malgré un coeur très endurci par les situations difficiles, pénibles, cruelles, nous avons pleuré ce matin avec les familles qui parlaient des leurs, enfermés depuis 6 ans, 9 ans, 11ans...
Cela renforce la détermination de la France d'essayer par tous les moyens - et le président Uribe était d'accord - de parvenir à une solution humanitaire d'abord, et sans doute politique un jour et à une paix.
Q - Compte tenu du rôle joué par le président Chavez dans la libération unilatérale de deux otages, quelle importance a pour la France le fait d'inclure le Venezuela dans le groupe des pays facilitateurs ? En ce moment, sommes-nous vraiment près d'une libération d'Ingrid Betancourt ? Pouvons-nous parler de jours, de mois ou d'une libération avant le milieu de l'année ?
R - Libération de quelques-uns uns avant le milieu de l'année ?
Q - Non dans ce cas précis, il s'agit d'Ingrid Betancourt avant le milieu de l'année.
R - Je l'espère très fortement. J'espère qu'il y aura dans les quelques semaines qui viennent, peut-être les quelques jours, la libération de trois ou quatre de ces otages. Cependant, le groupe de pays - qui peut prendre une forme très différente de ce qui a été envisagé - qui pourrait aider, le groupe d'amis en fait, n'est pas encore accepté et sa géométrie, sa définition ne l'est pas encore. Nous continuons à travailler dans cette direction avec le président Lula qu'a rencontré le président Sarkozy, il y a quelques jours.
Vous me demandez si je pense que le Venezuela devrait être impliqué. Je pense que tous les pays qui peuvent participer à l'espoir des familles devraient être impliqués. Je pense que le président Chavez a joué un rôle dans les deux récentes libérations. Mais ce n'est pas à moi, la France, pays si lointain, d'exiger quoi que ce soit, mais c'est à la France sans doute, pays ami, de proposer et de s'obstiner au service des otages et au service de la paix.
Q - Monsieur le Ministre, vous qui avez dans le passé défendu l'usage de la force dans le cadre de certaines opérations humanitaires, pensez-vous qu'une intervention de l'armée pour aller libérer des otages dans la forêt depuis 10 ans puisse à un moment ou un autre se justifier ?
R - Oui, l'intervention de la force parfois peut-être utile lorsqu'elle est la conséquence et seulement lorsqu'elle est la conséquence d'une décision internationale, en général par le Conseil de sécurité de l'organisation des Nations unies. Cela s'appelle la responsabilité de protéger et c'est devenu une règle internationale. Maintenant à votre question précise, est-ce que, dans une situation comme celle-là, sur un territoire aussi vaste, dans une jungle impénétrable sur des milliers de kilomètres carrés, je ne suis pas un vrai stratège militaire mais cela me semble vraiment très difficile, sinon cela aurait déjà été fait. D'ailleurs, les opérations militaires continuent avec succès, mais cela ne peut pas être l'alternative à la libération des otages. C'est au contraire, s'il y a une opération militaire, un grand danger pour les otages. La France a toujours conseillé au président Uribe de se retenir, et il l'a bien compris puisqu'il ne l'a pas fait, d'opérations qui pourraient menacer la vie des otages. Ne confondons pas la lutte entre deux adversaires et la libération des otages.
Q - Quel rôle pourrait jouer à votre avis le président Lula dans ces négociations ? Pourriez-vous nous donner des détails sur le rôle que pourrait jouer le président du Brésil pour libérer les séquestrés ?
R - Tout le monde partage le respect pour ce grand président Lula et pour le grand pays qu'est le Brésil. Il se trouve que ce grand pays qu'est le Brésil a de nombreux kilomètres de frontière avec le grand pays qu'est la Colombie. Il se trouve également qu'aussi bien le président Uribe que le président Sarkozy entretiennent de bons rapports avec le président Lula et ont parlé avec lui à propos d'une collaboration et d'un chemin qui aillent dans le même sens que celui dont le Haut Commissaire vient de parler : la libération des personnes détenues. Je crois qu'en ce qui concerne l'accord, peut-être n'y aura t-il pas que le Brésil, d'autres pays ont été mentionnés.
Quant à la forme que cela pourrait prendre, indépendamment des échanges, des renseignements et des démarches peut-être communes, nous verrons bien... Mais regardez la situation : elle n'était pas la même il y a six mois et encore moins il y a cinq ans. Il n'y avait pas une préoccupation latino-américaine pour les otages. Il y avait un enfermement tragique pour ceux qui sont détenus. Il y avait un problème limité à la Colombie et dont l'aspect humanitaire n'avait pas été retenu sauf par le président Uribe et par les organisations internationales comme la Croix Rouge.
Maintenant, il y a une préoccupation politique en Amérique latine et dans le monde entier. Si la France y a un peu participé et bien nous en sommes fiers. Vous n'auriez pas pu poser cette question il y a dix ans. Je crois que les choses avancent trop lentement. Cette lenteur est insupportable pour les otages, pour ceux qui sont malades. Il faut penser tous les jours aux dégâts de ces séjours dans la jungle. Mais nous essayons et nous nous obstinons. Ne jugez pas sur les résultats immédiats. Dans une histoire, une triste histoire comme celle-là, les résultats à propos des accords humanitaires se jugent sur des années.
Q - Peut-on confirmer que Jorge Eduardo Gechem est le quatrième otage qui sera éventuellement libéré ? Quel était l'objectif de la France en demandant la libération de Rodrigo Granda ?
R - C'était le même objectif. Cette libération a été acceptée avec beaucoup de bravoure par le président Uribe parce qu'il y avait des difficultés de tous ordres. Il s'agissait d'obtenir la libération des personnes détenues, de créer un climat qui permettrait l'espoir pour ces personnes détenues et une libération réelle.
Le président Chavez hier, lorsque nous étions en réunion, nous a dit qu'il venait d'apprendre qu'une quatrième personne serait probablement libérée. Nous avons cru comprendre, mais nous n'avons pas voulu donner le nom parce que c'était grave de se tromper, d'avoir été mal informé, qu'il s'agissait de M. Gechem. Je crois que depuis cela a été confirmé mais pas par nous, puisque je n'avais pas prononcé de nom. J'ai vu ce matin la femme et le fils aîné de cet otage de 56 ans, qui est malade. Nous espérons, toute la communauté internationale espère que cela sera vrai, qu'il y aura un quatrième otage qui sera libéré. Je ne sais pas dans combien de jours.
Q - Pour la France, est-il nécessaire que le gouvernement colombien accepte une zone démilitarisée, fut-ce à Pradera et Florida, pour la libération d'Ingrid et des autres otages ?
R - Je n'ai pas à me prononcer là-dessus. Je ne suis pas chargé de la négociation. On peut le déplorer, peut-être que je pourrais apporter quelques éléments. Mais j'ai appris une chose dans les négociations très nombreuses auxquelles j'ai participé, en particulier pour les échanges de prisonniers : il faut que seul le responsable parle.
En ce qui concerne cette zone, tout a été dit : zone d'échange, zone démilitarisée - et ce n'est pas la même chose - et puis finalement cela n'a pas été accepté : l'une par l'un et l'autre par l'autre. C'est comme cela, pas de jugement moral sur ces choses. La seule obligation c'est d'essayer, et d'essayer encore sans se lasser, sans craindre les erreurs. Continuons.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2008
D'abord, nous avons précisé que la France n'est pas venue seulement parce que c'est l'anniversaire d'Ingrid Betancourt, dans deux jours - triste anniversaire après 6 ans de souffrance et de séquestration. La France est engagée depuis longtemps et pour longtemps aux côtés du gouvernement colombien et de son président et, comme vient de le dire M. Restrepo, il faut considérer comme nécessaire et indispensable la libération de tous les otages.
Evidemment, la seule qui soit française c'est Ingrid Betancourt et, dans notre pays, il y a beaucoup d'affection et d'exigence pour elle. Le peuple de France soutient Ingrid Betancourt et tous les otages dans leur captivité. Il n'y a pas un jour en France sans manifestation pour leur libération.
Nous avons considéré toutes les possibilités, comme l'a dit le Haut Commissaire, et vous savez que nous maintenons, avec nos amis suisses, un contact avec les FARC. Vous savez également que je suis passé voir le président Chavez, hier, et que nous l'avons remercié pour ses initiatives et pour leurs résultats. Nous espérons que trois otages et sans doute un quatrième seront libérés dans les jours ou les semaines qui viennent.
Le président Uribe a affirmé, accepté et aidé à toutes les libérations unilatérales comme celles-ci et nous en espérons d'autres. Et puis la France participera, à la demande du président Uribe, à toutes les démarches que ce soit vers les pays de la région ou vers les organisations internationales, les organisations humanitaires, l'Eglise et toutes les associations de bonne volonté qui pourraient nous faire progresser ensemble, Français et Colombiens surtout bien sûr, vers la libération de tous les otages.
Nous avons également parlé des questions bilatérales. Au nom du président Nicolas Sarkozy, nous réaffirmons, nous avons réaffirmé devant le président Uribe que nos rapports, les rapports entre nos deux pays ne tiennent pas seulement à la libération des otages. Nous voulons développer des relations dans tous les domaines, industriels, commerciaux, culturels et surtout amicaux, entre la France et la Colombie.
Q - Monsieur le Ministre, compte tenu de la situation actuelle, dans laquelle il y a apparemment une incapacité totale de négocier entre d'un côté le gouvernement colombien et de l'autre côté les FARC, compte tenu d'une situation où il y a aussi urgence de libérer Ingrid Betancourt qui apparaît dans un état absolument pitoyable et que l'on n'avait jamais vu jusqu'à présent comme cela, qu'attendez-vous du gouvernement colombien de manière pratique et, dans un deuxième temps, en cas d'un échec tragique, qui porterait la responsabilité de son décès ?
R - Il est vrai que certains otages, dont Ingrid Betancourt, comme on l'a vu la dernière fois sur cette vidéo tragique, comme on l'a vu à travers sa lettre merveilleuse et pathétique, sont en situation d'urgence médicale, dans un état de santé très préoccupant. C'est pourquoi l'urgence est grande et c'est pourquoi ces libérations unilatérales tiennent de l'urgence humanitaire.
Mais je ne veux perdre ni l'espoir ni l'optimisme qui nous ont déjà montré - pas forcément ici - que les échanges et les accords humanitaires étaient possibles. Nous travaillons avec le gouvernement colombien pour que ces libérations se multiplient et interviennent le plus vite possible.
Il y a ici un problème politique pour un gouvernement engagé depuis longtemps, très longtemps, près de 40 ans, dans une lutte sur son propre territoire. Le rôle de la France et de quelques autres pays amis est de participer le mieux possible, de pousser le plus possible pour que des contacts et ensuite, peut-être, des échanges qui tiennent des faits et de la réalité puissent se développer. Il ne faut jamais perdre cet espoir malgré ce que me disaient ce matin toutes les familles que j'ai rencontrées ; je vous assure que malgré un coeur très endurci par les situations difficiles, pénibles, cruelles, nous avons pleuré ce matin avec les familles qui parlaient des leurs, enfermés depuis 6 ans, 9 ans, 11ans...
Cela renforce la détermination de la France d'essayer par tous les moyens - et le président Uribe était d'accord - de parvenir à une solution humanitaire d'abord, et sans doute politique un jour et à une paix.
Q - Compte tenu du rôle joué par le président Chavez dans la libération unilatérale de deux otages, quelle importance a pour la France le fait d'inclure le Venezuela dans le groupe des pays facilitateurs ? En ce moment, sommes-nous vraiment près d'une libération d'Ingrid Betancourt ? Pouvons-nous parler de jours, de mois ou d'une libération avant le milieu de l'année ?
R - Libération de quelques-uns uns avant le milieu de l'année ?
Q - Non dans ce cas précis, il s'agit d'Ingrid Betancourt avant le milieu de l'année.
R - Je l'espère très fortement. J'espère qu'il y aura dans les quelques semaines qui viennent, peut-être les quelques jours, la libération de trois ou quatre de ces otages. Cependant, le groupe de pays - qui peut prendre une forme très différente de ce qui a été envisagé - qui pourrait aider, le groupe d'amis en fait, n'est pas encore accepté et sa géométrie, sa définition ne l'est pas encore. Nous continuons à travailler dans cette direction avec le président Lula qu'a rencontré le président Sarkozy, il y a quelques jours.
Vous me demandez si je pense que le Venezuela devrait être impliqué. Je pense que tous les pays qui peuvent participer à l'espoir des familles devraient être impliqués. Je pense que le président Chavez a joué un rôle dans les deux récentes libérations. Mais ce n'est pas à moi, la France, pays si lointain, d'exiger quoi que ce soit, mais c'est à la France sans doute, pays ami, de proposer et de s'obstiner au service des otages et au service de la paix.
Q - Monsieur le Ministre, vous qui avez dans le passé défendu l'usage de la force dans le cadre de certaines opérations humanitaires, pensez-vous qu'une intervention de l'armée pour aller libérer des otages dans la forêt depuis 10 ans puisse à un moment ou un autre se justifier ?
R - Oui, l'intervention de la force parfois peut-être utile lorsqu'elle est la conséquence et seulement lorsqu'elle est la conséquence d'une décision internationale, en général par le Conseil de sécurité de l'organisation des Nations unies. Cela s'appelle la responsabilité de protéger et c'est devenu une règle internationale. Maintenant à votre question précise, est-ce que, dans une situation comme celle-là, sur un territoire aussi vaste, dans une jungle impénétrable sur des milliers de kilomètres carrés, je ne suis pas un vrai stratège militaire mais cela me semble vraiment très difficile, sinon cela aurait déjà été fait. D'ailleurs, les opérations militaires continuent avec succès, mais cela ne peut pas être l'alternative à la libération des otages. C'est au contraire, s'il y a une opération militaire, un grand danger pour les otages. La France a toujours conseillé au président Uribe de se retenir, et il l'a bien compris puisqu'il ne l'a pas fait, d'opérations qui pourraient menacer la vie des otages. Ne confondons pas la lutte entre deux adversaires et la libération des otages.
Q - Quel rôle pourrait jouer à votre avis le président Lula dans ces négociations ? Pourriez-vous nous donner des détails sur le rôle que pourrait jouer le président du Brésil pour libérer les séquestrés ?
R - Tout le monde partage le respect pour ce grand président Lula et pour le grand pays qu'est le Brésil. Il se trouve que ce grand pays qu'est le Brésil a de nombreux kilomètres de frontière avec le grand pays qu'est la Colombie. Il se trouve également qu'aussi bien le président Uribe que le président Sarkozy entretiennent de bons rapports avec le président Lula et ont parlé avec lui à propos d'une collaboration et d'un chemin qui aillent dans le même sens que celui dont le Haut Commissaire vient de parler : la libération des personnes détenues. Je crois qu'en ce qui concerne l'accord, peut-être n'y aura t-il pas que le Brésil, d'autres pays ont été mentionnés.
Quant à la forme que cela pourrait prendre, indépendamment des échanges, des renseignements et des démarches peut-être communes, nous verrons bien... Mais regardez la situation : elle n'était pas la même il y a six mois et encore moins il y a cinq ans. Il n'y avait pas une préoccupation latino-américaine pour les otages. Il y avait un enfermement tragique pour ceux qui sont détenus. Il y avait un problème limité à la Colombie et dont l'aspect humanitaire n'avait pas été retenu sauf par le président Uribe et par les organisations internationales comme la Croix Rouge.
Maintenant, il y a une préoccupation politique en Amérique latine et dans le monde entier. Si la France y a un peu participé et bien nous en sommes fiers. Vous n'auriez pas pu poser cette question il y a dix ans. Je crois que les choses avancent trop lentement. Cette lenteur est insupportable pour les otages, pour ceux qui sont malades. Il faut penser tous les jours aux dégâts de ces séjours dans la jungle. Mais nous essayons et nous nous obstinons. Ne jugez pas sur les résultats immédiats. Dans une histoire, une triste histoire comme celle-là, les résultats à propos des accords humanitaires se jugent sur des années.
Q - Peut-on confirmer que Jorge Eduardo Gechem est le quatrième otage qui sera éventuellement libéré ? Quel était l'objectif de la France en demandant la libération de Rodrigo Granda ?
R - C'était le même objectif. Cette libération a été acceptée avec beaucoup de bravoure par le président Uribe parce qu'il y avait des difficultés de tous ordres. Il s'agissait d'obtenir la libération des personnes détenues, de créer un climat qui permettrait l'espoir pour ces personnes détenues et une libération réelle.
Le président Chavez hier, lorsque nous étions en réunion, nous a dit qu'il venait d'apprendre qu'une quatrième personne serait probablement libérée. Nous avons cru comprendre, mais nous n'avons pas voulu donner le nom parce que c'était grave de se tromper, d'avoir été mal informé, qu'il s'agissait de M. Gechem. Je crois que depuis cela a été confirmé mais pas par nous, puisque je n'avais pas prononcé de nom. J'ai vu ce matin la femme et le fils aîné de cet otage de 56 ans, qui est malade. Nous espérons, toute la communauté internationale espère que cela sera vrai, qu'il y aura un quatrième otage qui sera libéré. Je ne sais pas dans combien de jours.
Q - Pour la France, est-il nécessaire que le gouvernement colombien accepte une zone démilitarisée, fut-ce à Pradera et Florida, pour la libération d'Ingrid et des autres otages ?
R - Je n'ai pas à me prononcer là-dessus. Je ne suis pas chargé de la négociation. On peut le déplorer, peut-être que je pourrais apporter quelques éléments. Mais j'ai appris une chose dans les négociations très nombreuses auxquelles j'ai participé, en particulier pour les échanges de prisonniers : il faut que seul le responsable parle.
En ce qui concerne cette zone, tout a été dit : zone d'échange, zone démilitarisée - et ce n'est pas la même chose - et puis finalement cela n'a pas été accepté : l'une par l'un et l'autre par l'autre. C'est comme cela, pas de jugement moral sur ces choses. La seule obligation c'est d'essayer, et d'essayer encore sans se lasser, sans craindre les erreurs. Continuons.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2008