Texte intégral
Q - La France est la mauvaise élève de l'Europe pour l'emploi des seniors. Quels remèdes préconisez-vous ?
R - Si le taux d'emploi en France est très faible, c'est principalement à cause du taux d'emploi des seniors. 38 % des personnes de 55 à 64 ans travaillent en France, 70 % en Suède. Pour s'attaquer à ce problème, nous essayons avec Christine Lagarde et Xavier Bertrand d'agir sur trois leviers en même temps. Comment faire en sorte que les entreprises gardent leurs seniors ? Comment inciter les seniors à prolonger leur activité ? Comment faire pour aider un senior à retrouver un emploi ?
Q - Le gouvernement menace de sanctionner les mauvaises pratiques des entreprises... en 2010. Est-ce suffisant ?
R - Le président de la République l'a dit : il faut cesser de tergiverser. Nous envisageons, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, une disposition législative prévoyant l'application de sanctions financières aux entreprises qui ne joueraient pas le jeu. Il s'agira d'une augmentation des cotisations retraite. Il faudra voir quelle articulation sera retenue entre l'accord de branche et l'accord d'entreprise. L'idée est que, si une entreprise est vertueuse dans une branche qui ne l'est pas, elle ne sera pas pénalisée. Pour les petites Emploi des seniors : " Des sanctions financières pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu ". Il s'agira d'une augmentation des cotisations retraite. Il faudra voir quelle articulation sera retenue entre l'accord de branche et l'accord d'entreprise. L'idée est que, si une entreprise est vertueuse dans une branche qui ne l'est pas, elle ne sera pas pénalisée. Pour les petites entreprises, il est vraisemblable que l'accord de branche sera déterminant. Avec Christine Lagarde et Xavier Bertrand, nous allons en discuter avec les partenaires sociaux.
Q - En dépit des discours, les entreprises continuent de faire la chasse aux seniors. Comment jugerez-vous concrètement les " bonnes pratiques " ?
R - Aujourd'hui, le plus lourd facteur de discrimination à l'embauche concerne l'emploi des seniors. Modifier les pratiques ne marchera que si des partenariats et des accords sont conclus entreprise par entreprise. Dans l'année qui vient, les employeurs devront engager des négociations avec les syndicats sur la gestion des ressources humaines et des compétences et signer des engagements chiffrés sur l'emploi des seniors. Des entreprises se sont déjà engagées dans cette voie. Dans le domaine des maisons de retraite, Medica a mis en place des plans d'embauche avec une vraie diversité générationnelle, avec des aides-soignantes jeunes, d'autres plus expérimentées. Air France a instauré des systèmes de tutorat qui permettent des transmissions d'expériences et qui valorisent les fins de carrière. Troisième exemple, Areva a un impératif de maintien de sa compétence et de son expertise car seuls les salariés les plus âgés ont encore l'expérience du premier plan de construction nucléaire. Ils ont donc mis en place des systèmes de tutorat. Je crois davantage à ces pratiques concrètes qu'à l'instauration d'une usine à gaz " emploi des seniors ".
Q - Le cumul emploi-retraite inquiète les syndicats. Est-ce que vous prévoyez une libération totale du cumul emploi-retraite, sans conditions, sans encadrement ?
R - Là encore, les discussions que nous avons avec les partenaires sociaux doivent nous permettre de préciser les choses. Mais aujourd'hui, tout est fait pour ne pas donner de libre choix. Car il y deux contraintes. Première contrainte : on ne vous autorise pas à dépasser, en cumulant retraite et salaire, votre salaire antérieur ou 1,6 Smic si c'est plus favorable. Deuxième contrainte : il est interdit à un salarié de se faire réembaucher dans l'entreprise dans laquelle il travaillait pendant six mois. Résultat : à peine 1 % des salariés continuent de travailler alors qu'ils ont pris leur retraite, soit 140.000 personnes en 2007. C'est pourquoi nous voulons donner le libre choix, mais avec des garde-fous. Nous souhaitons avec Xavier Bertrand que le cumul emploi-retraite soit libéralisé dans le PLFSS. Ce système sera réservé aux personnes qui ont toutes leurs années de cotisations pour bénéficier d'une retraite à taux plein et qui ont au minimum 60 ans. Ainsi, celui qui continuera à travailler le fera avec un bonus. Cela évitera le dumping salarial. Un salarié pourra basculer en retraite et rester dans son entreprise. Tous nos voisins - l'Allemagne, la Suède, l'Angleterre - appliquent le cumul emploi-retraite, avec succès. Quant à dire que l'emploi des seniors va nuire à l'embauche des jeunes, c'est un raisonnement malthusien qu'il faut combattre. C'est parce qu'on a plus de gens qui travaillent qu'on crée plus de richesses et d'emplois. Avoir à la fois des seniors et des jeunes dans l'entreprise, c'est un atout.
Q - Comment allez-vous modifier la surcote ?
R - C'est le deuxième choix : un salarié qui pourrait basculer en retraite reste en activité et cherche à améliorer sa retraite future en bénéficiant d'une surcote. Aujourd'hui, le salarié qui, disposant de toutes ses années de cotisation, choisit de continuer à travailler bénéficie d'une surcote de 3 % la première année, 4 % les années suivantes, 5 % après 65 ans. Ce que nous voulons faire, c'est 5 % la première année, 5 % la deuxième et 5 % la troisième. Pour que la surcote marche, il faut qu'elle paye davantage.
Q - Que pensez-vous de l'idée de la surcote en patrimoine, émise par des économistes de la rue d'Ulm (*) ?
R - Cette idée est très intéressante. Nous ne l'avons pas retenue à ce stade, mais elle mérite d'être explorée. De quoi s'agit-il ? En clair, quelqu'un qui pourrait prendre sa retraite décide de ne pas la prendre mais du coup, chaque année supplémentaire où il travaille, sa retraite est, en quelque sorte, mise de côté, chaque mois. Cet argent lui appartient et au bout de deux, trois ou quatre ans, il touche la totalité de cette somme. Prenons un exemple : un salarié gagne 1.500 euros par mois. À 60 ans, il aurait droit à une retraite de 1.100 euros par mois. S'il décide de continuer à travailler pendant trois ans, au-delà de 60 ans, il pourra toucher à la fin jusqu'à 40.000 euros. Cette idée pourrait être évoquée avec les partenaires sociaux, au sein du groupe de travail mis en place sur l'emploi des seniors.
Q - Pensez-vous que la Cnav sera d'accord ?
R - Si l'on augmente le taux d'emploi des seniors, c'est toute notre économie, y compris le financement des retraites, qui va y gagner. Cela vaut la peine !
(*) " Pour une retraite choisie ", de Jean-Olivier Hairault, François Langot et Thepthida Sopraseuth, Éditions ENS-Rue d'Ulm, mai 2008.
source http://www.u-m-p.org, le 6 juin 2008
R - Si le taux d'emploi en France est très faible, c'est principalement à cause du taux d'emploi des seniors. 38 % des personnes de 55 à 64 ans travaillent en France, 70 % en Suède. Pour s'attaquer à ce problème, nous essayons avec Christine Lagarde et Xavier Bertrand d'agir sur trois leviers en même temps. Comment faire en sorte que les entreprises gardent leurs seniors ? Comment inciter les seniors à prolonger leur activité ? Comment faire pour aider un senior à retrouver un emploi ?
Q - Le gouvernement menace de sanctionner les mauvaises pratiques des entreprises... en 2010. Est-ce suffisant ?
R - Le président de la République l'a dit : il faut cesser de tergiverser. Nous envisageons, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, une disposition législative prévoyant l'application de sanctions financières aux entreprises qui ne joueraient pas le jeu. Il s'agira d'une augmentation des cotisations retraite. Il faudra voir quelle articulation sera retenue entre l'accord de branche et l'accord d'entreprise. L'idée est que, si une entreprise est vertueuse dans une branche qui ne l'est pas, elle ne sera pas pénalisée. Pour les petites Emploi des seniors : " Des sanctions financières pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu ". Il s'agira d'une augmentation des cotisations retraite. Il faudra voir quelle articulation sera retenue entre l'accord de branche et l'accord d'entreprise. L'idée est que, si une entreprise est vertueuse dans une branche qui ne l'est pas, elle ne sera pas pénalisée. Pour les petites entreprises, il est vraisemblable que l'accord de branche sera déterminant. Avec Christine Lagarde et Xavier Bertrand, nous allons en discuter avec les partenaires sociaux.
Q - En dépit des discours, les entreprises continuent de faire la chasse aux seniors. Comment jugerez-vous concrètement les " bonnes pratiques " ?
R - Aujourd'hui, le plus lourd facteur de discrimination à l'embauche concerne l'emploi des seniors. Modifier les pratiques ne marchera que si des partenariats et des accords sont conclus entreprise par entreprise. Dans l'année qui vient, les employeurs devront engager des négociations avec les syndicats sur la gestion des ressources humaines et des compétences et signer des engagements chiffrés sur l'emploi des seniors. Des entreprises se sont déjà engagées dans cette voie. Dans le domaine des maisons de retraite, Medica a mis en place des plans d'embauche avec une vraie diversité générationnelle, avec des aides-soignantes jeunes, d'autres plus expérimentées. Air France a instauré des systèmes de tutorat qui permettent des transmissions d'expériences et qui valorisent les fins de carrière. Troisième exemple, Areva a un impératif de maintien de sa compétence et de son expertise car seuls les salariés les plus âgés ont encore l'expérience du premier plan de construction nucléaire. Ils ont donc mis en place des systèmes de tutorat. Je crois davantage à ces pratiques concrètes qu'à l'instauration d'une usine à gaz " emploi des seniors ".
Q - Le cumul emploi-retraite inquiète les syndicats. Est-ce que vous prévoyez une libération totale du cumul emploi-retraite, sans conditions, sans encadrement ?
R - Là encore, les discussions que nous avons avec les partenaires sociaux doivent nous permettre de préciser les choses. Mais aujourd'hui, tout est fait pour ne pas donner de libre choix. Car il y deux contraintes. Première contrainte : on ne vous autorise pas à dépasser, en cumulant retraite et salaire, votre salaire antérieur ou 1,6 Smic si c'est plus favorable. Deuxième contrainte : il est interdit à un salarié de se faire réembaucher dans l'entreprise dans laquelle il travaillait pendant six mois. Résultat : à peine 1 % des salariés continuent de travailler alors qu'ils ont pris leur retraite, soit 140.000 personnes en 2007. C'est pourquoi nous voulons donner le libre choix, mais avec des garde-fous. Nous souhaitons avec Xavier Bertrand que le cumul emploi-retraite soit libéralisé dans le PLFSS. Ce système sera réservé aux personnes qui ont toutes leurs années de cotisations pour bénéficier d'une retraite à taux plein et qui ont au minimum 60 ans. Ainsi, celui qui continuera à travailler le fera avec un bonus. Cela évitera le dumping salarial. Un salarié pourra basculer en retraite et rester dans son entreprise. Tous nos voisins - l'Allemagne, la Suède, l'Angleterre - appliquent le cumul emploi-retraite, avec succès. Quant à dire que l'emploi des seniors va nuire à l'embauche des jeunes, c'est un raisonnement malthusien qu'il faut combattre. C'est parce qu'on a plus de gens qui travaillent qu'on crée plus de richesses et d'emplois. Avoir à la fois des seniors et des jeunes dans l'entreprise, c'est un atout.
Q - Comment allez-vous modifier la surcote ?
R - C'est le deuxième choix : un salarié qui pourrait basculer en retraite reste en activité et cherche à améliorer sa retraite future en bénéficiant d'une surcote. Aujourd'hui, le salarié qui, disposant de toutes ses années de cotisation, choisit de continuer à travailler bénéficie d'une surcote de 3 % la première année, 4 % les années suivantes, 5 % après 65 ans. Ce que nous voulons faire, c'est 5 % la première année, 5 % la deuxième et 5 % la troisième. Pour que la surcote marche, il faut qu'elle paye davantage.
Q - Que pensez-vous de l'idée de la surcote en patrimoine, émise par des économistes de la rue d'Ulm (*) ?
R - Cette idée est très intéressante. Nous ne l'avons pas retenue à ce stade, mais elle mérite d'être explorée. De quoi s'agit-il ? En clair, quelqu'un qui pourrait prendre sa retraite décide de ne pas la prendre mais du coup, chaque année supplémentaire où il travaille, sa retraite est, en quelque sorte, mise de côté, chaque mois. Cet argent lui appartient et au bout de deux, trois ou quatre ans, il touche la totalité de cette somme. Prenons un exemple : un salarié gagne 1.500 euros par mois. À 60 ans, il aurait droit à une retraite de 1.100 euros par mois. S'il décide de continuer à travailler pendant trois ans, au-delà de 60 ans, il pourra toucher à la fin jusqu'à 40.000 euros. Cette idée pourrait être évoquée avec les partenaires sociaux, au sein du groupe de travail mis en place sur l'emploi des seniors.
Q - Pensez-vous que la Cnav sera d'accord ?
R - Si l'on augmente le taux d'emploi des seniors, c'est toute notre économie, y compris le financement des retraites, qui va y gagner. Cela vaut la peine !
(*) " Pour une retraite choisie ", de Jean-Olivier Hairault, François Langot et Thepthida Sopraseuth, Éditions ENS-Rue d'Ulm, mai 2008.
source http://www.u-m-p.org, le 6 juin 2008