Texte intégral
Bonjour.
Merci d'être en direct ce matin sur France Info. Vous êtes le président du groupe socialiste à l'Assemblée. On va évidemment avec vous parler de la crise. On va vu, hier, que les marchés avaient vécu une nouvelle journée noire sur toutes les places européennes. Que peuvent faire, selon vous, aujourd'hui les gouvernements européens pour tenter de stopper la machine ?
Il faut agir ensemble pour que l'Europe agisse de façon unie et solidaire, ce qui n'est pas le cas jusqu'à présent. La réunion du G4 le week-end dernier allait dans la bonne direction, mais en renvoyant à chaque Gouvernement l'initiative à la fois pour sauver le système bancaire là où il est en défaillance grave, et encore pour protéger les épargnants, et donc ça donne une telle variété d'initiatives que ça crée un malaise et que ça aggrave la perte de confiance. Donc, on a vu les conséquences. Donc, il faut changer de méthode, c'est indispensable. Aujourd'hui, il n'y a qu'une institution, au fond, qui fonctionne, paradoxalement qu'on critique souvent : c'est la Banque Centre Européenne qui injecte des liquidités. Mais les gouvernements qui devraient réagir ensemble, les Etats européens, ne montrent pas que l'Union c'est une force. Et donc, c'est ce que j'attends moi, mais je l'espère parce que c'est une nécessité à la fois pour sauver le système bancaire, éviter la perte de confiance et la fuite en avant, et notamment en protégeant davantage les épargnants, mais il faut aussi prendre des mesures à l'échelle européenne pour soutenir la croissance. Aujourd'hui, il y a une vraie nécessité.
Alors, justement, quand vous parlez d'action concertée de l'Union européenne, c'est-à-dire il faut un plan Paulson à l'européenne ou la création, dont on beaucoup parlé, d'un fonds commun ?
D'abord, il faut que par rapport au système bancaire, qui est fragile, qu'il y ait une vraie solidarité ; que les Etats agissent, oui, mais ça peut atteindre aussi certaines limites. Donc, il faut que l'Europe se prépare à le faire aussi. Il faut aussi qu'on ait la même règle...
... mais de quelle manière ?
... ben, même règle : un fonds de soutien, évidemment, ça c'est tout à fait possible. Et puis, c'est une question de volonté politique. Vous voyez, par exemple, le samedi, Madame Merkel dit « non, pas question de venir en aide aux banques », et le dimanche, elle voit qu'une grande banque allemande est en péril et qu'elle est bien obligée d'intervenir et que l'Etat allemand intervient. Et puis par ailleurs, la protection des épargnants, il faut qu'il y ait les mêmes règles partout. La France aujourd'hui avait dit qu'elle soutiendrait et protégerait ses épargnants, mais en réalité elle n'a rien fait parce que la mesure qui protège au niveau de 70 000 euros les épargnants français, c'est une mesure qui a été prise sous le gouvernement Jospin. Et aujourd'hui, on voit que l'Allemagne fait plus, que les Irlandais avaient fait plus. Il y a quelque chose qui ne va pas. Et puis, franchement, je pense qu'aujourd'hui le grand risque de chute de la croissance est au coeur des grands problèmes de chacun de nos pays, il faut aussi des mesures de soutien à l'économie, et en particulier pour permettre l'accès au crédit des petites et moyennes entreprises, et donc à la fois des règles et à la fois des moyens, à la fois de soutien. C'est ce que les socialistes et sociaux-démocrates qui sont réunis à Paris, là, de l'Union européenne disent, parce que ça fait des années que nous le disons. On passait pour des ringards, mais on voit bien que l'ultra libéralisme conduit à la faillite. Donc, il faut réagir. Et il faut aussi que le gouvernement français revoie son budget parce que dans quelques jours, nous allons l'examiner au Parlement. Manifestement, c'est un budget qui n'est pas adapté à la situation, surtout en ce qui concerne le soutien à la croissance, à l'activité économique. On voit avec les chiffres du chômage qui remontent qu'il y a urgence.
J.-M. Ayrault, vous parlez de protection des épargnants, visiblement les Vingt-sept vont prendre aujourd'hui des mesures concrètes, notamment ils vont relever la garantie de remboursement bancaire de 20 000 à 100 000 euros. Ca fait partie des choses qui peuvent rendre confiance à la fois aux épargnants et au marché ?
Oui, ça c'est sûr, mais pourquoi l'avoir pas fait plutôt ? Aujourd'hui, la France protège les épargnants à hauteur de 70 000 euros, je vous ai dit tout à l'heure que c'était une mesure prise par le gouvernement Jospin, mais l'Irlande protège à 100 %, l'Allemagne aussi. Donc vous voyez bien cette disparité ne va pas, il faut qu'il y ait une lisibilité commune pour qu'il y ait à nouveau la confiance parce qu'on a l'impression qu'il y a toujours une mauvaise nouvelle qui va tomber après. Donc, il faut que les choses soient claires. Il faut surtout qu'on sente qu'il y a une volonté politique, une solidarité européenne. Moi, je dirais qu'aujourd'hui c'est la chance de l'Europe, d'une certaine façon, mais faut-il qu'elle la saisisse, faut-il que les Etats, les gouvernements voient un peu plus loin. Et s'ils le font, je pense qu'alors on pourra peser dans le concert international et pas être soumis, au fond, à des décisions qui se prennent aux Etats-Unis, parce que à l'heure actuelle c'est ça. Les Etats-Unis prennent leurs décisions, renvoient une partie de la crise à l'Europe et l'Europe reste sans vraiment réagir.
J.-M. Ayrault, je crois que vous vous êtes couché tard cette nuit puisque vous étiez à l'Assemblée pour évoquer le RSA, le Revenu de solidarité active. Vous avez de nouveau exigé que les bénéficiaires du bouclier fiscal paient également la nouvelle taxe de 1,1 % sur les revenus du patrimoine pour financer justement ce RSA ?
C'est une question de justice sociale, parce que pourquoi est-ce qu'il y aurait une petite partie des Français, quelques milliers, au fond, qui se partagent des ristournes fiscales considérables, pourquoi est-ce qu'ils seraient exonérés de cet effort ? Je pense qu'aujourd'hui, on dit qu'il faut supprimer les parachutes dorés, c'est ce que dit le Président de la République, il faudrait commencer par donner l'exemple. Hier soir, on a assisté à une défense et illustration du bouclier fiscal qui paraissait surréaliste. Dans le contexte actuel, je pense que la majorité aurait tout à gagner à faire ce geste. Nous, en tout cas, nous pensons que le RSA va dans la bonne direction, mais faut-il encore que son financement soit vraiment juste. Pour l'instant, il ne l'est pas.
Merci J.-M. Ayrault, d'avoir été en direct, ce matin, sur France Info.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 octobre 2008
Merci d'être en direct ce matin sur France Info. Vous êtes le président du groupe socialiste à l'Assemblée. On va évidemment avec vous parler de la crise. On va vu, hier, que les marchés avaient vécu une nouvelle journée noire sur toutes les places européennes. Que peuvent faire, selon vous, aujourd'hui les gouvernements européens pour tenter de stopper la machine ?
Il faut agir ensemble pour que l'Europe agisse de façon unie et solidaire, ce qui n'est pas le cas jusqu'à présent. La réunion du G4 le week-end dernier allait dans la bonne direction, mais en renvoyant à chaque Gouvernement l'initiative à la fois pour sauver le système bancaire là où il est en défaillance grave, et encore pour protéger les épargnants, et donc ça donne une telle variété d'initiatives que ça crée un malaise et que ça aggrave la perte de confiance. Donc, on a vu les conséquences. Donc, il faut changer de méthode, c'est indispensable. Aujourd'hui, il n'y a qu'une institution, au fond, qui fonctionne, paradoxalement qu'on critique souvent : c'est la Banque Centre Européenne qui injecte des liquidités. Mais les gouvernements qui devraient réagir ensemble, les Etats européens, ne montrent pas que l'Union c'est une force. Et donc, c'est ce que j'attends moi, mais je l'espère parce que c'est une nécessité à la fois pour sauver le système bancaire, éviter la perte de confiance et la fuite en avant, et notamment en protégeant davantage les épargnants, mais il faut aussi prendre des mesures à l'échelle européenne pour soutenir la croissance. Aujourd'hui, il y a une vraie nécessité.
Alors, justement, quand vous parlez d'action concertée de l'Union européenne, c'est-à-dire il faut un plan Paulson à l'européenne ou la création, dont on beaucoup parlé, d'un fonds commun ?
D'abord, il faut que par rapport au système bancaire, qui est fragile, qu'il y ait une vraie solidarité ; que les Etats agissent, oui, mais ça peut atteindre aussi certaines limites. Donc, il faut que l'Europe se prépare à le faire aussi. Il faut aussi qu'on ait la même règle...
... mais de quelle manière ?
... ben, même règle : un fonds de soutien, évidemment, ça c'est tout à fait possible. Et puis, c'est une question de volonté politique. Vous voyez, par exemple, le samedi, Madame Merkel dit « non, pas question de venir en aide aux banques », et le dimanche, elle voit qu'une grande banque allemande est en péril et qu'elle est bien obligée d'intervenir et que l'Etat allemand intervient. Et puis par ailleurs, la protection des épargnants, il faut qu'il y ait les mêmes règles partout. La France aujourd'hui avait dit qu'elle soutiendrait et protégerait ses épargnants, mais en réalité elle n'a rien fait parce que la mesure qui protège au niveau de 70 000 euros les épargnants français, c'est une mesure qui a été prise sous le gouvernement Jospin. Et aujourd'hui, on voit que l'Allemagne fait plus, que les Irlandais avaient fait plus. Il y a quelque chose qui ne va pas. Et puis, franchement, je pense qu'aujourd'hui le grand risque de chute de la croissance est au coeur des grands problèmes de chacun de nos pays, il faut aussi des mesures de soutien à l'économie, et en particulier pour permettre l'accès au crédit des petites et moyennes entreprises, et donc à la fois des règles et à la fois des moyens, à la fois de soutien. C'est ce que les socialistes et sociaux-démocrates qui sont réunis à Paris, là, de l'Union européenne disent, parce que ça fait des années que nous le disons. On passait pour des ringards, mais on voit bien que l'ultra libéralisme conduit à la faillite. Donc, il faut réagir. Et il faut aussi que le gouvernement français revoie son budget parce que dans quelques jours, nous allons l'examiner au Parlement. Manifestement, c'est un budget qui n'est pas adapté à la situation, surtout en ce qui concerne le soutien à la croissance, à l'activité économique. On voit avec les chiffres du chômage qui remontent qu'il y a urgence.
J.-M. Ayrault, vous parlez de protection des épargnants, visiblement les Vingt-sept vont prendre aujourd'hui des mesures concrètes, notamment ils vont relever la garantie de remboursement bancaire de 20 000 à 100 000 euros. Ca fait partie des choses qui peuvent rendre confiance à la fois aux épargnants et au marché ?
Oui, ça c'est sûr, mais pourquoi l'avoir pas fait plutôt ? Aujourd'hui, la France protège les épargnants à hauteur de 70 000 euros, je vous ai dit tout à l'heure que c'était une mesure prise par le gouvernement Jospin, mais l'Irlande protège à 100 %, l'Allemagne aussi. Donc vous voyez bien cette disparité ne va pas, il faut qu'il y ait une lisibilité commune pour qu'il y ait à nouveau la confiance parce qu'on a l'impression qu'il y a toujours une mauvaise nouvelle qui va tomber après. Donc, il faut que les choses soient claires. Il faut surtout qu'on sente qu'il y a une volonté politique, une solidarité européenne. Moi, je dirais qu'aujourd'hui c'est la chance de l'Europe, d'une certaine façon, mais faut-il qu'elle la saisisse, faut-il que les Etats, les gouvernements voient un peu plus loin. Et s'ils le font, je pense qu'alors on pourra peser dans le concert international et pas être soumis, au fond, à des décisions qui se prennent aux Etats-Unis, parce que à l'heure actuelle c'est ça. Les Etats-Unis prennent leurs décisions, renvoient une partie de la crise à l'Europe et l'Europe reste sans vraiment réagir.
J.-M. Ayrault, je crois que vous vous êtes couché tard cette nuit puisque vous étiez à l'Assemblée pour évoquer le RSA, le Revenu de solidarité active. Vous avez de nouveau exigé que les bénéficiaires du bouclier fiscal paient également la nouvelle taxe de 1,1 % sur les revenus du patrimoine pour financer justement ce RSA ?
C'est une question de justice sociale, parce que pourquoi est-ce qu'il y aurait une petite partie des Français, quelques milliers, au fond, qui se partagent des ristournes fiscales considérables, pourquoi est-ce qu'ils seraient exonérés de cet effort ? Je pense qu'aujourd'hui, on dit qu'il faut supprimer les parachutes dorés, c'est ce que dit le Président de la République, il faudrait commencer par donner l'exemple. Hier soir, on a assisté à une défense et illustration du bouclier fiscal qui paraissait surréaliste. Dans le contexte actuel, je pense que la majorité aurait tout à gagner à faire ce geste. Nous, en tout cas, nous pensons que le RSA va dans la bonne direction, mais faut-il encore que son financement soit vraiment juste. Pour l'instant, il ne l'est pas.
Merci J.-M. Ayrault, d'avoir été en direct, ce matin, sur France Info.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 octobre 2008