Texte intégral
Q - Comment jugez-vous le nouveau plan de relance allemand ? Pensez-vous que la chancelière a réagi trop tardivement ?
R - L'Allemagne a fait de gros efforts d'assainissement budgétaires ces dernières années qui expliquent la réflexion des autorités de Berlin. Mais, tout comme le plan de relance de 26 milliards d'euros que le président de la République a annoncé dès le 4 décembre dernier, le plan allemand est nécessaire, car la crise va être profonde outre-Rhin. De plus, le système de décision y est beaucoup plus complexe qu'en France. Angela Merkel dirige une coalition dont un membre, le SPD, plaidait pour une hausse des dépenses publiques et l'autre, la CDU-CSU, était favorable à des réductions d'impôts ! Il lui a donc fallu trouver un compromis.
Q - Il y a aussi le fait que le dialogue franco-allemand n'est pas au beau fixe...
R - Les relations sont bonnes, comme en témoignent les rencontres entre le président de la République et la chancelière ou les échanges entre Bernard Kouchner et Frank-Walter Steinmeier. Mais je crois que la France et l'Allemagne doivent se rapprocher davantage. On a peut-être tendance à défendre nos intérêts de façon séparée. Des terrains d'entente économique doivent être trouvés, en suivant l'exemple d'EADS.
Q - Vous plaidez aujourd'hui pour un plan européen coordonné en faveur de l'automobile.
R - Oui, je suis convaincu qu'il faut coordonner les plans nationaux. Je propose donc un plan européen coordonné de soutien à l'industrie automobile. Le président de la République et Angela Merkel ont défendu cette proposition la semaine dernière et les discussions que j'ai eues mardi à Rome avec le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini et les représentants du secteur automobile italien ont fini de me convaincre de l'utilité de cette démarche. Car l'ensemble des constructeurs ont les mêmes besoins : des primes à la casse, des liquidités, des aides au crédit... Mardi prochain, Luc Chatel et moi réunirons ensemble à Paris une "table ronde" européenne dans le cadre des états généraux de l'automobile, à laquelle participera également la Commission. Le futur plan européen doit intégrer et compléter les aides nationales. Un moyen existe : les prêts de la Banque européenne d'investissement. La décision récente d'allouer 4 milliards d'euros va dans le bon sens, mais est insuffisante, alors que les Etats-Unis vont injecter 25 milliards dans leur industrie automobile. Il faut accroître ces financements. Il faut aussi organiser les aides aux sous-traitants et des investissements communs sur la recherche dans le domaine des moteurs.
Q - Pourquoi vous semble-t-il indispensable d'aider l'industrie automobile européenne, alors que la logique dans une économie de marché est plutôt de laisser jouer la concurrence ?
R - Quand on traverse une crise, le rôle des politiques est d'aider les salariés, soutenir les emplois, même si ce n'est pas économiquement correct. La Commission européenne a infléchi, compte tenu de la crise, les règles conditionnant l'octroi d'aides d'Etat aux entreprises. Il est donc indispensable de se coordonner si l'on veut éviter le chacun pour soi et un dumping qui pourrait être désastreux pour l'emploi. La crise est aussi l'occasion de réfléchir à l'avenir de l'industrie automobile. D'ici à cinq ans, elle s'organisera sans doute autour de huit à dix constructeurs mondiaux. Ils devront être principalement européens. Il nous faut des champions compétitifs, créateurs d'emplois et à la pointe de la technologie. Soit ils naîtront dans la douleur, soit ils résulteront d'une stratégie réfléchie de coopération. Nous le voyons, il est urgent de développer une politique industrielle européenne.
Q - Vous semblez favorable à une mise en sommeil de la politique de la concurrence européenne ?
R - L'industrie européenne doit sortir renforcée de cette crise. Il est essentiel de conserver notre capacité industrielle. Pour cela, nous devons impérativement mettre en place un jeu coopératif entre les grands pays industrialisés de l'Union. La crise a montré les limites d'une concurrence sauvage. Il faut sortir d'une Europe où la concurrence est l'alpha et l'oméga de toutes les politiques, pour aller vers un système de stratégies coopératives et de solidarité. Je travaille donc pour que les relations soient plus fluides entre partenaires européens. C'est mon rôle, au sein du gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre.
Q - Vous devez donc être particulièrement choqué par la crise gazière, qui montre la mauvaise organisation de l'Europe dans ce secteur ?
R - La crise gazière actuelle est inacceptable. Les Slovaques et les Bulgares grelottent en ce moment pour des problèmes d'approvisionnement en gaz : cela ne doit pas se reproduire. Nous avons toute confiance en la Présidence tchèque pour amener les Russes et les Ukrainiens à respecter leurs engagements. Mais, au-delà de la crise actuelle, la mise en place d'une politique énergétique européenne est une priorité absolue. Nous devons donc constituer un maillage de distribution plus dense, constituer des stocks et diversifier nos sources d'énergie.
Q - Quelles leçons tirez-vous de la crise financière ?
R - Dans ce domaine aussi, l'Europe est une solution à la crise. Elle doit apporter des réponses concrètes pour protéger les citoyens. Je ne pense pas que l'on puisse encore se permettre de jouer au chacun pour soi. C'est pourquoi l'Union doit mettre en place une meilleure régulation financière. Mettre un terme aux excès financiers ne relève pas seulement d'une nécessité économique, c'est aussi un impératif moral. L'Europe doit d'abord faire le ménage chez elle et mettre sur pied un système de surveillance des grands groupes financiers. Une option efficace pourrait être la coordination des régulateurs nationaux en liaison étroite avec la Banque centrale européenne. En outre, nous devrons présenter au sommet du G20 du 2 avril une position européenne commune. Il serait impensable qu'on y arrive divisés. Dans la crise, l'Europe doit montrer une unité sans faille.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 janvier 2009
R - L'Allemagne a fait de gros efforts d'assainissement budgétaires ces dernières années qui expliquent la réflexion des autorités de Berlin. Mais, tout comme le plan de relance de 26 milliards d'euros que le président de la République a annoncé dès le 4 décembre dernier, le plan allemand est nécessaire, car la crise va être profonde outre-Rhin. De plus, le système de décision y est beaucoup plus complexe qu'en France. Angela Merkel dirige une coalition dont un membre, le SPD, plaidait pour une hausse des dépenses publiques et l'autre, la CDU-CSU, était favorable à des réductions d'impôts ! Il lui a donc fallu trouver un compromis.
Q - Il y a aussi le fait que le dialogue franco-allemand n'est pas au beau fixe...
R - Les relations sont bonnes, comme en témoignent les rencontres entre le président de la République et la chancelière ou les échanges entre Bernard Kouchner et Frank-Walter Steinmeier. Mais je crois que la France et l'Allemagne doivent se rapprocher davantage. On a peut-être tendance à défendre nos intérêts de façon séparée. Des terrains d'entente économique doivent être trouvés, en suivant l'exemple d'EADS.
Q - Vous plaidez aujourd'hui pour un plan européen coordonné en faveur de l'automobile.
R - Oui, je suis convaincu qu'il faut coordonner les plans nationaux. Je propose donc un plan européen coordonné de soutien à l'industrie automobile. Le président de la République et Angela Merkel ont défendu cette proposition la semaine dernière et les discussions que j'ai eues mardi à Rome avec le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini et les représentants du secteur automobile italien ont fini de me convaincre de l'utilité de cette démarche. Car l'ensemble des constructeurs ont les mêmes besoins : des primes à la casse, des liquidités, des aides au crédit... Mardi prochain, Luc Chatel et moi réunirons ensemble à Paris une "table ronde" européenne dans le cadre des états généraux de l'automobile, à laquelle participera également la Commission. Le futur plan européen doit intégrer et compléter les aides nationales. Un moyen existe : les prêts de la Banque européenne d'investissement. La décision récente d'allouer 4 milliards d'euros va dans le bon sens, mais est insuffisante, alors que les Etats-Unis vont injecter 25 milliards dans leur industrie automobile. Il faut accroître ces financements. Il faut aussi organiser les aides aux sous-traitants et des investissements communs sur la recherche dans le domaine des moteurs.
Q - Pourquoi vous semble-t-il indispensable d'aider l'industrie automobile européenne, alors que la logique dans une économie de marché est plutôt de laisser jouer la concurrence ?
R - Quand on traverse une crise, le rôle des politiques est d'aider les salariés, soutenir les emplois, même si ce n'est pas économiquement correct. La Commission européenne a infléchi, compte tenu de la crise, les règles conditionnant l'octroi d'aides d'Etat aux entreprises. Il est donc indispensable de se coordonner si l'on veut éviter le chacun pour soi et un dumping qui pourrait être désastreux pour l'emploi. La crise est aussi l'occasion de réfléchir à l'avenir de l'industrie automobile. D'ici à cinq ans, elle s'organisera sans doute autour de huit à dix constructeurs mondiaux. Ils devront être principalement européens. Il nous faut des champions compétitifs, créateurs d'emplois et à la pointe de la technologie. Soit ils naîtront dans la douleur, soit ils résulteront d'une stratégie réfléchie de coopération. Nous le voyons, il est urgent de développer une politique industrielle européenne.
Q - Vous semblez favorable à une mise en sommeil de la politique de la concurrence européenne ?
R - L'industrie européenne doit sortir renforcée de cette crise. Il est essentiel de conserver notre capacité industrielle. Pour cela, nous devons impérativement mettre en place un jeu coopératif entre les grands pays industrialisés de l'Union. La crise a montré les limites d'une concurrence sauvage. Il faut sortir d'une Europe où la concurrence est l'alpha et l'oméga de toutes les politiques, pour aller vers un système de stratégies coopératives et de solidarité. Je travaille donc pour que les relations soient plus fluides entre partenaires européens. C'est mon rôle, au sein du gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre.
Q - Vous devez donc être particulièrement choqué par la crise gazière, qui montre la mauvaise organisation de l'Europe dans ce secteur ?
R - La crise gazière actuelle est inacceptable. Les Slovaques et les Bulgares grelottent en ce moment pour des problèmes d'approvisionnement en gaz : cela ne doit pas se reproduire. Nous avons toute confiance en la Présidence tchèque pour amener les Russes et les Ukrainiens à respecter leurs engagements. Mais, au-delà de la crise actuelle, la mise en place d'une politique énergétique européenne est une priorité absolue. Nous devons donc constituer un maillage de distribution plus dense, constituer des stocks et diversifier nos sources d'énergie.
Q - Quelles leçons tirez-vous de la crise financière ?
R - Dans ce domaine aussi, l'Europe est une solution à la crise. Elle doit apporter des réponses concrètes pour protéger les citoyens. Je ne pense pas que l'on puisse encore se permettre de jouer au chacun pour soi. C'est pourquoi l'Union doit mettre en place une meilleure régulation financière. Mettre un terme aux excès financiers ne relève pas seulement d'une nécessité économique, c'est aussi un impératif moral. L'Europe doit d'abord faire le ménage chez elle et mettre sur pied un système de surveillance des grands groupes financiers. Une option efficace pourrait être la coordination des régulateurs nationaux en liaison étroite avec la Banque centrale européenne. En outre, nous devrons présenter au sommet du G20 du 2 avril une position européenne commune. Il serait impensable qu'on y arrive divisés. Dans la crise, l'Europe doit montrer une unité sans faille.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 janvier 2009