Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur les projets de la Fondation Crédit coopératif dans le cadre de la lutte contre l'exclusion et "la culture pour chacun", Paris le 1er décembre 2009.

Intervenant(s) :

Circonstance : 25ème anniversaire de la Fondation du Crédit coopératif à Paris le 1er décembre 2009

Prononcé le 1er décembre 2009

Texte intégral


« Fondation / Crédit / Coopératif » : chacun de ces trois termes juxtaposés qui composent votre nom, a son importance et sa signification. Il est à l'image de vos valeurs et il enracine votre action dans cette économie sociale dont vous êtes, depuis pas moins d'un quart de siècle, un acteur pionnier.
« FONDATION »
Oui, vous remplissez bien un rôle de fondateur, c'est-à-dire de bâtisseur de projets. Dans le terme « Fondation », on entend bien sûr le don, la donation, la générosité : vous vous inscrivez, par là, dans la grande tradition humaniste et même philanthropique, et vous êtes au service de chacun.
Mais il ne s'agit en aucun cas de dépenser à fonds perdus, de dispenser ou de dissiper l'argent et les énergies, mais j'entends aussi dans « fondation » une volonté de fonder, d'établir des projets sur des bases solides et stables, dans la durée. C'est la mission que vous vous êtes fixée, et que vous remplissez avec le succès que chacun connaît. Car vous vous attachez aux fondamentaux et veillez notamment à toujours articuler l'action sur la recherche la plus en pointe. Par là, vous contribuez à construire les fondations de l'économie de demain, qui doit être une économie de la connaissance, c'est-à-dire une économie de la culture. Nous l'avons bien vu, encore tout récemment, en Avignon, une ville que vous connaissez bien vous qui soutenez son grand Festival de théâtre, à l'occasion de la 2e édition du Forum de l'Economie et de la Culture.
Or, pour vous, il est fondamental, justement, de n'exclure personne de la culture pour des raisons au fond superficielles, comme par exemple un handicap. Car comme le dit MONTAIGNE avec une justesse et une humanité profondes, « chaque homme porte en lui la forme entière de l'humaine condition ». Et je suis favorable, pour ma part, à ce que j'appelle la « culture pour chacun » quel qu'il soit, d'où qu'il vienne, c'est pourquoi j'apprécie tout particulièrement votre action d'un mécénat pour chacun, et je souhaite l'encourager. En règle générale, le mécénat porte plutôt sur l'offre culturelle. Vous avez choisi, quant à vous, de favoriser l'accès à cette offre culturelle, notamment du point de vue de l'égalité des chances, et c'est une voie prometteuse pour permettre la rencontre entre tous les publics et l'offre de culture.
Toutes vos actions témoignent de cette haute lutte contre l'exclusion, qui est bien souvent culturelle, en raison de l'intimidation sociale dont est encore trop souvent porteuse la culture. Cet été, nous nous sommes ainsi rencontrés à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration qui accueillait, dans le cadre de l'opération « Les Portes du Temps », des centaines d'enfants de quartiers défavorisés dans des ateliers éducatifs, pour leur faire découvrir cette part essentielle de notre mémoire partagée.
« CREDIT »
Mais nous savons aussi qu'il n'est pas de fondation sans crédit, dans le sens non seulement d'une mise de fond, mais aussi et peut-être surtout de la confiance, de la crédibilité. Et ce crédit est toujours réciproque. C'est à la fois celui que l'on vous fait et celui que vous accordez courageusement aux audaces des artistes et aux quelque 8000 organismes culturels que vous contribuez à faire vivre et grandir. Vous êtes le banquier des cinémas, des théâtres, des troupes de danse, mais vous êtes aussi leur partenaire de confiance. Ils savent qu'ils peuvent compter sur vous. Dans cette période de crise que nous traversons, cela est d'autant plus remarquable.
« COOPERATIF »
Non seulement les fondements n'existent que s'ils sont crédibles, mais aussi, bien entendu, à la condition qu'ils soient durables. Or, rien n'est plus durable que ce qui est collectif - et coopératif. Nous le savons bien, notamment depuis ROUSSEAU, ce qui s'établit par la force, ce qui passe en force, ne dure pas : c'est le contrat, les conventions, les pactes, la coopération qui fondent les actions pérennes. Avec vos partenaires, vous savez faire oeuvre en commun et, par là, contribuer à la qualité de notre vivre-ensemble, une manière de jouer collectif tout en restant attentifs, je le disais, aux singularités de chacun.
Ces 25 ans de la Fondation Crédit Coopératif sont donc bien plus qu'un simple anniversaire : ils marquent la célébration des trois principes que vous avez su faire vivre, prospérer et inscrire durablement dans l'espace public depuis un quart de siècle. Par l'articulation de ces trois exigences indissociables, vous êtes véritablement exemplaires de la part croissante que prend légitimement le mécénat dans l'économie de la connaissance et de la culture. Toute votre histoire le montre, votre ambition est bien de garantir une place et une culture pour chacun, et de refonder à chaque instant, par la confiance et la coopération, la valeur inaliénable dont est porteuse chacune des formes, diverse, variée, « de l'humaine condition ».
En somme, vous ne pouviez mieux choisir, pour célébrer ce moment, que ce magnifique Musée DAPPER, dont l'exposition « L'art d'être un homme » semble, en quelque sorte, résumer votre engagement autour des trois principes solidaires que porte, par-delà le nom, la réalité de la Fondation Crédit Coopératif.
Je vous remercie.
Source http://www.culture.gouv.fr, le 28 décembre 2009