Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur les relations du sport et du développement durable, notamment dans les domaines de l'intégration sociale et de la santé publique, Arc-et-Senans (Doubs) le 16 octobre 2010.

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Circonstance : Assises interrégionales du sport et du développement durable de l'Inter région Centre Est à Arc-et-Senans le 16 octobre 2010

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Texte intégral


C'est un grand plaisir pour moi de participer à la conclusion des Assises interrégionales du sport et du développement durable de l'Inter région Centre Est, ici à Arc et Senans, dans ce lieu si prestigieux de la Saline royale. Un lieu prestigieux, et un lieu symbolique. Un lieu de vie, un lieu d'échange, un lieu de travail et de partage. Un lieu qui, dans sa fonction comme dans son architecture, se place à la confluence de la nature et de l'humain, de l'économique et du social. Un lieu idéal pour ces Assises du sport et du développement durable, dont la vocation première est de rassembler. Rassembler les énergies. Rassembler les compétences. Rassembler les expériences et les bonnes pratiques. Ce rassemblement autour du sport et du développement durable, j'ai souhaité qu'il soit le plus large possible. Nous devons non seulement rassembler l'ensemble du mouvement sportif - ce qui n'est que trop rarement fait - mais aussi mobiliser à l'extérieur de celui-ci. Il fallait à la fois faire appel à des compétences nouvelles, et donner au sport l'occasion de montrer aux autres acteurs ses compétences propres. Ces Assises devaient également faire émerger des préconisations concrètes, adaptées au sport et partagées pour décliner dans le champ du sport la stratégie nationale du développement durable 2010-2013 que nous venons d'adopter collectivement cet été sous la coordination de mon collègue ministre d'Etat en charge du développement durable, Jean-Louis BORLOO. Je dois dire que ce que je viens d'entendre me rassure au plus haut point quant à l'atteinte de ces objectifs et la richesse de votre contribution collective à cette future stratégie. Ces Assises ont d'abord été un espace d'ouverture et de dialogue. Je me réjouis ainsi de la participation très active des représentants des collectivités territoriales, des entreprises, des scientifiques, des ONG environnementales et bien sûr du mouvement sportif et des sportifs eux-mêmes. Il est vrai que l'on ne peut attendre que du positif d'une réflexion qui associe des sportifs comme Vincent DEFRASNE et François BAILLY-MAITRE (dont le double projet est un modèle de cohérence et de pertinence comme un Ministre les rêve...), des associations comme Mountain Wilderness, Alterre Bourgogne et France Nature Environnement, des acteurs économiques comme Outdoor Sports Valley - et tous les autres, qui avez partagé vos expériences ou nourri le plan d'action collectif de vos préconisations. Avec le président du CNOSF, Denis MASSEGLIA, nous avons fait le pari au printemps dernier d'organiser ces Assises en métropole à l'échelle interrégionale et d'en confier la coordination à un binôme composé de l'Etat et du mouvement sportif. Charge à celui-ci d'associer dans le cadre d'un comité de pilotage l'ensemble des acteurs concernés, issus des différentes régions. Le choix d'une telle méthode de concertation devait favoriser un partage des expériences de terrain et des bonnes pratiques, une mise en commun des compétences et des savoirs, et l'établissement d'un diagnostic partagé, essentiels à l'élaboration d'une politique commune. Autant dire qu'il s'agissait d'un pari, qui s'inspirait clairement des principes d'une démarche de développement durable, nous obligeant ainsi à renouveler nos méthodes de travail et nos habitudes. Ce pari semble gagné aujourd'hui, ce qui laisse augurer de belles perspectives et dynamiques de travail, tant en Franche-Comté, en Bourgogne et Rhône-Alpes qu'à d'autres niveaux territoriaux. Au sein de chaque région, les acteurs locaux ont su se fédérer autour d'un comité d'organisation local composé des services de l'Etat, des collectivités locales et du mouvement sportif, pour assurer la réussite des différentes tables rondes. Je remercie tout particulièrement le conseil régional de Franche-Comté et le conseil général du Doubs pour leur réel soutien à l'organisation et au financement de cette journée. Je souhaite également apporter mes remerciements les plus sincères à Madame Odette DURAND, qui représente le CNOSF, pour avoir su parfaitement mobiliser le mouvement sportif dans cet exercice original. Mes remerciements s'adressent également à Monsieur Nacer MEDDAH, Préfet de région Franche-Comté, pour avoir bien voulu assurer la délicate mission de Préfet « coordonnateur » à une échelle territoriale inédite jusqu'alors, ainsi qu'à la directrice régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale de Franche-Comté, Madame Aude MORVAN-JUHUÉ, pour avoir su à la fois impulser un élan collectif, fédérer les énergies et animer efficacement les travaux. Ces Assises du sport et du développement durable, parce qu'elles ont aussi permis de poser des questions qui dérangent et de proposer des solutions inédites, représentent une opportunité formidable. Celle de faire avancer une réflexion globale, de renouveler le débat et d'oser l'innovation et l'expérimentation.
Le sport contribue d'emblée, de façon positive, à plusieurs défis du développement durable, tels que l'insertion sociale et la santé publique. Le sport est aussi l'activité qui rassemble le plus grand nombre de citoyens venus de leur propre initiative dans des structures encadrées, ce qui le rend particulièrement propice à la transmission de savoirs et de valeurs, ainsi qu'à l'acquisition de comportements et d'attitudes respectueux du développement durable. Pour autant, comme toute activité humaine, le sport nécessite l'utilisation d'énergie et de ressources naturelles qui sont autant d'impacts environnementaux potentiels. Dans ce domaine, de nombreuses initiatives ont déjà été prises par les dirigeants sportifs ? les interventions précédentes viennent d'en témoigner ? pour réduire efficacement l'impact environnemental de la pratique sportive. Vous l'avez rappelé aujourd'hui, le sport doit assumer sa part de responsabilité. Etre responsable, c'est d'abord réfléchir à l'impact (environnemental, économique et social) de son organisation et de sa pratique. C'est aussi être une force de proposition crédible et incontournable. Anticiper et proposer dès maintenant des solutions. Certes, les contraintes à venir ne doivent pas être ignorées. Mais nul ne peut mieux que le mouvement sportif et ses partenaires réfléchir à une intégration intelligente et responsable de ces contraintes, qui soit de nature à préserver, voire renforcer, le modèle sportif français. En matière de gouvernance du sport, le constat est assez simple : tout le monde en parle... et puis on s'arrête là. Rien n'a jamais été réellement fait pour repenser le système existant, qui se résume le plus souvent à un tête-à-tête entre l'Etat et le mouvement sportif.
D'ores et déjà, ces Assises nous ont permis d'associer d'autres acteurs aux débats, ici à Arc et Senans, comme au sein des neuf autres Assises interrégionales du sport et du développement durable organisées partout en France. J'ai décidé de poursuivre cette démarche et je vais proposer à nos partenaires la création d'une instance nationale à la composition élargie, qui serait chargée du suivi de la mise en oeuvre des décisions prises à l'issue de chacune des Assises.
Dans ces échanges, une place doit être faite aux industries du sport. Poussées à continuellement s'adapter aux attentes de leurs clients, elles constituent d'irremplaçables baromètres de la pratique sportive des Français ainsi que des lieux de création et d'innovation. Elles sont pourtant le plus souvent les oubliées de cette réflexion. Aucun véritable dialogue n'existe, aucun partage des connaissances ou des expériences, trop peu de projets en commun.
C'est pourquoi j'ai décidé de signer une convention avec la fédération des professionnels du sport qui fédère la très grande majorité des fournisseurs et vendeurs de matériels et d'articles de sport.
Cette seule initiative ne suffira pas. Il faudra d'autres gestes forts à l'égard des industries du sport. C'est le sens de la réflexion que j'ai engagée avec les représentants du comité sport du MEDEF pour jeter les bases d'un travail en commun durant les prochaines semaines. Car sans les entreprises, sans l'implication du monde économique, aucune politique ambitieuse en matière de développement durable dans le sport ne sera possible.
Un pôle de compétitivité dans le domaine du sport et notamment des sports d'outdoor, qui génèrent une économie très importante, semblerait de nature à répondre à des besoins non satisfaits.
Enfin, il ne faut pas non plus hésiter, selon les sujets, à inclure des acteurs qui n'interviennent pas habituellement dans le champ du sport, mais dont l'expertise est indiscutable. C'est une richesse que vous avez encore confirmé aujourd'hui.
Dans cette gouvernance élargie, l'Etat doit réinventer sa place. Les Assises du sport et du développement durable ont permis de rappeler le rôle irremplaçable de l'Etat dans le sport et les politiques publiques, pour peu qu'il sache s'adapter à ce nouveau contexte, imaginer de nouvelles régulations et mobiliser l'ensemble de ses ressources.
L'Etat doit d'abord avoir un rôle d'impulsion et de coordination. Il doit aussi avoir un rôle d'expertise reconnue. C'est tout le sens de la mission sport et développement durable que j'ai voulu créer en début d'année au sein de la direction des sports, et dont je tiens à saluer le responsable, Eric JOURNAUX, et son adjoint Arnaud JEAN, pour leur mobilisation sans relâche et la qualité de leur travail.
Ce double rôle d'impulsion et d'expertise, au sein d'une gouvernance élargie et repensée, prend tout son sens dans l'organisation des événements sportifs. De nombreuses interventions ont souligné l'importance prise par les critères de développement durable dans cette organisation. Ce sujet est majeur : ce sont en effet près de 2 millions 500 000 manifestations sportives qui sont organisées chaque année en France.
Ce qui vaut pour les événements locaux ou régionaux (et vous avez montré que les bonnes pratiques ne manquaient pas) doit a fortiori valoir pour les grands événements internationaux. C'est pourquoi je soutiens très naturellement la volonté des membres du comité de candidature d'Annecy (ces Assises, vous le savez, sont également celles de la région Rhône-Alpes) pour que les Jeux Olympiques d'hiver de 2018 soient la vitrine prestigieuse de ce savoir-faire et que les grands événements sportifs de ski organisés en 2011 dans cette région s'inscrivent systématiquement dans une démarche éco-responsable. Car il y a un vrai savoir-faire français en ce domaine, aussi bien dans le mouvement sportif, dans les collectivités et les services de l'Etat que dans les grandes entreprises françaises impliquées dans le développement durable. Je souhaite promouvoir un modèle français d'organisation durable des événements sportifs, de tous niveaux, irréprochable dans la conception des dossiers et la préparation des compétitions, innovant dans leur animation et exemplaire dans le processus d'amélioration continue. Vous l'avez compris, et ce sera ma conclusion, mon ambition est élevée. Je suis résolument dans l'action. Je veux engager pleinement mon ministère et, à travers lui, l'ensemble des acteurs du sport, dans un projet qui permette de mieux intégrer le sport dans les politiques interministérielles et de l'inscrire de plain-pied dans la Stratégie Nationale du Développement Durable et le Plan administration exemplaire. J'ai ainsi demandé au Centre national de développement du sport d'adopter dès 2011 des dispositions structurantes pour intégrer la prise en compte du développement durable dans toutes les facettes du financement des politiques publiques du sport. Les conventions d'objectifs signées par mon ministère avec chacune des fédérations sportives prendront également en compte cet enjeu de façon systématique. Ce projet devra nous permettre d'inventer le sport de demain. Le sport doit faire sa révolution. Nous devons faire notre révolution : celle des comportements, celle des pratiques, celle de l'organisation, celle de l'intelligence. Nous devons inventer un sport durable, au coeur de la société, qui soit une référence en termes de gouvernance, d'inclusion sociale, d'écologie ou d'éthique. Un sport animé par le souci de soi, le souci des autres, le souci du monde. C'est ensemble que nous ouvrons ce nouveau chapitre. En montrant aujourd'hui qu'il était prêt à relever ce défi immense - tant environnemental qu'économique ou social - que représente le développement durable, le sport confirme, une nouvelle fois, qu'il est un fait de société majeur. La cité idéale de Claude-Nicolas LEDOUX, l'architecte de la Saline, est restée une utopie. La révolution française était passée par là. La révolution sportive qui s'esquisse aujourd'hui, cette révolution que nous mettons en place et que le sport doit mettre en place, n'est pas une utopie. Plus de deux siècles plus tard, elle dessine à son tour une forme de cité sportive idéale, que je suis heureuse de construire à vos côtés.
Je vous remercie.
Source http://www.sports.gouv.fr, le 22 octobre 2010