Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, sur les relations entre le sport et le développement durable, notamment l'intégration sociale, l'éducation par le sport et la gouvernance du sport, Paris le 19 octobre 2010.

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Circonstance : Assises du sport et du développement durable de la région Ile de France à Paris le 19 octobre 2010

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Texte intégral


C'est un grand plaisir d'être parmi vous aujourd'hui et de pouvoir conclure les Assises du sport et du développement durable de la région Ile-de-France, co-organisées par le ministère des sports et le CNOSF.
Les grèves n'ont pas facilité l'organisation de cette journée, mais je tenais néanmoins à être ici, avec vous.
Car l'événement est important.
Ces Assises, comme celles qui se sont déroulées ou se dérouleront dans neuf autres régions et territoires, sont en effet au coeur même d'un immense travail en commun qui doit nous permettre, d'ici la fin de l'année, de renouveler les politiques du sport et de définir une stratégie partagée du sport et du développement durable. C'est une révolution qui est en cours. Sans coups d'éclat ni drames mais qui bouleversera les comportements et les pratiques.
Le 20 mai dernier, la journée de lancement des Assises avaient ouvert cinq chantiers nationaux prioritaires :
- 1) le rôle du sport comme espace d'éducation et de sensibilisation,
- 2) la place des équipements sportifs dans la ville durable,
- 3) la stratégie de la France en matière d'événements sportifs durables,
- 4) la gouvernance du sport,
- 5) le rôle de l'Etat au sein de celle-ci.
Je l'avais cependant souligné lors de mon discours de clôture : ces chantiers nationaux ne pourraient être menées à bien que grâce à une mobilisation des forces vives du sport français, de ses acteurs de terrain : les sportifs, les associations, les services déconcentrés de l'Etat, les collectivités, les acteurs économiques.
L'organisation de ces Assises territoriales s'imposait donc comme une évidence. C'est aujourd'hui une évidence en marche.
Elle était cependant aussi un pari. Car rien ne garantissait, une fois le 20 mai passé, que ces Assises vous intéresseraient, qu'elles vous mobiliseraient, qu'elles vous rassembleraient. Ce pari, je crois, est en passe d'être gagné.
Avec l'Ile-de-France, nous en sommes déjà à nos sixièmes Assises organisées, après celles de la Réunion, de la Guyane et des inter-régions Nord-Est (à Metz), Centre-Ouest (à Bourges) et Centre-Est (à Arc-et-Senans). Chacune a été l'occasion d'un vaste rassemblement des acteurs du sport et du développement durable, et le lieu de débats extrêmement enrichissants.
Il me semblait essentiel à cet égard d'y être présente autant que possible. Je devais ainsi conclure samedi dernier la journée des Assises d'Arc-et-Senans regroupant les régions de Rhône-Alpes, Franche-Comté et Bourgogne. Les grèves, déjà, en ont malheureusement décidé autrement...
Ce n'était cependant que partie remise et je suis très heureuse de pouvoir me joindre à vous cet après-midi.
Je remercie à ce titre le CNOSF et sa vice-présidente Françoise SAUVAGEOT, qui ont bien voulu nous accueillir aujourd'hui.
Je remercie Monsieur le préfet de région pour sa présence, ainsi que tous ceux qui ont contribué à organiser et animer cette journée, en particulier Francis TISSOT, président du CROS Ile-de-France, Gilles GRENIER, Directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, et Fabienne BOURDAIS, son adjointe.
Je salue tout particulièrement Denis CHEMINADE, qui a animé la dernière table-ronde de la journée sur l'éducation et la formation, et qui est l'un des grands pionniers dans le monde du sport en matière de développement durable. Sans des personnalités de son envergure, sans leur travail précurseur, il n'est pas certain que nos Assises auraient pu voir le jour.
Je n'oublie pas non plus les équipes nationales qui aident à l'organisation de chacune des Assises territoriales : Eric JOURNAUX, qui dirige la mission sport et développement durable de la Direction des sports, et Arnaud JEAN, son adjoint, ainsi que Virginie MEUNIER et toute l'équipe du bureau de la communication.
Je salue enfin l'ensemble des participants qui ont bien voulu participer aux débats de la journée. Les Assises de la région Ile-de-France sont bien ce moment d'ouverture, de dialogue et de partage des expériences que nous avions tous appelé de nos voeux le 20 mai dernier.
J'en profite pour souligner tout particulièrement - vous me permettrez d'être un peu de parti pris - l'engagement des services de l'Etat dans ces Assises. L'année 2010 n'a pas toujours été évidente. Les changements ont été nombreux et il vous a fallu trouver de nouveaux repères. Je suis donc d'autant plus admirative devant votre investissement sans faille.
La journée d'aujourd'hui, ses débats sont indispensables.
Indispensables car les Assises doivent permettre d'intégrer pleinement le champ du sport dans la stratégie nationale du développement durable 2010-2013.
Indispensables aussi car les Assises sont l'occasion de se ré-emparer de sujets cruciaux que nous avons trop négligé dans le passé.
L'éducation par le sport - la dernière table-ronde d'aujourd'hui l'a rappelé avec force - est un de ces sujets. Avec près de la moitié des 16 millions de licenciés qui ont moins de 19 ans, nous connaissons tous le potentiel du sport dans ce domaine.
Mais son rôle éducatif n'a pourtant rien d'une évidence. La pratique sportive à elle seule ne suffit pas à partager un savoir, à transmettre des règles, à modifier des comportements. Elle a besoin pour cela de s'inscrire dans un véritable projet éducatif.
Certaines associations ont relevé le défi avec succès et constituent des modèles à suivre. Mais pour que leurs bonnes pratiques puissent devenir le fondement d'une véritable politique nationale, encore faut-il être capable de recenser les actions existantes, de tirer les leçons de leurs succès, ou de leurs échecs, de construire des outils d'intervention et de les mettre à disposition d'autres associations.
Vous l'avez largement souligné aujourd'hui, ce rôle éducatif peut également s'appuyer sur le formidable relais que constituent les deux millions et demi de manifestations sportives organisées chaque année en France. L'Ile-de-France ne manque pas à cet égard d'événements exemplaires comme ceux présentés ce matin :
- les « Foulées olympiques », organisées par le Comité départemental olympique et sportif des Yvelines,
- la course à pied Paris-Versailles,
- l'Intégrathlon, lancé par cinq communes de Seine-Saint-Denis et fédérant les acteurs du sport et du handicap,
- et le Pandathlon organisé par le WWF France.
De même, j'attends également beaucoup des Assises territoriales sur la question des équipements sportifs.
C'est un constat que nous avons tous fait : nos équipements sont trop focalisés sur la seule pratique sportive ; ils ignorent les autres besoins des pratiquants et des bénévoles et ne sont pas assez adaptés aux projets éducatifs portés par les associations.
Ce sujet est particulièrement important dans une région-métropole comme l'Ile-de-France, où les liens sociaux sont à recréer en permanence.
Je n'ai d'ailleurs pas l'intention de perdre du temps sur cette question primordiale. Dès l'année prochaine, le CNDS prendra ainsi en compte dans ses décisions de financement de nouveaux critères écologiques et sociaux afin, notamment, que les équipements sportifs subventionnés favorisent davantage le travail éducatif des associations et la mixité sociale.
Il reste encore un travail technique important à réaliser pour affiner les critères de décision et d'évaluation. Mais la volonté politique est là, n'en doutez pas un instant.
Enfin, notre réflexion ne doit pas oublier les grands équipements et les grands événements si nous souhaitons que le sport français tienne son rang international.
D'abord, parce que dans un contexte de concurrence accrue pour accueillir de grandes manifestations sportives, nous voyons bien qu'une attention de plus en plus grande se porte sur l'exemplarité écologique, économique et sociale des candidatures.
Ensuite, parce qu'en ces temps de contrainte budgétaire, nos concitoyens seront de plus en plus réticents à mobiliser d'importants moyens publics si on ne leur montre pas que les grands projets sportifs ont une réelle utilité pour le reste de la société.
C'est pourquoi j'ai souhaité l'élaboration d'une stratégie française « durable » pour nos grands projets sportifs afin de ne plus être dans l'improvisation et de travailler beaucoup plus en amont sur ces projets dans une perspective de développement durable.
La région Ile-de-France dispose là aussi de cas d'école - je pense par exemple au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines - qui mériteraient d'être mieux étudiés.
C'est peut-être là le principal enjeu des Assises du sport et du développement durable : montrer qu'à chaque problème national il existe une multitude de solutions locales.
Cela est notamment vrai pour le sujet de la gouvernance du sport en France.
Je ne crois pas que cette question doive être nécessairement abordée par le haut. Les petits marchandages au niveau national n'intéressent d'ailleurs pas grand monde.
Construire une nouvelle gouvernance, ce n'est pas organiser une répartition des pouvoirs au sommet, un Yalta du sport français.
Construire une nouvelle gouvernance du sport, c'est aider les services de l'Etat, les responsables régionaux et départementaux du sport, les associations sportives, les sportifs, les ONG, les entreprises à travailler ensemble, à mutualiser leurs expériences, à développer des outils en commun, à définir des objectifs partagés...
Je crois aux choses concrètes. Je crois aux journées de travail comme celle organisée aujourd'hui, enracinées dans des thématiques concrètes.
La nouvelle gouvernance du sport, ce sont les acteurs du sport qui se sont réunis à la Réunion au début du mois ; à Metz, Bourges et Arc-et-Senans la semaine dernière ; à Paris aujourd'hui ; à Boé, Marseille, Rennes et Pointe-à-Pitre dans les prochaines semaines.
La nouvelle gouvernance du sport, c'est vous.
Et c'est donc ensemble que nous inventerons le sport de demain.
Comme je vous l'ai dit, nous travaillons en quelque sorte à une révolution : une révolution des comportements, une révolution des pratiques, une révolution de notre manière de penser le sport. Une révolution surgit d'en bas et non pas imposée d'en haut. Une révolution immédiate, qui ne renvoie pas à plus tard les décisions difficiles. Une révolution du concret.
Je vous remercie pour tout le travail accompli et je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour mettre en oeuvre cette révolution, cette stratégie partagée dont vous avez ouvert la voie.
Source http://www.sports.gouv.fr, le 22 octobre 2010