Interview de Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, dans "Les Echos" du 25 octobre 2010, sur les décisions prises en faveur d'un nouveau système monétaire international.

Texte intégral

- A l'issue de la réunion des ministres des Finances du G20, le risque de guerre des changes vous paraît-il écarté ?
La détermination collective était effectivement d'éviter une guerre des changes. Les ministres ont expressément débattu de ce sujet. Nous nous sommes engagés à ne pas recourir à des politiques de dévaluations compétitives. Mais nous avons également convenu de nous fixer des objectifs plus larges au niveau de nos balances des transactions courantes, sans stigmatiser un pays particulier. Tous, pays excédentaires comme pays déficitaires sur le plan commercial, doivent d'être vigilants quant à l'évolution de leurs échanges. Certes, nous n'avons pas instauré d'objectifs chiffrés souhaités par l'administration américaine. Car la situation des pays membres du G20 est différente. En particulier, les pays fortement exportateurs de matières premières ont fait valoir que leur balance commerciale était de nature différente. Au final, nous avons convenu d'un « chemin de paix », mais nous n'avons pas encore les instruments à notre disposition. Cela présage des travaux de la présidence française du G20, l'an prochain. Ces travaux correspondent à l'un des objectifs du président Nicolas Sarkozy, qui est de travailler à l'élaboration d'un nouveau système monétaire international.
- Justement, diriez-vous que le G20 a posé la première pierre d'un nouveau système monétaire international ?
Oui parce qu'en tournant le dos à la «guerre des monnaies», c'est déjà établir un diagnostic qui ouvre le chemin vers un nouveau système monétaire international fondé à la fois sur des politiques de change mais également sur des politiques monétaires et des politiques macroéconomiques.
- Tim Geithner était en faveur d'une sorte de « pacte de stabilité commercial » visant à limiter les déficits et les excédents courants à 4% du PIB. Pourquoi cette idée n'a-t-elle pas été retenue ?
Je suis favorable à la résorption des déséquilibres commerciaux mondiaux, qui ne sont pas propices à nos exportateurs. Aujourd'hui, la zone euro subit le contrepoids d'un dollar plutôt affaibli, de l'absence, en Chine, d'une monnaie flottant librement et de la politique des pays émergents en surchauffe comme la Corée et le Brésil. Tout ce qui visera à rétablir les équilibres commerciaux est important. L'objectif de 4% mis en avant par nos partenaires américains était, certes, une démarche audacieuse, mais trop uniforme pour être adoptée en l'état. Cela dit, le fait que nous nous engageons à mettre en place des référentiels pour ajuster nos balances des paiements courants est un véritable progrès.
- Jugez-vous intact le degré de coopération et de concertation du G20 ? Qu'attendez-vous du sommet des chefs d'Etat de Séoul le mois prochain ?
Ce qui m'a frappée lors de cette réunion, c'est la nécessité impérieuse de la concertation et du dialogue. La présidence française du G20 suivra ce principe. Les diktats, les exigences, les arrogances ne sont plus de mise au sein du G20. Le positionnement respectif des pays émergents, le rôle majeur joué par l'économie chinoise sont des nouvelles réalités dont nous devons tenir compte. Je mettrais également en avant la solidarité européenne. En particulier dans le cadre de la réforme du Fonds monétaire international. Le fait que l'Europe ait arrêté une position commune, que les Européens se soient soutenus par rapport aux propositions émanant des uns et des autres a été déterminant pour parvenir à une réforme du Fonds conforme aux objectifs fixés par les chefs d'Etat lors du sommet de Pittsburgh, en septembre 2009.
- Vous êtes donc entièrement satisfaite de l'accord réformant la gouvernance du FMI ?
Tout le monde a contribué à ce qu'il soit satisfaisant. L'objectif du sommet de Pittsburgh était de transférer au moins 5% des droits de vote vers les pays émergents dynamiques sous-représentés. Avec plus de 6%, nous sommes allés au-delà de l'engagement des chefs d'Etat. Les Américains et les Européens ont cédé une partie de leurs droits. L'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France conservent leur siège d'administrateur. L'influence de la France au sein de l'institution est maintenue.
- La prochaine réunion des ministres des Finances aura lieu sous présidence française à Bercy en février. Quelles seront les priorités de ce rendez-vous ?
Bercy accueillera effectivement cette rencontre. Les sujets ne manquent pas. Nous devrons nous assurer du suivi de la régulation financière mis en oeuvre au cours des mois précédents. Nous poursuivrons le débat sur la réforme du système monétaire international, bon nombre de groupes de travail s'étant déjà saisis de cette question. Avec la participation de la Banque mondiale, du Conseil de stabilité financière et du Forum international de l'énergie, nous nous attellerons à la réforme des marchés de matières premières et leurs dérivés. Enfin, les questions relatives à la gouvernance mondiale, le développement et les financements innovants seront aussi sur la table.
Source http://www.minefe.gouv.fr, le 26 octobre 2010