Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur la planification familiale en Afrique de l'Ouest, à Ouagadougou (Burkina Faso) le 8 février 2011.

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Circonstance : Déplacement en Mauritanie et au Burkina Faso du 6 au 8 février-Conférence "Population, développement et planification familiale en Afrique de l'Ouest : l'urgence d'agir", à Ouagadougou (Burkina Faso) le 8 février 2011

Prononcé le

Texte intégral


Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Je tiens tout d'abord à remercier très chaleureusement les autorités burkinabé, au premier rang desquelles Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, pour avoir permis d'organiser cette conférence à Ouagadougou.
Je tiens également à remercier vivement l'ensemble des partenaires : les Etats-Unis, coorganisateurs de cet événement, la Fondation Hewlett, la Fondation Bill Gates, et les différentes organisations internationales qui, aux côtés de mon ministère et de l'Agence française de Développement, se sont mobilisés pour que cette conférence puisse voir le jour. Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui et très content que les pays de la région aient répondu à notre appel.
Il s'agit d'un moment sans précédent : la première conférence de haut niveau sur la population et la planification familiale en Afrique de l'Ouest.
Disons-le en toute franchise, ces questions jusqu'à présent n'ont pas toujours reçu l'attention qu'elles méritent de la part des décideurs politiques. Pourtant, la population et la planification familiale sont étroitement liées aux défis auxquels sont confrontés les pays de la région : le soutien à la croissance économique, la lutte contre la pauvreté, et plus généralement l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Qui peut dire en effet que la question démographique n'est pas un sujet essentiel pour l'Afrique ? Le continent a franchi l'an dernier la barre du milliard d'habitants. Autour de 2025, l'Afrique devrait compter 1,5 milliard de personnes, et peut-être jusqu'à 2,3 milliards en 2050. En son sein, l'Afrique de l'Ouest francophone qui compte aujourd'hui plus de 110 millions d'habitants, devrait passer à 170 millions en 2025 puis à 280 millions en 2050. Autrement dit, la population de la sous-région pourrait être multipliée par 2,5 en quarante ans. La population du Burkina Faso, si l'on en croit ces prévisions, pourrait même tripler et celle du Niger quadrupler. Cette progression extrêmement rapide de la population tient d'abord à un taux de fécondité parmi les plus élevés au monde, 5,2 enfants par femme, deux fois supérieur à la moyenne des pays en développement. Elle résulte aussi d'une offre insuffisante de planification familiale dans les pays de la région, notamment en matière de contraception. Voilà les raisons qui justifient que nous soyons réunis aujourd'hui pour cette importante conférence.
Je suis de ceux qui croient que la force de sa démographie peut être une chance pour l'Afrique, et aussi pour le monde. Alors que les économies avancées connaissent un inexorable vieillissement, certains pays voyant même leur population diminuer, la croissance démographique de l'Afrique lui assure un réservoir inépuisable de main-d'oeuvre et un marché intérieur en pleine expansion. De plus, cette population est jeune : près de 60% des Africains ont moins de 25 ans. Ne sous-estimons pas le potentiel que représente pour le monde une telle somme d'énergie, de dynamisme et de créativité. La jeunesse du monde et donc son avenir sont, sans le moindre doute, africains.
Toutefois, nous voyons bien aussi les sérieuses difficultés en matière de développement que crée immanquablement un tel rythme de croissance démographique. Si la population augmente plus vite que les richesses, comment espérer nourrir, éduquer, soigner, et former des générations toujours plus nombreuses ? C'est bien pourquoi il n'y a guère d'exemple de pays dont le décollage économique n'ait pas été accompagné, à un moment ou l'autre, par une transition démographique.
Ne perdons pas de vue, en outre, que la question de la planification familiale ne se réduit pas à des chiffres de croissance ou des statistiques de PIB. C'est aussi un sujet très personnel et intime pour les femmes et les couples. Il faut avoir également à l'esprit toutes les représentations symboliques, religieuses ou philosophiques qui, dans toutes les sociétés du monde, entourent la procréation. C'est sans doute pourquoi ce sujet peut déranger certains. Nous devons avoir conscience de cette dimension. Nous ne devons pas, pour autant, accepter qu'elle soit utilisée comme prétexte pour le silence et l'inaction.
Car ce sont les femmes qui souffrent les premières de la situation actuelle. En Afrique de l'Ouest francophone, le quart des femmes qui souhaitent espacer les naissances ou arrêter d'avoir des enfants n'ont pas accès à une méthode de contraception sûre et efficace. Des millions de grossesses non planifiées surviennent en Afrique chaque année. Elles conduisent plus de 4 millions de filles et de femmes à recourir à un avortement clandestin, aggravant ainsi la morbidité et la mortalité. N'oublions pas qu'avec 14% de la population mondiale, l'Afrique concentre plus de la moitié des décès maternels dans le monde. Cela n'est plus acceptable aujourd'hui.
Les femmes et les couples doivent avoir la possibilité, s'ils le souhaitent, d'accéder à des services de santé reproductive et de planification familiale de qualité. Cela passe par une prise de conscience au sein de l'ensemble de la société. Le droit à être informé et le droit à accéder aux services de la santé génésique doivent permettre à tous les couples de choisir librement à quel moment ils veulent avoir un enfant. Les hommes doivent également s'impliquer davantage aux côtés des femmes pour faire avancer ce droit. Il est important de souligner aussi à quel point la scolarisation, des filles notamment, et l'alphabétisation peuvent aider à ces choix. Pour que ces conditions soient remplies, un engagement politique fort est nécessaire de la part des pays de la sous-région.
Heureusement, l'Afrique n'est pas seule face à ces défis. Au plan international, le Sommet sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui s'est tenu en septembre 2010 à New York a souligné l'importance d'accroître la mobilisation de la communauté internationale sur les OMD 4 et 5, relatifs à la santé des enfants et des mères. Peu de temps auparavant, les pays membres du G8 ont lancé au Sommet de Muskoka une grande initiative en faveur de la santé de la mère, du nouveau-né et de l'enfant. La France est l'un des contributeurs majeurs à cette initiative. Par la voix du président de la République Nicolas Sarkozy, notre pays s'est engagé à hauteur de 500 millions d'euros sur les cinq années à venir. Je tiens ici à réaffirmer l'engagement de la France sur ce sujet.
Ces engagements importants seront déclinés à la fois sur le plan bilatéral et multilatéral. S'agissant du volet bilatéral, je peux vous annoncer que la France va consacrer entre 2011 et 2015 années un total de 100 millions d'euros aux pays francophones d'Afrique de l'Ouest, pour des actions qui porteront principalement sur la santé reproductive et la planification familiale. Ces projets seront mis en oeuvre dès 2011, en partenariat avec les pays bénéficiaires et à travers nos dispositifs de coopération bilatéraux et l'Agence française de développement. Nous souhaitons pouvoir lancer très rapidement un dialogue avec vos pays pour mettre en oeuvre ces initiatives, qui seront avant tout les vôtres, car elles découleront de vos propositions.
S'agissant du volet multilatéral, les actions que nous financerons seront pilotées sur le terrain par les principales organisations internationales compétentes : l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et l'UNICEF. Nous travaillons actuellement avec ces organisations afin d'élaborer des propositions pour vos pays. Nous mobiliserons également le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. La France est le premier contributeur européen au Fonds mondial et elle y a activement soutenu la création d'un volet d'activités spécifique à la santé de la mère et de l'enfant.
Je souhaite également saluer l'engagement des Etats-Unis en matière d'aide internationale à la planification familiale. Nous connaissons tous la place éminente que cette question occupe depuis longtemps dans la politique de coopération des Etats-Unis. Et nous apprécions l'importante contribution de nos amis américains à la tenue de cette conférence.
Au moment de conclure mon propos, je souhaiterais vous faire part d'une conviction, qui se résume en un message très simple. En matière de planification familiale, il est aujourd'hui possible pour l'Afrique de l'Ouest francophone de réaliser de grandes avancées en très peu de temps. L'état des lieux est désormais bien connu. Des moyens importants sont maintenant disponibles à travers les canaux bilatéraux et multilatéraux, et je n'oublie pas le rôle des grandes fondations privées. D'ailleurs, un grand nombre de solutions qui bénéficient directement aux femmes sont peu coûteuses. Pour être efficace, tout ce dispositif doit être animé par une impulsion politique provenant des pays de la région. Sans votre engagement, sans vos propositions au niveau stratégique et votre implication au niveau du terrain, nous ne pourrons pas enregistrer de progrès durables face au défi démographique.
Cette conférence est étape importante, mais ce n'est qu'une première étape. J'espère qu'elle permettra de donner aux questions de population et de planification familiale la place qui doit être la leur dans l'agenda ouest-africain. Je suis confiant dans le succès de cette réunion, et je suis sûr que les orientations qui seront adoptées pourront être rapidement concrétisées sur le terrain. Il est en effet urgent d'agir. Je crois que nous partageons tous la même confiance dans l'avenir de l'Afrique, et la même lucidité sur les défis à surmonter. Soyez assurés que sur ces sujets la France sera à vos côtés, dans un esprit de coopération, de respect mutuel et de grande amitié.
Je vous remercie.
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 février 2011