Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, à RTL le 29 mars 2011, sur la violence et le harcèlement scolaires, ainsi que sur le débat sur la laïcité.

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Média : Emission L'Invité de RTL - RTL

Texte intégral


 
 
 
JEAN-MICHEL APHATIE Une enquête de l’UNICEF réalisée au prix de 12.000 enfants scolarisés dans 157 écoles primaires et situées dans dix académies nous apprend qu’un élève sur dix souffre dans les écoles de violences physiques ou psychologiques et de cela cet enfant n’en parle à personne ni à ses enseignants ni à ses parents. Ce constat vous surprend t-il Luc CHATEL ? Comment pouvez-vous y remédier ?
 
LUC CHATEL Alors malheureusement il ne me surprend pas parce qu’il y a un an nous avions organisé les Etats Généraux sur la sécurité à l’école et le gouvernement avait décidé de s’attaquer à toutes les formes de violence à l’école. Bien sûr celles dont on parle souvent les violences physiques, les agressions, mais aussi les violences cachées. Et dans les violences cachées il y a tout ce qui touche aux discriminations et en particulier le harcèlement. Et cette enquête et la première qui est réalisée dans le premier degré dans les écoles et qui nous permet d’avoir une vision objective des choses. En gros pour neuf enfants sur dix l’école est plutôt un lieu d’épanouissement.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ca se passe bien.
 
LUC CHATEL Mais pour un sur dix c’est un lieu qui fait l’objet de souffrance pour les élèves et ça doit nous interpeller.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Alors c’est beaucoup un sur dix, trop d’enfants souffrent.
 
LUC CHATEL C’est beaucoup, trop d’enfants.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Comment on peut les aider ?
 
LUC CHATEL Ca n’est pas une spécificité française d’ailleurs. J’ai été récemment au Québec et le Québec a engagé un programme très intéressant pour lutter contre cela. Le président Barack OBAMA vient de lancer une campagne spécifique pour la lutte contre le harcèlement scolaire.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Aux Etats-Unis.
 
LUC CHATEL Donc c’est vraiment une question qui concerne l’ensemble des pays développés. Alors que pouvons-nous faire ? D’abord nous nous sommes attaqués au phénomène. Eric DEBARBIEUX qui préside les Etats généraux sur la sécurité à l’école me remettra dans le courant du mois d’avril ses premières propositions sur ce sujet. J’ai réuni le 14 avril dernier les principaux pédopsychiatres qui travaillent sur ce sujet : Marcel RUFO, Nicole CATHELINE qui sont de grands spécialistes. Et cet après-midi je vais installer un conseil scientifique de lutte contre les discriminations à l’école qui va être présidé par l’ancien directeur de l’INED, François HERAN, je le ferais dans le cadre du conseil national de la vie lycéenne, parce que je souhaite associer les représentants des élèves, vous évoquiez le premier degré mais malheureusement ce phénomène existe tout au long de la scolarité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ca se passe ailleurs.
 
LUC CHATEL Voilà donc ce que nous voulons c’est nous appuyer sur les plus grands scientifiques, encore une fois c’est un phénomène international.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et le but c’est de faire parler les enfants, parce que les enfants s’isolent dans leurs souffrances, alors vous pensez que la réponse que vous apportez va permettre de…
 
LUC CHATEL Le but c’est que nous ayons une vraie réflexion qui n’a jamais existé sur ce sujet parce que c’était un sujet tabou, on n’avait pas le droit d’en parler. Alors les parents voyaient leur enfant revenir de l’école triste, désabusé, qui s’éloignait, qui petit à petit s’éloignait de l’école et personne ne faisait rien. Donc nous avons décidé d’agir, nous nous appuierons sur les plus grands scientifiques, sur les expertises internationales et dans le courant du mois d’avril j’aurai les premières propositions d’Eric DEBARBIEUX.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et vous pensez que tout ça peut modifier la vie de ces élèves qui souffrent.
 
LUC CHATEL Je pense qu’on peut… je citais l’exemple du Québec tout à l’heure, ils sont confrontés à ce phénomène mais il y a quelque chose qui est très frappant là-bas c’est la relation entre l’école et les élèves, la relation entre les professeurs et les élèves qui n’est pas de même nature. Les élèves ont sans doute moins la pression, sont sans doute moins présuré par le système éducatif, ça doit aussi nous interpeller dans un pays où le diplôme reste extrêmement important dans notre pays, vous savez si aujourd’hui un enfant n’a pas le baccalauréat on sait très bien qu’il a trois fois plus de chance d’être exclu du système d’intégration sociale qui est l’emploi qu’un camarade du même âge qui quitte le système éducatif avec un diplôme.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et les enseignants vous diront si vous voulez qu’il y ait un meilleur état d’esprit à l’école, moins de pression, qu’on puisse s’occuper un peu de tout le monde…
 
LUC CHATEL Je vous vois venir.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Arrêtez de supprimer des postes.
 
LUC CHATEL Ecoutez il y aura plus de professeurs Jean-Michel APHATIE à la prochaine rentrée scolaire en 2011 qu’il y en avait il y a une vingtaine d’années dans le système éducatif, alors qu’il y a moins d’élèves. Donc vous voyez le taux d’encadrement est meilleur qu’il était il y a une quinzaine d’années.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Quand on parle avec les représentants des enseignants, ils ne disent pas tout à fait ça mais ça fait partie de votre dialogue et c’est…précisément du dialogue…et confronter…
 
LUC CHATEL Le dialogue…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Des points de vue différents. Le secrétaire général de l’UMP, Jean- François COPE, ça fait l’objet de titres ce matin sur RTL évidemment, a sévèrement attaqué le Premier ministre François FILLON hier soir sur CANAL+. Il lui a reproché sa posture, je cite Jean-François COPE, c’est-à-dire en fait son hypocrisie dans le débat à venir sur la laïcité et l’Islam en France. Et le secrétaire général de l’UMP a accusé le Premier ministre de ne pas jouer collectif au sein de la majorité. Est-il admissible qu’un Premier ministre soit agressé comme cela par le secrétaire général d’un parti majoritaire ?
 
LUC CHATEL Vous voulez que je vous dise Jean-Michel APHATIE…
 
JEAN-MICHEL APHATIE La vérité, pas de langue de bois.
 
LUC CHATEL Moi j’ai entendu, je vous dis la vérité, moi j’ai entendu le président de la République Nicolas SARKOZY nous demander que 2011 soit une année utile pour les Français, et que d’un côté le gouvernement soit au service des Français, nous ne sommes pas dans la campagne présidentielle, il y a encore 13 mois de travail utile. Moi je suis ministre de l’Education Nationale, je viens d’évoquer un sujet majeur, j’ai une réforme du lycée qui est en cours, j’ai une réforme des rythmes scolaires et nous sommes au travail jusqu’au dernier jour. C’est notre devoir. Et puis de l’autre côté, notre devoir pour être utile c’est que la formation politique de la majorité, elle prépare l’échéance de 2012 et donc elle s’engage dans des débats, qu’elle réfléchisse, qu’elle joue son rôle de force de proposition.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que je peux reposer ma question Luc CHATEL ?
 
LUC CHATEL Allez-y, deuxième semaine pour Jean-Michel APHATIE.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce qu’un secrétaire général peut attaquer publiquement de cette façon un Premier ministre ?
 
LUC CHATEL Alors je vais plus que mon propos précédent, on n’est pas obligé Jean-Michel APHATIE de tomber dans tous les pièges qu’on nous tend ici ou là. Je rebondi sur ce que disait tout à l’heure Alain DUHAMEL, on a eu le droit pendant une semaine au débat sur le report des voix. Alors que la ligne qui avait été fixée par le président de la République était extrêmement claire, et d’ailleurs c’est la ligne qui prévaut depuis 20 ans à l’UMP. Le fait de se poser des questions qui ne sont pas des questions.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Qui a posé des questions ?
 
LUC CHATEL Mais les débats qui sont intervenus au sein de la majorité. Je pense que la ligne a été claire, elle était fixée par le président de la République. Il n’y avait pas de soutien au FN et il n’y avait pas de front républicain. Ensuite nous avons eu ce débat pendant plusieurs jours, et maintenant on voudrait avoir un débat sur les débats.
 
JEAN-MICHEL APHATIE On en convient Luc CHATEL c’est François FILLON qui a brouillé la ligne ?
 
LUC CHATEL Non ce n’est pas François FILLON.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Si, lundi soir dernier c’est François FILLON
 
... LUC CHATEL On n’est pas obligé de se prendre la tête éternellement…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes plutôt du côté de COPE ?
 
LUC CHATEL Non mais ce n’est pas le sujet…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne défendez pas votre Premier ministre ce matin ? On va se dire les choses franchement, vous ne défendez pas le Premier ministre ?
 
LUC CHATEL Mais arrêtez Jean-Michel APHATIE, je suis ministre d’un gouvernement, je suis loyal vis-à-vis de mon Premier ministre et du président de la République, ce n’est pas le sujet. Et je crois ce qu’attendent les Français c’est qu’on continue à réformer le pays. Le gouvernement de François FILLON derrière Nicolas SARKOZY, mais qu’en même temps on prépare les élections présidentielles, c’est ça le sujet.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le porte-parole du gouvernement François BAROIN hier il faut certainement mettre un terme à tous ces débats et il parlait du débat sur la laïcité, il a tort François BAROIN ?
 
LUC CHATEL Mais j’ai beaucoup d’amitiés pour François BAROIN, on travaille beaucoup ensemble et je ne suis pas d’accord avec lui sur ce sujet. Je pense qu’au contraire on a toujours besoin de débat. Et je peux vous dire je suis le ministre de l’Education Nationale, le débat de la laïcité c’est un vrai débat parce que tous les jours la République est testée, tous les jours nous avons à répondre sur ces questions et l’éducation, l’école c’est sans doute l’institution qui incarne le mieux les valeurs de la République, de neutralité et de laïcité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Débat le 5 avril.
 
LUC CHATEL C’est un brai sujet et c’est un bon débat.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc on va l’écouter, Etienne PINTE, député UMP des Yvelines demande lui la démission de Jean-François COPE, secrétaire général de l’UMP.
 
LUC CHATEL Oui, et quelle est votre question ?
 
JEAN-MICHEL APHATIE Il a raison ?
 
LUC CHATEL Non mais attendez je pense, moi je suis pour l’apaisement voilà, ne me demandez pas d’en rajouter. Et je crois que nos électeurs…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous êtes conscients que vous ne défendez pas le Premier ministre… LUC CHATEL Mais attendez…
 
JEAN-MICHEL APHATIE C’est assez net vous êtes du coté de COPE ce matin.
 
LUC CHATEL Mais pourquoi il n’y a pas de côté, il y a une majorité, il y a une dynamique. Moi je suis dans le gouvernement qui est celui de François FILLON qui est un gouvernement réformateur au service du président de la République et c’est ça que veulent les Français qu’on continue à travailler et que la majorité prépare l’échéance, le reste ça n’intéresse personne, excusez-moi.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Dans les cours d’école quand un gosse en agresse un autre, eh bien il compte ses copains, et François FILLON…
 
LUC CHATEL Mais ça ne marche pas comme ça en politique…Il n’y a pas d’un côté les copains, il y a l’action publique et c’est ça qui m’intéresse, voilà.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 29 mars 2011