Texte intégral
Q - Monsieur le Ministre bonjour. Avant de devenir ministre de la Coopération, vous connaissiez déjà bien le Niger, vous connaissiez également le président Bare Maïnassara. Avez-vous été surpris par son assassinat ?
R - Franchement, oui. Je savais quil était discuté, je savais quau sein même de sa propre famille, et je peux pendre le mot famille dans toutes les acceptions, il y avait débat. Je sais que les partis dopposition continuaient à manifester à son égard un certain nombre de réserves. Mais de là à imaginer quun coup dEtat allait ainsi intervenir et le faire disparaître, non, je ne limaginais pas du tout. Jen ai été, je ne vous le cache pas, attristé, un peu choqué, quand je lai appris.
Q - Est-ce que vous en savez plus sur les motivations de ceux qui ont tué le président Barre. Etait-ce pour durcir le régime ou était-ce pour louvrir au contraire ?
R - Ce que cette crise fait apparaître, ce que nous pressentions, cest la faiblesse des positions du président, vis à vis de lentourage, daucun parlaient de « pusillanimité » à son propos, - je leur laisse la responsabilité de lexpression. Mais ceci montre bien quil avait du mal à asseoir, en quelque sorte, son autorité vis à vis de son entourage. Quel est lélément déclenchant ? Est-ce la décision de la Cour suprême dinvalider une partie des élections qui venaient davoir lieu, il y a déjà deux mois maintenant ? Est-ce que cest parce que certains auraient voulu que ces élections soient validées ? Est-ce parce quon aurait voulu, au contraire, quelles soient toutes invalidées ? Autrement dit, est-ce pour empêcher lopposition ou pour servir lopposition ? Vous conviendrez que cest une question essentielle, je ny ai pas la réponse ! Cest vous dire le besoin que nous avons dévaluer vraiment les raisons qui peuvent avoir amené cet attentat, pour linstant, et jusquà nouvel ordre, la coopération est suspendue.
Q - Alors les pays voisins sont très choqués, le Mali parle dun acte odieux, la Côte dIvoire parle dun lâche assassinat.
R - Ils ont raison, on ne peut pas accepter que lassassinat avec mitrailleuse soit le mode normal de conquête du pouvoir. Cest tout à fait inadmissible. Nous ne pouvons pas donc accepter cette manière de faire et nous condamnons, je le dis à nouveau, fermement cet attentat. Dans le même temps, je sais bien que le Niger peut plaider la pauvreté, la misère, lextraordinaire difficulté à créer un Etat, quand les ressources qui devraient lui permettre de se fonder sont si faibles. Mais il nempêche, je le répète, quon ne peut pas accepter cette espèce de logique que lon connaît dans trop de pays, où quand un dirigeant déplaît on le tue. Cest au peuple quil va bien falloir prendre lhabitude, en Afrique aussi, de confier le choix des dirigeants, cest le processus électoral. Cest avec la mise en oeuvre de ce processus électoral que la France va pouvoir reprendre sa coopération et cest cela, que léquipe qui vient, dans les conditions que nous savons, de prendre le pouvoir, doit savoir. La France condamne, elle attend de savoir comment on imagine, à Niamey, reprendre le processus démocratique, avant de décider vraiment de la position quelle doit avoir, de lattitude quelle doit avoir vis à vis de ce pays.
(Source http ://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 avril 1999)
R - Franchement, oui. Je savais quil était discuté, je savais quau sein même de sa propre famille, et je peux pendre le mot famille dans toutes les acceptions, il y avait débat. Je sais que les partis dopposition continuaient à manifester à son égard un certain nombre de réserves. Mais de là à imaginer quun coup dEtat allait ainsi intervenir et le faire disparaître, non, je ne limaginais pas du tout. Jen ai été, je ne vous le cache pas, attristé, un peu choqué, quand je lai appris.
Q - Est-ce que vous en savez plus sur les motivations de ceux qui ont tué le président Barre. Etait-ce pour durcir le régime ou était-ce pour louvrir au contraire ?
R - Ce que cette crise fait apparaître, ce que nous pressentions, cest la faiblesse des positions du président, vis à vis de lentourage, daucun parlaient de « pusillanimité » à son propos, - je leur laisse la responsabilité de lexpression. Mais ceci montre bien quil avait du mal à asseoir, en quelque sorte, son autorité vis à vis de son entourage. Quel est lélément déclenchant ? Est-ce la décision de la Cour suprême dinvalider une partie des élections qui venaient davoir lieu, il y a déjà deux mois maintenant ? Est-ce que cest parce que certains auraient voulu que ces élections soient validées ? Est-ce parce quon aurait voulu, au contraire, quelles soient toutes invalidées ? Autrement dit, est-ce pour empêcher lopposition ou pour servir lopposition ? Vous conviendrez que cest une question essentielle, je ny ai pas la réponse ! Cest vous dire le besoin que nous avons dévaluer vraiment les raisons qui peuvent avoir amené cet attentat, pour linstant, et jusquà nouvel ordre, la coopération est suspendue.
Q - Alors les pays voisins sont très choqués, le Mali parle dun acte odieux, la Côte dIvoire parle dun lâche assassinat.
R - Ils ont raison, on ne peut pas accepter que lassassinat avec mitrailleuse soit le mode normal de conquête du pouvoir. Cest tout à fait inadmissible. Nous ne pouvons pas donc accepter cette manière de faire et nous condamnons, je le dis à nouveau, fermement cet attentat. Dans le même temps, je sais bien que le Niger peut plaider la pauvreté, la misère, lextraordinaire difficulté à créer un Etat, quand les ressources qui devraient lui permettre de se fonder sont si faibles. Mais il nempêche, je le répète, quon ne peut pas accepter cette espèce de logique que lon connaît dans trop de pays, où quand un dirigeant déplaît on le tue. Cest au peuple quil va bien falloir prendre lhabitude, en Afrique aussi, de confier le choix des dirigeants, cest le processus électoral. Cest avec la mise en oeuvre de ce processus électoral que la France va pouvoir reprendre sa coopération et cest cela, que léquipe qui vient, dans les conditions que nous savons, de prendre le pouvoir, doit savoir. La France condamne, elle attend de savoir comment on imagine, à Niamey, reprendre le processus démocratique, avant de décider vraiment de la position quelle doit avoir, de lattitude quelle doit avoir vis à vis de ce pays.
(Source http ://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 avril 1999)