Texte intégral
M. le président,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les sénateurs,
Mesdames les parlementaires européennes,
Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les conseillers du CESE,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je voudrais tout dabord vous dire mon bonheur douvrir ici, à Paris, cette conférence internationale sur la gouvernance mondiale de lenvironnement, à quelques mois à peine du nouveau Sommet de la Terre de Rio.
Permettez-moi de remercier chaleureusement notre hôte, le Conseil Economique, Social et Environnemental, et son président, M. Jean-Paul DELEVOYE, ainsi que le Centre dAnalyse Stratégique, pour leur participation intellectuelle et matérielle à lélaboration de cette conférence.
Je tiens aussi à saluer, outre mes collègues des gouvernements français et étrangers et les élus qui sont parmi nous, tous les dirigeants dorganisations internationales qui ont fait le déplacement.
Jen profite pour saluer le travail accompli en amont de notre conférence par les représentants de la société civile, en particulier lors des ateliers préparatoires dhier : réseaux constitués spécialement pour Rio (comme le club France Rio+20 et le collectif Rio+20) et personnes engagées venues de tous horizons (ONG, partenaires sociaux et territoriaux, entreprises et scientifiques, chercheurs, étudiants ).
Je voudrais exprimer mes regrets aussi de navoir pas pu repousser les murs de cette vaste salle pour accueillir tous ceux qui le souhaitaient. Vous tous qui êtes ici, et dans dautres salles à nous écouter, par votre mobilisation, par votre enthousiasme, par votre conscience citoyenne, vous donnez déjà corps à notre projet. Vous montrez quil ne sagit pas dun rêve sans racines.
1/. Quel est lenjeu de Rio ?
Nous sommes, vous le savez, à lorée des vingt ans du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Nous nous y étions engagés solennellement à promouvoir le développement durable, sur tous les continents et dans tous les territoires. Et pourtant, partout aujourdhui résonnent des signaux dalarme sur les périls qui menacent lHomme et la Nature.
La corne de lAfrique subit une terrible sécheresse, avec son affreux cortège de crises humanitaires. La biodiversité, dont lHomme nest quun simple maillon, est mise en péril par le rejet incontrôlé de produits toxiques, tant dans les océans ou les rivières que dans lair même que nous respirons. Des millions despèces, dont certaines ne subsisteront bientôt plus quen captivité, seront irrémédiablement condamnées à lextinction, si rien nest fait pour leur survie.
Mesdames, Messieurs,
Cet anniversaire ne doit pas être tourné vers le passé, mais orienté vers lavenir. A Rio, dans une centaine de jours, nous ne serons pas là pour commémorer, mais pour construire. Nous ne pouvons continuer à utiliser les recettes du passé alors que le monde change à toute allure et que les crises écologiques, économiques et sociales se conjuguent. Cet anniversaire est une occasion que nous navons pas le droit de manquer. Notre responsabilité devant les générations futures est engagée. Il nous revient de leur transmettre une terre vivable.
Comme laffirmait le philosophe du « principe responsabilité », Hans JONAS, « lHumanité na pas droit au suicide ».
Rien ne serait plus absurde que de croire que la grave crise que traversent les pays développés, devrait nous faire dévier de notre objectif commun. Lexigence environnementale est le fondement même de notre vivre-ensemble à léchelle dune planète que nous avons tous en héritage et en partage. Cest pourquoi le nouveau capitalisme qui doit naître de la crise sera environnemental ou ne sera pas. Aujourdhui plus que jamais, pour sortir de la crise, la réforme de la gouvernance mondiale, la solidarité entre les Nations et le développement durable sont une nécessité. Cest au coeur de la crise financière qui a fait vaciller la zone euro que la France sest engagée à créer les conditions dune plus grande solidarité internationale, à travers la mise en place dune taxe sur les transactions financières, en espérant être suivie par dautres pays.
Rio doit nous aider à dessiner le visage dune nouvelle mondialisation, plus écologique et plus solidaire.
Le 20ème anniversaire du Sommet de la Terre de Rio doit être le moment de fixer un nouvel agenda du développement durable autour de léconomie verte et tenant compte des changements profonds intervenus dans le Monde. Nous devons établir de nouveaux objectifs mobilisateurs, tels que laccès à lénergie durable, la préservation des Océans, la ville durable ou la qualité de leau. La France se réjouit, à ce titre, daccueillir du 12 au 17 mars prochain, à Marseille, le 6e Forum Mondial de lEau, placé sous le signe des solutions et des engagements. Marseille marquera, avant Rio, une étape décisive : oui, la question de leau devra trouver sa place au Sommet de la Terre !
2/. Quel est lobjet de notre conférence ?
Il ne sagit pas aujourdhui de prétendre aborder tous les sujets qui seront à lordre du jour de Rio. Notre ambition est plus modeste. Mais il sagit bien de poser une pierre pour préparer ce grand anniversaire. Il nous faut aussi donner lélan nécessaire aux négociations. Je crois que nous sommes nombreux à considérer ici que le « draft zéro » ne propose pas encore les réponses innovantes et concrètes que le monde attend.
Alain JUPPÉ, qui a dû se rendre à New-York en raison de la crise syrienne, et moi-même vous avons réunis aujourdhui pour recueillir vos idées, faire germer des propositions et pour que vos travaux dhier et daujourdhui constituent, sur un point limité certes mais essentiel, la « fabrique » de RIO+20. Par la qualité des participants rassemblés dans cet hémicycle nous sommes en mesure de préfigurer dès à présent la future Organisation Mondiale de lEnvironnement que nous appelons de nos voeux !
3/. Pourquoi une OME ?
Le rendez-vous de Rio ne sera un succès que sil propose à la fois une réforme ambitieuse de la gouvernance du développement durable et un renforcement historique de son pilier environnemental. Il sagit dune ambition nécessaire. Et il sagit dune ambition réaliste. Car le projet dune Organisation Mondiale de lEnvironnement nest plus porté uniquement par la France, ni même lUnion européenne. Au total, cest plus dune centaine de pays, incluant des pays en développement, qui y sont favorables. Ils ont bien conscience quentre le faible et le fort, cest la règle qui protège et labsence de règle qui opprime.
Il faut des règles pour éviter que les conflits sur les ressources ne se soldent par de purs rapports de force. Il faut des règles pour aider les pays en développement à mettre en oeuvre les normes environnementales. Il faut des règles pour diffuser et partager les meilleures solutions technologiques.
Ceux qui sont sincèrement pour lOME ne peuvent faire dépendre son adoption de progrès dans dautres domaines.
Le constat des insuffisances du système actuel a été fait. Et il est partagé par tous.
La seule question qui vaille est de savoir désormais comment avancer.
Comment passer progressivement de plus de 500 conventions et accords multilatéraux à une seule et unique organisation mondiale de lenvironnement ? Cette unité sera la garantie de la cohérence du système.
Il faut être à la fois ambitieux et pragmatique. Il ne sagit pas de créer de toutes pièces une nouvelle institution qui ajouterait à la confusion régnante. Il faut au contraire construire à partir de lexistant. Pour cela, il est nécessaire de transformer profondément les moyens et le positionnement du PNUE pour en faire une agence spécialisée des Nations Unies. Cela lui conférera non seulement lautonomie, mais aussi lautorité qui lui manquent aujourdhui.
Cette nouvelle agence, que nous pourrions appeler lOME, doit apporter des SOLUTIONS, et ces solutions doivent être SOLIDAIRES et DURABLES.
Par SOLIDARITÉ jentends à la fois la solidarité entre générations, entre l'Homme et la Nature, mais aussi bien évidemment entre Nations.
Elle doit être un lieu de DIPLOMATIE, de CREATIVITÉ, de RÉFLEXION et non pas un lieu de marchandages ou de consensus A MINIMA.
Cette organisation sera ouverte à tous les États et gagnera la valeur et la légitimité d'une assemblée universelle.
4/. La dimension scientifique
LOME aura pour vocation doffrir une vision claire et précise des priorités à léchelle internationale.
La première exigence pour définir ces priorités avec pertinence consiste évidemment à sappuyer sur la science.
La science doit jouer un rôle éminent dans une future OME.
Cest à elle de nous éclairer et de nous proposer des scénarios dévolution de lenvironnement mondial.
Elle doit permettre de sattaquer aux nouveaux défis que le cloisonnement actuel des conventions et des accords ne permet pas daborder de front, tels que lacidification des océans ou la géo-ingénierie, pour ne citer que deux dentre eux.
Je suis profondément convaincue, quaprès avoir guidé les négociations sur le climat et la diversité biologique, les scientifiques peuvent et doivent jouer un rôle essentiel pour Rio.
Dans cet esprit, la France a constamment oeuvré, depuis la conférence internationale sur la biodiversité et la gouvernance, organisée en 2005 à Paris, pour faciliter lémergence de la plate-forme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services éco-systémiques (IPBES). Et la France est prête à en accueillir le siège.
Lune des fonctions essentielles de lOME devrait être de faciliter et de protéger laction des scientifiques en toutes choses. Ces dernières années, des scientifiques ont subi des agressions et de graves menaces, manifestement liées à leurs activités professionnelles et leur engagement dans la lutte contre les changements climatiques. Je lance cette idée aujourdhui : que la protection du travail des scientifiques qui agissent pour lavenir de la Planète, devienne à Rio un principe universel !
5/. Lexigence démocratique
LOME puisera sa force non seulement dans son unité, et dans la solidité incontestable de la science, mais dans sa capacité dassocier toutes les catégories dacteurs concernés par le développement durable et lavenir de la planète : les États bien sûr, mais aussi les organisations de la société civile, ainsi que les entreprises, les syndicats, les collectivités locales, et, je le répète, les scientifiques. Tous auront voix au chapitre car chacun porte une part inaliénable de vérité et de responsabilité. Et une vraie gouvernance universelle doit les faire dialoguer, dans le respect de leurs rôles respectifs. La gouvernance universelle ne peut tolérer aucune vision partielle, donc partiale, aucun angle mort.
Les élus doivent bien sûr assumer la responsabilité des décisions qui engagent lavenir des populations quils représentent. La société civile est placée en vigie et doit tirer la sonnette dalarme. Il ny a pas que les scientifiques qui puissent jouer ce rôle ! Quant à la science, justement, elle doit nous aider à réduire les incertitudes liées à limpact des activités humaines sur la biosphère, afin déclairer les décisions politiques.
Quel est, au fond, lenjeu ? Il sagit de permettre lexpression dune voix de la planète dans les décisions qui engagent son avenir. Cela pose à lévidence de redoutables questions. Qui peut prétendre porter la voix de la planète ? Les États seuls ? Évidemment non. Mais quelles peuvent être les modes dorganisation et de représentation des acteurs non étatiques au niveau mondial ? Avec quelle légitimité ? Avec quelle efficacité ? Personne, ne peut prétendre incarner la voix de la planète à lui seul. Ce nest quensemble, en réfléchissant et en échangeant, que nous pouvons élaborer une gouvernance nouvelle, qui réponde à cette légitime aspiration.
Ce nest quensemble aussi, par exemple, que nous arriverons à stabiliser la hausse des températures moyennes à 2°C.
Aujourdhui donc, nous sommes à un tournant.
Pas seulement parce que nous arrivons à un anniversaire. Mais parce que nous avons besoin dune refondation.
Parce que nous avons compris que nous devons être unis si nous voulons être universels.
Le temps nest plus où seules quelques nations décidaient de lavenir du monde. Le temps nest plus où lavenir du monde était dissocié de lavenir de la planète. Le temps nest plus où seuls les États avaient leur mot à dire sur le devenir de tous et de chacun, sans associer la société civile, les scientifiques, toutes les voix inquiètes ou informées.
Je suis convaincue que nos travaux lors de cette conférence vont nous aider non seulement à prendre la mesure de lurgence, mais à faire émerger des propositions novatrices qui viendront nourrir le Sommet de la Terre de Rio+20. Je sais que nous serons aidés, dans cette nécessaire « métamorphose » de luniversel, par le président de lAssemblée générale des Nations unies, qui nous fait lhonneur dêtre parmi nous, ainsi que par le grand philosophe et sociologue Edgar MORIN, dont loeuvre a anticipé nombre de nos questions et de nos débats.
Pour moi, en tant que ministre de lÉcologie et puissance invitante, je nai quun mot à dire : Bienvenue ! Que les débats commencent et que les idées fructifient pour le bien de la Terre, cest-à-dire de notre avenir à tous.
Je vous remercie.
Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 7 février 2012
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les sénateurs,
Mesdames les parlementaires européennes,
Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les conseillers du CESE,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je voudrais tout dabord vous dire mon bonheur douvrir ici, à Paris, cette conférence internationale sur la gouvernance mondiale de lenvironnement, à quelques mois à peine du nouveau Sommet de la Terre de Rio.
Permettez-moi de remercier chaleureusement notre hôte, le Conseil Economique, Social et Environnemental, et son président, M. Jean-Paul DELEVOYE, ainsi que le Centre dAnalyse Stratégique, pour leur participation intellectuelle et matérielle à lélaboration de cette conférence.
Je tiens aussi à saluer, outre mes collègues des gouvernements français et étrangers et les élus qui sont parmi nous, tous les dirigeants dorganisations internationales qui ont fait le déplacement.
Jen profite pour saluer le travail accompli en amont de notre conférence par les représentants de la société civile, en particulier lors des ateliers préparatoires dhier : réseaux constitués spécialement pour Rio (comme le club France Rio+20 et le collectif Rio+20) et personnes engagées venues de tous horizons (ONG, partenaires sociaux et territoriaux, entreprises et scientifiques, chercheurs, étudiants ).
Je voudrais exprimer mes regrets aussi de navoir pas pu repousser les murs de cette vaste salle pour accueillir tous ceux qui le souhaitaient. Vous tous qui êtes ici, et dans dautres salles à nous écouter, par votre mobilisation, par votre enthousiasme, par votre conscience citoyenne, vous donnez déjà corps à notre projet. Vous montrez quil ne sagit pas dun rêve sans racines.
1/. Quel est lenjeu de Rio ?
Nous sommes, vous le savez, à lorée des vingt ans du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Nous nous y étions engagés solennellement à promouvoir le développement durable, sur tous les continents et dans tous les territoires. Et pourtant, partout aujourdhui résonnent des signaux dalarme sur les périls qui menacent lHomme et la Nature.
La corne de lAfrique subit une terrible sécheresse, avec son affreux cortège de crises humanitaires. La biodiversité, dont lHomme nest quun simple maillon, est mise en péril par le rejet incontrôlé de produits toxiques, tant dans les océans ou les rivières que dans lair même que nous respirons. Des millions despèces, dont certaines ne subsisteront bientôt plus quen captivité, seront irrémédiablement condamnées à lextinction, si rien nest fait pour leur survie.
Mesdames, Messieurs,
Cet anniversaire ne doit pas être tourné vers le passé, mais orienté vers lavenir. A Rio, dans une centaine de jours, nous ne serons pas là pour commémorer, mais pour construire. Nous ne pouvons continuer à utiliser les recettes du passé alors que le monde change à toute allure et que les crises écologiques, économiques et sociales se conjuguent. Cet anniversaire est une occasion que nous navons pas le droit de manquer. Notre responsabilité devant les générations futures est engagée. Il nous revient de leur transmettre une terre vivable.
Comme laffirmait le philosophe du « principe responsabilité », Hans JONAS, « lHumanité na pas droit au suicide ».
Rien ne serait plus absurde que de croire que la grave crise que traversent les pays développés, devrait nous faire dévier de notre objectif commun. Lexigence environnementale est le fondement même de notre vivre-ensemble à léchelle dune planète que nous avons tous en héritage et en partage. Cest pourquoi le nouveau capitalisme qui doit naître de la crise sera environnemental ou ne sera pas. Aujourdhui plus que jamais, pour sortir de la crise, la réforme de la gouvernance mondiale, la solidarité entre les Nations et le développement durable sont une nécessité. Cest au coeur de la crise financière qui a fait vaciller la zone euro que la France sest engagée à créer les conditions dune plus grande solidarité internationale, à travers la mise en place dune taxe sur les transactions financières, en espérant être suivie par dautres pays.
Rio doit nous aider à dessiner le visage dune nouvelle mondialisation, plus écologique et plus solidaire.
Le 20ème anniversaire du Sommet de la Terre de Rio doit être le moment de fixer un nouvel agenda du développement durable autour de léconomie verte et tenant compte des changements profonds intervenus dans le Monde. Nous devons établir de nouveaux objectifs mobilisateurs, tels que laccès à lénergie durable, la préservation des Océans, la ville durable ou la qualité de leau. La France se réjouit, à ce titre, daccueillir du 12 au 17 mars prochain, à Marseille, le 6e Forum Mondial de lEau, placé sous le signe des solutions et des engagements. Marseille marquera, avant Rio, une étape décisive : oui, la question de leau devra trouver sa place au Sommet de la Terre !
2/. Quel est lobjet de notre conférence ?
Il ne sagit pas aujourdhui de prétendre aborder tous les sujets qui seront à lordre du jour de Rio. Notre ambition est plus modeste. Mais il sagit bien de poser une pierre pour préparer ce grand anniversaire. Il nous faut aussi donner lélan nécessaire aux négociations. Je crois que nous sommes nombreux à considérer ici que le « draft zéro » ne propose pas encore les réponses innovantes et concrètes que le monde attend.
Alain JUPPÉ, qui a dû se rendre à New-York en raison de la crise syrienne, et moi-même vous avons réunis aujourdhui pour recueillir vos idées, faire germer des propositions et pour que vos travaux dhier et daujourdhui constituent, sur un point limité certes mais essentiel, la « fabrique » de RIO+20. Par la qualité des participants rassemblés dans cet hémicycle nous sommes en mesure de préfigurer dès à présent la future Organisation Mondiale de lEnvironnement que nous appelons de nos voeux !
3/. Pourquoi une OME ?
Le rendez-vous de Rio ne sera un succès que sil propose à la fois une réforme ambitieuse de la gouvernance du développement durable et un renforcement historique de son pilier environnemental. Il sagit dune ambition nécessaire. Et il sagit dune ambition réaliste. Car le projet dune Organisation Mondiale de lEnvironnement nest plus porté uniquement par la France, ni même lUnion européenne. Au total, cest plus dune centaine de pays, incluant des pays en développement, qui y sont favorables. Ils ont bien conscience quentre le faible et le fort, cest la règle qui protège et labsence de règle qui opprime.
Il faut des règles pour éviter que les conflits sur les ressources ne se soldent par de purs rapports de force. Il faut des règles pour aider les pays en développement à mettre en oeuvre les normes environnementales. Il faut des règles pour diffuser et partager les meilleures solutions technologiques.
Ceux qui sont sincèrement pour lOME ne peuvent faire dépendre son adoption de progrès dans dautres domaines.
Le constat des insuffisances du système actuel a été fait. Et il est partagé par tous.
La seule question qui vaille est de savoir désormais comment avancer.
Comment passer progressivement de plus de 500 conventions et accords multilatéraux à une seule et unique organisation mondiale de lenvironnement ? Cette unité sera la garantie de la cohérence du système.
Il faut être à la fois ambitieux et pragmatique. Il ne sagit pas de créer de toutes pièces une nouvelle institution qui ajouterait à la confusion régnante. Il faut au contraire construire à partir de lexistant. Pour cela, il est nécessaire de transformer profondément les moyens et le positionnement du PNUE pour en faire une agence spécialisée des Nations Unies. Cela lui conférera non seulement lautonomie, mais aussi lautorité qui lui manquent aujourdhui.
Cette nouvelle agence, que nous pourrions appeler lOME, doit apporter des SOLUTIONS, et ces solutions doivent être SOLIDAIRES et DURABLES.
Par SOLIDARITÉ jentends à la fois la solidarité entre générations, entre l'Homme et la Nature, mais aussi bien évidemment entre Nations.
Elle doit être un lieu de DIPLOMATIE, de CREATIVITÉ, de RÉFLEXION et non pas un lieu de marchandages ou de consensus A MINIMA.
Cette organisation sera ouverte à tous les États et gagnera la valeur et la légitimité d'une assemblée universelle.
4/. La dimension scientifique
LOME aura pour vocation doffrir une vision claire et précise des priorités à léchelle internationale.
La première exigence pour définir ces priorités avec pertinence consiste évidemment à sappuyer sur la science.
La science doit jouer un rôle éminent dans une future OME.
Cest à elle de nous éclairer et de nous proposer des scénarios dévolution de lenvironnement mondial.
Elle doit permettre de sattaquer aux nouveaux défis que le cloisonnement actuel des conventions et des accords ne permet pas daborder de front, tels que lacidification des océans ou la géo-ingénierie, pour ne citer que deux dentre eux.
Je suis profondément convaincue, quaprès avoir guidé les négociations sur le climat et la diversité biologique, les scientifiques peuvent et doivent jouer un rôle essentiel pour Rio.
Dans cet esprit, la France a constamment oeuvré, depuis la conférence internationale sur la biodiversité et la gouvernance, organisée en 2005 à Paris, pour faciliter lémergence de la plate-forme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services éco-systémiques (IPBES). Et la France est prête à en accueillir le siège.
Lune des fonctions essentielles de lOME devrait être de faciliter et de protéger laction des scientifiques en toutes choses. Ces dernières années, des scientifiques ont subi des agressions et de graves menaces, manifestement liées à leurs activités professionnelles et leur engagement dans la lutte contre les changements climatiques. Je lance cette idée aujourdhui : que la protection du travail des scientifiques qui agissent pour lavenir de la Planète, devienne à Rio un principe universel !
5/. Lexigence démocratique
LOME puisera sa force non seulement dans son unité, et dans la solidité incontestable de la science, mais dans sa capacité dassocier toutes les catégories dacteurs concernés par le développement durable et lavenir de la planète : les États bien sûr, mais aussi les organisations de la société civile, ainsi que les entreprises, les syndicats, les collectivités locales, et, je le répète, les scientifiques. Tous auront voix au chapitre car chacun porte une part inaliénable de vérité et de responsabilité. Et une vraie gouvernance universelle doit les faire dialoguer, dans le respect de leurs rôles respectifs. La gouvernance universelle ne peut tolérer aucune vision partielle, donc partiale, aucun angle mort.
Les élus doivent bien sûr assumer la responsabilité des décisions qui engagent lavenir des populations quils représentent. La société civile est placée en vigie et doit tirer la sonnette dalarme. Il ny a pas que les scientifiques qui puissent jouer ce rôle ! Quant à la science, justement, elle doit nous aider à réduire les incertitudes liées à limpact des activités humaines sur la biosphère, afin déclairer les décisions politiques.
Quel est, au fond, lenjeu ? Il sagit de permettre lexpression dune voix de la planète dans les décisions qui engagent son avenir. Cela pose à lévidence de redoutables questions. Qui peut prétendre porter la voix de la planète ? Les États seuls ? Évidemment non. Mais quelles peuvent être les modes dorganisation et de représentation des acteurs non étatiques au niveau mondial ? Avec quelle légitimité ? Avec quelle efficacité ? Personne, ne peut prétendre incarner la voix de la planète à lui seul. Ce nest quensemble, en réfléchissant et en échangeant, que nous pouvons élaborer une gouvernance nouvelle, qui réponde à cette légitime aspiration.
Ce nest quensemble aussi, par exemple, que nous arriverons à stabiliser la hausse des températures moyennes à 2°C.
Aujourdhui donc, nous sommes à un tournant.
Pas seulement parce que nous arrivons à un anniversaire. Mais parce que nous avons besoin dune refondation.
Parce que nous avons compris que nous devons être unis si nous voulons être universels.
Le temps nest plus où seules quelques nations décidaient de lavenir du monde. Le temps nest plus où lavenir du monde était dissocié de lavenir de la planète. Le temps nest plus où seuls les États avaient leur mot à dire sur le devenir de tous et de chacun, sans associer la société civile, les scientifiques, toutes les voix inquiètes ou informées.
Je suis convaincue que nos travaux lors de cette conférence vont nous aider non seulement à prendre la mesure de lurgence, mais à faire émerger des propositions novatrices qui viendront nourrir le Sommet de la Terre de Rio+20. Je sais que nous serons aidés, dans cette nécessaire « métamorphose » de luniversel, par le président de lAssemblée générale des Nations unies, qui nous fait lhonneur dêtre parmi nous, ainsi que par le grand philosophe et sociologue Edgar MORIN, dont loeuvre a anticipé nombre de nos questions et de nos débats.
Pour moi, en tant que ministre de lÉcologie et puissance invitante, je nai quun mot à dire : Bienvenue ! Que les débats commencent et que les idées fructifient pour le bien de la Terre, cest-à-dire de notre avenir à tous.
Je vous remercie.
Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 7 février 2012