Conférence de presse de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la politique de l'Union européenne face à la crise financière, la situation en Syrie, et sur l'avenir de la construction européenne, à Bruxelles le 2 mars 2012.

Texte intégral

- EXTRAITS -

Mesdames et Messieurs, 


D'abord, pour vous donner des nouvelles de votre consoeur et de votre confrère, Édith Bouvier est en ce moment même à l'hôpital de Beyrouth, en bonne santé, et nous organiserons son retour en France vraisemblablement dès ce soir à Villacoublay. Nous vous communiquerons les horaires lorsque nous les connaîtrons précisément, puisque la dernière fois que j'ai eu le plaisir de vous rencontrer, je vous ai indiqué qu'elle était en territoire libanais et qu'elle cheminait. Elle est maintenant à l'hôpital et sa santé est aussi bonne qu'il est possible. 

S'agissant de notre Conseil européen, c'est le premier sommet depuis le mois d'août 2011 qui ne soit pas un sommet de crise. Nous ne sommes pas sortis de la crise économique mais nous sommes en train de tourner la page de la crise financière. La stratégie que nous avons mise en oeuvre est en train de porter ses fruits. Les spreads - les niveaux de taux d'intérêt auxquels les États empruntent l'argent sur le marché - ont retrouvé leur niveau d'avant l'été 2011. L'Italie a aujourd'hui un spread à 244 points de base, soit 4,95% pour emprunter. Elle était montée jusqu'à 7,26 %. L'Espagne, à 170 points de base de moins, est à 4,8% pour emprunter. Elle était montée jusqu'à 6,7%. L'Irlande est passée de 14% à 7,90%. Quant à la France, les spreads ont diminué de 100 points de base. Les taux absolus à 10 ans sont à 2,77% ; nous sommes proches de nos plus bas niveaux historiques. Aujourd'hui, la France emprunte sensiblement en dessous de 3%.  

Alors pourquoi le système a-t-il fonctionné ? Pourquoi avons-nous résisté à la crise financière ? Pourquoi sommes-nous en train de tourner la page de cette crise financière, qui aurait pu emporter la zone euro et toute l'Europe ? Parce qu'au cours des derniers mois, nous avons profondément réformé l'Union européenne, l'Union économique et monétaire européenne. Regardons le chemin accompli depuis décembre 2011. Nous avons considérablement accéléré le rythme des prises de décisions. Début décembre, nous décidons d'un traité, début décembre 2011. Il est signé en mars 2012. À tous ceux qui parlaient de la succession des sommets qui n'apportaient pas de résultats, voilà le plus flagrant démenti : une crise financière qui est en train de passer et un rythme de décisions, je crois, jamais vu en Europe : l'idée d'un traité en décembre, la signature du traité en mars. La stratégie européenne a été cohérente, avec quatre volets : un volet consolidation budgétaire - on ne pouvait pas continuer à accumuler des déficits et de la dette - ; un volet solidarité - le traité de mécanisme européen de stabilité, mis en oeuvre par anticipation puisque nous avons décidé de l'appliquer à l'été 2012, alors que son application était prévue au 1er juillet 2013 - ; la convergence - c'est très important, c'était la grande faiblesse du traité de Maastricht qui n'organisait pas la convergence au sein des 17 -, la convergence qui est l'objectif du traité que nous venons de signer ; et enfin la gouvernance, puisque le traité instaure un gouvernement économique de l'Europe, puisque le traité signé aujourd'hui et le MES - le mécanisme de soutien, de solidarité financière - forment un tout. Rappelez-vous : il y a moins de deux ans, on ne pouvait pas prononcer les mots «gouvernance économique» ; aujourd'hui non seulement ces mots sont dans le traité, mais c'est une des réalités du traité. 

Nous avons mis en place une politique monétaire de soutien massif à la stabilité financière et à la croissance. Entre décembre et février, deux opérations à trois ans, dont le montant cumulé excède 1 000 milliards d'euros. Je vous avais expliqué en décembre que cette stratégie monétaire permettrait de baisser la pression sur les dettes souveraines ; cela a marché. Et je tiens à féliciter le gouverneur de la Banque centrale européenne, M. Draghi. Vous savez, c'est la mise à disposition illimitée - à 1% de taux de rémunération - aux banques de liquidités à trois ans. Et je vous avais indiqué que cette mise à disposition de liquidités rémunérées à 1% pour trois ans permettrait aux banques européennes d'acheter de la dette souveraine et de baisser la pression sur le financement de la dette des États ; c'est exactement ce qui s'est passé. Et puis, il a fallu trouver une solution à la crise grecque. L'opération sur la dette grecque a été lancée le 24 février et elle nous a permis de réduire la dette grecque de 107 milliards d'euros. Et aujourd'hui les éléments du règlement de la crise grecque sont organisés.  

Que reste-t-il à faire ? Finaliser la mise en oeuvre des pare-feux. Nous avons décidé aujourd'hui de verser deux tranches du capital du MES dès 2012. La France a anticipé cette décision, qui a d'ores et déjà été votée par le Parlement. Je vous rappelle que le Parlement a voté six milliards et demi d'euros de participation au capital du MES.  

Il faut promouvoir la croissance, la compétitivité, la recherche, l'innovation. Le Conseil européen recommande aujourd'hui par exemple de baisser les charges fiscales sur le travail. C'est exactement notre stratégie. Voilà. 

C'est donc un immense soulagement que celui de voir les sommets européens ne plus être consacrés à la crise financière. Et c'est un immense soulagement que de voir que la crise financière ne fait plus l'actualité - comme elle le faisait matin, midi et soir - parce que nous sommes en train de tourner la page de cette crise financière. Maintenant, il nous faut mettre toutes nos forces sur la résorption de la crise économique. 

Je suis bien sûr à votre disposition pour essayer de répondre à vos questions. 


Q - Le traité de stabilité que vous avez signé ce matin n'impose-t-il pas trop de mesures d'austérité pour des pays, comme par exemple l'Espagne, dont l'économie traverse en ce moment un trou d'air. Finalement ce traité laissera-t-il respirer ces pays ?  

R - Il y a les stabilisateurs automatiques, dont nous parlons dans le communiqué. Je suis convaincu pour ma part qu'il n'y a pas d'autre solution pour nous que de réduire nos déficits et de rembourser nos dettes. Mais - vous avez raison - la solution ne peut être simplement dans la discipline budgétaire. Elle doit être également dans le retour à la croissance et dans l'amélioration de la compétitivité. S'agissant de l'Espagne, le Premier ministre Rajoy a présenté un certain nombre de mesures. Il va engager des réformes importantes, notamment sur le marché du travail, mais il va de soi - et c'est toute la politique que nous mettons en oeuvre en France -, il va de soi que la compétitivité, les réformes structurelles, la croissance sont des éléments indispensables pour sortir de la crise économique. (…) La stratégie européenne, c'est bien une stratégie avec deux volets : la réduction des déficits et l'amélioration de l'innovation et de la compétitivité pour retrouver de la croissance. C'est les deux. C'est plus difficile pour certains pays que pour d'autres. En Espagne, où il y a 23 ou 24% de chômeurs et où le déficit est à 8% alors qu'ils avaient prévu - je parle pour 2011 - 6%, il est sûr que cela pose des problèmes, mais le gouvernement espagnol a indiqué très clairement que la politique de réduction des déficits, il la conduirait. Et dans le traité - vous verrez dans le communiqué - nous faisons expressément référence à ce que nous appelons les stabilisateurs automatiques. 

Q - Dans un domaine un peu connexe, les États-Unis envisagent de puiser dans leurs stocks d'urgence pour enrayer la hausse des prix du pétrole et des carburants. Est-ce qu'il y a en Europe, en discussion, une stratégie commune, qui pourrait être de puiser dans les stocks d'urgence et qu'en est-il de la France elle-même ? 

R - S'agissant de la France, d'abord, pourquoi le prix du pétrole augmente-t-il ? Ce n'est pas parce que la croissance repart fortement, malheureusement. C'est parce que les tensions sur un certain nombre de pays producteurs de pétrole sont fortes - et je pense notamment à l'Iran. Nous avons décidé de ne plus lui acheter de pétrole et la raréfaction de l'offre crée des tensions sur la demande. Nous sommes en train de travailler dessus. Vous connaissez la position de la France - la plus belle, la plus forte source d'énergie disponible, ce sont les économies d'énergie - et, par ailleurs, la volonté de la France de continuer à développer l'énergie nucléaire, qui est la réponse à la hausse du prix des matières premières fossiles que sont le gaz et le pétrole. 

Q - Je reviens un instant sur la crise financière. Vous avez parlé d'un immense soulagement ; c'est effectivement un sentiment qui est assez partagé. Est-ce que, malgré tout, il n'y a pas un risque - parce qu'on sait que cette crise a redémarré à chaque fois alors que personne ne s'y attendait - ? Et, deuxième question, est-ce qu'il n'y a pas du coup un autre risque, qui est celui d'un relâchement - parce que les mesures dont vous parlez ne sont pas toutes entrées en vigueur - ? Et est-ce que, si les Européens relâchent la pression maintenant, ce n'est pas trop tôt ? 

R - Je crois pouvoir dire que tous, nous avons été suffisamment secoués par la crise financière pour ne pas avoir envie de nous retrouver dans la même situation. Franchement je vous le dis. Les images que nous avons vues en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, en Irlande, personne n'a envie de connaître à nouveau cela. Les pays concernés moins que les autres, mais nous-mêmes non plus. Donc sur le «relâchement», comme vous dites, je comprends bien l'esprit de votre question. C'est d'ailleurs un peu l'inverse de la question qui m'a été posée tout à l'heure. On me disait : si vous allez trop loin dans la réduction des déficits, est-ce que vous n'allez pas prendre le risque de casser la croissance ? Vous, vous me dites : est-ce que le fait d'avoir tourné la page de la crise financière ne va pas créer les conditions du relâchement ? Non, non. Je ne crois vraiment pas qu'on soit là-dessus. D'ailleurs on a pris des mesures, avec la Commission et le Conseil européen, pour surveiller l'évolution des déficits. En tout cas, pour la France, les choses sont très claires : nous sommes parfaitement en ligne avec les objectifs qui sont les nôtres de réduction des déficits. Il faut bien comprendre que, dans cette affaire, il ne s'agit ni plus ni moins que de retrouver notre souveraineté nationale. Un pays qui dépend des marchés pour financer convenablement sa dette, c'est un pays qui met en cause son indépendance. Alors, y'a-t-il un risque que cela reprenne ? Bien sûr que je me pose la question. Qui peut ici garantir qu'à cent pour cent, il n'y a aucun risque ? Je ne me permettrais pas de vous le dire. Chacun a compris que les éléments de faille, qui ont permis à la crise financière de reprendre, ne sont plus là. L'accord sur la Grèce - qui était quand même quelque chose de très important -, notamment avec le secteur privé - qui a renoncé à 107 milliards d'euros de dettes sur la base du volontariat -, est bouclé. Les partis politiques grecs - pas simplement le gouvernement, mais les partis politiques grecs - ont tous adressé une lettre pour dire qu'ils respecteraient les engagements qu'ils ont pris devant la Troïka. Aujourd'hui, en Italie, le gouvernement de M. Monti a pris des décisions qui ont permis de baisser la tension sur l'Italie. Et, concernant le gouvernement de M. Rajoy, en Espagne, les décisions qui ont été prises depuis deux mois sont extrêmement fortes également. Sur le Portugal, qui était - vous le savez - menacé, la Troïka vient de dire que le Portugal respectait parfaitement ses engagements. Et sur l'Irlande - hommage soit rendu à nos amis irlandais - les spreads ont été divisés par deux, entre le moment de la crise financière et maintenant. Et - sur les pays coeurs - la France est un pays coeur de cible. Il faut bien que les Français qui nous écoutent comprennent que les spreads, ce n'est pas quelque chose d'abstrait. Nous devons financer notre dette. Pour financer notre dette, nous devons aller sur le marché. Pour demander au marché de nous prêter l'argent dont nous avons besoin. Je regardais les chiffres d'hier : pour financer une dette à 10 ans, nous avons emprunté à 2,77%. C'est pratiquement notre plus bas historique. Concernant les spreads - c'est-à-dire la différence entre les niveaux auxquels empruntent la France et les autres pays coeurs de cible, et notamment l'Allemagne - nous sommes très largement en-dessous de 100 points de spread, puisque je crois que nous étions à 87, ou quelque chose comme cela, à deux ou trois points près. Il nous est arrivé de monter largement au-dessus de 150.  

Ce sont quand même des signaux qui montrent que les choses se sont stabilisées. Sur la valeur de l'euro, la situation est calme. Et aujourd'hui, je peux dire aux Français qu'après tous ces sommets européens, tout ce travail que nous avons fait, la France emprunte, finance sa dette à un prix très bas - plus bas que ce que nous avions imaginé. Et que tous les pays de la zone euro pourront financer leur dette ; soit en allant sur le marché ; soit avec le mécanisme de solidarité que nous avons mis en place. 

On n'est jamais à l'abri d'un drame. J'en sais quelque chose depuis trois ans. J'ai appris de façon très pragmatique que derrière un ennui pouvait arriver un autre ennui et que derrière une crise pouvait arriver une autre crise. Mais là, sur la crise financière, je crois que l'on est en train de tourner la page. Reste ce qu'a dit votre confrère : «pas assez de croissance, trop de chômage, pas assez de compétitivité.» Pour ça, on est bien d'accord. D'ailleurs, vous-mêmes, vous le voyez bien : la crise financière ne fait plus les gros titres des médias et cela prouve que l'Europe a pu prendre des décisions. Et j'insiste là-dessus. Pensez que le traité, on en a eu l'idée en décembre de l'année dernière. Nous sommes en mars ; nous l'avons signé. Ce n'est pas une garantie à 100% mais franchement, on est en train de sortir de cette crise. 

(…) 

Q - Monsieur le président, les gros titres, ce qui fait la «Une» de la presse, c'est le chômage et les manifestations en Europe. Douze pays, dont l'Italie et la Grande-Bretagne, ont demandé à ce qu'il y ait des pistes européennes qui commencent à être étudiées pour relancer la croissance. Est-ce qu'on en a parlé à ce sommet ? Et, si vous me permettez une deuxième question, que dit-on concernant la Syrie et que disent les dirigeants ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui est décidé ? 

R - Bien sûr que le chômage, la crise économique, la croissance, ce sont des sujets qui ont été au coeur de nos discussions. Il y a eu cette lettre de douze pays. Sur 90% des sujets qui sont évoqués dans cette lettre, Mme Merkel et moi, nous aurions pu dire oui. Il y a 10 à 15% de sujets où nous avons considéré - où, en tout cas, moi j'ai considéré - que ce n'était pas possible. Je pense à une nouvelle directive Bolkestein par exemple, ou à une tentation de la dérégulation toujours présente chez nos amis anglais et chez nos amis suédois, que nous ne souhaitons pas voir revenir. Pour l'essentiel, on a pu intégrer dans le texte de conclusion beaucoup des propositions qui nous avaient été faites et qui, d'ailleurs, correspondent à ce que nous sommes nous-mêmes en train de mettre en oeuvre en France. 

Sur la Syrie, là, le sujet est extrêmement grave. Ce qui se passe, c'est un scandale. Il y a plus de 8.000 morts : des centaines d'enfants - et la ville de Homs qui menace d'être rayée de la carte. C'est absolument inacceptable. Avec Alain Juppé, nous avons pris la décision de fermer notre Ambassade. Deuxièmement, le Conseil a condamné, dans les termes les plus vifs, ce qui se passe en Syrie, et pas simplement à l'endroit de vos confrères - encore que quand on s'en prend à la presse, on s'en prend à un symbole, celui de la liberté d'expression. Je ne dis pas qu'une vie vaut plus qu'une autre, naturellement, mais il y a des symboles, et ce symbole-là est particulièrement inacceptable. 

Nous avons dit nos encouragements au Conseil national syrien - dont il est fait expressément état dans le texte du Conseil européen - et nous continuerons à prendre des initiatives au Conseil de sécurité pour qu'un certain nombre de blocages soient levés. Pour ma part, je le dis, je suis favorable à ce que - au moins aux frontières de la Syrie - des zones humanitaires soient organisées pour qu'on puisse accueillir des gens qui sont persécutés par le régime syrien, qui doit partir. Il doit partir. De ce point de vue, la France soutient le plan de la Ligue arabe. L'attitude du pouvoir en place avec nos deux journalistes a été particulièrement inadmissible. 

Q - Sur la Syrie : seriez-vous favorable, dans la panoplie des mesures et initiatives que vous annoncez, au franchissement d'un pas supplémentaire et à la fourniture aux rebelles d'une aide militaire - que ce soit de la formation ou même des armements - comme l'insurrection elle-même le demande et un certain nombre de pays arabes le proposent ? 

R - Nous serons favorables au passage à un cran supplémentaire s'agissant de l'aide aux démocrates en Syrie. Mais nous ne ferons rien tant qu'il n'y aura pas une résolution du Conseil de sécurité. Il n'est pas question d'agir, directement ou indirectement, tant que le Conseil de sécurité n'a pas établi la stabilité juridique, les conditions juridiques d'un cran supplémentaire - que ce soit les zones humanitaires, les livraisons d'armes pour l'opposition ou les corridors. Je rappelle qu'à chaque fois que nous sommes intervenus - en Côte d'Ivoire comme en Libye, au Liban comme en Afghanistan - il y a eu préalablement une délibération du Conseil de sécurité des Nations unies. Il s'agit quand même du droit international ! Il n'est pas possible qu'un pays comme la France puisse agir d'une manière ou d'une autre sans que l'instance qui émet les normes internationales ne se soit prononcée. C'est frustrant. Je vois bien les morts qui s'accumulent, les atrocités qui s'accumulent. Nous faisons tout notre possible pour lever les obstacles à cela. C'est difficile, vous le voyez, mais j'espère que quand un certain nombre de rendez-vous politiques seront derrière nous, dans d'autres pays, nous pourrons avoir une discussion plus sereine sur la communauté internationale et la Syrie. 

J'ajoute que nous avons d'ores et déjà demandé que ceux qui commettent des crimes - et ce sera dans le texte du Conseil - aient à en rendre compte devant le Tribunal pénal international. La mondialisation n'apporte pas que des bonnes nouvelles, mais au moins la mondialisation apporte la certitude que les dictateurs - un jour ou l'autre - auront à rendre des comptes de ce qu'ils ont fait. 

(…) 

Q - Concernant l'Iran, avant-hier, le gouvernement iranien a dit qu'il ne croyait pas tellement aux sanctions mais en même temps une délégation va négocier autour d'une table avec les membres de l'agence cette semaine ou la semaine d'après. Quelle est votre analyse ? 

R - Ils ne croient pas aux sanctions mais ils ont commencé à vouloir en discuter à nouveau à partir du moment où il y avait les sanctions. Donc on ne leur demande pas d'y croire ; les sanctions s'appliquent, elles ont des conséquences très dures pour ce régime et je suis convaincu que le durcissement des sanctions est la seule façon d'éviter un drame. Je redis que l'intervention militaire ne serait pas la bonne façon de régler le problème. La seule bonne façon de régler le problème c'est l'application des sanctions pour que le régime iranien comprenne que le monde n'acceptera pas la détention de l'arme atomique par un pays qui dit vouloir rayer de la carte Israël. C'est quand même cela le problème. Ces sanctions dures, il n'y a pour la France pas d'autres solutions. 

(…) 

Q - Monsieur le Président, si vous avez un commentaire sur l'octroi de statut de candidat à la Serbie. Pensez-vous que la Serbie pourrait bientôt commencer les pourparlers de pré-adhésion ? 

R - Pour ce qui est de la Serbie, il s'agit d'une affaire très importante. La Serbie est un des pays qui a eu une fin de XXème siècle parmi les plus difficiles, fin de XXème - début XXIème. Et hommage soit rendu aux dirigeants serbes de vivre tout cela en essayant d'apaiser les choses. La Serbie a souffert, il y a eu beaucoup de sacrifices. Par ailleurs, il y a toute la question des Balkans. La Croatie sera dans quelques mois membre à part entière. Dans mon esprit, il est inimaginable de faire rentrer une partie des pays des Balkans et pas l'autre, spécialement la Serbie. Je ne dis pas - Monsieur – «tout de suite». Je ne dis pas «immédiatement». Je vois bien le chemin qui reste à parcourir. Mais si le message de l'Europe à la Serbie, c'est de dire : jamais. Ce serait une folie. Parce que n'oublions pas qu'une guerre mondiale est née dans cette partie du continent européen et que la meilleure façon d'apaiser toute forme de tension - Croates, Slovènes, Bosniaques, Monténégrins - enfin je pourrais décliner - c'est que chacun ait une perspective, un jour ou l'autre, d'être dans la famille européenne, d'avoir des principes démocratiques. C'est la meilleure réponse à opposer à des sentiments nationalistes qui ont toujours été forts dans cette partie du monde - ce n'est pas faire injure que de le dire - et à des blessures territoriales qui, elles-mêmes, sont très fraîches, disons les choses comme elles sont. La France a milité pour que la Serbie ait le statut de candidat. Cela ne veut pas dire que cela se fera tout de suite, cela ne veut pas dire que cela se fera maintenant. D'ailleurs, cela me conforte dans l'idée qu'il y a l'Europe des dix-sept, et plus, qui doit aller vers davantage d'intégration : l'Europe de la zone euro ; et il y a l'Europe des vingt-huit - puisqu'on est déjà vingt-huit avec la Croatie et que l'on sera plus avec les Balkans - qui doit aller, plus encore, vers une gestion confédérale pour que cela ne soit pas un obstacle. Je pèse mes mots, cela aurait été historique de refuser toute perspective à la Serbie, historique. Cela aurait été une erreur majeure, je vous l'assure, je parle en termes de paix. On voit bien que plus cela va, plus l'Union européenne s'élargira et deviendra donc confédérale, et plus la zone euro devra, elle, intégrer la convergence économique et monétaire. Cela ne fait que me renforcer dans cette conviction. 

(…) 

Q - M. Junker a dit hier soir que si le programme pour la Grèce et si le travail fait par la Grèce n'aboutissait pas, il y avait un plan B dans ce cas-là. Est-ce que c'est vrai ? Et avezvous peut-être quelques éléments ? 

R - Je n'ai pas d'élément à communiquer suite à cette déclaration originale de M. Junker. Je ne vois pas ce que c'est qu'un plan B et je sais très bien ce qu'est le plan grec - nous l'avons négocié avec Mme Merkel et les créancier de la Grèce - et je peux vous dire que l'on a négocié avec aucune possibilité de plan B. Nous avons confiance dans ce plan, nous appliquerons ce plan qui n'est pas rien. Entre le moment où l'on est rentré dans la salle de négociations et le moment où l'on est sorti, la Grèce s'était vue allégée de la moitié de sa dette. Je ne sais pas à quoi correspondrait un plan B, franchement. Comme je n'ai pas entendu cette déclaration, je ne vais pas en faire le reproche à qui que ce soit. 

Q - Une question par rapport au mécanisme européen de stabilité et son renforcement. Aucune décision n'a encore été prise. Quand en espérez-vous une ? Pensez-vous aussi qu'un sommet entre chefs d'État est nécessaire pour prendre une décision ? 

R - Pour vous dire la vérité, on en a parlé, notamment Mme Merkel et moi, et on essaie - comment dit-on ? - «step by step». Il se peut qu'il y ait des initiatives d'ici à la fin du mois de mars. Pas forcément un sommet - mais il y a encore quelques décisions à régler sur les deux mécanismes. Est-ce que l'on en abandonne un pendant que l'autre fonctionne ? Est-ce qu'on les additionne ? Ou troisième solution : est-ce qu'on les laisse fonctionner tous les deux pendant un certain temps ? Ce sont les données du problème. Excusez-moi, je ne suis sans doute pas très précis mais c'est involontaire et nous avons convenu avec Mme Merkel que nous prendrions une décision à la fin du mois de mars sur ce sujet. 

Par ailleurs, il y a certaines nominations dont il faut que l'on parle et je n'exclus pas - sans le demander d'ailleurs - qu'il y ait d'autres initiatives sur le sujet. 

Q - M. Cameron a dit que c'était sa lettre qui a été le moteur de ce communiqué. M. Cameron a dit qu'en fin de compte tout le monde était d'accord avec le contenu de sa lettre. Est-ce que vous en êtes d'accord, Monsieur le Président ? 

R - Au cas où vous n'étiez pas là au début - puisque je suppose que les 11 autres signataires apprécieront la déclaration de David Cameron sur «sa» lettre - j'ai dit qu'à 90 %, 85 % je pouvais être d'accord avec le contenu et que c'est toujours les 15 % qui font la différence. J'ai même précisé qu'il y avait toujours une tentation «déréglementatrice» et libérale de l'autre côté de la Manche, dans laquelle je ne me reconnaissais pas. Cela n'a pas fait de problèmes particuliers et je suis toujours heureux quand nos amis anglais aiment à ce point l'Europe, qu'ils lui écrivent. Car, après tout, quel hommage rendu à l'Europe que de lui envoyer une belle lettre ! En général, quand on envoie des lettres signées avec d'autres amis, c'est que l'on attache de l'importance - soit pour se séparer, soit pour mieux s'aimer. J'ai pris la lettre de M. Cameron - après les décisions de ne pas s'associer au Traité - comme une volonté de ne pas rester derrière ; et je m'en réjouis parce que l'on a besoin des Anglais en Europe. Toujours, je ne dirai pas. «We need you», c'est ma conclusion. Prenez-le juste pour les Anglais.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr